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dimanche 4 avril 2021

Joyeuses Pâques !

 

J.S. Bach, Cantata No.66, Erfreut euch, ihr Herzen (Réjouissez-vous, coeurs), BWV 66, Philippe Herreweghe
  
  




Frédéric Vangeon, La Docte ignorance (France culture, 21 mai 2013)

Pour comprendre cette « coïncidence des opposés », le prélat prend un exemple géométrique : imaginez un cercle qui s’agrandit peu à peu. À mesure qu’il se dilate, sa courbure diminue - du point de vue de l’observateur humain. Finalement, dans l’infini, cette courbure devient une ligne et le cercle une droite.

La quasi-totalité de l’œuvre mathématique de Nicolas de Cues est centrée sur un unique problème : la quadrature du cercle. Il y a des raisons fortes pour expliquer l’importance de ce problème aux yeux de Nicolas de Cues : selon lui, l’impossibilité de la quadrature du cercle équivaut à l’expression géométrique du principe de non-contradiction ; elle est donc présupposée par toutes les démonstrations géométriques d’Euclide. La distinction des contraires est la racine de la connaissance mathématique rationnelle (...) 
Nicolas de Cues affirme que les figures mathématiques peuvent nous servir de symbole dans la recherche de la connaissance de Dieu. Il en expose la méthode dans les chapitres 11 et 12 de la Docte ignorance. Il s’agit de la transsomptio (qu’il reprend sans doute à John Duns Scot, Questions quodlibétiques, V) ; cette méthode consiste en un double saut. Une figure rationnelle sera dans un premier temps rendue mentalement infinie dans l’ordre de la quantité (et l’on passera de la ratio à l’intellect) avant d’être dépassée, au-delà de toute compréhension, en direction du maximum simple. (...) 
C’est dans le Christ, homme maximum, qui résume en lui toutes les virtualités de la nature et de l’humanité, que l’homme atteint l’union à Dieu. Le Christ est l’assomption de l’homme maximum dans la puissance divine infinie. Au livre I, chapitre 3 de la Docte ignorance, il nous était dit que l’intellect ne pourrait jamais saisir la vérité :
« … il est à la vérité ce que le polygone est au cercle : plus grand sera le nombre des angles du polygone inscrit, plus il sera semblable au cercle, mais jamais on ne le fera égal au cercle »
Au livre III, chapitre 4 du même livre, on lit que dans le Christ
« la nature humaine est le polygone inscrit dans un cercle, et le cercle la nature divine ; si le polygone doit être aussi grand qu’il peut l’être, il n’existera plus par lui-même avec ses angles définis, mais dans la figure du cercle »
En le Christ nous est promise la réalisation de la quadrature du cercle, entendue comme symbole théologique. Mais attention, que l’on ne s’y trompe pas : dans le cadre de la métaphysique de la complicatio et de l’explicatio, c’est la vision intellectuelle et les processus d’« infinitisation » qui actualisent la puissance de la mens humana. C’est donc en développant l’exercice de l’intellect, conçu comme force de mesure mathématique, que l’on se rapproche du Christ en qui l’humanité est l’égale de Dieu.
Tenter de résoudre la quadrature du cercle, c’est donc faire appel aux mathématiques intellectuelles pour tenter de voir coïncider autour d’un même centre les polygones et le cercle, les conjectures et la vérité, l’homme et sa perfection, et cela par un cheminement spirituel, d’abord mathématique puis théologique, dans la visée du Christ-homme maximum.
   
Tel est le géomètre attaché tout entier
à mesurer le cercle, et qui ne peut trouver
en pensant, le principe qui manque,
tel j’étais moi-même à cette vue nouvelle :
je voulais savoir comment se joint
l’image au cercle, comment elle s’y noue ;
mais pour ce vol mon aile était trop faible ;
sinon qu’alors mon esprit fut frappé
par un éclair qui vint à son désir.
Ici la haute fantaisie perdit sa puissance ;
mais déjà il tournait mon désir et vouloir
tout comme roue également poussée,
l’amour qui meut le soleil et les autres étoiles.
Dante Aliguieri, La Divine Comédie (1472), Le paradis, chant XXXIII, vers 133-145, 
trad. Jacqueline Risset, Paris, GF, 2010, p. 506.
   


Fra Angelico, Résurrection (1440) 
  

jeudi 24 décembre 2020

Joyeux Noël !


Eglise de la Nativité, Bethléem

Le bien inscrit est situé à 10 km au sud de Jérusalem sur les sites que les Chrétiens reconnaissent traditionnellement, depuis le IIe siècle, comme le lieu de naissance de Jésus. Une église y a été construite en 339 et l’édifice qui lui a été substitué après un incendie survenu au VIe siècle conserve des vestiges du sol du bâtiment original, en mosaïques élaborées. Le site comprend également des églises et des couvents grecs, latins, orthodoxes, franciscains et arméniens ainsi que des clochers, des jardins en terrasses et une route de pèlerinage.
Source (et suite) du texte : Lieu de naissance de Jésus : l’église de la Nativité et la route de pèlerinage, Bethléem, UNESCO

Jésus répond et lui dit : 
"Amen, amen, je te dis :
qui n'est pas engendré d'en haut 
ne peut voir le royaume de Dieu."


Nicodème lui dit : 
"Comment un homme peut-il être engendré, étant âgé ? 
Peut-il, dans le ventre de sa mère,
Entrer une seconde fois, et être engendré ?"

Jésus répond : 
"Amen, amen, je te dis : 
qui n'est pas engendré d'eau et d'Esprit 
Ne peut entrer dans le royaume de Dieu. 
Ce qui est né de la chair est  chair
et ce qui est né de l'Esprit est esprit. 
Ne t'étonne pas que je te dis : 
il vous faut être engendrés d'en haut. 
Le vent où il veut souffle, 
et sa voix tu l'entends, 
mais tu ne sais pas d'où il vient ni où il va : 
ainsi en est-il de tout homme né de l'Esprit, du Souffle."

Evangile, Jean 3,3-8, trad. Soeur Jeanne d'Arc, Ed. bilingue Les Belles Lettres, 1990
 

La naissance de Dieu dans l'âme est une version occidentale de la divinisation dans la théologie grecque. 
Extrait de (radio) : Marie Anne Vannier, Maître Eckhart et l’Évangile de Jean, Emission RCF, Nancy, 14 novembre 2020 
 

Jean Tauler (1300-1361), Lecture du Sermon 1, de la Nativité, par Martine Jacquemin (RCF, 24 décembre 2020)
Au XIVème siècle, Jean Tauler, disciple de Maître Eckhart (1260-1328), prêche dans la vallée rhénane la Gottesgeburt, la naissance de Dieu dans l’âme, et invite à entrer plus profondément dans l’intelligence du Verbe fait chair.
Source : RCF, 24 décembre 2020

Dans le Sermon 1 pour la fête de Noël, le dominicain Jean Tauler évoque la célébration des trois messes de Noël, de minuit, de l’aurore et du jour, qui correspondent, selon lui, à une triple naissance : la première est l’engendrement éternel du Verbe en Dieu, la seconde est la naissance du Fils incarné, la 3e est la naissance de Dieu dans l’âme : « Dieu naît à Bethléem pour naître dans ton coeur ». Cette troisième naissance du Fils de Dieu est « celle par laquelle Dieu, tous les jours et à toute heure, naît en vérité, spirituellement, par la grâce et l'amour, dans une bonne âme ». Mais cette naissance intérieure exige le silence « car si tu veux que Dieu parle, il faut te taire ; pour qu'il entre, toutes choses doivent sortir. »
Extrait de : Sermon 1 de Jean Tauler pour la fête de Noël : triple naissance, février 2018




Comme l'étoile du matin au milieu du brouillard. Eckhart von Hochheim (dit Maître Eckhart), Sermons allemands 9 à 11, trad. Alain de Libera, lu par Alexis Dayon (21 juin 2020). 
Sermon 9 : La raison retire à Dieu l'enveloppe de sa bonté et le saisit dans sa nudité. 
Sermon 10 : Comment l'âme saisit Dieu dans son origine fondamentale.
Sermon 11 : Si nous découvrons tout à Dieu, Lui aussi découvrira tout ce qu'Il a. 
Sermon 12 : Mon œil et l'Œil de Dieu, c'est un seul œil. 

"Mon œil et l'Œil de Dieu, c'est un seul œil".
Maitre Eckhart (1260-1328), Sermon allemand 12.

  

Isabelle Raviolo, philosophe, Maître Eckhart et la mystique rhénane, interview par Michel Cazenave (France Culture, 3 mars 2013)

Très peu traitée par les commentateurs, la notion d'incréé (« increatus » / « ungeschaffen ») est cependant centrale pour comprendre Dieu et l'homme chez Eckhart. Elle met en lumière le cœur de son œuvre qui se situe dans la naissance de Dieu dans l'âme et non dans le détachement comme on l'a souvent dit. C'est une manière pour le maître rhénan de commenter Genèse 1,26 : « Lorsque Dieu créa toutes les créatures, Dieu n'aurait-il pas auparavant donné naissance à quelque chose d'incréé qui porterait en soi l'image de toutes les créatures ? » interroge Eckhart. Sa réponse tient en une métaphore : l'étincelle (« scintilla animae »). « Cette petite étincelle est si apparentée à Dieu qu'elle est un "un" unique indifférencié et qu'elle porte en soi l'image de toutes les créatures, image sans images et image au-dessus de toutes les images » (« Sermon 22 »). Par « l'étincelle », Eckhart entend ce que l'âme a de plus semblable à Dieu : un « quelque chose d'incrée, un fond sans fond (« Abgrunt ») dans lequel le Père engendre son Fils comme dans sa propre nature. Par ce quelque chose d'incréé en elle, l'âme est capable de fécondité et devient mère du Verbe, à l'image du Père incréé qui engendre éternellement son Fils en son sein. La maternité de l'âme trouve son principe dans la paternité de Dieu, dans le bouillonnement originaire de la Vie divine. Eckhart développe ainsi une prédication originale : il parle du point de vue de l'éternité, c'est-à-dire à partir de la Trinité en elle-même. Par la fécondité de l'âme, c'est-à-dire par la grâce de l'Esprit incréé, non seulement l'homme devient fils dans le Fils et le même fils, mais encore père dans le Père et le même père.
Quatrième de couverture
Isabelle Raviolo, L'incréé : la générosité infinie du Père chez Maître Eckhart, Ed. du Cerf, 2011
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