jeudi 1 février 2018

Mon oeil !









Les Chemins de la philosophie par Adèle Van Reeth
Mon oeil ! (29 janvier - 1 février 2018)
(1/4) Merleau-Ponty, L’œil et l’esprit
avec Lambert Dousson, professeur de philosophie à l'Université Paris Nanterre
(2/4) Foucault, l’œil du pouvoir
avec Guillaume le Blanc, professeur de philosophie à l'Université Paris Est Créteil
(3/4) L’oeil invisible dans la philosophie indienne
avec Marc Ballanfat, Professeur de philosophie en classes préparatoires
(4/4) L’œil de l’artiste
avec Jacqueline Lichtenstein, Philosophe, professeur des Universités, Directrice de l'UFR de Philosophie-Sociologie à la Sorbonne et responsable de la spécialité Esthétique et philosophie de l'art

« Allant dans le rêve de haut en bas, le dieu évoque des formes diverses ; soit, en quelque sorte, qu'il joue avec des femmes, qu'il rie ou qu'il ait devant les yeux des spectacles effrayants. Les objets de son plaisir sont visibles, mais nul ne le voit lui-même. (…) Il en est qui disent que cette retraite (du rêve) est la même pour l'esprit que celle de l'état de veille, parce qu'il voit étant endormi les mêmes choses qu'on voit étant éveillé. Mais il n'en est pas ainsi, car cet esprit brille alors de son propre éclat. (…) Cet esprit se trouvant dans l'état de profond sommeil, et y ayant goûté des jouissances diverses, ayant vagabondé çà et là et y ayant vu le fruit du bien et du mal, en sens inverse revient en courant à son lieu d'origine, qui est l'état de rêve. Tout ce qu'il voit alors ne l'enchaîne pas, car l'esprit n'entre pas en contact avec cela. (…)

                Et là où il se croit comme un roi, comme un dieu, où il pense : « Je suis tout ceci », c'est pour lui le monde suprême. Et puis, là où, étant endormi, il ne désire aucun désir, il ne voit aucun rêve, telle est pour lui la forme où le Soi est son désir, où il a obtenu son désir, où il est sans désir. Comme un homme dans les bras d'une femme aimée ne sait rien du dehors ni du dedans, de même ce Soi corporel, embrassé par le Soi intellectuel, ne sait plus rien du dehors ni du dedans. Et s'il ne voit pas Ceci : c'est quand il voit qu'il ne voit pas Ceci, le visible ; en effet, le voyeur et la vue ne se séparent pas, à cause de l'impérissabilité, et d'autre part il n'y a pas, comme second, un Ceci autre que lui, distinct, qu'il voie. (…) Un voyant, unique, sans second, plongé dans l’eau, tel est, ô roi, le monde de l'absolu. »
Brhadaranyakopanisad, IV, 3, 13 – 4,2 pp113- in Matériaux pour servir à l'histoire de la philosophie de l'Inde, ed F.Vieweg (1878), trad.P. Regnaud

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