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vendredi 2 mars 2018

Au péril de l'humain

MAJ de la page : Transhumanisme

Fabriquer un être humain supérieur, artificiel, voire immortel, dont les imperfections seraient réparées et les capacités améliorées. Telle est l'ambition du mouvement transhumaniste, qui prévoit le dépassement de l'humanité grâce à la technique et l'avènement prochain d'un " homme augmenté " façonné par les biotechnologies, les nanosciences, la génétique. Avec le risque de voir se développer une sous-humanité de plus en plus dépendante de technologies qui modèleront son corps et son cerveau, ses perceptions et ses relations aux autres. Non pas l'" homme nouveau " des révolutionnaires, mais l'homme-machine du capitalisme.
Bien que le discours officiel, en France, résiste encore à cette idéologie, le projet technoscientifique avance discrètement. Qui impulse ces recherches ? Comment se développent-elles dans les champs médicaux, militaires et sportifs ? Comment les débats démocratiques sont-ils éludés ? Et comment faire face à des évolutions qui ne feront que renforcer les inégalités ? Surtout, quel être humain va naître de ces profondes mutations, de ces expérimentations brutales et hasardeuses sur notre espèce, dont l'Homo sapiens ne sortira pas indemne ?
Quatrième de couverture
Jacques Testart et Agnès Rousseaux,  Au péril de l'humain Les promesses suicidaires des transhumanistes, Ed. Seuil, 2018.


Ces milliardaires et multinationales qui investissent dans la quête d’immortalité et de jeunesse éternelle
Par Agnès Rousseaux, Jacques Testart, le 28 février 2018 - Bastamag


Des start-up se lancent dans des transfusions de sang de patients jeunes vers des personnes plus âgées dans le but de prolonger la vie. Des grandes fortunes ou des multinationales, comme Google-Alphabet, investissent dans des biotechnologies pour identifier les gènes de longévité et ralentir le vieillissement. D’autres mènent des expérimentations pour dupliquer le cerveau dans des machines. L’industrie de la cryoconservation – congeler un organisme en attendant un hypothétique remède contre la mort – connaît un succès grandissant. Tous partagent l’ambition transhumaniste : créer un être humain à la longévité décuplée, voire immortel. Sans aucune réflexion sur les conséquences sociales. Une enquête extraite de l’ouvrage Au Péril de l’humain, co-écrit par Agnès Rousseaux, journaliste de Basta !.

De nouveaux vampires seraient parmi nous ! S’injecter du sang humain « jeune » dans les veines semble être devenu la nouvelle marotte de ceux qui voudraient vivre quelques décennies supplémentaires. Pour ceux qui se revendiquent de l’idéologie transhumaniste et souhaitent l’avènement d’un « humain augmenté », vaincre la mort est l’objectif ultime. Ou plutôt de « résoudre » la mort, car celle-ci est considérée comme un problème technique, et le vieillissement comme une maladie à combattre. Entre délires de charlatans et recherches sérieuses, difficile parfois de faire le tri. Mais une chose est sûre : la recherche sur les secrets de l’immortalité – ou du moins sur les recettes de la longévité – n’est plus le domaine réservé d’une poignée de chercheurs farfelus. Depuis quelques années, les études et publications scientifiques foisonnent dans ce domaine.

En 2014, plusieurs études menées sur les souris montrent que le transfert de sang d’un rongeur jeune vers un rongeur âgé a un effet nettement « régénérateur » sur l’organisme du plus vieux. Le transfert dope le fonctionnement du cerveau et des muscles, stimule la fabrication de nouveaux neurones chez des souris âgées, améliore le sens olfactif ou la mémoire [1]. La technique consiste à injecter à échéances régulières d’importantes quantités de sang « jeune » dans un organisme ou à connecter deux systèmes de circulation sanguine – les vaisseaux sanguins de deux souris étant « cousus » ensemble, selon un montage appelé « parabiose ».

jeudi 6 avril 2017

La presse française sous influence

MAJ de la page : Presse



Nicole Ferroni, Informer n'est pas un délit, c'est un défi (France inter, avril 2017)

* * *

Le pouvoir d’influence délirant des dix milliardaires qui possèdent la presse française
Par Agnès Rousseaux, le 5 avril 2017 - Bastamag

Dix milliardaires ont pris le contrôle d’une grande partie des médias français. Ces oligarques, venus du BTP, de l’armement, du luxe ou de la téléphonie, ont accaparé les grands quotidiens nationaux, les chaînes de télévision et les radios, pour asseoir leur influence. Avec à la clé, conflits d’intérêts, censures, pressions, licenciements, ingérence malsaine... Cette concentration des moyens de production de l’information entre les mains de quelques uns met en péril l’indépendance de la presse dans notre pays. Et porte ainsi atteinte au fonctionnement démocratique. Comment garantir la liberté de l’information et le pluralisme de la presse ? Résumé d’une situation critique, à l’occasion de la campagne #LibertéEgalitéInformés.

À qui appartient la presse française ?

Le secteur de la presse en France est un grand Monopoly. Tout s’achète, tout se vend, les journaux, les télés, les radios. Quelques milliardaires se partagent le gâteau. Résultat : 90 % des quotidiens nationaux vendus chaque jour appartiennent à 10 oligarques ! D’après les calculs de Basta !, les mêmes possèdent des télévisions et radios qui totalisent respectivement 55% et 40% des parts d’audience [1]. Vous avez donc une grande probabilité de lire, regarder ou écouter chaque jour des médias qui appartiennent à ce petit cercle de milliardaires.


Cela pose plusieurs problèmes. La concentration d’abord. Est-il sain qu’une si grande part de la presse appartienne à quelques personnes, richissimes, faisant partie d’une caste de privilégiés ? L’indépendance, ensuite. Est-il normal que les principaux médias français de notre pays soient entre les mains de marchands d’armes, d’entreprises du luxe, du BTP, de la téléphonie, de banquiers ou de fabricant de toilettes ? Comment ces propriétaires peuvent-ils concilier liberté de l’information et intérêts privés ? Comment TF1, BFM-TV, Le Monde, Libération peuvent-il produire en toute indépendance des enquêtes sur le secteur de la téléphonie, quand leurs propriétaires sont les patrons de Free, Bouygues Telecom et SFR ? Comment les journalistes du Figaro peuvent-ils porter un regard critique sur la politique de défense de la France, quand le propriétaire de leur journal vend des avions de chasse à l’État français ? Enfin, cette situation ne peut qu’encourager la reproduction d’un système économique qui assure la continuité des intérêts financiers de cette petite classe de possédants. Ils constituent une véritable communauté d’intérêt ! Et ce qui motive de riches patrons à créer des conglomérats médiatiques – qui ne rapportent pas vraiment d’argent – c’est d’abord la possibilité d’acheter de l’influence.

Qui sont ces 10 milliardaires ?

Ils sont cinq à faire partie du cercle des dix premières fortunes de France : Bernard Arnault, PDG du groupe de luxe LVMH (patron des Echos, du Parisien), Serge Dassault (Le Figaro), François Pinault (Le Point), Patrick Drahi, principal actionnaire de SFR (Libération, L’Express, BFM-TV, RMC), Vincent Bolloré (Canal+). On trouve ensuite Xavier Niel, patron de l’opérateur de téléphonie Free et 11ème fortune de France, qui s’est associé avec Pierre Bergé, héritier du couturier Yves Saint-Laurent, et avec le banquier Matthieu Pigasse, pour devenir propriétaire du groupe Le Monde (L’Obs, Télérama, La Vie...). Matthieu Pigasse possède également Radio Nova et l’hebdomadaire Les Inrocks.

Martin Bouygues, 30ème fortune de France, est propriétaire du groupe TF1. La famille Mohn, qui contrôle le groupe allemand Bertelsmann [2], est propriétaire de M6, RTL, Gala, Femme actuelle, VSD, Capital,… Viennent ensuite Arnaud Lagardère, propriétaire d’Europe 1, Paris Match, du JDD, de Virgin radio, RFM, Télé 7 jours, et Marie-Odile Amaury, qui possède L’Equipe (et dont le groupe est, par l’une de ses filiales, organisateur du Tour de France notamment). Petite précision : ces deux derniers ne sont « que » millionnaires, avec tout de même une fortune évaluée entre 200 et 300 millions d’euros. A ce « Top 10 », on pourrait aussi ajouter la famille Bettencourt qui finance le journal ultra-libéral L’opinion. Ou le milliardaire d’origine libanaise Iskander Safa, 71ème fortune de France et propriétaire du très réac Valeurs actuelles.


Conflits d’intérêts en pagaille

mardi 11 octobre 2016

La Deutsche Bank fait craindre le krach

La Deutsche Bank fait craindre le krach
Par Nicolas Baverez, le 9 octobre 2016 - TDG


Huit ans après la faillite de Lehman Brothers qui provoqua le pire effondrement du crédit depuis le krach de 1929, une banque fait de nouveau peser, selon le FMI et la FED, une menace de krach sur le système financier mondial : Deutsche Bank.

Créée en 1870 pour accompagner l’industrialisation et les exportations du Reich, Deutsche Bank fut pendant un siècle indissociable du modèle de la banque-industrie. A partir des années 1990, elle s’est convertie à la norme du capitalisme financier dérégulé, donnant la priorité aux activités de marché. Elle cumule aujourd’hui le pire des deux systèmes, conjuguant la démesure et l’obsession pour le profit à court terme propres à la finance américaine avec un complexe de supériorité tout germanique que l’on retrouve à l’origine du Dieselgate de Volkswagen.

Le modèle économique de Deutsche Bank, qui adosse un bilan de 1.800 milliards d’euros à des fonds propres limités à 62 milliards d’euros, est insoutenable. La banque de détail est peu profitable en raison des taux négatifs et de la concurrence des Landesbanken et des Sparkassen qui sont soumises à une régulation nettement plus lâche. La banque d’investissement explose sous le poids des charges en capital exigées par les nouvelles règles prudentielles alors que les revenus diminuent. Seules la gestion de fortune et la gestion d’actifs restent bénéficiaires mais ne suffissent pas à assurer la rentabilité de l’ensemble.

Parallèlement, Deutsche Bank affronte la multiplication des contentieux liés à une culture inconsidérée du risque et des bonus, qui l’a conduite à se spécialiser dans les opérations aux marges de la légalité : subprimes, manipulation des taux d’intérêts, contournement des sanctions internationales contre la Russie, dérivés pour occulter 2 milliards d’euros de pertes de Monte dei Paschi en Italie. En France, elle fut la seule institution à accepter, en 2015, d’exécuter - au prix fort - l’opération de montée masquée de l’Etat dans le capital de Renault que toutes les autres banques de la place de Paris refusèrent en raison de la violation ouverte du droit boursier.

Tout ceci conduit aujourd’hui Deutsche Bank à détenir un portefeuille de produits financiers dont l’exposition atteint 46.000 milliards de dollars, représentant 12 % des contrats de dérivés dans le monde. Son levier d’endettement culmine à 30 - à comparer à 33 pour Lehman Brothers au moment de son défaut - alors qu’il s’établit entre 20 et 25 pour les banques universelles européennes. Mais le risque systémique constitué par Deutsche Bank est bien pire que celui de Lehman du fait de son activité de banque de détail qui repose sur 566 milliards d’euros de dépôts.

La sanction de 14 milliards de dollars envisagée par la justice américaine porterait le coup de grâce à Deutsche Bank. Une fois tenu compte des provisions de 6 milliards inscrites dans ses comptes, elle amputerait la banque de 40 % de sa capitalisation boursière, déjà réduite à 17 milliards d’euros, provoquant la fuite de ses contreparties et la panique des déposants.

vendredi 20 novembre 2015

« Modifier notre Constitution sur injonction de Daech, c’est donner aux terroristes la victoire qu’ils espèrent »



« Modifier notre Constitution sur injonction de Daech, c’est donner aux terroristes la victoire qu’ils espèrent »
Par Agnès Rousseaux, le 19 novembre 2015 - Bastamag

Comment lutter efficacement contre Daech et l’idéologie salafiste sans fouler du pied les principes du droit, sans renoncer à ce que nous sommes et avons bâti ? Quelles seront les conséquences sur notre démocratie déjà bien affaiblie de la révision de la Constitution et des mesures d’exception en préparation ? La réponse par les armes est-elle vraiment la seule possible ? Entretien avec le juriste Jean-Pierre Dubois, président d’honneur de la Ligue des droits de l’Homme, et secrétaire général adjoint de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH).

Basta ! : Les députés discutent ce jeudi du prolongement de trois mois de l’état d’urgence. Quelle est votre réaction par rapport au discours de François Hollande devant le Parlement réuni en Congrès, le 16 novembre, après les attentats meurtriers ?

Jean-Pierre Dubois [1] : Nous faisons face à une situation exceptionnelle, qui appelle à des mesures exceptionnelles. Mais cela ne signifie pas des mesures d’exception. Cela suppose des moyens plus importants qu’en temps normal, avec la restriction de certaines libertés si cela est absolument nécessaire. Mais tout cela doit être décidé démocratiquement, et être accompagné à chaque fois de mesures de contrôle, politiques et judiciaires, pour éviter toute logique non-démocratique. De ce double point de vue, le discours du président de la République nous inquiète énormément. Le ton martial rappelle celui du président George W. Bush en 2001. Nous sommes dans une logique d’impuissance guerrière, avec d’autant plus de gesticulations qu’on ne sait pas quoi faire. La peur et la vengeance sont toujours des défaites de la raison. C’est normal que tous, nous ayons peur, mais nos responsables politiques doivent faire appel à la raison, ne pas être dans l’instantané et dans l’émotionnel.

mercredi 30 septembre 2015

France : Collusion et pantouflage



Collusion et pantouflage : quand le lobby bancaire met la main sur la haute administration
Par Agnès Rousseaux, le 28 septembre 2015 - Bastamag

Hollande le souhaite : c’est un ancien de chez BNP qui va être nommé à la tête de la Banque de France et de l’autorité de contrôle des banques, si le Parlement l’approuve. Conflit d’intérêt ? Collusion ? Menace pour la régulation bancaire ? Une décision symbole de la porosité entre banquiers et instances chargées de leur contrôle, qui explique en partie le laisser-faire coupable et l’inaction des régulateurs et responsables politiques face à la finance. Enquête sur les ressorts de l’influence considérable du lobby bancaire sur la haute fonction publique et nos dirigeants politiques.

François Villeroy de Galhau, ex-directeur général délégué de BNP Paribas, va devenir président de la Banque de France. Cette nomination, voulue par François Hollande, doit être entérinée le 29 septembre par les Parlementaires. La décision a provoqué la colère de 150 économistes : « Il est totalement illusoire d’affirmer qu’on peut avoir servi l’industrie bancaire puis, quelques mois plus tard, en assurer le contrôle avec impartialité et en toute indépendance, écrivent-ils dans une tribune. Nos gouvernants sont-ils à ce point prisonniers des intérêts financiers qu’ils laissent à la finance le pouvoir de nommer les siens aux fonctions-clés des instances censées la réguler ? » Depuis la crise financière de 2008, rien n’a été fait pour éviter les collusions et conflits d’intérêt. Les banquiers se retrouvent à la tête des instances de régulation financière. Dans l’autre sens, hauts fonctionnaires ou responsables politiques sont toujours plus nombreux à partir travailler pour les banques.

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