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jeudi 6 avril 2017

La presse française sous influence

MAJ de la page : Presse



Nicole Ferroni, Informer n'est pas un délit, c'est un défi (France inter, avril 2017)

* * *

Le pouvoir d’influence délirant des dix milliardaires qui possèdent la presse française
Par Agnès Rousseaux, le 5 avril 2017 - Bastamag

Dix milliardaires ont pris le contrôle d’une grande partie des médias français. Ces oligarques, venus du BTP, de l’armement, du luxe ou de la téléphonie, ont accaparé les grands quotidiens nationaux, les chaînes de télévision et les radios, pour asseoir leur influence. Avec à la clé, conflits d’intérêts, censures, pressions, licenciements, ingérence malsaine... Cette concentration des moyens de production de l’information entre les mains de quelques uns met en péril l’indépendance de la presse dans notre pays. Et porte ainsi atteinte au fonctionnement démocratique. Comment garantir la liberté de l’information et le pluralisme de la presse ? Résumé d’une situation critique, à l’occasion de la campagne #LibertéEgalitéInformés.

À qui appartient la presse française ?

Le secteur de la presse en France est un grand Monopoly. Tout s’achète, tout se vend, les journaux, les télés, les radios. Quelques milliardaires se partagent le gâteau. Résultat : 90 % des quotidiens nationaux vendus chaque jour appartiennent à 10 oligarques ! D’après les calculs de Basta !, les mêmes possèdent des télévisions et radios qui totalisent respectivement 55% et 40% des parts d’audience [1]. Vous avez donc une grande probabilité de lire, regarder ou écouter chaque jour des médias qui appartiennent à ce petit cercle de milliardaires.


Cela pose plusieurs problèmes. La concentration d’abord. Est-il sain qu’une si grande part de la presse appartienne à quelques personnes, richissimes, faisant partie d’une caste de privilégiés ? L’indépendance, ensuite. Est-il normal que les principaux médias français de notre pays soient entre les mains de marchands d’armes, d’entreprises du luxe, du BTP, de la téléphonie, de banquiers ou de fabricant de toilettes ? Comment ces propriétaires peuvent-ils concilier liberté de l’information et intérêts privés ? Comment TF1, BFM-TV, Le Monde, Libération peuvent-il produire en toute indépendance des enquêtes sur le secteur de la téléphonie, quand leurs propriétaires sont les patrons de Free, Bouygues Telecom et SFR ? Comment les journalistes du Figaro peuvent-ils porter un regard critique sur la politique de défense de la France, quand le propriétaire de leur journal vend des avions de chasse à l’État français ? Enfin, cette situation ne peut qu’encourager la reproduction d’un système économique qui assure la continuité des intérêts financiers de cette petite classe de possédants. Ils constituent une véritable communauté d’intérêt ! Et ce qui motive de riches patrons à créer des conglomérats médiatiques – qui ne rapportent pas vraiment d’argent – c’est d’abord la possibilité d’acheter de l’influence.

Qui sont ces 10 milliardaires ?

Ils sont cinq à faire partie du cercle des dix premières fortunes de France : Bernard Arnault, PDG du groupe de luxe LVMH (patron des Echos, du Parisien), Serge Dassault (Le Figaro), François Pinault (Le Point), Patrick Drahi, principal actionnaire de SFR (Libération, L’Express, BFM-TV, RMC), Vincent Bolloré (Canal+). On trouve ensuite Xavier Niel, patron de l’opérateur de téléphonie Free et 11ème fortune de France, qui s’est associé avec Pierre Bergé, héritier du couturier Yves Saint-Laurent, et avec le banquier Matthieu Pigasse, pour devenir propriétaire du groupe Le Monde (L’Obs, Télérama, La Vie...). Matthieu Pigasse possède également Radio Nova et l’hebdomadaire Les Inrocks.

Martin Bouygues, 30ème fortune de France, est propriétaire du groupe TF1. La famille Mohn, qui contrôle le groupe allemand Bertelsmann [2], est propriétaire de M6, RTL, Gala, Femme actuelle, VSD, Capital,… Viennent ensuite Arnaud Lagardère, propriétaire d’Europe 1, Paris Match, du JDD, de Virgin radio, RFM, Télé 7 jours, et Marie-Odile Amaury, qui possède L’Equipe (et dont le groupe est, par l’une de ses filiales, organisateur du Tour de France notamment). Petite précision : ces deux derniers ne sont « que » millionnaires, avec tout de même une fortune évaluée entre 200 et 300 millions d’euros. A ce « Top 10 », on pourrait aussi ajouter la famille Bettencourt qui finance le journal ultra-libéral L’opinion. Ou le milliardaire d’origine libanaise Iskander Safa, 71ème fortune de France et propriétaire du très réac Valeurs actuelles.


Conflits d’intérêts en pagaille

vendredi 10 mars 2017

Sur l'état (désastreux) de la presse

MAJ de la page : Aude Lancelin / Decodex

Une discussion avec Aude Lancelin sur l'état (désastreux) de la presse hexagonale
Par Romain  Gonzalez, le 6 mars 2017 - Vice


La journaliste nous explique pourquoi il n'y a plus grand-chose à attendre des médias mainstream.

En mai 2016, Aude Lancelin était licenciée sans ménagement de L'Obs après avoir occupé le poste de directrice adjointe de la rédaction pendant deux ans. Cette figure de la gauche payait sa défense d'intellectuels tels qu'Alain Badiou ou Jacques Rancière au sein d'un hebdomadaire ne jurant plus que par la social-démocratie, le management ultralibéral et la défense des intérêts de ses nouveaux actionnaires majoritaires – à savoir Pierre Bergé, Xavier Niel et Mathieu Pigasse, fondateurs de la holding Le Monde Libre.

C'est de cette expérience violente que cette spécialiste de la vie des idées a tiré Le Monde Libre, livre au titre évidemment sarcastique, publié aux éditions Les liens qui libèrent. Ce réquisitoire contre une presse de gauche devenue esclave du Marché a valu à Aude Lancelin le prix Renaudot de l'essai en 2016, et des critiques élogieuses de la part de médias qui ne l'avaient pas forcément défendue au moment de son éviction. C'est pour parler du présent et de l'avenir du journalisme que j'ai tenu à la rencontrer, quelque part dans le nord de Paris.
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VICE : « S'en prendre au journalisme quand on est soi-même journaliste, c'est tout de même un peu con. » C'est ce que vous a affirmé un ancien directeur de rédaction quand vous étiez à L'Obs…

Aude Lancelin : Cette phrase est signée Laurent Joffrin, en effet. Un éditocrate emblématique, qui faisait partie des polytraumatisés de la critique des médias menée par le Monde Diplo ou Acrimed – et, plus largement, par tout ce qui était né dans le sillage des grandes grèves de 1995. Pour la première fois, cette génération de journalistes labellisés « de gauche », mais en réalité entièrement acquis au néolibéralisme, voyait une véritable opposition politique et intellectuelle se reconstituer. Ça leur a fait une grande frayeur !

Au-delà du cas Joffrin, la critique des médias n'est pas un sport très répandu chez mes confrères. Ça passe souvent pour un manque de « confraternité ». On entend souvent ce terme-là, que je n'ai pour ma part jamais compris. Si vous êtes charcutier, devez-vous vous sentir solidaire d'un confrère qui mettrait de la viande avariée dans ses saucisses ? C'est très curieux comme idée. Personnellement, je ne me sens nullement solidaire de David Pujadas, de Ruth Elkrief ou d'Arnaud Leparmentier. Nous ne faisons tout simplement pas le même métier, eux et moi. En réalité, la « confraternité » est bien souvent une façon de se serrer les coudes, de défendre des positions de pouvoir. Aussi bien Guy Hocquenghem que Karl Kraus ou George Orwell, tous journalistes à leur façon, ont insisté sur la nécessité, pour les journalistes, de mener une critique impitoyable de leur propre profession.

vendredi 24 février 2017

Charlot ministre de la vérité

MAJ de la page : Décodex

Charlot ministre de la vérité
par Frédéric Lordon, le 22 février 2017 - Le Monde diplomatique 

One of the best toy traffic lights ever manufactured 
(l’un des plus beaux jouets représentant un feu de circulation jamais fabriqué).

Admettons-le : au début on n’a pas voulu y croire. Lorsque le 3 janvier on a entendu Samuel Laurent, « décodeur » en chef au Monde, annoncer « une innovation technologique (1) » conçue pour défaire la post-vérité, on s’est dit que c’était trop beau pour être vrai. Mais l’époque dispense sans compter, et il faut désormais tenir pour acquis qu’elle est capable de tout. La suite a prouvé combien. Il y a d’abord ce nom grotesque, Decodex, qui fait surtout penser aux collants bleus de Fantômas ou bien au manteau noir de Judex — et donne irrésistiblement envie d’avoir accès aux minutes du brainstorming, qu’on imagine quelque part entre Veritator, Orthofact et Rectifias. Il y a surtout une trouvaille dont on ne sait plus s’il faut l’assimiler au geste d’une performance artistique ou au comique du cinéma muet. Construire la machine à gifles et s’y attacher la tête dans l’ouverture, Buster Keaton ou Charlot n’auraient sans doute pas fait mieux. C’est que les génies du décodage se sont fabriqué pour longtemps des journées difficiles. Comme de juste, pas une des (nombreuses) traces de pneu de la presse « crédible » labellisée « vert » ne leur sera épargnée, immanquable avalanche dont les effets sur la santé nerveuse du chef décodeur sont déjà constatables sur les réseaux sociaux. Et chaque fois que le ministère de la vérité proteste de ses justifications doctrinales, c’est derechef pour faire tourner à plein régime la turbine à claques.

L’hôpital, la charité

Pour son malheur en effet, il n’est pas une de ses phrases qui ne puisse aussitôt lui être retournée. On se souvient de Katherine Viner, éditorialiste-philosophe de la post-vérité au Guardian qui, voulant faire porter le chapeau à Facebook, « conceptualisait » les « bulles de filtre » sans s’apercevoir que la définition qu’elle en donnait s’appliquait à merveille à la presse mainstream : un univers clos qui ne se nourrit que de pensée confirmante sans jamais ni accueillir ni faire entendre le moindre bruit contradictoire sérieux. Si Samuel Laurent est visiblement plus à son affaire dans le code que dans la théorie, ça ne l’empêche pas d’essayer lui aussi. Il aurait eu tort de se gêner, les produits de la ferme sont de première qualité : « Plus on est dans le domaine de la croyance et du religieux, plus c’est difficile de faire changer d’avis quelqu’un, parce qu’il y croit, il a basé sa structure mentale là-dessus (…) C’est compliqué de se battre contre des gens qui sont déjà convaincus (2) ». Et c’est tellement vrai.

La neutralité journalistique est au choix une ânerie sans nom ou une parfaite hypocrisie.

Par exemple, le type qui déclare avec un regard fixe un peu inquiétant que « Jean-Claude Juncker s’efforce de taxer les multinationales, de faire la chasse aux paradis fiscaux et d’avoir une gestion politique — comprendre de gauche — des politiques budgétaires » est clairement à jour de sa cotisation aux Raëliens ou bien s’est fait refiler du gâteau au shit par des Hare Krishna. Ici les analyses de Samuel Laurent n’ont jamais été si éclairantes : nous avons en effet à faire à quelqu’un « qui est dans le domaine du religieux, qui y croit, qui a basé sa structure mentale là-dessus ». Et il est bien certain qu’il ne va pas être facile de le ravoir, parce que celui-là, c’est peu dire qu’« il y croit ». Le problème est que le sujet à pupilles dilatées est directeur éditorial au journal Le Monde (3) qui lui tamponne régulièrement son bon de sortie — à vignette verte. Problème d’autant plus sérieux que le directeur de la maison de repos, en campagne pour les dragées Decodex, dit lui-même des choses à fort retour de manivelle : « Un site d’extrême-droite peut reprendre des vraies informations ou alors peut colporter de fausses informations, ou peut donner des visions extrêmement tendancieuses des faits (4) ». Ma foi c’est très vrai également, attention toutefois à la malice du jokari. Bien sûr on ne va pas assimiler le journal de référence à un site complotiste, mais enfin, littéralement parlant, « reprendre des vraies informations, en colporter de fausses, donner des faits des présentations extrêmement tendancieuses » est un énoncé susceptible d’un champ d’application passablement plus large que ne l’imagine le directeur du Monde.

C'est aux médias de «...contrôler exactement ce que les gens pensent».

C'est aux médias de «contrôler ce que les gens pensent» : le lapsus d'une journaliste de NBC
Le 23 févr. 2017 - RT



La journaliste présentatrice Mika Brzezinski en plateau sur la chaîne d'information continue MSNBC le 22 février 2017, "Our Job"

Alors que le torchon brûle toujours entre Donald Trump et les médias historiques, une présentatrice de la chaîne d'information continue américaine s'est emportée contre Donald Trump : le président se chargerait de contrôler l'opinion à leur place.
Les complotistes peuvent se réjouir : une présentatrice américaine a levé pour eux une partie du rideau. Que ce soit par ingénuité, ou en raison de l'entre-soi du plateau de télévision lui faisant, Mika Brzezinski, paraissant oublier les spectateurs de l'autre côté de la caméra laisse échapper. «Il [Donald Trump] essaie de dénigrer les médias et il essaie de créer ses propres faits», s'indigne-t-elle dans une discussion animée entre journalistes tous d'accord avec elle.

Et ça, c'est notre travail

Il pourrait brouiller l'information fournie par les médias, déplore-t-elle, «au point qu'il pourrait contrôler exactement ce que les gens pensent». Et d'ajouter : «Et ça, c'est notre travail».

Tel père telle fille ?
La démonstration de Mika Brzezinski,indiquerait que ce qui gêne les médias mainstream, ce ne serait pas la «post-vérité», «fake news» et autres «faits alternatifs», mais bien le fait que les médias classiques perdent le monopole de la fabrique de l'opinion publique. Mika Brzezinski se trouve être la fille de Zbigniew Brzezinski, inspirateur de la doctrine néoconservatrice et des faucons aux Etats-Unis, et fervent défenseur d'un «Empire américain» unipolaire.
Depuis l'élection de Donald Trump en novembre 2016, les médias s'interrogent sur l'importance acquise par les réseaux sociaux et les sources d'information alternatives. Certaines initiatives, comme le Décodex lancé par Le Monde, visent à certifier et qualifier les informations diffusées par les médias en ligne.

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Un internaute trolle Le Monde en créant l’anti-Décodex
21 févr. 2017, 09:44 - RT


OpenMind ou l'anti-Décodex est disponible sur la toile

OpenMind vient de faire son apparition dans le catalogue des extensions de Google Chrome. Reprenant le principe du très controversé Décodex, il vous livre des conseils opposés à ceux du Monde pour vous informer sur internet.

mercredi 22 février 2017

La langue des médias, Destruction du langage et fabrication du consentement



Ingrid Riocreux, « Les journalistes manipulent avec une parfaite bonne conscience et toujours pour la bonne cause » « s'ils sont manipulateurs c'est qu'ils sont d'abord manipulés » (OJIM, mai 2016)


A propos de son dernier livre : La langue des médias, Destruction du langage et fabrication du consentement, Ed. du Toucan, 2016

Les journalistes se présentent volontiers comme des adeptes du "décryptage". Mais est-il autorisé de "décrypter" leur discours ? En analysant de très nombreux exemples récents, ce livre montre que les journalistes ne cessent de reproduire des tournures de phrases et des termes qui impliquent en fait un jugement éthique sur les événements. Prenant pour des données objectives des opinions qui sont en réalité identifiables à des courants de pensée, ils contribuent à répandre nombre de préjugés qui sont au fondement des croyances de notre société. Si le langage du Journaliste fonctionne comme une vitre déformante à travers laquelle on nous montre le présent, il est aussi une fenêtre trompeuse ouverte sur le passé et sur l'avenir. Analyser le discours du Journaliste, c'est donc d'une certaine manière mettre au jour l'inconscient de notre société dans tout ce qu'il comporte d'irrationnel. Ce livre est conçu comme un manuel de réception intelligente à l'usage des lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs quotidiennement exposés aux médias d'information. Son ambition est de lutter à la fois contre la naïveté et la paranoïa complotiste afin de n'être plus "orientés par un discours orientant".
Quatrième de couverture
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Ingrid Riocreux : un décryptage acerbe de la presse et de son langage
Par Nicolas Vida, le février 2017 - BSCNews

Agrégée de lettres et maître de conférences à l’Université, Ingrid Riocreux a jeté un pavé dans la mare médiatique avec cet essai passionnant. Selon elle, les médias décryptent, analysent et orientent l’actualité selon un canevas idéologique. Le propos est dense, corrosif et brillant. Ingrid Riocreux nous explique plus en détails en quoi les enjeux manichéens voulus par une certaine partie de la presse ouvre un débat profond sur la démocratie et le libre arbitre.

Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire ce livre, Ingrid Riocreux? Y-a-t-il un événement en particulier qui a déclenché l’envie de vous exprimer sur ce sujet ?

J’ai commencé à écrire ce livre quand je donnais des cours de rhétorique à de futurs journalistes, à la Sorbonne. Comme je voulais rendre mon propos le plus concret possible, j’ai décidé de prendre des exemples dans l’actualité et je me suis aperçue qu’il existait une véritable langue des médias, une manière de parler propre aux journalistes, avec ses formules toutes faites, sa syntaxe, et ses mots porteurs d’un pré-pensé qui conditionne notre compréhension du monde. Cela dit, bien avant d’entreprendre l’écriture de ce livre, il y a bien un événement qui a représenté pour moi une prise de conscience de la puissance de conditionnement des médias. J’appartiens à ce qu’on a appelé la « génération 21 avril ». En 2002, j’étais en classe de première. A la maison, nous n’avions pas la télévision et je ne m’intéressais pas du tout à l’actualité. Or, quand Jean-Marie Le Pen s’est retrouvé au second tour, j’ai vu mes camarades devenir dingues ! Ils pleuraient, ils accusaient ceux qui ne venaient pas aux manifs d’être des complices du fascisme. Comme ils savaient que je n’avais pas la télé, ils se sentaient investis d’une mission à mon égard et m’expliquaient « Le Pen, il est comme Hitler ! ». Or, déjà au collège, les copines avaient essayé de m’expliquer la guerre du Kosovo comme ça : « Tu dois comprendre que Milosevic, il est comme Hitler ! ». Le caractère systématique, abusif et abêtissant de la nazification médiatique m’est apparu à travers le discours des autres, bien avant que je me mette à suivre l’actualité. Et cela m’a vaccinée à vie !

Vous avez parlé chez nos confrères de RMC « d’un bain idéologique » dans lequel sont les journalistes. Pouvez-vous expliquer cette notion de « bain idéologique » ?

Dans lequel ils sont et dans lequel ils nous plongent ! Les médias nous rappellent en permanence ce que nous devons penser sur tel ou tel sujet. Ils fixent la ligne officielle de la pensée autorisée. Et le discours médiatique jouit d’une énorme puissance prescriptive, aussi bien sur la forme que sur le fond. Comme je le dis dans mon livre, quand on est prof, on a beaucoup de mal à faire accepter que tel ou tel mot n’existe pas, ou ne s’emploie pas de telle manière, face à des élèves soutenant que « à la télé, ils disent comme ça ». Eh bien, c’est pareil pour les idées portées par ce discours. Nous savons d’instinct ce que nous pouvons dire et ce que nous ne pouvons pas dire, ou pas dire trop fort, ou pas avec n’importe qui. Car nous avons très bien intériorisé la ligne officielle. Il y a un discours spécifique aux médias sur des sujets comme l’immigration, le climat, la condition des femmes, la pédagogie, les mœurs, etc. Et ce discours n’est pas réductible à la doctrine d’un parti. C’est le dogme auquel nous sommes appelés à communier, une espèce de garantie d’unité, même si ce n’est qu’une unité de façade maintenue par la crainte généralisée d’être considéré comme un individu divergent.

Justement, vous abordez la question à la fois passionnante et terrifiante de l’inquisition médiatique qui « traque la pensée déviante » qui s’écarte donc du politiquement correct. Comment se caractérise cette inquisition médiatique ?

lundi 13 février 2017

Les intellectuels et les médias

MAj de la page : Jacques Bouveresse / Décodex



Jacques Bouveresse, Les intellectuels et les médias (A la source du savoir, 2008)


Merci DECODEX…
Par Jacques Sapir, le 13 février 2017 - RussEurope

Je dois ici confesser une erreur. Et je le fais en toute humilité. L’application « Decodex » lancée à sons de trompes par Le Monde n’était pas une opération d’auto-promotion de ce journal. J’avais pu me laisser induire en erreur par le fait qu’apparaissaient en vert, donc en lectures réputées comestibles, toutes les publications associées au Monde. J’avais pu penser qu’il s’agissait d’une attaque hystérique contre le pluralisme de la pensée, d’une tentative aussi sotte que grossière pour « certifier » la vérité, comme si cette dernière pouvait tomber sous copyright. Bref, j’avais pu dire des choses peu agréables pour les auteurs de cette opération, comme dans l’interview réalisé par RT (en anglais) : https://www.rt.com/viral/376488-fake-news-crackdown-facebook-google/

En réalité, il s’agissait d’une opération visant à renforcer le pluralisme de la presse en assurant une promotion gratuite aux sites classés « orange » (come c’est le cas pour RussEurope) ou en « rouge », comme c’est le cas pour le blog d’Olivier Berruyer Les Crises. Je m’en suis rendu compte en regardant les statistiques de mon carnet. En effet, Decodex a été rendu publique le 1er février. En regardant les résultats depuis (jusqu’au 11 février) et en les comparant avec ceux d’avant on obtient donc les résultats suivants :


On constate que par rapport aux 20 jours ayant précédé la publication de Decodex, le nombre de connexions a augmenté de 20% et par rapport aux 11 jours ayant précédé cette publication, de 16%. Cependant, rapporté au nombre de notes installées dans les périodes considérées (19 pour les 20 derniers jours de janvier, 11 pour les 11 derniers jours, et 7 pour les 11 premiers jours de février) le nombre de connexions a augmenté de 79,7% pour la première période et de 82,4% pour la seconde.

Je me doutais bien de quelque chose depuis que le 3 février le nombre de connexions avait subitement grimpé à plus de 15000…Mais, maintenant, j’en ai la confirmation.

Je tiens donc à exprimer mes plus chaleureux remerciements à l’équipe de Decodex qui – certainement « à l’insu de son plein grés » – m’a fait cette belle publicité, et indirectement à l’ensemble du portait Hypothèses. Il reste à savoir si un effet inverse ne s’est pas manifesté pour les publications classées en « vert ». Et je suis sûr que les auteurs de Decodex auront à cœur de nous en tenir au courant…Ou alors, ils se révéleraient de biens mauvais joueurs…

mardi 17 janvier 2017

Médias, CIA et propagande de guerre



Interview avec le Udo Ulfkotte sur le sujet des « journalistes soudoyés » (KlagmauerTV, décembre 2014)
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Udo Ulfkotte qui avait avoué avoir travaillé comme « agent [de la CIA] non officiel sous couverture  » est décédé.
Le 15 janvier 2017  Arrêt sur Info

Udo Ulfkotte, l’ancien rédacteur en chef de la Frankfurter Allgemeine Zeitung, qui avait révélé en 2014 avoir travaillé pour la CIA comme « agent non officiel sous couverture » est décédé le 13 janvier 2017, à l’âge de 56 ans. Nous reproduisons le texte que lui avait consacré Kurt Nimmo au moment de ses courageux aveux.

Les médias dominants poussent à la guerre mondiale
Par Kurt Nimmo, le 7 octobre 2014 - Infowars / Arrêt sur Info (trad.)

Udo Ulfkotte, un ancien rédacteur en chef d’un des plus grands quotidiens allemands de grand tirage, Frankfurter Allgemeine Zeitung, admet qu’il a travaillé pour la CIA.

“Je suis journaliste depuis environ 25 ans et on m’a appris à mentir, à trahir et à ne pas dire la vérité au public” a déclaré Ugo Ulfkotte dans un entretien avec la chaîne Russia Today. “Pourquoi ’j’ai été soutenu par la CIA ? Parce que je suis pro-américain” (RT, 2014)



Il a décidé de dire la vérité au sujet des médias de masse complètement contrôlés par la classe financière parce qu’il a peur d’une guerre en Europe.

“Les médias allemands et américains essaient d’amener la guerre en Europe, d’amener la guerre en Russie. C’est le point de non retour et je vais dire ce que j’ai à dire… Ce que j’ai fait dans le passé est mal, manipuler les gens, construire une propagande contre la Russie.”

Ulfkotte a dit que la plupart des journalistes de la corporation médiatique aux Etats-Unis et en Europe travaillent pour une agence de renseignement, sont des “soi-disant couvertures non-officielles”.
“Je pense que c’est particulièrement le cas pour les journalistes britanniques, parce qu’ils ont une relation bien plus étroite (avec leur service de renseignement). C’est très certainement le cas avec les journalistes israéliens et bien sûr les journalistes français… C’est également le cas avec les journalistes australiens, néo-zélandais, taïwanais, bref, de beaucoup de pays.”

Operation Mockingbird (Opération “oiseau moqueur”)

vendredi 30 décembre 2016

« Fausses nouvelles » aux US : faites maison et pas si nouvelles que ça

« Fausses nouvelles » aux US : faites maison et pas si nouvelles que ça
Par Chris Hedges, le 18 décembre 2016 – Truthdig / Le Saker francophone (trad.)


Le paysage médiatique en Amérique est dominé par les « fausses nouvelles ». Depuis des décennies. Ces fausses nouvelles n’émanent pas du Kremlin. C’est une industrie de plusieurs milliards de dollars par an, qui est habilement conçue et gérée par des agences de relations publiques, des publicistes et des services de communications au nom d’individus précis, du gouvernement, et des sociétés pour manipuler l’opinion publique.

Cette industrie de la propagande met en scène des pseudo-événements pour façonner notre perception de la réalité. Le public est tellement inondé par ces mensonges, livrés 24 heures par jour à la radio, à la télévision et dans la presse écrite, que les téléspectateurs et les lecteurs ne peuvent plus distinguer entre la vérité et la fiction.

Donald Trump et les théoriciens racistes-conspirateurs, les généraux et les milliardaires autour de lui, ont hérité et exploité cette situation, tout comme ils ont hérité et exploiteront la destruction des libertés civiles et l’effondrement des institutions démocratiques. Trump n’a pas créé ce vide politique, moral et intellectuel. C’est l’inverse. Ce vide a créé un monde où les faits changent avec l’opinion, où les célébrités ont d’énormes mégaphones tout simplement parce que ce sont des célébrités, où l’information doit être divertissante et où nous avons la possibilité de croire ce que nous voulons, indépendamment de la vérité. Un démagogue comme Trump est le résultat que vous obtenez quand la culture et la presse tournent au burlesque.

Les journalistes ont depuis longtemps renoncé à décrire un monde objectif ou à donner la parole aux hommes et aux femmes ordinaires. Ils ont été conditionnés pour répondre aux demandes des entreprises. Les personnalités de l’actualité, qui gagnent souvent des millions de dollars par an, deviennent courtisanes. Elles vendent des commérages. Elles favorisent le consumérisme et l’impérialisme. Elles bavardent sans cesse au sujet des sondages, des stratégies, de la présentation et des tactiques ou jouent à des jeux de devinettes sur les rendez-vous présidentiels à venir. Elles comblent l’absence de nouvelles avec des histoires triviales, conduites émotionnellement, qui nous font sentir bien dans notre peau. Ils sont incapables de produire de véritables reportages. Elles s’appuient sur des propagandistes professionnels pour encadrer toute discussion et débat.

lundi 5 décembre 2016

Russophobie et censure européenne



Poutine: la résolution du Parlement européen atteste d'une dégradation de la démocratie (Sputnik France, novembre 2016)

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Les députés sonnent l’alarme à propos de la propagande anti-UE de la Russie et des groupes terroristes islamistes
Communiqué de presse - Relations extérieures − 23-11-2016

La pression en matière de propagande subie par l'UE de la part de la Russie et des groupes terroristes islamistes est grandissante, avertissent les députés dans une résolution votée mercredi. La désinformation cherche à dénaturer la vérité, à inciter à la peur, à provoquer le doute et à diviser l'Union.
Source (et suite) du texte :  Parlement européen

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Dossier : Spoutniknews

Le Parlement européen adopte une résolution sur la lutte contre les médias russes 
Le 23 novembre 2016 - RT

Selon les informations préliminaires, la majorité du Parlement européen a approuvé la résolution visant à contrecarrer les médias russes. 

Aujourd’hui 23 novembre, le Parlement européen a adopté une résolution prévoyant des mesures destinées à limiter l’activité des médias russes en Europe. Il est connu également que certains passages du documents ont été, quand même, refusés.
691 députés ont pris part au vote. 304 personnes ont voté pour, 179 contre et 208 députés se sont abstenus.
L'agence Sputnik a réagi en exhortant l'Onu, l'OSCE et la communauté médiatique internationale à prendre des mesures contre la mise en œuvre de cette résolution.
La résolution du Parlement européen visant à contrer les médias russes est une violation manifeste de la liberté des médias et des droits de l'homme, a déclaré mercredi le service de presse de Sputnik. Le document est entre autres destiné à limiter l’activité de l'agence de presse Sputnik et du radiodiffuseur RT en Europe.

Tatjana Ždanoka, députée au Parlement européen, a fortement critiqué la décision en qualifiant ce document de manifestation de « la politique de deux poids deux mesures ».

« Nous ne pouvons pas accepter la politique de deux poids deux mesures de l'UE dans les relations avec la Russie. Ce rapport parle de soi-disant propagande russe, mais où est la condamnation de la russophobie et de la propagande anti-russe? », a déploré Mme Ždanoka.

Dans une résolution intitulée « Les communications stratégiques de l'UE en tant qu'instrument pour contrecarrer la propagande des parties tiers », la Russie est accusée d'utiliser les relations bilatérales pour semer la discorde dans la communauté européenne.

En particulier, le document affirme que Moscou fournirait un soutien financier aux partis politiques et aux organisations d'opposition dans les États membres de l'UE. La résolution nomme également les principaux médias qui menacent, selon le Parlement européen, l'UE et ses partenaires de l'Europe de l'Est. Il s'agit de l'agence de presse Sputnik, de la chaîne de télévision RT, de la fondation « Le monde russe » et de l'agence fédérale russe « Rossotroudnitchestvo ». En outre, ce document du Parlement européen contient un certain nombre d'accusations flagrantes sans fondement, notamment la comparaison de l'activité des médias tels que Sputnik avec des actions du groupe terroriste État islamique.

jeudi 24 novembre 2016

Politique post-vérité ou journalisme post-politique ?

MAJ de la page : Donald Trump / Frédéric Lordon

Politique post-vérité ou journalisme post-politique ?
par Frédéric Lordon, le 22 novembre 2016 - Le Monde diplomatique


Un système qui, le lendemain de l’élection de Donald Trump, fait commenter l’événement par Christine Ockrent — sur France Culture… — et le surlendemain par BHL interviewé par Aphatie, n’est pas seulement aussi absurde qu’un problème qui voudrait donner des solutions : c’est un système mort. On ne s’étonnera pas que le thème des morts-vivants connaisse un tel regain d’intérêt dans les séries ou dans les films : c’est l’époque qui se représente en eux, et c’est peut-être bien le sentiment confus de cette époque, à la fois déjà morte et encore vivante, qui travaille secrètement les sensibilités pour leur faire apparaître le zombie comme le personnage le plus parlant du moment.

Les morts-vivants

On objectera sans doute que les morts-vivants sont plutôt des trépassés qui reviennent, alors qu’en l’occurrence l’époque, si toute vie s’en est retirée, n’en finit pas de mourir. Institutions politiques, partis en général, parti socialiste en particulier, médias, c’est tout le système de la conduite autorisée des opinions qui a été comme passé à la bombe à neutrons : évidement radical au-dedans, ou plutôt chairs fondues en marmelade indifférenciée, seuls les murs restent debout, par un pur effet d’inertie matérielle. Au vrai, ça fait très longtemps que la décomposition est en marche, mais c’est que nous avons affaire à un genre particulier de système qui ignore ses propres messages d’erreur-système. Dès le 21 avril 2002, l’alarme aurait dû être généralisée. Mais ce système qui enseigne à tous la constante obligation de « changer » est lui d’une immobilité granitique — tout est dit ou presque quand Libération, l’organe du moderne intransitif, fait chroniquer Alain Duhamel depuis cent ans. Il s’en est logiquement suivi le TCE en 2005, les étapes successives de la montée du FN, le Brexit en Grande-Bretagne, Trump aux États-Unis, et tout le monde pressent que 2017 s’annonce comme un grand cru. Voilà donc quinze ans que, désarçonné à chaque nouvelle gifle, vécue comme une incompréhensible ingratitude, le système des prescripteurs fait du bruit avec la bouche et clame que si c’est ça, il faut « tout changer » — avec la ferme intention de n’en rien faire, et en fait la radicale incapacité de penser quoi que ce soit de différent.

On ne s’étonnera pas que le thème des morts-vivants connaisse un tel regain d’intérêt : c’est l’époque qui se représente en eux

Mais avec le temps, le travail de l’agonie devient mordant, et le système se sent maintenant la proie d’une obscure inquiétude : commence même à lui venir la conscience confuse qu’il pourrait être en cause — et peut-être menacé ? Sans doute réagit-on différemment en ses différentes régions. Le Parti socialiste n’est plus qu’un bulbe à l’état de béchamelle, dont on mesure très exactement la vitalité aux appels de Cambadélis, après l’élection de Trump, à resserrer les rangs autour de Hollande (ou bien aux perspectives de lui substituer Valls).

C’est la partie « médias », plus exposée peut-être, qui exprime un début d’angoisse terminale. A la manière dont elle avait pris la raclée du TCE en 2005 — une gigantesque éructation contre le peuple imbécile (1) —, on mesure quand même depuis lors un effet des gifles à répétition. Alors les médias, un peu sonnés à force, commencent à écrire que les médias pourraient avoir eu une responsabilité. Le propre du mort-vivant cependant, encore debout mais en instance de mourir, c’est que rien ne peut plus le ramener complètement vers la vie. Aussi, la question à peine posée, viennent dans l’instant les réponses qui confirment le pur simulacre d’une vitalité résiduelle, et la réalité de l’extinction en cours. Y a-t-il responsabilité des médias ? « Oui, mais quand même non ».

jeudi 17 novembre 2016

La presse mainstream de plus en plus décriée.



Interview de Charles Gaves, "Il n'y a plus de liberté de la presse"  (Planetes360, novembre 2016)

"L'appareil médiatique était censé être un contre-pouvoir, on appelait ça le quatrième pouvoir, législatif, exécutif, judiciaire, et la presse. Aujourd'hui ces grands médias sont tous vendus à d'énormes groupes internationaux, les journalistes n'y ont plus aucune autonomie et disent ce qu'on leur dit de dire, c'est-à-dire qu'il n'y a plus de liberté de la presse."

A propos de son dernier livre :
Sire, surtout ne faites rien ! Vous nous avez assez aidés, Ed. Jean-Cyrille Godefroy, 2016
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La presse mainstream de plus en plus décriée.
Par Lilian Held-Kawham, le 16 novembre 2016 - LHK


La Pravda, un titre propagandiste sous contrôle de l’Etat. Un prototype de la presse dont personne ne veut !

La défiance est toujours plus grande vis-à-vis de deux groupes d’acteurs de la vie politique et publique: les sondeurs et les journalistes mainstream.
Si nous pouvons tourner le dos aux sondeurs et les ignorer, le gouffre béant qui grandit de jour en jour entre les journalistes des principaux médias et le public est autrement plus gênant.

Bien sûr que nous parlons souvent ici des médias comme outil au service de la démocratie et qu’un peuple mal informé ne peut exercer ses droits démocratiques dans des conditions convenables. A contrario, un peuple bien informé est un danger pour une oligarchie qui s’est appropriée le pouvoir indûment.
C’est pourquoi, les régimes totalitaires ont toujours muselé et contrôlé la presse. La Turquie offre un exemple édifiant de la mise sous tutelle d’une presse qui prétendait à un minimum de libertés.

En Occident, la presse est toujours plus bridée par le parti d’investisseurs dont les intérêts sont ailleurs que dans le métier du journalisme. Et ces oligarques des temps modernes investissent des sommes folles dans des titres, véritables gouffres financiers. Pourquoi? Mais pour tout simplement continuer à bénéficier des avantages et de la complaisance du système.

mardi 8 novembre 2016

La liberté de presse menacée



Aude Lancelin dénonce les liens entre les grands médias et les entreprises du CAC40 (RMC, Bourdin, 2016)
A propos de son dernier livre :
Le monde libre, Ed. Les liens qui libèrent, 2016
Commande sur Amazon : Le monde libre

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La liberté de presse menacée. 
Avant-propos par Liliane Held Khawam, le 6 novembre 2016 - LHK

Le journalisme est le pivot indispensable de la démocratie!

Il n’est donc pas étonnant de voir que ceux qui mettent à mal la démocratie soient les mêmes que ceux qui menacent le journalisme d’investigation et la critique journalistique.
Le ver qui s’est logé dans la pomme est un affairisme qui a non seulement torpillé le journalisme, mais a aussi dénaturé le monde du business et celui de l’entreprise.
La mainmise de la haute finance internationale sur l’industrie de la presse est un problème essentiel du 21ème siècle qu’il s’agit de dénoncer vigoureusement si l’on ne veut pas cliver dangereusement la société entre ceux qui sont informés et le reste de la planète.

Le citoyen a fini par bouder les principaux médias, généralement défenseurs de leurs actionnaires,  pour aller chercher les infos sur le net qui peuvent être autant de sources de confusion…
Ce contexte rend la lecture du texte ci-dessous indispensable. Jacques Pilet y met en garde contre la menace qui guette toujours plus la liberté de la presse. Cela est d’autant plus à prendre au sérieux que l’expertise de M Pilet ne peut être discuté. Fondateur et producteur de plusieurs médias, il est une personnalité qui compte dans le monde de l’industrie journalistique de la Suisse francophone.


La liberté de presse menacée. 
Par jacques Pilet, le 3 novembre 2016 - L’Hebdo

Les Romands sont sévères avec leur presse mais, au fond, ils l’aiment bien. A preuve, quand un titre se trouve affaibli ou menacé, ils grognent à raison. Mais est-elle libre? se demandent-ils aussi. Sujet inépuisable.

vendredi 5 août 2016

Albert Camus sur la liberté de la presse

MAJ de la page : Albert Camus


Un manifeste inédit d'Albert Camus sur la Liberté de la presse.
Publié en exclusivité par Le Monde International, le 18 mars 2012 - Javier Bonilla Saus

A propos des attaques systématiques contre la presse en Equateur, Cuba, Venezuela, Argentine, Bolivie, Nicaragua, etc.

Le manifeste que nous publions a été rédigé par Albert Camus (1913-1960) près de trois mois après le début de la seconde guerre mondiale. Il a alors 26 ans. Non signé, le texte est authentifié. Il est aussi d'actualité. Il pourrait tenir lieu de bréviaire à tous les journalistes et patrons de journaux qui aspirent à maintenir la liberté d'expression dans un pays en guerre ou soumis à la dictature, là où le patriotisme verrouille l'information. " Toutes les contraintes du monde ne feront pas qu'un esprit un peu propre accepte d'être malhonnête ", écrit Camus, pour qui résister, c'est d'abord ne pas consentir au mensonge. Il ajoute : " Un journal libre se mesure autant à ce qu'il dit qu'à ce qu'il ne dit pas. "
Cet article de Camus devait paraître le 25 novembre 1939 dans Le Soir républicain, une feuille d'information quotidienne vendue uniquement à Alger, dont Camus était le rédacteur en chef et quasiment l'unique collaborateur avec Pascal Pia. Mais l'article a été censuré. En Algérie, sa terre natale, qu'il n'a, à l'époque, jamais quittée hormis pour de brèves vacances, Camus jouit d'un petit renom. Il a déjà écrit L'Envers et l'Endroit (1937) et Noces (mai 1939). Il a milité au Parti communiste pour promouvoir l'égalité des droits entre Arabes et Européens, avant d'en être exclu à l'automne 1936 - il a consenti à cette exclusion, tant les reniements politiques du parti l'écoeuraient.
Secrétaire de la maison de la culture à Alger, il a monté la première compagnie de théâtre de la ville, adapté Le Temps du mépris, de Malraux, et joué des classiques. Sa première pièce, Révolte dans les Asturies, coécrite avec des amis, a été interdite par Augustin Rozis, le maire d'extrême droite d'Alger. Le jeune Camus, orphelin d'un père mort en 1914, fils d'une femme de ménage analphabète, fait de la littérature une reconnaissance de dette. Fidélité au milieu dont il vient, devoir de témoignage.
Pascal Pia, vieil ami d'André Malraux, l'a recruté en 1938 comme journaliste polyvalent pour Alger républicain, quotidien qui entendait défendre les valeurs du Front populaire. Ce journal tranchait avec les autres journaux d'Algérie, liés au pouvoir colonial et relais d'une idéologie réactionnaire. Ainsi Camus a publié dans Alger républicain une série d'enquêtes qui ont fait grand bruit, la plus connue étant " Misère de la Kabylie ".
Camus est pacifiste. Mais une fois la guerre déclarée, il veut s'engager. La tuberculose dont il est atteint depuis ses 17 ans le prive des armes. Alors il écrit avec frénésie. Dans Alger républicain puis dans Le Soir républicain, qu'il lance le 15 septembre 1939, toujours avec Pascal Pia. Ces deux journaux, comme tous ceux de France, sont soumis à la censure, décrétée le 27 août. Par ses prises de position, son refus de verser dans la haine aveugle, Camus dérange. L'équipe, refusant de communiquer les articles avant la mise en page, préfère paraître en laissant visibles, par des blancs, les textes amputés par la censure. Au point que certains jours, Alger républicain et surtout Le Soir républicain sortent avec des colonnes vierges.
Moins encore qu'en métropole, la censure ne fait pas dans la nuance. Elle biffe ici, rature là. Quoi ? Des commentaires politiques, de longs articles rédigés par Camus pour la rubrique qu'il a inventée, " Sous les éclairages de guerre ", destinée à mettre en perspective le conflit qui vient d'éclater, des citations de grands auteurs (Corneille, Diderot, Voltaire, Hugo), des communiqués officiels que n'importe qui pouvait pourtant entendre à la radio, des extraits d'articles publiés dans des journaux de la métropole (Le Pays socialiste, La Bourgogne républicaine, Le Petit Parisien, le Petit Bleu, L'Aube)...

samedi 19 mars 2016

Désinformation, Media et Conflits Contemporains



Désinformation, Media et Conflits Contemporains (Club Suisse de la Presse, Genève, 2 mars 2016)
Cette table ronde, présentée et modérée par Guy Mettan, journaliste, a pour objectif de se pencher sur la désinformation dans les médias quand ils traitent des conflits contemporains. M. Gyula Csurgai, Directeur de l’Institut d’Etudes Géopolitiques de Genève, présentera les composantes et caractéristiques de la désinformation. M. Arnaud Dotézac, Directeur des rédactions de Market magazine, parlera des nouvelles formes du mensonge d'Etat et Mme Hélène Richard-Favre, écrivain, fera le point sur l'information et la propagande.
Source : Club Suisse de la Presse

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Le syndrome Tolstoïevsky
Par Slobodan Despot, le 8 septembre 2014  -  Slobodan Despot

Le problème, avec l’approche occidentale de la Russie, n’est pas tant dans le manque de volonté de comprendre que dans l’excès de volonté de ne rien savoir.

Cette nation qui a donné Pouchkine et Guerre et Paix, Nijinsky et le Lac des Cygnes, qui a l’une des plus riches traditions picturales au monde, qui a classé les éléments de la nature, qui fut la première à envoyer un homme dans l’espace (et la dernière à ce jour), qui a produit des pelletées de génies du cinéma, de la poésie, de l’architecture, de la théologie, des sciences, qui a vaincu Napoléon et Hitler, qui édite les meilleurs manuels — et de loin — de physique, de mathématiques et de chimie, qui a su trouver un modus vivendi séculaire et pacifique, sur fond de respect et de compréhension mutuelle, avec ses Tatars et ses indénombrables musulmans, khazars, bouddhistes, Tchouktches, Bouriates et Toungouzes, qui a bâti la plus longue voie de chemin de fer au monde et l’utilise encore (à la différence des USA où les rails légendaires finissent en rouille), qui a minutieusement exploré et cartographié les terres, usages, ethnies et langues de l’espace eurasien, qui construit des avions de combat redoutables et des sous-marins géants, qui a reconstitué une classe moyenne en moins de quinze ans après la tiers-mondisation gorbatcho-eltsinienne, cette immense nation, donc, qui gouverne le sixième des terres émergées, est soudain traitée, du jour au lendemain, comme un ramassis de brutes qu’il s’agit de débarrasser de leur dictateur caricatural et sanglant avant de les éduquer à servir la « vraie » civilisation !

L’Occident ressort la même guignolerie haineuse à chaque crise, depuis Ivan le Terrible à « Putler »-Poutine, en passant par le tsar Paul, la guerre de Crimée, le pauvre et tragique Nicolas II, et même l’URSS où tout succès était dit « soviétique » et tout échec dénigré comme « russe ».

Des nations serviles qui accordent aux Américains un crédit illimité de forfaiture et de brigandage « parce-qu’ils-nous-ont-libérés-en-45 » n’ont pas un mot, pas une pensée de gratitude pour la nation qui a le plus contribué à vaincre l’hydre national-socialiste… et qui en a payé le prix le plus lourd. Ses élus sont traités en importuns, son président caricaturé avec une haine obsessionnelle, la liberté de mouvement et de commerce de ses citoyens, savants, universitaires et hommes d’affaires est suspendue au bon vouloir d’obscures commissions européennes dont les peuples qu’elles prétendent représenter ne connaissent pas le nom d’un seul membre, ni pourquoi il y siège plutôt qu’un autre larbin des multinationales.

vendredi 25 septembre 2015

France : pourquoi 10 milliardaires contrôlent l'information ?

MAJ de la page : Les Nouveaux chiens de garde



Médias : pourquoi 10 milliardaires contrôlent-ils notre information ? (Osons causer, le 25 septembre 2015)

Bouygues, Xavier Niel, Dassault, Bernard Arnault, Bolloré, Pierre Bergé, Patrick Drahi, François Pinault, Matthieu Pigasse et Lagardère, voilà les dix milliardaires qui possèdent nos médias. Pourquoi se masser dans un secteur souvent déficitaire ? C’est un jeu d’influence qui se joue ici à coup de gros sous. Beaucoup de sondages, un zeste de censure, saupoudrez tout ça de quelques grains de corruption et d’une propagande structurelle et diffuse et vous avez la recette d’une influence réussie. Tant pis pour notre démocratie, notre droit à l’indépendance de la presse et à une information libre ! Que pèse l’intérêt général quand des milliards sont en jeu ?

Résumé
Lagardère vend Libération à Patrick Drahi. Bolloré reprend en main Canal. Le même Drahi rachète BFM-TV et RMC alors que Bouygues croque Eurosport. Les milliardaires s’animent sur le marché des transferts de médias. Et ce n’est que le mercato. Jetons un coup d’œil aux effectifs.

Tous nos quotidiens nationaux (Le Monde, Libération et Le Figaro), toutes nos chaînes d’info (LCI, I-Télé, BFM-TV), l’essentiel des hebdomadaires de référence (Le NouvelObs, L’Express, Le Point) et des chaînes de TV privées (Canal+, TF1) appartiennent à de grands milliardaires. En vérité, ils sont dix à se partager l’accès à nos consciences, dix à contrôler toutes les fréquences, dix milliardaires à exploiter pour leurs intérêts personnels les heures de « temps de cerveau disponibles » que nous leur laissons chaque jour. Comment expliquer que des requins de la fusion-acquisition, que des capitaines d’industrie jamais avares de reventes juteuses investissent temps et argent dans un secteur économique – les médias – en perte de vitesse et souvent déficitaire ?

mardi 9 juin 2015

Informer n'est pas un délit



Informer n'est pas un délit (2015)


Ne laissons pas les entreprises dicter l’info - Stop à la Directive Secret des Affaires !
Par Elise LUCET

Bientôt, les journalistes et leurs sources pourraient être attaqués en justice par les entreprises s’ils révèlent ce que ces mêmes entreprises veulent garder secret. A moins que nous ne réagissions pour défendre le travail d’enquête des journalistes et, par ricochet, l’information éclairée du citoyen.

Sous couvert de lutte contre l’espionnage industriel, le législateur européen prépare une nouvelle arme de dissuasion massive contre le journalisme, le "secret des affaires", dont la définition autorise ni plus ni moins une censure inédite en Europe.

Avec la directive qui sera bientôt discutée au Parlement, toute entreprise pourra arbitrairement décider si une information ayant pour elle une valeur économique pourra ou non être divulguée. Autrement dit, avec la directive "Secret des Affaires", vous n’auriez jamais entendu parler du scandale financier de Luxleaks, des pesticides de Monsanto, du scandale du vaccin Gardasil... Et j’en passe.

Notre métier consistant à révéler des informations d’intérêt public, il nous sera désormais impossible de vous informer sur des pans entiers de la vie économique, sociale et politique de nos pays. Les reportages de "Cash Investigation", mais aussi d’autres émissions d’enquête, ne pourraient certainement plus être diffusés.

Avec ce texte, un juge saisi par l’entreprise sera appelé à devenir le rédacteur en chef de la Nation qui décide de l’intérêt ou non d’une information. Au prétexte de protéger les intérêts économiques des entreprises, c’est une véritable légitimation de l’opacité qui s’organise.

Si une source ou un journaliste "viole" ce "secret des affaires", des sommes colossales pourraient lui être réclamées, pouvant atteindre des millions voire des milliards d’euros, puisqu’il faudra que les "dommages-intérêts correspond(ent) au préjudice que celui-ci a réellement subi". On pourrait même assister à des peines de prison dans certains pays.

Face à une telle menace financière et judiciaire, qui acceptera de prendre de tels risques ? Quel employé - comme Antoine Deltour à  l’origine des révélations sur le  le scandale Luxleaks - osera dénoncer les malversations d’une entreprise ? Les sources seront les premières victimes d’un tel système, mais  pas un mot ne figure dans le texte pour assurer leur protection.

samedi 21 février 2015

La presse a t elle besoin des lanceurs d'alerte ?



Le Secret des sources par Frédéric Barreyre
La presse a t elle besoin des lanceurs d'alerte ? 21.02.2015
Avec :
Dan Israel, journaliste à Mediapart
Gérard Davet, grand reporter au Monde
Mathieu Delahousse, chroniqueur judiciaire à RTL
Fabrice Lorvo, avocat, spécialiste du droit des médias et du marketing du sport, et chroniqueur pour le Secret des sources. Il est associé du cabinet FTPA.


Chappatte

vendredi 29 août 2014

Presse, vers un monde sans papier



Presse, vers un monde sans papier ? (France 2012)
Comment, face à la crise du papier, les quotidiens tentent d'évoluer vers le numérique et de préserver une information de qualité. Une enquête approfondie auprès de rédactions européennes, indiennes et américaines.
Source (et suite) du texte : Arte
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