MAJ de la page : Hillary Clinton
Hillary, ses courriels, son scandale
Par Jacques Sapir, le 5 novembre 2016 - RussEurope
Le scandale de ce que l’on appelle l’emailgate est en train d’interférer de manière spectaculaire avec la campagne présidentielle américaine. Il met en lumières les pratiques, pour le moins douteuses, d’Hillary Clinton. Quel que soit le résultat de l’élection du 8 novembre, cette affaire hantera dans les années à venir Mme Clinton.
Il y a, en réalité, plusieurs « affaires » dans l’affaire. On est en présence d’un mélange de négligence sur les questions de sécurité nationale de la part d’Hillary Clinton, d’arrogance de sa part (équivalente il faut le dire aux « révélations » de notre Président à des journalistes sur les opérations illégales qu’il aurait ordonné), mais aussi d’obstruction à la justice et – potentiellement – de corruption aggravée. C’est un « drame » en cinq actes, qui se déroule donc depuis 2009 et qu’il faut retracer précisément pour en comprendre l’importance et les implications potentielles.
Premier acte : Hillary Clinton se croit au-dessus des lois
Reprenons ; en janvier 2009 Hillary Clinton est nommée par Barack Obama au poste de Ministre des affaires étrangères (State Secretary). Dans le même temps, les époux Clinton mettent en place une messagerie privée (adresse électronique pour Hillary Clinton : hdr22@clintonemail.com). Sur la recommandation d’Huma Abedin, alors épouse d’Anthony Weiner politicie démocrate de New York, et que Hillary Clinton considère comme sa fille adoptive, Justin Cooper, un des assistants de Bill Clinton contacte Brian Pagliano pour mettre en place un serveur. Brian Pagliano récupère du matériel informatique de la campagne des primaires d’Hillary Clinton pour l’installer à la résidence des Clinton et transfère alors le serveur de mails sur cet équipement, qui devient connu comme le « serveur Pagliano ». Au printemps 2013, le serveur installé par Brian Pagliano se fait vieux, et Pagliano change d’horizon professionnel. L’acquisition et l’installation d’un nouveau système est alors demandée à une société de services, la PRN ou Platte River Networks, société qui est choisie par Hillary Clinton. Un système de sécurité avait été demandé à PRN, mais la société décida finalement de ne pas trop durcir le serveur mail pour permettre une administration-système plus facile.
Mme Hillary Clinton utilise de 2009 à 2013 dans ses fonctions officielles cette messagerie installée sur le serveur Pagliano, et ce en parfaite violation du Federal Records Act. Cette loi impose en effet une copie pour archivage des communications officielles des élus et hauts fonctionnaires pour des activités liées à leur mandat (obligation liée la loi sur la liberté d’information ou Freedom of Information Act). Aux Etats-Unis, en effet, l’ensemble des communications gouvernementales, y compris les courriels, sont supposés être enregistrés par le Ministère de la Justice pour archivage[1]. Mais surtout elle le fait en parfaite violation des règles de sécurité et de confidentialité de sa fonction.
Elle ne pouvait ignorer qu’elle violait la loi, ayant en 2007 comme sénatrice reproché à des élus républicains leur utilisation de mails privés dans le cadre de leurs fonctions. De plus, en 2011 elle envoya, depuis sa messagerie privée un message enjoignant aux ambassadeurs américains de ne pas utiliser des adresses privées. Elle ne pouvait donc ignorer que ce qu’elle faisait – elle – était contraire aux lois et règlements. Fin du premier acte.
Toute conscience est conscience de quelque chose. Parler de "conscience sans objet" est-ce alors parler pour ne rien dire ?
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