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jeudi 3 novembre 2016

Triste Amérique



Emmanuel Todd, Les Etats-Unis, un empire en décomposition (2002)

* * *



Interview de Michel Floquet, grand reporter, correspondant de TF1 et LCI à Washington de 2011 à 2016, (Le Figaro, On ne parle que de ça, 2016)
A propos de son dernier livre : Triste Amérique : Le vrai visage des Etats-Unis, Ed. Les Arènes, 2016

Il y a deux Amérique. Celle du mythe, de la liberté, de la musique, de la chance offerte à chacun. De la Silicon Valley, de Manhattan, de Google, de Facebook, de Wall Street et d’Hollywood. Et l’autre Amérique... Un pays qui consacre la moitié de son budget à l’armée, en perdant toutes ses guerres. Où un enfant sur quatre mange à la soupe populaire. Où l’on compte, proportionnellement, plus de prisonniers qu’en Chine ou en Corée du Nord. Où des vieillards paralytiques purgent des peines de 150 ans. Où, chaque jour, plus de 30 personnes sont abattues par arme à feu. Où les études coûtent 40 000 dollars par an, induisant une reproduction sociale sans égale. Où l’impôt taxe les plus riches de 15 % et les plus modestes de 25 ou 30 %. Une démocratie dominée par deux partis qui dépenseront 7 milliards de dollars lors de l’élection de 2016 pour continuer à se partager le pouvoir. C’est cette triste Amérique que dépeint Michel Floquet. Un pays qu’il a parcouru pendant cinq ans, saisi par son éloignement de l’Europe, son continent d’origine. Et l’on réalise qu’au XXIe siècle, les Etats-Unis ont dévoré l’Amérique tant admirée.
Quatrième de couverture
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Portrait d'une bien «triste Amérique»: interview du journaliste Michel Floquet
Par Laurent Ribadeau Dumas, le 21/06/2016 - Géopolis

Drapeaux américains en berne à Washington 
le 13 juin 2016 après la tuerie d'Orlando. 

L’Amérique n’est pas forcément celle de l’American Dream, celle de tous les possibles… Elle ne s’est jamais autant intéressée aux armes et à la religion. Et ne s’est jamais autant désintéressée du sort des démunis. Dans son livre, «Triste Amérique», Michel Floquet, correspondant de TF1 aux Etats-Unis de 2011 à 2016, en dresse un portrait documenté, passionnant, mais assez terrifiant. Interview.

Pourquoi ce titre «Triste Amérique» ? S’agit-il d’un pays que nous, Français, ne voudrions pas voir? 

Il y a un peu de provocation dans ce titre ! Pour autant, c’est vrai qu’aujourd’hui, l’American Dream n’existe plus. C’est une imposture, un mensonge. Si l’on y croit, on pense que quelles que soient ses origines, si l’on travaille, l’on vivra mieux que ses parents. Mais c’est l’inverse qui se passe. Dans le même temps, les Etats-Unis ont le taux de reproduction sociale le plus élevé des pays développés.

Comment l’expliquez-vous ?

Notamment par le système d’études. Celui-ci est extrêmement coûteux. A tel point que si l’on n’a pas des parents fortunés ou si l’on n’est pas un élève d’exception à qui l’on accorde facilement une bourse, on a toutes les peines du monde à accéder à l’Université. Et on risque d’en sortir très endetté. Regardez Obama : il a fini de payer ses études quand il est arrivé à la Maison Blanche ! La situation est telle qu’au 1er janvier 2015, l’encours de la dette étudiante s’élevait à plus de 1160 milliards de dollars. Plus que celui des subprimes.

Ce problème est une catastrophe pour le pays. Dans ce contexte, les jeunes se dirigent vers les secteurs les plus rémunérateurs comme médecins ou avocats. Et ils désertent les professions d’ingénieurs. Résultat : les firmes américaines doivent délocaliser ces fonctions, notamment en Inde. Et importer massivement des ingénieurs : pour la seule Californie, il en vient ainsi 80.000 par an, dont de nombreux Français.

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