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dimanche 31 mars 2013

2 = 3



Si on considère l’expression comme étant arithmétique elle ne fait pas sens, par définition un nombre ne saurait valoir pour un autre, de même pour la plupart des propositions physiques : deux pommes, par exemple, ne sont pas équivalent à trois pommes, idem pour les oranges (...), par contre deux gouttes d'eau n'en forment qu'une seule (1 + 1 = 1) tout comme trois (1 + 1 + 1 = 1), même si dans le premier cas le volume a doublé et dans le second triplé.

Précision : 2 = 3, mais il n'est pas le cas que 3 = 2 (la relation n'est pas symétrique).

Il ne peut donc s'agir de gouttes d'eau, car (2 = 3) = 1 tout comme (3 = 2) = 1 (ou plus généralement n = 1, pour autant que n soit plus petit qu'un certain nombre non déterminé, car il n'y a pas de compte précis pour passer de la "grosse goutte d'eau" à la "petite flaque").
Le contexte, celui de la date (dernier dimanche du mois de mars), permet de clarifier l'expression ou de lui donner sens. La proposition qui en résulte n'est ni mathématique ni physique mais conventionnelle. Ce qui est nombré ce sont les heures, mais dans un contexte bien précis, le raccourci signifie le passage de l'heure d'hiver à l'heure d'été. A deux heures du matin il sera trois heures (mais à trois heures il restera trois heures, sinon nous serions coincés dans une boucle temporelle infinitésimale. Certes pas une boucle réelle mais néanmoins très peu pratique pour la vie quotidienne. - Pardon, quelle heure est-il ? - 2 heures, 3 heures, 2 heures, 3 heures, 2 heures, 3 heures, ...)

Tout cela pour ça ou pour vous dire de ne pas oublier d'avancer vos montres d'une heure. Ou pour avoir l'avantage d’être à la fois en été (par l'heure), au printemps (par les astres) et en hiver (par la météo).







jeudi 13 décembre 2012

M(edvedev) In Black



Un bel exemple d'humour russe.

Le président en rajoute une couche (par sa réponse franche et directe et sa référence aux "Men In Black" - film américain de science fiction), pour montrer à la journaliste qu'il pense le contraire de ce qu'il dit et lui faire partager sa position amusée sur la fameuse théorie du complot. Paradoxalement il nie ainsi l'existence de ce qu'il révèle (un dossier secret sur les ET) ou semble révéler.

Mais dans l'hypothèse du bien fondé d'un tel dossier - les hypothèses sont faites pour être posées - derrière son visage et son ton de voix impassibles, ou presque, Medvedev se moque non pas avec, mais contre, la journaliste, en disant le vrai non pour l'affirmer ou le nier mais traîtreusement pour le cacher.
Dans les deux cas (théorie fondée ou non) la réponse est malicieuse et ne saurait donc ni grossir ni tailler dans les rangs des complotistes.

Nous sommes donc en présence (au moins dans l'analyse) de deux sortes d'ironie. La première en est la forme habituelle : "L'antiphrase ironique. La plus fréquente des formes d'ironie, elle consiste à dire l'inverse de ce que l'on souhaite signifier tout en laissant entendre ce que l'on pense vraiment" (cf. wikipedia). La seconde n'est pas vraiment répertoriée et consiste dans le fait de dire ce que l'on souhaite signifier mais en laissant entendre que ce n'est pas le cas (autrement dit que nous serions devant la forme courante de l'ironie). On pourrait la nommer : ironie de dissimulation. 

(Lorsque nous en viendrons à Socrate nous verrons que son ironie est encore plus atypique et subtile).
 

vendredi 18 novembre 2011

Danseuse en rotation

Fin de semaine avec la célèbre danseuse en rotation de Nobuyuki Kayahara, et de quoi vous permettre (si ce n'est déjà fait) de la voir tourner dans les sens horaires et anti-horaires. Une illusion d'optique étonnante, montrant à quel point le cerveau reconstruit la réalité (une image en 3D qui n'existe pas) à partir de sa mémoire.  
Site de l'auteur : procreo (avec une ombre portée plus grande)




L'illusion est créée par le manque de repères visuels pour la profondeur. Son bras levé, par exemple, peut-être perçu comme étant soit son bras gauche, soit son bras droit. Il est donc soit en train de tourner dans le sens horaire, soit dans le sens anti-horaire. Il en va de même pour les pieds. La jambe levée peut soit être sa jambe droite, soit sa jambe gauche, car la silhouette présentée ne donne aucune indication de surface permettant de déterminer, si la face exposée est la face avant ou la face arrière de la danseuse. Les positions les moins ambiguës sont ses profils, quand son bras levé est dirigée vers la gauche ou vers la droite de l'image. Cependant, même dans ce cas, la jambe posée sur le sol peut être la jambe gauche aussi bien que la jambe droite, au premier plan, ou en arrière. Aussi, de cette position, la silhouette peut tourner soit sur l'arc de cercle la rapprochant de l'observateur, soit sur celui l'en éloignant. Il existe d'autre illusions d'optique qui sont basées sur le même type d'ambiguïté visuelle. Le cube de Necker en est un exemple.


La source de l'ambiguïté est l'interprétation en trois dimensions d'une image qui n'en a que deux. La profondeur du corps est imaginée par l'observateur, et non représentée par la figure. Sans cette projection l'observateur ne percevrait pas un mouvement de rotation mais seulement des contours se déplaçant tantôt de gauche à droite et tantôt de droite à gauche. Parce que les proportions du corps humain et les postures associées sont intuitives pour l'observateur, un volume est implicitement associé au mouvement de la ballerine. Ce volume induit que les jambes et bras sont perçus en train de parcourir un cercle en train de tourner, en trois dimensions alors qu'objectivement le dessin ne représente qu'une trajectoire linéaire, en deux dimensions. Pour accroître le sentiment de lecture en trois dimensions, le dessin de la danseuse oscille verticalement, au niveau des pieds et de la tête. Cette oscillation, courte, amène l'observateur à considérer qu'il a soit un regard légèrement plongeant, ou au contraire en légère contre-plongée par rapport à la silhouette, alors qu'objectivement chaque dessin est centré sur la taille de la ballerine. Selon cette lecture (plongée ou contre-plongée), les cercles décrits par la danseuses sont en sens horaire, ou en sens trigonométrique. (...)




Selon la perception de l'observateur, la direction apparente de la rotation peut indéfiniment changer au cours de l'observation, bien que certaines personnes puissent avoir du mal, ou être totalement incapables de percevoir un changement de direction. En application du principe d'auto-suggestion, une astuce permettant de faire changer la direction de rotation perçue, consiste à éviter d'utiliser la vision, mais de concevoir mentalement un bras tendu au loin plutôt que vers l'observateur, puis de fixer le bras et de soigneusement bouger les yeux pour obtenir l'image complète. Certains pourront percevoir un changement de direction plus facilement, simplement, en se focalisant sur une partie précise de l'anatomie de la danseuse, comme le pied levé ou la main tendue puis en revenant sur l'image d'ensemble. D'autres utilisent plutôt l'observation de l'ombre projetée comme point de départ. Il est aussi possible d'incliner la tête pour apercevoir un changement de direction. D'autres versions de l'image existent sur lesquelles un repère visuel supplémentaire a été posé pour faciliter la perception de la rotation anti-horaire ou au contraire de rotation horaire.
Source (et suite) du texte : wikipedia

Autres analyses : knol
Sur le cerveau droit : cerveaudroit

Plus lentement et avec des lignes suggérant de la voir tourner dans un sens déterminé :




Ci-dessous les 34 images constituant l'animation (cliquer pour agrandir) :





Vous pouvez aussi stopper l'animation ou la voir image par image : ici


A gauche l'animation habituelle, à droite une reconstitution inversée : 



Variations sur le même thème (encore plus que la précédente, la silhouette pourra aussi donner l'impression de faire des aller-retour) :



 


Maintenant que vous l'avez fait tourner dans les deux sens, dextrogyre et lévogyre (pour une explication des termes voir le post : Chasse au dahu), laissez-la donc improviser :







vendredi 24 juin 2011

Time-lapse ou accéléré

Le "time-lapse" est un procédé consistant à diffuser à cadence normale (24 images/secondes) des images prises à cadence fortement réduite, le plus souvent avec un appareil photo à déclenchement automatique, pour voir se dérouler en quelques secondes des évènements ayant lieu de longues minutes ou pendant plusieurs heures. Ce qui nous donne un point de vue spatio-temporel tout à fait inhabituel, permettant parfois de voir des déplacement imperceptibles, en devenant comme spectateur du temps qui passe. (Post régulièrement mis à jour avec l'ajout de nouvelles vidéos).


Et pour commencer une journée au Japon :



En Islande, avec le volcan au nom imprononcable (Eyjafjallajökull) :





De magnifiques aurores boréales en Russie : 



La Voie lactée depuis le pic du Teide en Espagne :



Et un troisième du même auteur, les lumières de l'Arctique en Norvège : 





Autres exemples d'un déplacement apparent du ciel étoilé (en raison de la rotation de la terre), d'abord en Australie, au dessus de l'océan : 



Dans le Dakota :







Au parc national du Yosemite : 





A l'Observatoire Européen Austral (ESO), dans le désert d'Acatama au Chili avec en premier plan quatre télescopes et un faisceau laser  :



Devant les volcans Parinacota et Pomerape dans un parc national au Chili :



Et pour finir avec les pyramides aztèques du Guatemala (en compagnie des singes hurleurs) :



Autres exemples de "time-lapse" sur ce blog (en fin de page) avec Le Mont-Fuji


samedi 26 mars 2011

Mu ou Wu


Mu


Un moine demanda à Joshu :
- Un chien a-t-il la nature de Bouddha ?
- Mu ! répondit Joshu.


Initialement la réponse n'a pas été Mu (qui est du japonais) mais Wu (en chinois), puisque Joshu (778-897) a été un grand maître du Chan. On raconte qu'à l'âge de 17 ans il fit une première expérience de l'éveil : 
"Soudain, j'ai été ruiné et sans abri".
Ce koan du chien de Joshu est celui qui ouvre "La Passe sans porte" (Wumenguan ou Mumunkan), de Wumen Huikai, un recueil fameux paru au 13e siècle en Chine.

Eléments d'analyse :

A la question du moine on s'attend à une réponse par oui ou par non :
- oui, un chien à la nature de Bouddha ou bien,
- non, un chien n'a pas la nature de Bouddha.
Ou encore :
- je ne sais pas (ce qui est aussi une réponse sensée bien que décevante).
Or Joshu ne répond pas, non pas en gardant le silence (comme c'est parfois le cas, voir par exemple ici) mais, en disant simplement : Mu !
Comment comprendre cette non-réponse, cette réponse inattendue ou paradoxale ?

Autrement dit :

- Qu'est-ce que Mu ?
La question seule est elle-même un koan.


* * * * * * * * * * * *


Dans l'hypothèse où un chien aurait la nature de Bouddha, pourquoi pas une vache ? Alors laissons leur la parole : 




Hmm... Pas vraiment concluant, la première tentative est peut-être la plus réussie, les suivantes ressemblent plus à des Meuh... qu'à des Mu !
Quoiqu'il en soit, suffit-il de répéter une réponse pour la comprendre ?
- Qu'est-ce que Mu ?
- Mu.
 Sans doute pas, alors poursuivons.
* (voir note en bas de page). 

* * * * * * * * * * * *


Mu n'est pas l'équivalent d'un Meuh (ou autre Bang, Zip, Shebam, Pow, Blop, Wizz...). Ce n'est pas une onomatopée. Le caractère a bien une signification : "il est typiquement utilisé comme préfixe pour exprimer la notion d'absence". (On le traduit parfois de manière approximative par "sans").


Dans la langue française nous avons plusieurs préfixe de négation (dé, dis, dés, mal, més, mé, il, im, in, ir). Par
 exemple, avec "in" : in-sensible (qui n'est pas sensible), in-connu (qui n'est pas connu), in-habituel (qui n'est pas habituel), ...

En pensant au Mu japonais comme à un "in" on aperçoit mieux l'anomalie de la réponse. Non seulement ce n'est pas la réponse attendue mais qui plus est, ce n'est pas même un mot : juste un préfixe qui ne précède rien. 
** (voir la note en bas de page). 

A ce stade nous ne pouvons pas encore dire ce qu'est Mu (en tant que réponse au koan) mais bien ce qu'il n'est pas :

1) Mu n'est pas une onomatopée, ce n'est pas un "Meuh..."
2) Mu n'est pas une réponse négative, ce n'est pas un "Non".
En optant pour l'onomatopée on ne voit que l'anomalie de la réponse et pour la négation, que la valeur négative du préfixe.


Hypothèse :
Dans le cadre du koan, Mu a bien une valeur de négation mais qui est pour le moins inhabituelle ou paradoxale. Car la négation ne porte pas sur le sujet de la question, en disant Mu, on ne dit pas que le chien n'a pas la nature de bouddha.
Comprendre Mu c'est alors comprendre la valeur ou la portée de cette négation.

Et si la négation portait sur le sens de la question ? 

On peut nier que la question fasse sens ou encore que la question soit bien formulée. C'est ainsi que Mu est encore utilisé aujourd'hui :

Selon le « Jargon File », un glossaire du jargon et de la culture des hackers, Mu est considéré par les discordiens comme la réponse aux questions qui comportent des présuppositions erronées. (...)

La question « Avez-vous arrêté de battre votre femme ? » présuppose que l'interlocuteur battait sa femme. La langue française ne prévoit pas de réponse simple dans le cas contraire. Ainsi, si l'interlocuteur ne battait pas sa femme, ou encore s'il n'a pas de femme, les deux réponses standards à ce qui semble une question fermée, « oui » et « non », sont inappropriées :
« oui » implique qu'il a une femme et qu'il la battait,
« non » implique qu'il a une femme, qu'il la battait et qu'il continue de le faire.
C'est pourquoi des discordiens proposèrent de choisir mu comme la réponse adaptée signifiant par convention : « On ne peut correctement répondre à votre question car elle se fonde sur des présuppositions erronées. »
Source du passage : wikipedia (Mu) / wikipedia (discordianisme)

Dans le koan du chien de Joshu la question semble bien formulée mais est-ce le cas ? En répondant oui ou non, quelles sont les présupposés ?

Accepter la question sous-entend que la nature de Bouddha est quelque chose que le chien peut avoir ou ne pas avoir. Non pas que cet animal ne puisse posséder telle ou telle qualité (il peut être grand, petit, etc.), mais qu'en est-il de la nature de Bouddha ? Est-ce quelque chose que l'on peut obtenir (à la naissance ou plus tard) ? Si ce n'est pas le cas la réponse sera la même pour un autre animal, l'homme par exemple : 
- Un homme a-t-il la nature de bouddha ?
- Mu

Contrairement au premier, dans le second koan Mu n'est pas une réponse mais l'objet de la question : Qu'est-ce que Mu ?

On peut néanmoins garder l'idée générale : la présence de Mu (qu'importe sa place) va remettre en cause la question elle-même. Quelle est ou quelles sont alors les présupposés ? On présuppose tout simplement que Mu est un objet dont on peut chercher et trouver une définition.

Mais n'est-ce pas en l'ayant défini préalablement comme un préfixe négatif, puis comme ce qui dénonce des présupposés dans la question, que l'on a été amené à découvrir que Mu ne peut avoir de définition ? Doit-on alors rebrousser chemin (ou faire un pas supplémentaire et dans quelle direction) ?


Qu'importe, l'analyse d'un koan ne sera jamais qu'une indication. 
La résolution est d'abord de nature non conceptuelle. En l’occurrence, peut-être consiste-t-elle à voir que "la nature de Bouddha" n'est qu'une expression lorsqu'on l'associe à d'autres mots et que Mu n'est pas quelque chose que l'on peut saisir par la pensée, définir et caractériser. Et pour le voir, peut-être est-il nécessaire de changer de point de vue ou d'opter pour une absence de point de vue.


Et cette absence est peut-être Mu.




(*) Si en japonais Mu peut se rapprocher du beuglement d'une vache, en chinois Wu fait penser à l'aboiement d'un chien. (Pour ne pas perdre l'idée, il faudrait alors parler du koan de la vache de Joshu). 
(**) En chinois Wu peut aussi être un caractère indépendant pour signifier l'absence, on le traduit alors par le mot rien (ou vide). 


   
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