MAJ de la page : Donald Trump
Le phénomène Trump
Par Jean Bricmont, Le 3 oct. 2016 - RT
Le plus fascinant chez Donald Trump, c'est que, plus on le dénonce, plus on illustre l'échec total de la «deuxième gauche» des Clinton et de Hollande qui n'a plus que le soutien des élites et a perdu celui du peuple, estime l'essayiste Jean Bricmont.
La première chose à dire sur les élections américaines c'est qu'elles sont extrêmement anti-démocratiques. Et je ne parle pas des manipulations qui ont peut-être fait gagner Clinton contre Sanders ou du fait que presque tous les médias sont ligués contre Trump. L'aspect fondamentalement anti-démocratique des élections américaines est qu'une petite partie de l'humanité élit quelqu'un qui a une influence énorme sur le reste du monde, qui prend des décisions qui peuvent nous entraîner dans une guerre généralisée et qui, à tout le moins, peut aggraver les tensions avec la Russie, l'Iran, la Chine, la Syrie, tensions auxquelles, nous Européens, n'avons aucun intérêt.
De ce point de vue là, Trump présente un avantage sur Clinton : il a dit vouloir être président des Etats-Unis et pas du monde, tandis qu'elle déclare que les Etats-Unis doivent «guider le monde».
Trump est décrit comme la dernière incarnation du Mal (après Saddam, Kadhafi, Assad, les Brexiters) : raciste, sexiste, islamophobe, ami des dictateurs etc., bref toute la panoplie de ce qui fait grimper au plafond les défenseurs des droits de l'homme.
Je voudrais proposer un autre point de vue sur Trump : c'est avant tout un capitaliste, presque une caricature du genre d'homme que le capitalisme produit et encourage. Pour lui, tout se réduit à une analyse coût-bénéfice : la défense des pays baltes ? Ca coûte combien, ça rapporte combien ? La défense du Japon ? Ca coûte combien, ça rapporte combien ?
Il est aussi, à sa façon, patriote : bien sûr, pas au point de payer des impôts ni de payer des sous-traitants s'il peut éviter de le faire, mais il se préoccupe sans doute sincèrement de la désindustrialisation des Etats-Unis (ce qui est parfaitement rationnel d'un point de vue capitaliste). Il pense régler ce problème, de nouveau de façon capitaliste : il va faire des deals, avec les Chinois ou les entreprises qui délocalisent.
Comme capitaliste, Trump a réussi : bien sûr, il n'est pas parti de rien, mais il a considérablement agrandi la fortune reçue en héritage. Il l'a fait par toutes sortes de moyens discutables moralement et légalement. Et alors ? Y a-t-il beaucoup de capitalistes qui réussissent et font autrement ?
Toute conscience est conscience de quelque chose. Parler de "conscience sans objet" est-ce alors parler pour ne rien dire ?
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lundi 7 novembre 2016
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