mercredi 19 février 2014

Pierre Feuga

Pierre Feuga (né le 16 octobre 1942 à Lectoure - mort le 10 juin 2008 à Paris) est un romancier, essayiste et traducteur français (du sanskrit et du latin). Spécialiste du vedānta, des cultes de la Shakti et du tantrisme, il enseigna également le yoga pendant vingt-sept ans.
Né dans une famille d'artistes et de voyageurs, Pierre Feuga effectue lui aussi de longs voyages autour du monde. Il remporte à seize ans le concours général de littérature alors qu'il est élève au Lycée Louis-le-Grand à Paris.
Bien que ne se reconnaissant pas de maître, il fut néanmoins très influencé par Patrick Le Bail puis Jean Klein avec qui il étudia le Védanta et le Hatha-Yoga dans la tradition du Cachemire.
Source (et suite) du texte : wikipedia


Bibliographie :
- Cracher dans la mer, Ed. Julliard, 1963
- La Galère en bois de rose, roman, Ed. Robert Laffont, 1965
- Cinq visages de la Déesse, Ed. Le Mail/Le Rocher, 1989
- Le bonheur est de ce monde, Accarias-L'Originel, 1990
- L'Art de la concentration, Ed. Albin Michel, 1992
- Tantrisme, Ed. Dangles, 1994
- Le Yoga, en collaboration avec Tara Michaël, Ed. PUF, coll. « Que sais-je ? », n° 643, 1998
- Pour l'Éveil, Ed. Almora, 2005
- Le Chemin des flammes, Ed. Almora, 2008
- Le Miroir du vent, roman, Ed. Almora, 2008
- Fragments tantriques, Ed. Almora, 2010 (recueil posthume d'articles et de chroniques)
Traductions ou/et présentation :
- Cent douze méditations tantriques, le "Vijñâna-Bhairava", trad. du sanskrit et commentaire, Ed. Accarias/L'Originel, 1988
- Liber de Catulle, trad. du latin, Ed. Orphée/La Différence, 1989
- Les Trophées, José-Maria Heredia, choix et présentation, Ed. Orphée/La Différence, 1990
- Satires de Juvénal, trad. du latin, Ed. Orphée/La Différence, 1992
- Comme un cercle de feu, trad. du sanskrit et commentaire de la Mândûkya-upanishad et des Kârikâ de Gaudapâda, Accarias-L'Originel, 2004
Site officiel : Pierre Feuga
(comprenant divers articles dont : René Guénon et l'hindouisme,
Voir aussi la page : René Guénon)


La non-dualité ?

Par advaita, il faut entendre : ni un ni deux. La non-dualité n’est évidemment pas la dualité, ce n’est pas deux, mais ce n’est pas non plus l’unité, ni encore moins l’amalgame. Il y a tant d’équivoques à ce propos ! Beaucoup de gens, même en Inde, conçoivent la non-dualité comme une sorte de magma indistinct, où n’importe quoi vaudrait tout et tout n’importe quoi. Cela va dans le sens confusionniste de notre époque et donc il est à craindre que l’advaita ne soit bientôt récupéré, comme l’a été le Tantra, récupéré, caricaturé, dénaturé. Avec certains gourous, américains entre autres, c’est en bonne marche. Tout le monde sera non-dualiste mais certains seront un peu plus non-dualistes que les autres : les gourous en question qui, au nom de la non-dualité, vous plumeront généreusement ou vous mettront dans leur plumard, selon la tendance dominante de leur non-dualité, mais d’ailleurs l’une n’empêche pas l’autre. Par conséquent, qu’un maître se présente à vous en tant que « non-dualiste » n’est pas du tout une garantie de compétence et de pureté. Il vaut encore mieux un honnête dualiste sans prétention qu’un faux non-dualiste malhonnête. (...)

Et la vacuité ? Ce mot est à la mode mais quel sens lui donnez-vous ?

Ce n’est pas un concept, c’est une expérience. Avant de prendre une posture de yoga, soyez vide ; pendant la posture, soyez vide ; la posture finie, restez vide. A un niveau primaire, cela veut dire soyez détendu : les muscles, les articulations. Soyez détendu, tranquille, plein d’espace, sans souci du temps, de la durée. Mais bien sûr la vacuité est beaucoup plus que cela. Elle est dans l’esprit. C’est ne pas saisir, c’est ne pas vouloir saisir, mais il n’y a pas de volonté là-dedans au sens habituel. Vous ne faites rien pour saisir ou ne pas saisir. Par exemple vous voyez que le problème de la pensée est un faux problème. Il y a de faux maîtres de méditation qui vous disent : Ne pensez à rien. Alors forcément vous pensez à ne pas penser et c’est pire. En réalité, penser ou ne pas penser n’a aucune importance, c’est sans aucun rapport avec l’état méditatif. Dans votre espace, qui n’est ni permanent ni non-permanent (car permanence ou impermanence, ce sont encore des concepts à jeter à la poubelle)… dans cet espace sans contours donc, ça va penser ou ne pas penser, on s’en fout ! Il n’y a aucun obstacle, le seul obstacle c’est notre croyance obstinée qu’il doit y avoir des obstacles, nous nous fabriquons des obstacles, des difficultés, des épreuves, un scénario d’enfer et purement imaginaire.

Et pourquoi ?

Mais pour nous sentir exister. Notre seule vraie panique, c’est de ne plus exister. Nous préférons être torturés sur la roue plutôt que de réaliser que nous ne sommes rien, ou plutôt personne.

A supposer que nous réalisions cette vacuité, comment peut-on, ou comment peut-elle, basculer ou se résorber dans la plénitude ?

Notez que le basculement peut s’opérer dans les deux sens, et en un clin d’œil, parce qu’en réalité vacuité et plénitude sont une même chose… ou non-chose. Mais là encore méfions-nous des concepts : vacuité, plénitude. Si on pense et si on oppose ainsi, ou si on cherche un lien, une pseudo-synthèse, on est dans la dualité. Tout est piège et rien ne l’est. Vous dites : « réaliser le vide », mais très souvent il s’agit d’un faux vide, qu’on ne va pas tarder à remplir avec un nouvel objet. Le vrai vide est ce que la tradition chinoise appelle « vide de vide » : un vide qui a évacué la notion de vide elle-même, on est vide mais sans savoir qu’on est vide, on ne se pose plus la question et surtout on ne s’attache pas à ce vide obtenu, sinon ce vide redevient un « objet ». La plénitude, c’est pareil. Eprouvez-la dans votre corps, à certains instants de bonheur intense et tranquille. Comme certaines longues soirées de juin à la campagne. On n’a plus besoin de rien, on a le monde entier en soi. Le monde est plein, je suis plein du monde. C’est bouleversant, on a envie de pleurer et si on a envie on doit le faire. En pratique, le prânâyâma peut vous aider à approcher ces deux expériences de la vacuité et de la plénitude : à la fin de l’inspir et à la fin de l’expir, à condition que vous viviez cela avec une totale conscience. Mais la vie sans cesse nous offre des failles à travers lesquelles nous pouvons nous glisser ou nous engouffrer dans cette splendeur, la splendeur de la banalité…
Extrait d'une interview
Source (et suite) du texte : Pierre Feuga

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