'Les banques centrales ont rendu les riches encore plus riches'
Par Audrey Duperron, le 24 septembre 2015 - Express.be
Le Quantitative easing [ou QE, une politique monétaire qui consiste pour une banque centrale à racheter des obligations pour injecter des liquidités dans l’économie, ndlr] a sauvé les banques qui se servent de gros bonus, et rendu les riches plus riches”, affirme Paul Marshall dans le Financial Times. Marshall est un gérant de fonds britannique qui dirige Marshall Wace, le plus gros hedge funds de Londres et d’Europe, avec un total d’actifs gérés se montant à 22 milliards de dollars.
“Les discours publics concernant les objectifs des QE sont délibérément brouillés en langage de banque centrale. La dépréciation du yen est visiblement un effet indirect de l’impression de monnaie japonaise à grande échelle, mais le dire aussi clairement ne conviendrait pas au Premier ministre japonais, Shinzo Abe, ni au gouverneur de la Banque du Japon, Haruhiko Kuroda. Cela serait politiquement toxique au coeur de l’Amérique. De même, Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne, ne voudrait pas reconnaître qu’il fausse les marchés obligataires pour que les gouvernements surendettés de la périphérie de l’Europe puissent continuer à profiter de faibles coûts du capital (la chaîne de Ponzi propre à l’Europe). Mais c’est ce qu’il fait. (...)
Les banques ont été les plus grandes bénéficiaires, avec un effet de levier correspondant à 20 ou 30 fois leurs totaux de bilans. Les gérants de fonds et les hedge funds en ont bénéficié aussi. Les possesseurs de propriété s’en sont tirés comme des bandits. En fait, quiconque détenait des biens est devenu bien plus riche. Tous ceux d’entre nous qui travaillent sur les marchés financiers ont une dette à l’égard du QE”, écrit Marshall.
Il suggère que, conformément à ce que des politiciens de gauche proposent, on aurait pu imaginer des méthodes de QE alternatives qui n’auraient pas bénéficié directement aux plus riches. Par exemple, plutôt que d’augmenter l’offre de monnaie en rachetant des obligations souveraines aux banques, les banques centrales auraient pu déposer de l’argent sur les comptes de tous les ménages. Le QE britannique, qui a conduit à l’injection de 375 milliards de livres dans l’économie, aurait pu consister à redistribuer 5.800 livres par personne, ce qui aurait relancé la consommation, plutôt que de rendre encore plus riches une minorité de nantis.
Jeremy Corbyn, le nouveau dirigeant du parti Labour en Grande-Bretagne, propose quant à lui d'utiliser le QE pour financer des projets d’infrastructure.
Source : Express.be
Toute conscience est conscience de quelque chose. Parler de "conscience sans objet" est-ce alors parler pour ne rien dire ?
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mardi 20 octobre 2015
dimanche 28 juin 2015
"Une aristocratie financière a pris le pouvoir"
De la grande Guerre à la crise permanente - Marc Chesney (Presses polytechniques et universitaires romandes, juin 2015)
Commande sur Amazon : De la Grande Guerre à la crise permanente : La montée en puissance de l'aristocratie financière et l'échec de la démocratie
Marc Chesney: «Une taxe sur les transactions financières pourrait remplacer tous les impôts actuels»
Par Mathilde Farine, le 26 juin 2015 - Le Temps
Dans son dernier ouvrage*, Marc Chesney dresse un parallèle entre la Première Guerre mondiale et la crise financière de 2008. Pour le professeur de finance de l’Université de Zurich, une société civilisée vacille dans les deux cas. Aujourd’hui, une aristocratie financière a pris le pouvoir au détriment du reste de la population, dénonce-t-il, tout en proposant des solutions. Entretien.
Le Temps: Vous comparez la crise financière et la Première Guerre mondiale, n’est-ce pas exagéré?
Marc Chesney: Il s’agit uniquement de comparer l’Europe de 1914 à celle d’aujourd’hui. A l’époque, une société civilisée a subitement basculé dans la barbarie. Actuellement, la société vacille sur elle-même, tremble sur ses fondations, confrontée qu’elle est à une crise d’une grande ampleur, une crise aux dimensions non seulement financières, mais aussi économiques, sociales, politiques et environnementales. Une aristocratie financière a pris le pouvoir. Elle se drape dans les habits du libéralisme, mais sa pratique quotidienne contredit souvent les principes de base. Cette aristocratie arrive à imposer sa politique et ses intérêts. Ceux-ci ont provoqué la crise et nuisent aux perspectives d’amélioration. Si les dégâts causés par la crise sont d’une autre nature que ceux de la Grande Guerre, ils sont néanmoins dévastateurs. Le nombre de chômeurs dans le monde a augmenté d’environ 60 millions par rapport à 2007. Dans de nombreux pays européens, des pans entiers de la population perdent espoir, perspectives et repères. Ils sont confrontés à une situation difficile dont l’issue semble incertaine. Les frémissements de croissance sont une illusion car les véritables problèmes n’ont pas été résolus.
lundi 16 février 2015
«SwissLeaks», ou l'investigation commandée
«SwissLeaks», ou l'investigation commandée
Par Miret Zaki, le 9 février 2015Les fuites orchestrées par les autorités françaises sur les données bancaires en Suisse sont à analyser avec prudence.
Les nouvelles pratiques médiatiques soulèvent de nouvelles questions. En effet, Swissleaks est une opération qui s'apparente à du journalisme d'investigation organisé par les services de l'Etat.
Ce dimanche, le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), connu pour ses opérations précédentes «Offshoreleaks» et «Luxleaks», a fait son retour avec «Swissleaks», le déballage mondial des pratiques de la filiale suisse de HSBC. Nous avons eu droit au même battage coordonné que lors des opérations précédentes: des dizaines de Unes simultanées promettant de dévoiler les entrailles du monstre. Des articles d'appel vantant la taille, le poids et le volume des informations: «45 journalistes», «140 pays», «59'000 fichiers». On répétait en boucle que les données HSBC, volées en 2008 par Hervé Falciani, ont été «obtenues» par la presse auprès de «sources gouvernementales françaises». Formulation aux accents marketing surprenants, lorsqu'on sait que les journalistes n'ont pas «obtenu» d'eux-mêmes les informations, mais que, pour reformuler, celles-ci leur ont été dépêchées en mains propres aux bureaux du Monde par des envoyés du gouvernement français.
Journalisme d'investigation commandé ? Le gouvernement français, qui a déjà inculpé HSBC Suisse pour démarchage illicite et blanchiment de fraude fiscale, se fait généreux au point d'offrir en pâture à la presse mondiale les informations qu'il a préalablement nettoyées et rendues lisibles pour le confort des journalistes.
mercredi 18 juin 2014
Master of the Universe : confessions d'un banquier
Master of the Universe : confessions d'un banquier (Allemagne, 2013)
Après une vie au service de banques d’investissement allemandes, Rainer Voss, la cinquantaine, a décidé de parler. Il décortique sans fard les mécanismes du monde bancaire, qui s'est peu à peu déconnecté du monde réel. Un huis clos documentaire stupéfiant.
Depuis des locaux désaffectés du quartier des affaires de Francfort, il décrit par le menu le monde qu’il a fini par quitter : son ascension dans les années 1980, la libéralisation à outrance, la dérégulation et les "innovations financières" qui ont pu offrir à ceux qui en maîtrisaient les arcanes la sensation d’être les maîtres de l’univers. Les acteurs du secteur, brassant quotidiennement des millions d’euros, se sont peu à peu éloignés du monde réel, tandis que la finance se déconnectait des réalités économiques et sociales.
Avec minutie, Rainer Voss détaille la complexification et l’interconnexion croissante des affaires traitées, mais aussi la manière dont l’entreprise dévore ses employés : travailler plusieurs nuits d’affilée, ne pas parler politique ni questionner le bien-fondé des décisions, faire preuve d’une loyauté indéfectible pour son entreprise – un monde aux allures de secte, aux répercussions colossales sur l’économie mondiale. Pour le réalisateur, il a été difficile de trouver un banquier prêt à parler devant la caméra. Le résultat est un stupéfiant dialogue, à la fois démonstration à charge et confession intime.
Source : Arte
mercredi 9 octobre 2013
Jeux de pouvoirs et régulation bancaire
Jeux de pouvoir et régulation bancaire (France, 2013)
Éprouvées par la crise de 2008, la France et l'Union européenne tentent de reprendre la main face aux marchés. Cette enquête à suspense nous introduit dans les coulisses du pouvoir, révélant un éreintant bras de fer entre mondes bancaire et politique.
Source (et suite) du texte : Arte
mercredi 27 février 2013
Les Etats au service des banques
QUAND L'EUROPE SAUVE SES BANQUES, QUI PAYE ?
50 milliards d'euros en Grèce, 70 milliards en Irlande, 40 milliards en Espagne : au sein de la zone euro, les États se sont vus contraint les uns après les autres - moyennant des sommes astronomiques - de venir en aide aux banques pour compenser les pertes subies suite à des prêts pourris. Mais qui sont les bénéficiaires de telles opérations ?
C'est en posant cette question très simple qu'Harald Schumann, essayiste en économie et brillant journaliste, sillonne l'Europe. Et obtient des réponses pour le moins sidérantes. Car ceux qui ont été "sauvés" ne se trouvent pas - comme on tend à vouloir nous le faire croire - dans les pays en détresse, mais surtout en Allemagne et en France. En effet, une part importante des sommes débloquées finit dans les caisses des créanciers de ces banques sauvées. Quant aux financiers qui ont fait de mauvais investissements, ils se retrouvent protégés contre toute perte aux frais de la collectivité. Et ce contrairement aux règles de l'économie de marché. Pourquoi ? Qui encaisse l'argent ?
(Allemagne, 2013, 52mn)
Source : Arte 7
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