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mercredi 16 août 2017

Le capitalisme totalitaire contre la démocratie

Le tyran (dé)masqué : la mission d’un homme pour détruire la démocratie
Par George Monbiot, le 19 juillet 2017 - The Guardian / Les Crises (trad.)

‘ Buchanan a développé un programme caché pour supprimer la démocratie pour le compte des très riches. Il refaçonne la politique. Illustration: Sébastien Thibault’

La vision de James McGill Buchanan d’un capitalisme totalitaire a infecté les politiques publiques aux Etats-Unis. Aujourd’hui, elle est en train de s’exporter.

C’est le chapitre manquant : une clé pour comprendre la politique de la dernière moitié du vingtième siècle. Lire le nouveau livre de Nancy Mac Lean: “Democracy in chains : The Deep History of the Radical Right’s Stealth Plan for America”, c’est voir ce qui jusqu’alors était demeuré invisible.

Le travail du professeur d’histoire sur le sujet commença par accident. En 2013, elle tomba sur une maison coloniale abandonnée sur le campus de l’université George Mason en Virginie. Celle-ci était remplie d’archives non classées appartenant à un homme mort cette année là et dont le nom ne vous est probablement guère familier : James McGill Buchanan. Elle affirme que la première chose qu’elle récupéra fut un lot de lettres confidentielles concernant des millions de dollars transférés à l’université par le milliardaire Charles Koch.

Ses découvertes dans cette maison des horreurs révèlent comment Buchanan, avec l’aide de magnats des affaires et des instituts financés par ces derniers, développèrent un programme secret pour supprimer la démocratie au bénéfice des ultra-riches. Ce programme est en train de remodeler la sphère politique et pas seulement aux Etats-Unis.

Buchanan fut fortement influencé à la fois par le néolibéralisme de Friedrich Hayek et de Ludwig von Mises ainsi que par le défenseur du primat de la propriété John C. Calhoun, lequel défendit dans la première moitié du XIXème siècle l’idée selon laquelle la liberté consiste à avoir le droit absolu d’utiliser votre propriété (y compris vos esclaves) comme vous le souhaitez ; toute institution qui empiète sur ce droit est un agent d’oppression, exploitant les possédants pour le compte de la masse.

James Buchanan réalisa la synthèse de ces influences pour créer ce qu’il appela la théorie du choix public. Selon cette dernière, une société ne peut être considérée comme libre à moins que chaque citoyen n’ait la possibilité de mettre un veto sur les décisions prises par celle-ci.

Pour Buchanan, cela voulait dire concrètement que personne ne devait être imposé contre sa volonté. Or, selon lui, les riches étaient exploités par ceux qui utilisent leur vote pour leur extorquer de l’argent et qui l’utilisent pour financer, via l’impôt, la dépense publique et les systèmes de protection sociale. Autoriser les travailleurs à créer des syndicats et mettre en place des niveaux d’imposition progressifs sur le revenu était l’exemple d’une législation « discriminatoire ou différentielle » envers les détenteurs du capital.

Tout conflit entre “la liberté » (autoriser les riches à agir comme bon leur semble) et la démocratie devait être résolu en faveur de la liberté. Dans son livre, « The Limits of Liberty », Buchanan notait que « le despotisme pourrait être la seule forme d’organisation alternative à la structure politique telle que nous l’observons. »

Le despotisme au nom de la défense de la liberté.

Sa solution à ce problème était une “révolution constitutionnelle” : créer des contraintes irrévocables pour limiter le choix démocratique. Sponsorisé durant toute sa carrière par des fondations appartenant à des milliardaires et de grandes entreprises, il développa un cadre théorique pour présenter à quoi ressemblerait sa révolution constitutionnelle ainsi que la stratégie pour la mettre en œuvre.

Il expliqua comment les politiques de déségrégation dans les écoles du sud des Etats-Unis pourraient être mises en échec en créant un réseau d’écoles privées soutenues par les états. Il fut le premier à proposer de privatiser les universités et d’imposer aux étudiants de payer l’intégralité des frais de scolarité : son but initial était d’écraser le militantisme étudiant.

Il appela à privatiser la sécurité sociale et de nombreuses autres fonctions de l’Etat. Il chercha à rompre les liens entre le peuple et le gouvernement et à réduire à néant la confiance envers les institutions. Pour résumer, son objectif était de sauver le capitalisme de la démocratie.

mercredi 14 décembre 2016

Économie Orwellienne

Économie Orwellienne
Interview de Michael Hudson par Sharmini Peries, le 12 décembre 2016 - Counterpunch Arrêt sur info

Le 20 janvier prochain, Donald Trump prendra le pouvoir à Washington D.C., et il y a une chose que tout le monde se demande, c’est s’il mettra en œuvre des politiques économiques qui devraient vraiment nous inquiéter. Eh bien il y a ici un économiste, Michael Hudson, qui a bien réfléchi à la question et qui a étudié de près la corporation des économistes et la manière dont elle trompe le grand public en faveur des 1% les plus riches.

SHARMINI PERIES: Michael Hudson vient nous parler de son prochain livre, J is for Junk Economics: A Guide to Survival in a Age of Deception*. Michael est un distingué chercheur en économie de l’Université du Missouri, Kansas City. Merci Michael d’être avec nous.

MICHAEL HUDSON: C’est bon d’être de retour à Baltimore.

PERIES: Donc Michael, votre nouveau livre, J is for Junk Economics est la suite, si on peut dire, de Tuer l’hôte: comment les parasites financiers et l’esclavage de la dette détruisent l’économie mondiale. Dites-nous pourquoi vous avez écrit ce second livre.

HUDSON: Tuer l’hôte était la description historique de la façon dont le secteur financier a pris le pouvoir, de la manière dont il a cherché à contrôler le gouvernement pour résister au mouvement vers la démocratisation en rétablissant une oligarchie financière. Les révolutions d’Europe en 1848 avaient pour objectif de libérer les économies des propriétaires fonciers, des monopoles et des banques. À la fin du XIXe siècle, il y a eu une contre-révolution économique qui a redéfini la notion de libre marché.

Quand Adam Smith et John Stuart Mill et même Marx parlaient de libre marché, ils parlaient d’un marché libéré des riches. Ces riches étaient principalement les propriétaires qui collectaient le loyer de la terre sur une base héréditaire sans travailler. Et aussi, les financiers et les banquiers, qui voulaient depuis longtemps que les gouvernements créent des monopoles pour les leur donner à la place du remboursement de la dette.

Toute l’idée du capitalisme industriel était de se libérer de ces coûts inutiles. Une économie n’a pas besoin qu’une classe de propriétaires perçoive des loyers. Elle n’a pas besoin qu’il y ait des loyers sur les monopoles. Mais vers la fin du 19ème siècle, les propriétaires ont riposté en prétendant qu’il était impossible qu’un revenu n’ait pas été gagné. Ils ont prétendu que les rentiers étaient productifs et non parasitaires.

L’essence de l’économie classique était de dire qu’il y a une différence entre la valeur et le prix. La valeur est le coût réel de la production de biens et de services. Ce coût peut être évalué en fonction de ce que ça coûte d’embaucher des travailleurs à un salaire décent. Tout ce qui n’est pas un coût réel est juste un privilège, un droit légal d’installer un péage et d’extraire un loyer.

Tuer l’hôte décrit comment la lutte contre la réforme économique classique a été menée politiquement. Je me concentre sur ce qui s’est passé depuis que Margaret Thatcher et Ronald Reagan ont introduit le néolibéralisme, suivis par les Clinton, par Tony Blair en Angleterre et par la plupart des pays européens actuels. J is for Junk Economics décrit comment le vocabulaire économique a été retourné d’une manière orwellienne pour signifier le contraire de ce que les mots signifiaient auparavant. Un marché libre signifie maintenant un marché où les propriétaires  sont libres de facturer tout ce qu’ils veulent. Où les monopolistes sont libres de facturer ce qu’ils veulent. Un marché ibre de toute réglementation.

L’intention néolibérale est de créer une méthodologie perverse. Je sais que le mot « méthodologie » est un mot technique. Ce que j’entends par là, c’est qu’ils donnent une vision mensongère de l’économie. Les statistiques du revenu national d’aujourd’hui, par exemple, font apparaître Goldman Sachs comme un producteur. Comme si Donald Trump jouait un rôle productif! L’objectif est de faire croire que les gens qui s’approprient une partie de la richesse produite sans travailler sont productifs, alors qu’ils ne fournissent pas de service qui contribue réellement au PIB et à la croissance économique.

jeudi 1 décembre 2016

Les crises du néolibéralisme ne se résoudront pas par encore plus de néolibéralisme

Les crises du néolibéralisme ne se résoudront pas par encore plus de néolibéralisme
Par Systemic Disorder, le 16 novembre 2016 – Systemic Disorder / Le Saker francophone (trad.)

Nous aurons de graves ennuis si nous sommes incapables de concevoir des modèles économiques alternatifs. Il n’est pas nécessaire de s’attarder aux détails comme l’accroissement des inégalités, l’instabilité, le renforcement du contrôle des entreprises, la crise environnementale imminente, l’emploi toujours plus précaire (quand il y en a) et l’incapacité à répondre aux besoins de milliards de gens dans le monde, pour voir que le capitalisme manque d’humanité.

Pour le dire en un mot, à l’échelle du monde, environ 200 millions de gens sont sans emploi parmi les 2.4 milliards qui n’ont pas de travail stable.

Le néolibéralisme n’est pas un virus refilé au monde par quelque cabale secrète ; c’est simplement la dernière phase du capitalisme, qui, du point de vue des capitalistes, est la conséquence logique de l’évolution du keynésianisme du milieu du XXe siècle. Nous ne reviendrons pas au keynésianisme, parce que cela a été une brève période dépendant de la base industrielle et de l’expansion du marché. Une répétition de l’histoire est impossible, parce que la base industrielle des pays capitalistes avancés a été évidée, transférée dans des pays en développement à bas salaires et il ne reste presque plus d’endroits où le système capitaliste peut se développer.


Ce qui arrive aux forêts tropicales humides, lorsque le marché peut décider. (Forêt pluviale Montane en Équateur, par Gunnar Brehm)

Donc, lorsque j’ai vu un article intitulé Industrial policy in the 21st century: merits, demerits and how can we make it work [Politique industrielle au XXIe siècle : mérites, inconvénients et comment nous pouvons le faire fonctionner] dans le dernier numéro de la Real-World Economic Review, j’ai été intrigué. Comme son titre l’indique, Real-World Economic Review se spécialise dans des articles d’économistes qui pensent bien au-delà de la boîte à outils orthodoxe qui sert si bien les élites industrielles et financières ; le fait même que ce domaine nécessite une publication portant un tel titre parle de lui-même.

Les prescriptions décevantes de l’article, cependant, pourraient au mieux être décrites comme «du néolibéralisme allégé». L’auteur de Politique industrielle au XXIe siècle, Mohammad Muaz Jalil, de l’ONG Fondation suisse pour la coopération technique, est bien intentionné, mais promeut la même politique orientée sur l’exportation dans le monde en développement. Cela implique aussi une croissance infinie, une illusion dangereuse.

Plus de la même chose ne semble guère une échappée probable, et cela avant d’examiner l’impossibilité mathématique que chaque pays exportateur sorte de ses difficultés économiques. Pour chaque pays qui atteint un surplus commercial, il faut un autre pays ayant un déficit commercial.

vendredi 25 novembre 2016

L’Empire contre-attaque

Filmar en America latina (18e Festival à Genève, du 18 novembre au 4 décembre 2016)



* * *
L’Empire contre-attaque
Par Chris Hedges, le 2 octobre 2016 - Truthdig / Les Crises (trad.)

Un garçon brandit un drapeau avec le portrait au pochoir de Rafael Correa, le président de l’Équateur, durant la convention Alianza PAIS à Quito, ce samedi. Correa est le leader du parti. (Dolores Ochoa / AP)

Une décennie auparavant, les gouvernements de gauche, défiant Washington et les lobbies mondialisés, ont pris le pouvoir au Brésil, en Argentine, au Paraguay, au Venezuela, en Uruguay, en Bolivie et en Équateur. Il semblait que la vague en Amérique latine renversait tout. L’ingérence de Washington et l’exploitation par des entreprises internationales pourraient finalement être vaincues. Les gouvernements latino-américains, dirigés par des leaders charismatiques tels que Hugo Chavez au Venezuela, Luiz Inácio Lula da Silva au Brésil, Evo Morales en Bolivie et Rafael Correa en Équateur, ont remporté d’énormes victoires électorales. Ils ont institué des réformes socialistes qui ont bénéficié aux pauvres et à la classe ouvrière. Ils ont refusé d’être des marionnettes des États-Unis. Ils ont pris le contrôle des ressources de leurs pays ainsi que leur destinée. Ils ont construit la première révolte réussie contre le néolibéralisme et la domination des entreprises. Ce fut une révolte que beaucoup aux États-Unis espéraient importer ici-même.

Mais les mouvements et gouvernements d’Amérique latine sont devenus des proies face aux sombres forces de l’impérialisme américain et la fureur du monde des affaires. Les ruses longtemps appliquées par Washington et ses entreprises alliées sont de retour : la propagande “noire”, la manipulation des médias, les pots-de-vin et la corruption des politiques, généraux, policiers, responsables syndicaux et journalistes, le coup d’État législatif, l’étranglement économique, le discrédit des leaders élus démocratiquement, la criminalisation de la gauche, et l’utilisation d’escadrons de la mort pour faire taire et faire disparaitre ceux qui prennent  la défense des pauvres. C’est un jeu ancien et sale.

Le président Correa, qui a subi l’inimitié de Washington pour avoir accordé l’asile politique à Julian Assange il y a quatre ans et pour avoir fermé la base militaire aérienne américaine de Manta en 2009, a prévenu récemment qu’une nouvelle version de l’Opération Condor était en place en Amérique latine. L’Opération Condor, active dans les années 1970 et 1980, a vu des milliers de syndicalistes, de dirigeants communautaires, d’étudiants, de militants, d’hommes politiques, de diplomates, de chefs religieux, de journalistes et d’artistes être torturés, assassinés et disparaître. Les chefs du renseignement des régimes de droite en Argentine, Bolivie, Chili, Paraguay, Uruguay et, plus tard, du Brésil avaient supervisé les campagnes de terreur. Ils ont reçu des fonds des États-Unis, le soutien logistique et la formation de la Central Intelligence Agency. La liberté de la presse, les organisations syndicales, toutes les formes de dissidence artistique et d’opposition politique ont été supprimées. Dans un effort coordonné, ces régimes démembraient brutalement les mouvements radicaux et gauchistes à travers l’Amérique latine. Rien qu’en Argentine 30 000 personnes ont disparu.

jeudi 24 novembre 2016

C’est le ralliement des Démocrates au néolibéralisme qui a offert la victoire à Trump

MAJ de la page : Donald Trump / Naomi Klein

C’est le ralliement des Démocrates au néolibéralisme qui a offert la victoire à Trump
Par Naomi Klein, le 9 novembre 2016 - The Guardian /  Le Grand soir (trad.)

‘Elite neoliberalism unleashed the Davos class. 
People such as Hillary and Bill Clinton are the toast of the Davos party. In truth, they threw the party.’

Ils mettront ça sur le dos de James Comey et du FBI. Sur le dos des radiations des listes, et du racisme. Ils accuseront le ’Bernie ou rien’ [Bernie or bust] et la misogynie - les petits partis, les candidats indépendants. Ils accuseront les grands médias de lui avoir fourni la plate-forme, les réseaux ’sociaux’d’avoir été le mégaphone, et Wikileaks d’avoir déballé le linge sale.

Dans tout cela, l’influence principale qui nous amène à vivre ce cauchemar éveillé est ignorée : le néolibéralisme. Cette vision du monde - totalement incarnée par Hillary Clinton et sa machine - ne fait pas le poids en face de l’extrémisme ’à la Trump’. C’est la décision de présenter celle-là contre celui-ci qui a scellé notre sort. Alors s’il-vous-plaît, si nous n’apprenons que cela, au moins tirons les leçons de cette erreur.

Voici ce que nous devons admettre : énormément de gens souffrent. Avec les politiques néolibérales de dérégulation, privatisation, d’austérité et de business trans-national, leur niveau de vie a brutalement chuté. Ils ont perdu leurs boulots, perdu leurs retraites. La plus grande part du filet de sécurité - qui rendait ces pertes moins effrayantes -, ils l’ont perdue. Pour leurs enfants, ils anticipent un avenir encore pire que leur précarité actuelle.

Pendant ce temps, ils ont assisté à l’avènement de la classe de Davos, un réseau hyper-connecté de milliardaires de la banque et de la technologie, de dirigeants élus excessivement familiers avec ces intérêts, et de stars hollywoodiennes qui font paraître tout cela odieusement glamour. Le succès est une fête à laquelle ils ne sont pas invités, et ils comprennent intimement que l’ascension de ces fortunes et de ce pouvoir est d’une façon ou d’une autre reliée directement à l’aggravation de leurs dettes et de leur pauvreté.

Pour les gens qui voyaient leur statut et leur sécurité comme un droit de naissance - à savoir des hommes blancs pour la plus grande part - toutes ces pertes sont intolérables.

Donald Trump s’adresse directement à cette souffrance. La campagne du Brexit s’adressait directement à cette souffrance.De même l’essor de tous les partis d’extrême droite en Europe. Ils y répondent par un nationalisme sentimental et la colère contre des bureaucraties économiques hors d’atteintes - que ce soient Washington, l’Accord de Libre Échange Américain [ALENA], l’Organisation Mondiale du Commerce ou l’Union Européenne. Et fatalement, ils y répondent par le dénigrement des immigrants et des gens de couleur, en conspuant les musulmans, et en humiliant les femmes. Le gratin du néolibéralisme n’a rien à offrir face à cette souffrance, parce que c’est le libéralisme qui a déchaîné la classe de Davos. Des gens comme Hillary et Bill Clinton sont la crème des réjouissances de Davos. À vrai dire, c’est eux qui ont lancé la fête.

Le message de Trump était : ’C’est l’enfer, tout ça’. Clinton à répondu ’Pas de problèmes, ça va’ [’All is hell’/’All is well’]. Mais ça ne va pas. Ça ne va pas du tout.

vendredi 5 août 2016

Sortir de la nuit néolibérale



Entretien avec Pierre Dardot et Christian Laval, Sortir du néolibéralisme (Médiapart, 2016)

Comment expliquer l'étrange survie des forces pourtant responsables de la crise économique de 2008, l'une des pires depuis 1929 ? Comment expliquer que le néolibéralisme soit sorti renforcé de la crise ? Au moment de son déclenchement, nombre d'économistes parmi les plus célèbres avaient hâtivement annoncé sa " mort ". Ils n'ont vu dans la poursuite des politiques néolibérales que le résultat d'un entêtement doctrinal.
Pour Pierre Dardot et Christian Laval, le néolibéralisme n'est pas qu'un simple dogme. Soutenu par des oligarchies puissantes, il est un véritable système politico-institutionnel obéissant à une logique d' autorenforcement. Loin d'être une rupture, la crise est devenue un mode de gouvernement d'une redoutable efficacité.
En montrant comment ce système s'est cristallisé et solidifié, le livre explique que le verrouillage néolibéral a réussi à entraver toute correction de trajectoire par la désactivation progressive de la démocratie. Accroissant le désarroi et la démobilisation, la gauche dite " gouvernementale " a contribué très activement au renforcement de la logique oligarchique. Ceci peut conduire à la sortie définitive de la démocratie au profit d'une gouvernance expertocratique soustraite à tout contrôle.
Pourtant, rien n'est encore joué. Le réveil de l'activité démocratique, que l'on voit se dessiner dans les mouvements et expérimentations politiques des dernières années, est le signe que l'affrontement politique avec le système néolibéral et le bloc oligarchique a déjà commencé.
Quatrième de couverture
Pierre Dardot, Christian Laval, Ce cauchemar qui n'en finit pas, Ed. La Découverte, 2016
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Entretien avec Pierre Dardot et Christian Laval, le Commun (Médiapart, 2015)
Pierre Dardot, Christian Laval, Commun, Ed. La Découverte, 2015
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Rencontre avec Elinor Ostrom, les Biens communs (Escem, 23 juin 2011)
La gouvernance des biens communs : Pour une nouvelle approche des ressources naturelles, Commission Université Palais, 2010
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Elinor Ostrom, née le 7 août 1933 à Los Angeles et morte le 12 juin 2012 à Bloomington dans l'Indiana, est une économiste et politologue américaine. Ses travaux portent principalement sur la théorie de l'action collective et la gestion des biens communs et des biens publics (matériels ou immatériels). Ils s'inscrivent dans le cadre de la « nouvelle économie institutionnelle ».
En octobre 2009, elle est la première femme à recevoir le « prix Nobel » d'économie, avec Oliver Williamson, « pour son analyse de la gouvernance économique, et en particulier, des biens communs »

Source (et suite) du texte : wikipedia

mardi 21 juin 2016

Une idéologie à la source de nos problèmes : le néolibéralisme

MAJ de la page : Le néolibéralisme est un fascisme

Une idéologie à la source de nos problèmes : le néolibéralisme 
George Monbiot, le 15 avril 2016 - The Guardian / L'arène nue (trad. Monique Plaza)




Imaginez que  le peuple  de l'Union soviétique n'ait jamais entendu parler du communisme. Et bien pour la plupart d'entre nous, l'idéologie qui domine nos vies n'a pas de nom.  Parlez-en au cours d'une  conversation et vous obtiendrez en retour un haussement d'épaules. Même si vos auditeurs ont entendu le terme auparavant, ils auront du mal à le définir. Le « néolibéralisme » : savez-vous seulement ce que c'est ?

Son anonymat est à la fois un symptôme et la cause de sa puissance. Il a joué un rôle déterminant dans un très grand nombre de crises : la crise financière de 2007-2008, la délocalisation de la richesse et de la puissance, dont les Panama Papers nous offrent à peine un aperçu, le lent effondrement de la Santé publique et de l’Éducation, la résurgence du phénomène des enfants pauvres, l'épidémie de solitude, le saccage des écosystèmes, la montée de Donald Trump. Mais nous traitons ces crises comme si chacune émergeait de manière isolée, ne voyant pas qu'elles ont toutes été générées ou exacerbées par la même philosophie cohérente, une philosophie qui a - ou avait - un nom. Quel plus grand pouvoir que de pouvoir se déployer de manière anonyme ?

Le néolibéralisme est devenu à ce point omniprésent que nous ne le reconnaissons même pas comme une idéologie. Nous semblons accepter l'idée que cette foi utopique millénariste relève en fait d'une force neutre, une sorte de loi biologique, comme la théorie de l'évolution de Darwin. Pourtant, cette philosophie a bel et bien surgi comme une tentative consciente de remodeler la vie humaine et de modifier les lieu d'exercice du pouvoir.

Le néolibéralisme considère la concurrence comme la caractéristique principale des relations humaines. Il redéfinit les citoyens comme des consommateurs, dont les prérogatives démocratiques s'exercent essentiellement par l'achat et la vente, un processus qui récompense le mérite et sanctionne  l'inefficacité. Il soutient que « Le marché » offre des avantages qui ne pourraient jamais être atteints par quelque type de planification que ce soit.

Les tentatives visant à limiter la concurrence sont considérées comme des dangers pour la liberté. L'impôt et la réglementation sont considérés comme devant être réduits au minimum, les services publics comme devant être privatisés. L'organisation du travail et la négociation collective par les syndicats sont dépeints comme des distorsions du marché qui empêchent l'établissement d'une hiérarchie naturelle entre les gagnants et les perdants. L'inégalité est rhabillée en vertu : elle est vue comme une récompense de l'utilité et un générateur de richesses, lesquelles richesses ruisselleraient vers le bas pour enrichir tout le monde. Les efforts visant à créer une société plus égalitaire sont considérés comme étant à la fois contre-productifs et corrosifs moralement. Le marché est supposé garantir que chacun obtienne ce qu'il mérite.

Or nous intériorisons et reproduisons ces croyances. Les riches se persuadent qu'ils ont acquis leur richesse par le mérite, en ignorant les avantages - tels que l'éducation, l'héritage et la classe d'origine - qui peuvent avoir contribué à son obtention. Les pauvres tendent à se blâmer pour leurs échecs, même quand ils ne peuvent guère changer leur propre situation.

jeudi 3 mars 2016

Le néolibéralisme est un fascisme


Le néolibéralisme est un fascisme
Par Manuela Cadelli, présidente de l’Association Syndicale des Magistrats de Belgique, le 3 mars 2016 - Le soir.be

Le temps des précautions oratoires est révolu ; il convient de nommer les choses pour permettre la préparation d’une réaction démocrate concertée, notamment au sein des services publics.

Le libéralisme était une doctrine déduite de la philosophie des Lumières, à la fois politique et économique, qui visait à imposer à l’Etat la distance nécessaire au respect des libertés et à l’avènement des émancipations démocratiques. Il a été le moteur de l’avènement et des progrès des démocraties occidentales.

Le néolibéralisme est cet économisme total qui frappe chaque sphère de nos sociétés et chaque instant de notre époque. C’est un extrémisme.
Le fascisme se définit comme l’assujettissement de toutes les composantes de l’État à une idéologie totalitaire et nihiliste.

Je prétends que le néolibéralisme est un fascisme car l’économie a proprement assujetti les gouvernements des pays démocratiques mais aussi chaque parcelle de notre réflexion. L’État est maintenant au service de l’économie et de la finance qui le traitent en subordonné et lui commandent jusqu’à la mise en péril du bien commun.

L’austérité voulue par les milieux financiers est devenue une valeur supérieure qui remplace la politique. Faire des économies évite la poursuite de tout autre objectif public. Le principe de l’orthodoxie budgétaire va jusqu’à prétendre s’inscrire dans la Constitution des Etats. La notion de service public est ridiculisée.

Le nihilisme qui s’en déduit a permis de congédier l’universalisme et les valeurs humanistes les plus évidentes : solidarité, fraternité, intégration et respect de tous et des différences. Même la théorie économique classique n’y trouve plus son compte : le travail était auparavant un élément de la demande, et les travailleurs étaient respectés dans cette mesure ; la finance internationale en a fait une simple variable d’ajustement.

jeudi 29 janvier 2015

Quelle est la valeur de la monnaie ?



La Grande table (2ème partie) par Caroline Broué
Quelle est la valeur de la monnaie ?
avec André Orléan
André Orléan est un économiste français, directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS), faisant partie du courant des théoriciens de la régulation, né le 23 mai 1950 à Paris.
Source (et suite) du texte : wikipedia
Son dernier livre :
- L'empire de la valeur : refonder l'économie, Ed. Points, 2013
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vendredi 24 janvier 2014

Spinoza contre les néo-libéraux

MAJ de la page : Spinoza



La Grande table (2e partie) par Caroline Broué
Spinoza contre les néo-libéraux avec Frédéric Lordon (24.09.2013)



Les Nouveaux chemins de la connaissance par Adèle Van Reeth
Actualité philosophique : Frédéric Lordon et Judith Bernard (24.01.2014)



Hors-Champs par Laure Adler
Frédéric Lordon (26.11.2013)



A propos de son livre : Capitalisme, désir et servitude. Marx et Spinoza, La Fabrique éditions, 2010, avec Judith Bernard (Arrêt sur Image, Dans le texte, 2011)



Frédéric Lordon - La révolution n'est pas un pique-nique. Analytique du dégrisement (Paris, 2014)
Site officiel (Penser l'émancipation) : Lausanne  (2012) / Paris (2014)

Frédéric Lordon est un économiste et philosophe français d'inspiration spinoziste né le 15 janvier 1962. Il est directeur de recherche au CNRS et chercheur au Centre de sociologie européenne (CSE). Il est membre du collectif « Les Économistes atterrés ».
Source (et suite) du texte :  wikipedia
Site officiel : Frédéric Lordon / La pompe à phynance (blog) / Les Économistes attérés

Voir aussi les pages : Conspirationnisme : la paille et la poutre / Que signifie la métonymie "Je suis Charlie" ? / L’alternative de Syriza : passer sous la table ou la renverser
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