Nicolas de Flue, un saint kaléidoscope (RTS, 2017)
Médiateur, protecteur, pacificateur: les qualificatifs ne manquent pas pour parler de Nicolas de Flue. Cet ermite de Suisse centrale, dont on fête cette année les 600 ans de sa naissance, synthétise beaucoup de projections. Icône de dévotion pour les catholiques, précurseur de la Réforme pour les protestants, Nicolas de Flue est, au travers de lʹhistoire, tantôt récupéré religieusement, tantôt politiquement. Aujourdʹhui encore, le mystique du 15è siècle a les vertus dʹun sage contemporain par son désir de simplicité, de silence et de méditation au cœur de la nature.
Intervenants : Jacques Rime, Pascale Paté, Fritz Gloor, Jean Winiger, Bernard Schubiger, Josef Lang.
Source : RTS Nicolas de Flue, tous les chemins mènent au Ranft (RTS, 2017) :
La paix se trouve toujours en Dieu, car Dieu est la paix, et la paix ne peut être troublée. La discorde au contraire trouble toujours. Veillez donc à chercher avant tout la paix.
Extrait d'une lettre de Nicolas de Flue aux responsables politiques de la ville de Berne
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Il y a 600 ans naissait Nicolas de Flüe, le bouddha suisse
Par Philippe Clot, le 17 janvier 2017 - L'Illustré
A g. la plus ancienne statue en bois représentant Nicolas de Flüe, datée de 1504.
Au centre, une gravure sur bois de 1515 illustrant des chroniques lucernoises.
A dr., un tableau de l’incendie de Sarnen.
Dans le panthéon helvétique, il pourrait occuper la première place. Bruder Klaus, alias Nicolas de Flüe, fut et demeure une figure mystique respectée bien au-delà de nos frontières. Portrait d’un pacificateur avec l’aide de deux évêques et de deux de ses biographes.
Certes, sa notoriété est moindre que celle de Guillaume Tell et de Heidi. Mais contrairement aux deux stars du petit panthéon helvétique, saint Nicolas de Flüe a un grand avantage: il est réel. Mieux: sa vie est bien documentée, malgré les six siècles qui nous séparent de son époque belliqueuse (guerre de Cent ans, guerres de Bourgogne) et malgré l’isolement de sa patrie, ce rustique canton d’Obwald replié autour du lac de Sarnen et séparé du Plateau par le mont Pilate.
Un génie du lieu, intemporel et généreux
Par Matthieu Chenal, le 20 mars 2017 - TdG
«Le milieu de Nicolas de Flüe dit beaucoup sur lui», estime l’abbé Jacques Rime. Le curé fribourgeois s’est intéressé depuis longtemps à la figure de l’ermite obwaldien, publiant un livre guide. Pour cette raison, Pascal Mayer l’a invité à donner une conférence pour les choristes travaillant sur l’oratorio de Honegger. «Je n’ai pas rédigé de biographie de Nicolas, mais un guide de promenades dans les lieux où il a vécu. Je l’aborde dans l’esprit du pèlerinage et de la religion populaire et je fais le lien entre lui, sa région et son inscription dans l’histoire suisse.»
Premier indice, Nicolas porte le nom de son village, Flüeli, qui signifie rocher. «Une vision qu’il aurait eue dans le sein maternel fit voir à Nicolas un rocher, poursuit l’homme d’Eglise. On peut le comparer à la solidité de son message à travers les siècles.» Quand il choisit de se retirer, à cinquante ans, quittant sa femme et sa famille nombreuse, il part d’abord en pèlerinage, mais en chemin une vision le pousse à revenir à quelques centaines de mètres de chez lui, dans un ravin très escarpé, le Ranft. «Grandir, monter vers Dieu signifie entrer dans la profondeur de son cœur, explicite Jacques Rime. La mystique rhénane parlait volontiers du Grund der Seele, du fond de l’âme, lieu de la présence divine.»
Nicolas est aussi un marginal, hors de toute institution. «Le mot Ranft vient de Rand, le bord. Il n’est pas caché au fond des bois, mais en bordure du monde. La vie de Nicolas est une expérience limite. Solitaire, il recevra pourtant énormément de gens qui cherchent conseil auprès de lui.» Jacques Rime voit aussi en lui un symbole de centralité, qui fédère les Suisses au-delà des confessions. «Aller en pèlerinage au Ranft, c’est aller au cœur même de la Suisse, puisque le centre géographique du pays est situé à 9 kilomètres de l’ermitage.»
Jacques Rime, Nicolas de Flüe ou l’âme d’un pays : quinze itinéraires au cœur de la Suisse, Ed. Cabédita, 2013
Mystique et homme politique de la fin du Moyen Age, Nicolas de Flue (1417-1487) marqua l'histoire suisse. Beaucoup se réclament de lui et le citent fréquemment comme un héraut de la paix. Ne réussit-il pas en effet à réconcilier des cantons divisés ?
L'auteur présente Nicolas de Flue par le moyen plaisant de parcours thématiques, en proposant de visiter des lieux fréquentés par l'ermite. Des cartes et des indications pratiques (temps de marche, distances, etc.) aident le lecteur à se mettre en route. Concilier nature et culture est une démarche qui se révèle appropriée en Suisse centrale, avec ses magnifiques paysages, ses scènes pastorales, son histoire et son architecture civile et religieuse.
Des citations spirituelles permettront au lecteur de retrouver l'esprit de celui qui avait mis le silence et la paix dans son coeur.
Quatrième de couverture
Commande sur Amazon : Nicolas de Flue : Ou l'âme d'un pays, quinze itinéraires au coeur de la Suisse
Pèlerinage au Ranft (Association Artisanatura, 31 décembre 2016)
Nicolas de Flüe s’évade de son passé
Par Matthieu Chenal, le 20 mars 2017 - TdG
Les 600 ans du saint patron de la Suisse remettent son message en lumière. L’oratorio de Honegger est à l’affiche.
Fresque représentant Nicolas de Flüe dans la chapelle de Saint Jost, Galgenen (1623).
Homme de paix et de foi, sage vénéré de son vivant et des siècles durant, saint patron de la nation pour avoir sauvé la Suisse de la division par ses conseils avisés, Nicolas de Flüe (1417-1487) incarne aujourd’hui un autre aspect de sa personnalité, plus en vogue avec l’esprit du temps: il n’est plus tant une figure nationale que celui qui conteste la société de consommation, un père de l’écologie et pourquoi pas, à travers son régime strict à l’hostie, un ancêtre des véganes! La permanence de l’ermite obwaldien tient bonnement du miracle. Comme l’écrivait le théologien Georges Méautis, Nicolas représente le meilleur moi de la Suisse.
Nicolas de Flue (1417 - 21 mars 1487), a vécu au Ranft dans la commune de Sachseln, Unterwald, époux de Dorothea Wyss.
Dans les cinquante premières années de sa vie, le futur frère Nicolas (Bruder Klaus) vécut en paysan et eut cinq fils et cinq filles. Il est mentionné à trois reprises avant 1467. Il apparaît en 1462 comme représentant d'Obwald à l'occasion d'un jugement rendu par les cantons avoués du couvent d'Engelberg dans un conflit entre l'abbaye et la paroisse de Stans. Le document permet d'induire que Nicolas de Flue était membre du Conseil et tribunal d'Obwald, mais sans fonction dirigeante. Il n'assuma un rôle politique important qu'après avoir définitivement obéi à la voix intérieure qu'il percevait comme un appel de Dieu.
Le 16 octobre 1467, Nicolas de Flue prit congé de sa famille pour entreprendre un pèlerinage qui le conduisit à Liestal. La ville lui parut plongée dans un rouge ardent et il décida de faire demi-tour. Il ne revint pas dans son foyer, mais passa la nuit dans une étable proche de sa maison. Le lendemain, il se retira dans la forêt du Melchtal; des chasseurs l'y retrouvèrent au bout de quelques jours. Guidé par une vision, il construisit dans la gorge du Ranft, sur le domaine familial, une cabane où il passa le reste de sa vie. Il vivait, disait-on, sans prendre de nourriture: cette nouvelle se répandit rapidement, attirant des curieux et alarmant les autorités laïques et religieuses. Le Conseil d'Obwald fit surveiller l'ermite étroitement pendant un mois, mais on ne trouva rien "qui trahisse une hypocrisie religieuse inspirée par l'orgueil ou la vanité" (selon Heinrich Wölfli). Au moment de la consécration de la chapelle du Ranft, en 1469, l'évêque de Constance fit examiner l'abstinence de Nicolas de Flue et l'on ne put constater ni tromperie ni sorcellerie.
Malgré la césure de 1467, des liens existent entre les deux périodes de l'existence de Nicolas de Flue qui, déjà avant de devenir ermite, avait des visions et se livrait à des méditations qui le rapprochent du mouvement médiéval des "Amis de Dieu" (Gottesfreunde) et des mystiques rhénans; ses déclarations font apparaître des points de convergence avec la langue et les idées de Heniriche Seuse dit Suso. Cependant, l'ermite continua de s'intéresser aux choses du monde. Les gens simples n'étaient pas les seuls à rechercher les conseils du "saint vivant", puisque l'envoyé du duc de Milan, Bernardino Imperiali, lui rendit visite au Ranft en juin 1483; il le trouva "informato del tutto", à savoir informé au mieux des affaires qui motivaient son ambassade en Suisse centrale. On considère comme un fait établi l'influence conciliatrice que Nicolas de Flue exerça, sans être personnellement présent, lors de la conclusion du convenant de Stans en 1481. A la fin de sa vie, il confia à Erni Anderhalden, de quatre ans son aîné, que Dieu lui avait fait "trois grandes grâces":
celles d'avoir pu quitter les siens en accord avec eux, de n'avoir jamais été tenté de retourner dans sa famille et d'avoir pu vivre sans nourriture ni boisson corporelles. (...)
Source du texte : Dictionnaire historique de la Suisse
Autre biographie : Bruder Klaus / wikipedia / abbaye saint Benoit
Bibliographie (en français) :
A. Andrey, Le Saint vivant, la vie et la mystique du bienheureux Nicolas de Flue, Genève, 1939. Denis de Rougement, Nicolas de Flue, drame en 3 actes, mis en musique par Arthur Honegger, 1939.
Georges Meautis, Nicolas de Flue, Neuchâtel, Éd. de la Baconnière, 1940
M. B. Lavaud, Vie profonde de Nicolas de Flue, Fribourg, 1942
Henri Chuard, Saint Nicolas de Flue, notre patron, Fribourg, 1956.
Charles Journet, Saint Nicolas de Flue, 1946, 1980 / Google Books
R. Küchler-Ming, Saint Nicolas de Flue, Einsideln, 1981
Marie-Louise von Franz, Les visions de Saint Nicolas de Flue, La Fontaine de Pierre,
Philippe Baud, Nicolas de Flue (1417-1487), un silence qui fonde la Suisse, Ed. du Cerf, 1993 Gian Franco Schubiger, Saints, martyrs et bienheureux en Suisse, Ed. Saint Augustin, 2000. / Googles Books Discographie : Arthur Honegger, Oratorio de Nicolas de Flue, sur un livret de Denis de Rougemont, 1938/9. En ligne : H. von Waldheim, A. von Bonstetten, Deux visites à Nicolas de Flue : Google Books J.A. Wissenbach, La vie du bienheureux Nicolas de Flue, tirée des meilleurs auteurs : Google Books
Prière de Bruder Klaus :
Ô mon Dieu et mon Seigneur,
prends-moi à moi, et donne-moi tout en propre à toi.
Ô mon Dieu et mon Seigneur,
arrache de moi tout ce qui me sépare de toi.
Ô mon Dieu et mon Seigneur,
donne-moi tout ce qui m'attire à toi.
Le "Livre" de Bruder Klaus :
(Le centre représente Dieu, et les trois rayons, qui en sorte et y retourne, les trois Personnes de la Trinité).
* * * La paix se trouve toujours en Dieu, car Dieu est la paix, et la paix ne peut être troublée. La discorde au contraire trouble toujours. Veillez donc à chercher avant tout la paix.
Extrait de la Lettre aux Bernois.
Source du texte : abbaye saint Benois
* * * Homme, en Dieu tu dois avoir bonne confiance,
Et prier pour un continuel repentir.
Et aussi pour une bonne connaissance, afin que te devienne connu
Celui qui est nommé le Dieu éternel.
O Dieu! que tu es délicieusement aimable
Toi qui, de la divinité, revêts l'âme bien-aimée .
Ma joie est-elle plus grande en mon coeur
Ou est-elle plus grande en la bonté de Dieu ?
Dieu vers l'âme s'est incliné,
Il lui fait multiple joie.
O homme ! comment de toi Dieu pourrait-il être mieux connu
Que par le fait qu'à toi, du ciel, l'amour de Dieu est envoyé ?
* * *
Quel cadeau faisons-nous au très noble hôte
Que si instamment nous avons invité ?
Un continuel amour sera la coupe; la volonté libre, le vin clair
Pour que le Dieu du royaume du ciel chez nous tous veuille être le bienvenu .
On loue la noblesse hautement,
Ainsi que Dieu soit pour nous comme un cher hôte digne.
La sagesse, voilà ce que nous lui devons préparer,
En elle Dieu veut avoir bonne compagnie.
Les Trois qu'on nomme en Dieu sont le créateur de notre fond,
Dieu, c'est lui qui est notre conservateur.
Du lieu où Dieu même habite, la sagesse n'est pas absente
Il faut qu'en innocence et pureté d'enfant se tienne l'âme
Où Dieu même en promenade veut aller.
Pourquoi Dieu donne-t-il à la pureté le doux salut ?
Parce qu'il prend d'elle le plaisir de la douceur
Comme l'abeille le prend des fleurs de mai.
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Homme, pense au large soleil,
Comme il se tient haut dans le ciel!
Comme il a reçu l'éclat de l'éternelle divinité.
Quand Dieu naît ainsi dans le coeur de l'homme.
Il y a au ciel floraison et délices.
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O homme! crois en Dieu fortement,
Car en la foi se tient l'espérance,
En l'espérance se tient l'amour,
En l'amour se tient la connaissance.
En la connaissance, la victoire,
En la victoire, la récompense.
En la récompense, le couronnement.
En le couronnement, la réalité éternelle,
Que maintenant l'on prise si peu.
Source des sentences rapportées (Bruder Klaus n'a rien écrit) : abbaye saint Benois