lundi 28 février 2011

Ikkyu Sojun


Ikkyū Sōjun (1394 1481) fut un moine et poète japonais. Célèbre dès son vivant, il connaît une postérité par l'influence qu'il a eue sur la culture dite de Higashiyama et surtout parce qu'il devient, à partir de l'époque d'Edo, le héros d'une littérature populaire le mettant en scène soit enfant soit adulte, les Ikkyûbanashi.

Ikkyū naît pendant la période Muromachi sous le nom de Senguikumaru; il serait le fils de l'empereur Go-Komatsu. Les spécialistes ne s'accordent pas sur ce point. Il entre au monastère à cinq ans et se montre très doué pour la poésie.
Il choisit à une période de sa vie de suivre le moine Ken-ô pendant 5 ans. À la mort de ce dernier, Ikkyū, qui s'appelle alors Shūken, décide de suivre l'enseignement de la branche du Daitoku-ji en entrant sous la direction de Kasō Sōdon. Alors qu'il médite sur une barque, Ikkyū entend le cri d'une corneille ou d'un corbeau et atteint le satori, il en parle à son maître Kasō qui décide d'en faire son successeur mais Ikkyū refuse. Il quitte alors le monastère de Katata pour vagabonder et retrouver sa mère, qui décédera peu après. Sa personnalité et son personnage sont toujours liés aux femmes et aux plaisirs, en totale contradiction envers les engagements bouddhiques traditionnels (mais il ne répudiait ni le Bouddha ni ses maîtres, bien au contraire). Son premier disciple est Sôgen, il ouvre un temple en 1433 à Sakai. Il part ensuite vivre en ermite près de Kyōto.
En 1480, il publie Nuages fous, un recueil de poésies en chinois classique.
Vers la fin de sa vie, il est pris d'amitié (ou d'amour ?) pour Shinmé, une aveugle, qui ne le quittera plus jusqu'à son dernier souffle. Il meurt à 88 ans d'une phase aiguë de malaria.

Ikkyū fut écœuré par la déchéance de l'école rinzai. Il composa de nombreux poèmes drôles et érotiques. Il devint très populaire pour ses satires, et reste l'une des figures marquantes du Japon, mais n'eut pas de successeur.
Ikkyū est également reconnu pour ses calligraphies zen.
Source du texte : wikipedia
Autre biographie : Arts livres / Nerial


Ikkyu a aussi été un propagateur du
Chanoyu ou cérémonie du thé et de la conception des jardins. 


Bibliographie :
- Nuages fous, trad. Maryse et Masumi Shibata. Ed. Albin Michel, Spiritualité vivante.
- La saveur du Zen, poèmes et sermons d'Ikkyu et de ses disciples, trad. Maryse et Masumi Shibata. Ed. Albin Michel, Spiritualité vivante.
Mangas :
Hisashi Sakaguchi, Ikkyu, 6 volumes. Ed. Glénat 1996.





Plusieurs chemin s'offrent à l'ascension,
Mais du sommet s'offre à nous la même vue de la lune.

N'ayant jamais fixé ma demeure au bout de ma route
Je n'ai donc aucun chemin sur lequel je pourrais m'égarer.

Bien qu'il y ait distinction entre pluie, grêle, neige et glace, 
Une fois fondues, il n'y a qu'une seule et même eau dans le vallon.

Dans la terre au sud du Mont Sumeru, 
Qui pourrait comprendre mon Zen ? 
Hiu-t'ang viendrait-il jusqu'ici, 
Sa présence ne vaudrait pas un sou !
Extrait de : Ikkyu dans Les maîtres du zen au Japon de Masumi Shibata. Ed. Maisonneuve et Larose. 

Nous sommes seuls.
Les portes sont fermées.
Ignorons les directions.
Dans ce milieu,
Qui est le Roi de la Loi (Vérité) ?
Si vous me demandiez
Une phrase concernant l'arrivée de l'hiver,
Je répondrais : «A partir de ce matin
La journée est plus longue d'une ligne.»
Extrait de Nuages fous
Source du texte : Shunkin




Enseigner la Loi et le Zen
par recherche d'une réputation
prononcer des mots rabaissant l'autre
tout cela me suffoque
Si dialogue, raison et générosité manquent 
il n'y a que combat démoniaque
et l'inscience augmente.

Devant mes yeux
la nature est maigre, comme moi
La terre est vieillie, le ciel dévasté
et toutes les herbes sont mortes
En mars, le vent printanier
ne nous apporte pas un cœur de printemps
Les nuages froids enferment profondément
ma hutte de roseaux.

Transmission authentique ou ligne collatérale
on a tort d'en disputer
Ce n'est qu'inscience perpétuelle
et sectarisme égocentrique
On est fatigué du fardeau
de l'égocentrisme et du sectarisme
On envie le papillon
qui vole légèrement.

Ici, hors du monde
pins et cryptomères se mêlent dans les nuages
Les temples dans les villes mobilisent la masse
et rassemblent la foule
Je ne comprends pas la pensée de Lin-Tsi
sur sujet et objet
Je suis ivre et de bonne humeur
grâce à quelques verres de piquette.

Autour de moi, ils ont médité longtemps sur des kôans
et ils ont l'air de bien les comprendre
Mais en examinant plus profondément leur compréhension
je constate qu'ils sont d'obscures ignorants
Ils conservent ressentiment et haine
Ils ne les oublient pas jusqu'à leur mort
Mes conseils, en tant que compagnon de la Voie
résonnent désagréablement à leurs oreilles.

Au crépuscule, il neigeait autour du fleuve
mais cela a pris fin
Les rives sont couvertes par la neige épaisse
et le désert blanc s'étend tout plat
Je ne reçois aucun courrier
Je suis comme un canard sauvage isolé
Je regrette d'avoir vagabondé pendant de longues années
dans d'autres provinces que la mienne.

Les belles se transforment en nuages et en pluie
Le fleuve de la passion d'amour est profond
Une femme publique et moi, vieil adepte du Zen
chantons au sommet d'une tour
Je m'amuse à la serrer dans mes bras
et à lui donner des baisers
Loin de moi l'idée d'abandonner ma vie charnelle
masse de feu violent.

Certains écarquillent les yeux
D'autres baissent la tête
Ce sont tous des comparses des démons
Des années ils ont vécu sous le vent et la lune
et maintenant ils sont sous le sabre
La terre, les montagnes et les rivières
ont tant de chagrin.

J'ai laissé l'écriture
elle n'est que signes dans le rêve
lorsqu'on s'éveille
personne ne pose de questions.
Extraits de : Nuages fous
Source du texte : Aiguilar

Chez Ikkyu raconté par Carlota Ikeda (danseuse et chorégraphe de buto) : 


Générique du manga Ikkyu :



 

samedi 26 février 2011

Cérémonie du thé ou Chanoyu

Et pour finir la semaine vous prendrez bien une tasse de thé ?





Tous les remèdes ne sont des médicaments que contre une seule maladie,
tandis que le thé est un remède à des milliers de maladies.
(Myoan Eisai qui apporta le zen et le thé au Japon, XIIe s.)

Ils ne disent rien
L'invité, l'hôte...
Et le chrysanthème blanc.
(Haiku de Ryota, XVIIIe s.)

Des infos sur le Chanoyu  : wikipedia / Web Japon (PDF) / Claire Billaud (PDF) 


vendredi 25 février 2011

Ryokan Taigu ou Eizō Yamamoto



Ryōkan Taigu (1758-1831) était un moine et ermite, poète et calligraphe japonais. Né Eizō Yamamoto, il est plus connu sous son seul prénom de moine Ryōkan (signifiant « Grand-Cœur »). Ryōkan est l'une des grandes figures du bouddhisme zen de la fin de la période Edo. Au Japon, sa douceur et sa simplicité ont fait de lui un personnage légendaire.

Sa vie d'ermite est souvent la matière de ses poèmes. Un soir que sa cabane a été dépouillée de ses maigres biens, il compose ce qui deviendra son haïku le plus connu et dont il existe de nombreuses traductions en diverses langues ; en voici deux en français :

Le voleur parti
n'a oublié qu'une chose
la lune à la fenêtre.
(trad. Titus-Carmel, 1986)

Le voleur
a tout pris sauf
la lune à la fenêtre.
(trad. Cheng et Collet, 1994)

Ryōkan est né à une date incertaine, en 1758, à Izumozaki, petit village sur la côte ouest du Japon, dans l'actuelle préfecture de Nīgata, le pays des neiges. Son nom de naissance est Eizō Yamamoto. Son père est chef du village et prêtre shinto. Enfant, il étudie les classiques japonais et chinois. Vers l'âge de 20 ans, Ryōkan se rend dans un temple zen Sōtō du voisinage et devient novice. Il y rencontre un maître de passage, Kokusen, et part avec lui pour le sud du pays. Pendant douze ans, il se forme à la pratique du zen. En 1790, Kokusen le nomme à la tête de ses disciples et lui confère le nom de Ryōkan Taigu (« esprit simple au grand cœur », ou litt. « grand benêt bien gentil »). À la mort du maître un an plus tard, Ryōkan abandonne ses fonctions et entame une longue période d'errance solitaire à travers le Japon. Il finit par s'installer, à l'âge de 40 ans, sur les pentes du mont Kugami, non loin de son village natal, et prend pour domicile une petite cabane au toit de chaume, Gogōan.





Dans la forêt verdoyante,
mon ermitage.
Seuls le trouvent
Qui ont perdu leur chemin.
Aucune rumeur du monde,
le chant d'un bûcheron, parfois.
Mille pics, dix mille ruisseaux,
pas une âme qui vive.



Gogōan, l'hermitage où Ryōkan a passé presque toute la seconde moitié de sa vie.
Mendiant chaque jour sa nourriture selon la stricte règle monacale et pratiquant assidûment la méditation assise ou zazen, Ryōkan cependant ne célèbre aucun rituel ni ne dispense aucun enseignement. Jamais non plus il n'évoque un point de doctrine ou ne fait état d'un quelconque éveil, petit ou grand. En été, il se promène ; en hiver, il souffre, trop souvent, du froid, de la faim et la solitude. Parti pour mendier, il s'attarde pour jouer à cache-cache avec les enfants de ses voisins, cueillir un brin de persil au bord d'un sentier, soigner un malade au village ou partager un flacon de saké avec les fermiers du pays.

Demain ?
Le jour suivant ?
Qui sait ?
Nous sommes ivres
de ce jour même !

Les calligraphies de Ryōkan, aujourd'hui très prisées par les musées, suscitaient déjà bien des convoitises autour de lui. Aussi, chaque fois qu'il va en ville, c'est à qui, petit boutiquier ou fin lettré, se montrera le plus rusé pour lui soutirer quelque trésor issu de son pinceau. Ryōkan, qui a pour émule Hanshan, le grand ermite chinois de la dynastie Tang, calligraphe et poète comme lui, n'en a cure.

Moine benêt l'an passé,
cette année tout pareil.

Au bout de vingt ans passés dans la forêt, affaibli par l'âge, Ryōkan doit quitter Gogōan. Il trouve alors refuge dans un petit temple un peu à l'écart d'un village. Il soupire après la montagne, compare sa vie à celle d'un oiseau en cage. À l'âge de 70 ans, il s'éprend d'une nonne appelée Teishin, elle-même âgée de 28 ans. Ils échangent de tendres poèmes. À Ryōkan qui se lamente de ne pas l'avoir vue de tout l'hiver, Teishin répond que la montagne est voilée de sombres nuages. Ryōkan lui réplique qu'elle n'a qu'à s'élever au-dessus des nues pour voir la lumière. Il meurt entre ses bras le 6 janvier 1831, âgé de 72/73 ans.
Son mode de vie non conformiste, sa totale absence de religiosité, ont suscité bien des querelles d'érudits. Son bouddhisme était-il authentique ? Était-il oui ou non un homme éveillé ? À ces questions, Ryōkan, pour qui le zen ne pouvait être que profonde liberté, avait livré sa réponse :

Que laisserai-je derrière moi ?
Les fleurs du printemps,
le coucou dans les collines,
et les feuilles de l'automne.
Source du texte : wikipedia



Bibliographie :
 - Les 99 haiku de Ryōkan (trad. Joan Titus-Carmel de Ryōkan no haiku, 1977 ; bilingue), éd. Verdier.
- Le Moine fou est de retour (trad. CHENG Wing-Fun et Hervé Collet ; bilingue), éd. Moundarren.
- Recueil de l'ermitage au toit de chaume (trad. CHENG Wing-Fun et Hervé Collet ; bilingue), éd. Moundarren.
- Pays natal (trad. CHENG Wing-Fun et Hervé Collet ; bilingue), éd. Moundarren, 82 pages.
- Contes zen : Ryôkan, le moine au cœur d'enfant (trad. Claire S. Fontaine et Kasono Mitsutane), éd. Courrier du livre.
- La Rosée d'un lotus (trad. Alain-Louis Colas de Hachisu no tsuyu, 1835 ; bilingue), éd. Gallimard, coll. « Connaissance de l'Orient ".
- Le Chemin vide : vie et poèmes d'un moine Zen (trad. Catherine Yuan et Erik Sablé ; texte français seulement), éd. Dervy, coll. « Chemins de sagesse ».
Anthologies :
Haïku (retrad. depuis l'anglais par Roger Munier d'après R. H. Blyth (en), Haiku, 1950-1952 ; texte français seulement), éd. Fayard, coll. « Documents spirituels », 210 pages ; rééd. 2006, Haïkus, coll. « Points poésie » no 1450, 231 pages - 116 auteurs, 568 haïkus (dont 3 de Ryōkan).
Haiku : anthologie du poème court japonais (trad. Corinne Atlan et Zéno Bianu ; texte français seulement), éd. Gallimard, coll. « Poésie » no 369, 239 pages - 133 auteurs, 504 haïkus (dont 10 de Ryōkan)
Etudes :
Blain, Dominique (2007). Ryōkan, l'oublié du monde, éd. Les deux océan
En ligne : 76 Haikus (Nekojita)


Toute ma vie trop paresseux pour me conformer aux règles
Joyeux, toujours joyeux, suivant librement ma nature
Dans ma besace trois mesures de riz
Près du foyer un fagot de bois
Pourquoi se préoccuper de l'éveil ou de l'illusion ?
Pour ce qui est de rechercher les honneurs ou la fortune, je n'en parle même pas.
La pluie nocturne tombe sur ma cabane au toit de paille
Détendu, j'allonge les deux jambes.
Mille sommets figés par le froid
Dix mille sentiers sans trace d'homme
Chaque jours je ne fais que méditer face au mur
Parfois j'entends la neige qui frappe la fenêtre.
Quand on abandonne le désir tout est bien
Quand le désir est là dix milles choses ne peuvent le satisfaire
Quelques légumes nourrissent
Une robe de moine est suffisante pour vêtir le corps
Je me promène seul au milieu des cerfs
Je chante avec les enfants du village
Je lave mes oreilles dans l'eau qui coule au pied des rochers,
Je contemple la beauté des pins au sommet de la montagne.
Une lampe à la main, nuit de neige en montagne
Dans le silence nocturne les flocons s'envolent librement
Le vrai, le faux, quelle importance ?
Une nuit paisible derrière ma cabane au toit de paille
Je joue du luth sans corde
Sa musique, portée par le vent disparait dans les nuages
Elle devient celle du ruisseau
S'étend toujours plus loin et remplit la vallée,
Traverse montagne et forêts
Seul un être fermé aux bruits du dehors
Peut entendre cette musique merveilleuse.
Les quatre saisons et les oiseaux vivent en harmonie
Continuellement s'entend le bruit de la source froide
Je dis à ceux qui peuvent oublier leur fardeau
Venez errer librement au sommet des montagnes émeraudes.

C'est la fin de l'automne, le neuvième mois, le ciel est bleu
Seul avec mon bol, sans prévenir, je frappe à ta porte
Moi, un moine libre des désirs du monde
Toi, un homme oisif vivant dans une époque de paix
Toute la journée sans rien faire
A boire du saké en riant face aux montagnes.

La grande voie n'a pas de chemin
Je ne sais où se trouve la paix du coeur
On considère la vacuité ou l'existence comme des buts
Quelle différence entre un homme ordinaire et un éveillé
Si l'on s'attache au monde, poursuivant son ombre
L'ombre s'éloigne toujours plus
Si l'on chasse le faux et recherche le vrai
Le vrai devient cicatrice
Comprend cela par expérience et profondément
Si tu tombes même d'un cheveu dans le mental,
Tu t'éloigneras de la vérité d'une distance de mille univers
J'ai appris autrefois la quiétude de la concentration et je sais contrôler mon souffle
Traversant les étoiles et le givre blanc
J'en oubliais presque le sommeil et la nourriture
Si je connais la paix
C'est peut-être grâce à ma pratique
Mais si je n'agis pas
Qui me prouve qu'elle demeurera toujours ?

Depuis l'origine la grande voie n'a pas de chemin
Je ne sais quel est son accomplissement
Si on on la poursuit, elle s'éloigne de plus en plus.
Si on la recherche, on ne peut la trouver
Même si on prêche aux hommes l'identité du vide et des phénomènes,
Et qu'on suit la voie du milieu, on se retrouve dans une impasse
Cela est indicible
Si on veut l'exprimer par la parole, il perd son sens.
L'éveil et l'illusion dépendent l'un de l'autre
Le dharma et les phénomènes sont liés
La journée je récite des sutras sans paroles
La nuit je médite sans pratiquer la méditation
Le coucou chante près de la rivière, là où baigne le saule
Un chien aboie dans la nuit à la clarté de la lune
La loi du Bouddha n'est pas contraire à l'harmonie de la nature
Qu'ai-je à transmettre ?
Il y a un joyau qui existe depuis toujours
Jour et nuit, il illumine l'obscurité du monde
Quant du le possèdes, tu ne peux le confier à un autre
Contemple le sans douter et sans hésiter
Quand l'ami de la Voie le montre, l'homme obscure titube
Si la fille du dragon le donne, les vieux moines sont embarrassés
Ah ! Ah ! Ah ü Un tel joyau existe dans le ciel ou sur la terre, mais qui le sait ?

Ne demande pas s'il vient du Mont Kunlun ou de Gepu
Le joyau est en toi
Sa lumière efface celle du soleil et de la lune
et rayonne au-delà des quatre limites de l'univers
Ses couleurs sont si intenses qu'on ne peut le fixer
S'il est perdu on plonges dans l'océan de la souffrance
Si on le possède on travers immédiatement sur l'autre rive
Je le montre et l'offre
Mais je ne peux rien faire si les hommes n'en veulent pas.
Extrait de : Ryokan, le Chemin vide.
 

jeudi 24 février 2011

Basho Matsuo ou Manefusa Matsuo


Bashō Matsuo plus connu sous son seul prénom de plume Bashō (« Le Bananier »), est un poète japonais du XVIIe siècle (début de la période Edo). De son vrai nom Kinsaku Matsuo (enfant) puis Munefusa Matsuo (adulte), il est né en 1644 à Iga-Ueno et mort le 28 novembre 1694 à Ōsaka. Il est considéré comme l'un des quatre maîtres classiques du haïku japonais (Bashō, Buson, Issa, Shiki).
Auteur d'environ 2 000 haïkus, Bashō rompt avec les formes de comique vulgaire du haïkaï-renga du XVIe de Sōkan en proposant un type de baroque qui fonde le genre au XVIIe en détournant ses conventions de base pour en faire une poésie plus subtile qui crée l'émotion par ce que suggère le contraste ambigu ou spectaculaire d’éléments naturels simples opposés ou juxtaposés .

Issu d'une famille de bushi (guerriers), il se lie d'amitié avec le fils de son seigneur, le jeune Yoshitada, mais la mort de son ami le conduit à renoncer à une carrière classique de guerrier et à étudier les lettres.
À ce moment, Bashō prend l'habit des moines et part suivre l'enseignement de plusieurs maîtres dont Kitamura Kigin à Kyōto. Sept ans plus tard, il part pour Edo où il publiera son premier recueil de poèmes dont le célèbre :



Sur une branche morte
Les corbeaux se sont perchés
Soir d'automne.



Plus tard, il crée sa propre école poétique. Il pratique le haïku avec un groupe de disciples dans son ermitage de Fukagawa à partir de 1680. Le surnom de cet endroit est « l'Ermitage au bananier » (Bashō-an) car un bananier lui avait été offert par l'un de ses disciples. Il le planta devant son ermitage - où il se trouve toujours- mais on ne sait pas pourquoi il lui emprunta son nom de plume.
Le style nouveau qui caractérise son école est le style shōfu.
Celui-ci peut se définir par quatre mots :

Sabi : c'est la recherche de la simplicité et la conscience de l'altération que le temps inflige aux choses et aux êtres ;
Shiori : il s'agit des suggestions qui émanent du poème sans qu'elles ne soient formellement exprimées ;
Hosomi : l'amour des choses humbles et la découverte de leur beauté ;
Karumi : l'humour qui allège du sérieux et de la gravité.

Pour Bashō, le haïku n'est pas dans la lettre mais dans le cœur. Il s'efforce d'exprimer la beauté contenue dans les plus simples choses de la vie :

Paix du vieil étang.
Une grenouille plonge.
Bruit de l'eau. 

C'est une poésie de l'allusion et du non-dit qui fait appel à la sensibilité du lecteur. Par exemple il évite de décrire l'évidente beauté du mont Fuji :




Brume et pluie.
Fuji caché. Mais maintenant je vais
Content





Bashō pratique également le journal de voyage qu'il entremêle de délicats poèmes. Le plus célèbre d'entre eux est La Sente étroite du Bout-du-Monde (Oku no hosomichi) mais ils relèvent tous d'un genre impressionniste qui voit le poète s'arrêter devant des paysages ou des scènes de la vie quotidienne et laisser venir le poème que cette vision suscite en lui.
En passant devant les ruines du château ou périt le célèbre Minamoto no Yoshitsune alors qu'il était assiégé par l'armée de son frère Yoritomo, le poète est frappé de voir qu'il ne reste rien de cette gigantesque bataille, de tous ces glorieux combats et que la nature a repris ses droits :


Herbes de l'été.
Des valeureux guerriers
La trace d'un songe.

Bashō est le premier grand maître du haïku et sans aucun doute le plus célèbre au Japon où il reste littéralement vénéré.
Il fut enterré à Ōtsu, préfecture de Shiga, auprès de Minamoto no Yoshinaka, conformément à ses derniers souhaits.
Source du texte   : wikipedia


On rallonge 
Une patte de l'aigrette
En y ajoutant celle du faisan.


Ce poème parodie le texte du Livre du maître Tchouang Tseu : "En voyant une chose longue, il ne faut pas penser qu'elle est trop longue si sa longueur est naturelle. En effet, les pattes de la sarcelle sont courtes, mais elle criera si vous les rallongez de force. Les pattes de la grue sont longues, mais elle protestera en pleurant si vous les coupez au couteau."
Basho a délibérément joué l'acte de "rallonger une patte d'un oiseau", que Tchouang avait rejeté, pour démontrer l'absurdité de l'utilitarisme. Ce haïku souligne avec humour la faiblesse d'intelligence humaine.
Les haïkus de Basho sont théâtraux. Il y a exposé la plaisanterie ou la mélancolie, l'extase ou la confusion, en les exagérant. Mais ces expressions dramatiques ont un caractère paradoxal. L'humour et la tristesse qu'il a exprimés ne sont pas des outils pour affirmer ni pour glorifier la possibilité humaine. Dans ses oeuvres, plus il décrit des actions des hommes, plus la petitesse de leur existence est mise en relief, et les lecteurs prennent conscience de la grandeur de la Nature.
Source du texte : Mushimegane


Bibliographie :
- Basho, maitre de Haiku. Ed. Albin Michel, coll. Spiritualité vivante.
- Journaux de voyage. Ed. Pof
- Cent onze haiku, Edition bilingue
- A Kyōto rêvant de Kyōto. Ed. Moundarren
- Cent cinq haïkaï. Ed. La Délirante
- L'Ermitage d'illusion. Ed. La Délirante
- Voyage poétique à travers le Japon d'autrefois, trad. Nicolas Bouvier. Ed. Office du livre
- Bashô, Carnets de voyage, " Nozarashi Kikô ". Ed. Atelier Manda
- Avec Bashô, Sur le chemin étroit du nord profond. Ed. Atelier Manda
- Le Chemin étroit vers les contrées du Nord, trad. Nicolas Bouvier. Ed. Heros-Limite
- L'étroit chemin du fond. Ed. William Blake and co.
- Jours d'hiver (1684). Ed. Pof
- Jours de printemps (1686). Ed. Pof
- Quatre saisons (1689), Friches tome I. Ed. Pof
- Réminiscences (1689), Friches tome II. Ed. Pof
- Dix kasen (1689), Friches tome III. Ed. Pof
- Friches (1689). Ed. Verdier
- La Calebasse (1691). Ed. Pof
- Le Manteau de pluie du singe (1691), Ed. Pof
- Le Sac à charbon (1694). Ed. Pof
- Le Faucon impatient (1696). Ed. Pof
Bibliographie : Shunkin
Intégralité de l'oeuvre de Basho (an japonais) : Yamanashi
Autres créateurs de Haiku : Mushimegane


kono aki wa        
Cet automne-ci
nande toshiyoru   
Pourquoi donc dois-je vieillir ?
kumo ni tori         
Oiseau dans les nuages

Sur l'éventail
Je mets le vent venant du mont Fuji.
Voilà le souvenir d'Edo (*)
(*) ancien nom de Tokyo

Sommeil sur le dos d'un cheval,
La lune au loin dans le rêve qui continue,
Fumée de la torréfaction du thé.

Le printemps passe.
Les oiseaux crient
Les yeux des poissons portent des larmes.

Le zashiki (*) d'été
Fait bouger et entrer
La montagne et le jardin.
(*) salon recouvert de tatamis et ouvert sur le jardin.

Quel plaisir!
La Vallée de sud
Embaume la neige.

Le vent d'automne
Plus blanc
Que les pierres de la colline rocheuse.

De tous les côtés
Les vents apportent des pétales de cerisier
Au lac des grèbes.

Même un sanglier
Est sur le point d'être emporté
Dans cette tempête.

Le croissant éclaire
La terre brumeuse.
Fleurs de sarrasin.

Le lespédèze fleuri ondule
Sans faire tomber
Une seule goutte de rosée.

Par bonté bouddhique, Bashô modifia un jour, avec ingéniosité, un haïku cruel composé par son humoristique disciple, Kikakou. Celui-ci ayant dit :


Une libellule rouge
arrachez-lui les ailes
un piment.

Bashô y substitua :

Un piment
mettez-lui des ailes
une libellule rouge.





mercredi 23 février 2011

Hakuin Ekaku ou Hakuin Zenji


Autoportrait





Détesté par un millier de Bouddhas dans le royaume des mille Bouddhas,
Haï par les démons parmi les bandes de démons,
Cette tête chauve, aveugle et puante,
Apparaît à nouveau sur une feuille de papier,
Sacrebleu !

(Poème de Hakuin Ekaku accompagnant son autoportrait, dessiné à l'âge de septante et un ans).



Hakuin Ekaku (1686-1769) fut l'une des figures les plus influentes du bouddhisme zen japonais. Il transforma l'école de Rinzai, alors une tradition sur le déclin sans pratique rigoureuse, en une tradition centrée sur une méditation acharnée et la pratique des kōan. Pratiquement tous les pratiquants modernes du Zen Rinzai emploient des pratiques directement dérivées des enseignements prodigués par Hakuin.
Hakuin naquit en 1686 dans le petit village d'Hara, au pied du mont Fuji. Sa mère était une fervente bouddhisme Nichiren, et il est probable que sa piété ait eu une influence majeure sur la décision d'Hakuin de devenir moine bouddhiste. Enfant, Hakuin écouta le discours d'un moine Nichiren sur le sujet des Huit Enfers Brûlants. Ce discours impressionna le jeune Hakuin, qui développa une peur panique de l'enfer et chercha un moyen de l'éviter. Il parvint à la conclusion de la nécessité de devenir moine. (...)

Source du texte : wikipedia


Bibliographie : 
- Entretien dans une barque au crépuscule et Réponse à un proche suivant du Seigneur Nabeshima, trad. F. Ledoux dans Tch'an, zen, racine et floraisons. Ed. Hermès.
Quelques peintures en ligne : terebess





Hakuin Ekaku - Mont Fuji

Pour pratiquer le zen, trois choses sont indispensables : pour commencer, la grande racine de la foi, ensuite une grosse boule de doute, enfin une détermination forte vers le but.



Hakuin Ekaku - Deux aveugles sur un pont


Mais tout ce que j'ai dit ne doit pas vous faire croire qu'il faut trouver mauvaise la discipline de la vie calme et cesser de la mener pour chercher délibérément à ne vivre qu'une vie active. Moins on est informé, moins on a de compréhension de ces deux conditions d'existence - l'activité et la calme -, plus on doit avoir soin de les estimer l'une et l'autre et se rappeler qu'elles ne sont que deux aspects d'une même condition uniforme. C'est ce que l'on entend quand on dit qu'un moine qui pratique réellement la méditation ne sait pas qu'il marche quand il le fait ou qu'il est assis quand il l'est. Lorsque l'on est arrivé à comprendre la nature de la "Réalité du Moi", rien ne vaut la vie active pour atteindre le pouvoir vital utilisable partout et en tout lieu. (...)


Hakuin Ekaku


La véritable discipline de l'introspection nous enseigne à nous rendre compte que "la vérité inexprimable, absolue", dont parlait Jo-shou (778-797), doit être identifiée avec les éléments mêmes que nous voyons dans nos propres personnes, dans nos propres corps. La véritable pratique de l'introspection est - pour ma part - fixée sous le nombril, centre respiratoire de l'abdomen, le bassin et la plante des pieds pris ensemble ou combinés l'un à l'autre. (...)


Hakuin Ekaku - Hotei

Si l'on me demande : "Qu'est le véritable esprit de méditation ?", je répondrai qu'il consiste à maintenir un coeur bienveillant et compatissant, que l'on parle ou que l'on remue son coude en écrivant, que l'on soit en mouvement ou en repos, que la chance soit bonne ou mauvaise, que l'on soit dans l'honneur ou dans la honte, en gain ou en perte, dans le bien ou le mal, ramassant tous ces éléments en une seule strophe, dirigeant et concentrant son énergie avec la force d'un roc de fer sous le nombril et la partie inférieur de l'abdomen. (...)


Hakuin Ekaku - Hotei

Alors, debout ou assis, en mouvement ou au repos, vérifiez de temps à autre si vous avez perdu ou non le juste état d'esprit. C'est le chemin correct de la véritable discipline des sages et des saints du temps passé et du temps présent. 
Le sage a dit à propos de cette méditation ininterrompue dans toutes les activités de l'existence (...) on doit comprendre que cette activité (méthode) porte sur l'état du Moi réel. Il n'est pas du tout aisé d'écarter entièrement les affaires importantes de la vie et de la mort si l'on se préoccupe d'accomplir correctement la discipline pour discerner la réalité finale, laquelle suffit à obnubiler la juste vision, même, de Bouddha. Ce qui est d'une importance absolue, c'est que les deux états - activité et calme, ordre et esprit de contradiction, verticale et horizontale - doivent avoir au premier plan la vérité pure, sans mélange, complète et entière. 
Extrait de Réponse à un proche suivant du seigneur Nabeshima de la province de sesshu sur la pratique de l'introspection, dans Tch'an, zen, racine et floraisons, Ed. Hermès. 


Hakuin Ekaku - Enso

Tous les êtres sont Bouddha depuis l’origine des temps,
Comme l’eau et la glace,
Sans eau ni glace,
hors de nous pas de Bouddhas.
Si proche est la vérité,
bien que nous allions la quérir au loin.
Entourés d’eau, nous crions : “J’ai grand soif !”
Nés riches,
nous errons comme des pauvres,
faisant inlassablement le tour des six mondes.
Notre affliction a pour cause l’ego trompeur.
De sentier en sentier, nous tâtonnons dans le noir.
Comment nous affranchir de la roue du samsara ?
La porte de la liberté est le samadhi procuré par le zazen.
Par-delà l’exaltation, par de-là la louange,
est le pur Mahayana.
Les préceptes, le repentir, le don,
la voie juste d’existence, les innombrables actions méritoires,
tout cela a son origine dans le zazen.
Le samadhi authentique disperse tous les maux ;
il nous purifie du karma, évacue les obstacles.
Où sont désormais les sombres sentiers sur lesquels nous nous égarions ?
Le pays du Lotus Pur est proche.
Entendre cette vérité, le coeur humble et reconnaissant,
chanter ses louanges et l’embrasser, pratiquer sa sagesse,
est source de bienfaits illimités, de montagnes de mérite.
Mais si, retirés en nous-mêmes, nous nous prouvons notre vraie nature -
que l’être véritable est dépourvu d’ego
que notre soi n’est pas un moi -
l’ego est transcendé et les mots habiles sont derrière nous.
Alors la porte de l’unité s’ouvre avec fracas.
Il n’y a plus ni deux ni trois,
en ligne droite court la Voie.
Notre forme étant devenue non-forme,
nous pouvons aller et venir sans jamais sortir de chez nous.
Notre pensée étant devenue non-pensée,
nos danses et nos chants expriment le Dharma.
Immense, infini est le ciel du samadhi !
Éclatant et transparent est le clair de lune de la sagesse !
Là, dans le monde, quelque chose
nous ferait-il défaut ?
L’immensité du nirvana se déploie devant nos yeux.
La terre que nous foulons a pour nom Lotus Pur,
et notre corps est le corps même de Bouddha.
Hymne au zazen (Zazen-Wasan)
Source du texte : Reikido-France
Autre traduction : Zen-Genève


 

mardi 22 février 2011

Bassui Tokushō


Bassui Tokusho (1327-1387) est né dans la préfecture de Kanagawa au Japon dans une période trouble proche de la guerre civile. Mécontent de la pratique du zen de son époque, les uns étant, selon lui, trop attaché aux formes (rituel et dogme) et les autres à leur absence, il cherchera à le revitaliser.
On raconte qu'à sa naissance sa mère l'abandonna dans un champs, suite à un rêve qu'elle eut au cours de sa grossesse, prédisant que son enfant sera un démon. Mais un serviteur alla ensuite le rechercher. Peut-être que cet abandon faisait partie d'un rite de purification.
Dès son enfance Bassui se posait de nombreuses questions comme de savoir qui était celui qui entendait ou comprenait. Il poursuivra ce style d'enquête tout au long de sa vie.
A vingt il suivit une formation dans le temple de Jifukuji, pour finalement, au bout de neuf ans, se faire moine mais il refusera de porter la robe et de réciter des sûtras, préférant la simple méditation. Suite à quoi il alla trouver un ermite du nom de Tokukei, qui résidait dans les montagne, avec lequel il noua une solide amitié. Il vécut ensuite dans différents ermitages, mais rencontra aussi un maître de haïku, Jakushito Genko, dans le temple de Eigenji. Lui-même sera amené à fonder son propre temple à Enzan, au pied du Mont Fuji, appelé Kogakuan, où il vécut et enseigna le reste de sa vie.
Juste avant de mourir en position zazen, Bassui se retourna vers ses disciple et s'écria :
"Regardez droit devant vous. Qu'y a-t-il ? Si vous le voyez tel que c'est, vous ne serez jamais dans l'erreur".
Source du texte : wikipedia


Bibliographie :
- Le sermon de Bassui sur le Ze, trad. de Masumi Shibata. Ed. Maisonneuve et Larose.


A sept ans, Bassui commença à donner des signes de sa sensibilité d’esprit. Au cours d’un service religieux dédié à son défunt père, il demanda au prêtre qui officiait : « pour qui sont ces offrandes de riz, de gâteaux et de fruits ? » « Pour ton père, bien sûr », dit le prêtre. « Mais mon père n’a plus ni corps ni forme. Comment pourrait-il les manger ? » Le prêtre répondit : « Bien qu’il n’ait plus de corps visible, son âme recevra ces offrandes. » Sur quoi l’enfant dit : « S’il existe une chose telle qu’une âme, je dois en posséder une dans mon corps. A quoi ressemble-t-elle ? »
… Une intense et incessante interrogation (…) se poursuivait jusqu’à sa maturité — et jusqu’à son illumination.
A dix ans, nous dit-il, il était souvent éveillé par d’éblouissant éclairs de lumière qui illuminaient sa chambre, suivis par une obscurité oppressante…
… Sans cesse il se demandait : « Si, après la mort, l’âme connaît les souffrances de l’enfer ou les délices du paradis, quelle est sa nature ? Mais s’il n’y a pas d’âme, qu’est-ce qui en moi, à cet instant précis, voit et entend ? » Son biographe rapporte que Bassui passait souvent des heures à « repasser » cette question, dans un tel état d’oubli de soi-même, qu’il oubliait qu’il avait un corps et un esprit. Au cours d’une de ses méditations, il compris soudain que la substance de toute chose est le vide et qu’il n’y a rien, en fin de compte, que l’on puisse appeler âme, corps, esprit. Cette compréhension le fit éclater de rire et il se sentit délivré de son corps et de esprit.
Pour savoir s’il s’agissait là d’un véritable satori, Bassui interrogea plusieurs moines réputés, mais aucun ne put lui fournir une réponse satisfaisante… « J’ai vu que le fondement de l’univers est le Vide, mais qu’est-ce que ce quelque chose, en moi, qui voit et entend ? »
… Au cours de ses voyages, Bassui rencontre enfin le maître de zen grâce à qui allait ouvrir complètement « l’œil de son esprit », Koho-Zanji… Un jour celui-ci, sentant que l’esprit de Bassui état mûr, lui demanda : « Qu’est-ce que le Mu de Joshu ? » Bassui répondit par ces vers :
Les montagnes et les rivières
L’herbe et les arbres
Manifestent également Mu.
… Bassui eut l’impression qu’il avait perdu la racine de sa vue, comme un tonneau dont on aurait arraché le fond. Il regagna sa hutte en pleurant, se sentant dépouillé de tout ce à quoi il avait cru jusqu’alors.
Source du texte : 3e Millénaire



Kogaku-ji

N’essayez pas d'empêcher les pensées de surgir, et ne vous attachez pas à celles qui ont surgi. Laissez-les apparaître et disparaître comme elles veulent, ne les combattez pas.
Il suffit que vous vous demandiez de tout cœur et sans relâche : « Qu'est-ce que mon propre Esprit ? »
J'insiste là-dessus parce que je veux vous mener à la réalisation du Soi. Si vous persistez à essayer de comprendre avec l’intellect ce qui est au-delà du domaine de l’intellect, vous êtes condamné à atteindre une impasse totalement décevante. Mais allez plus loin. Assis, debout, au travail ou en dormant, sondez sans répit les profondeurs de votre « moi » avec la question « Qu'est-ce que mon propre Esprit ? »
Ne craignez rien d'autre que de rater l’expérience de votre vraie nature. C'est ça la pratique zen.
Quand l'intensive interrogation enveloppera chaque millimètre de votre être et pénétrera au fin fond du fond, la question explosera soudain et la substance de l’esprit de Bouddha vous sera révélée exactement comme un miroir au fond d'une boîte offre son reflet une fois que la boîte est ouverte. La luminosité de cet esprit éclairera chaque coin d'un univers libre de toute imperfection...
Aucun mot ne peut exprimer la joie de ce moment.
Source du texte : Eveil impersonnel


Réponse à une lettre.
J'ai bien lu votre lettre. Je vous remercie d'avoir bien voulu me faire connaître le processus de votre chemin de la réflexion. Si je vous l'explique en détail dans ma réponse, vous l'interpréterez certainement mot à mot en faisant des conjectures, ce qui gênera votre avance. Regardez tout droit : " le Maître qui veut ainsi m'interroger "! Le Bouddha et les patriarches ont dit que cet Esprit est dès l'origine le Bouddha. Cependant Il devint comme un rêve ou un fantôme. Alors, qu'appelons-nous Esprit ou Bouddha en nous? Seulement interrogez-vous largement sur cet innommable et inconnaissable. D'ailleurs, lorsque nous réfléchissons à : " Quel est Celui qui maintenant lève les bras, meut ses jambes, prononce des paroles et entend les sons? ", nous arrivons au bout du chemin de la réflexion, des stratagèmes, il n'y a plus rien à faire. Au milieu de tout cela interrogez-vous de plus en plus en vous détachant des dénominations, des conjectures, en abandonnant des milliers de choses! Si votre volonté ne se dirige que vers cela, s'approfondissant jusqu'à l'extrême uniformément, vous ne manquerez pas l'Éveil. Lorsque vos pensées se concentrent quelques moments à l'intérieur de vous et qu'il n'y a rien dans votre coeur comme s'il était vide, vous ne devez pas prendre cela pour l'Éveil. A ce moment-là vous devez vous interroger de plus en plus sans provoquer aucune pensée : " Mon Esprit n'a aucune forme au sens où nous l'entendons, alors Qui est Celui qui entend le bruit de milliers de choses? " Si vous pouvez avancer jusqu'au bout, le vide sera brisé et votre Visage originel avant d'être né de vos parents apparaîtra. Ce sera semblable à un homme profondément endormi qui se réveille soudain et ses milliers de rêves se brisent en conséquence sur le moment. Parvenu à ce point rencontrez vite un bon clerc pour recevoir sa critique. Si vous ne parvenez pas à l'Éveil en cette vie, même au moment de la mort soyez uniquement sur le chemin de la réflexion comme un feu qui s'éteint, sans y mêler d'autre vigilance. Ainsi vous pourrez parvenir à l'Éveil dès la naissance à une vie prochaine. C'est ce qu'on dit plusieurs Anciens. Je suis désolé d'avoir ainsi relaté selon votre désir. Après avoir lu cela une fois, mettez-le tout de suite au feu. Ne le regardez pas deux fois. Si vous parvenez à l'Éveil de vous-même en faisant attention profondément à Celui qui entend ces sens, toutes ces paroles seront inutiles. Cordialement Vôtre.
Source du texte : Non dualité.fr

 
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