Affichage des articles dont le libellé est sumi-e. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est sumi-e. Afficher tous les articles

samedi 9 avril 2011

Enso ou Cercle proche




L' Enso (円相) est un thème fréquent de la calligraphie japonaise (shodo) notamment chez les pratiquants zen. On le traduit habituellement par cercle - et aussi cercle des lumières ou cercle infini, c'est alors un symbole de l'illumination, de la lune ou de l'univers sans limites.



Enso de Manei (1790-1860)

On peut dire que mon coeur est comme
La lune d'automne.


Enso de Reirin (mort en 1970)
Un cercle devient comme l'univers.


Techniquement parlant, le trait d'encre (au pinceau) qui dessine le cercle est tracé sur de la soie ou du papier de riz en un seul geste. Pas moyen de s'y reprendre.

L'Enso révèle l'état d'esprit de celui qui l'a peint au moment où il l'a peint.



Enso de Shibayama Zenkei (1894-1974)
Au delà du vent, 
Ecoute le bambou. 


Enso de Shibayama Zenkei (1894-1974)
Les fleurs sont odorantes
Mais elles disparaissent.


Enso de Ryochu Nyoryu (1793-1868)
Manges un gâteau de riz
Et prends une tasse de thé.


Le suivant déroge à la règle en étant composé de deux traits. 



Enso de Bankei Yotaku (1622-1693)
Shakyamuni et Maitreya sont ses serviteurs. 


L'Enso n'est pas un cercle parfait. 
Il peut être finement tracé ou brossé grossièrement, de manière régulière ou scandaleusement irrégulière. La perfection de l'Enso ne réside pas dans une quelconque perfection géométrique. 


Enso de Sengai Gibon (1750-1832)

Enso de Torei (1721-1792), disciple de Hakuin

Dans les cieux et sur la terre

Je suis seul digne d'honneur.




L'Enso est parfois fermé, et parfois ouvert. Mais un cercle ouvert... est-ce toujours un cercle ?
"Un cercle est une courbe plane fermée constituée des points situés à égale distance d'un point nommé centre."
Pouvant être ouvert ou cabossé, l'Enso n'est donc pas un cercle. 


Enso de Sengai Gibon (1750-1832)
En regardant l'ombre projetée
dans le grand vide,
J'ai une ferme résolution. 
Une nuit sous la lune d'automne.


Enso de Daido Bunka (1680-1752)
Coeur, esprit. 


Le trait peut commencer à n'importe quel endroit, le plus souvent en bas à gauche, et tourner aussi bien dans le sens horaire, plus fréquent, qu'anti-horaire. 

Alors l'Enso c'est quoi ? 

Enso de Daido Bunka (1680-1752)
C'est quoi ?


Enso de Fukushima Keido (1933-)
Qu'est-ce que c'est ?


Si en définitive l'Enso ne représente rien peut être est-il cette absence de représentation. Son trait montre moins une forme qu'un vide. Ouvert il fait voir que ce vide est le même à l'intérieur et à l'extérieur. Et lui-même en est la première expression. La perfection de l'Enso n'est pas celle d'un objet géométrique mais de la vacuité du geste qui le trace, libre de la moindre intention. 

Ce vide ne résulte pas d'un arrachement, ou d'une diminution menée à terme, mais d'une transparence. 
La main qui trace l'Enso n'est pas une main robotique mais celle d'un homme ou d'une femme (voir plus bas, Ryonan Genso). L'universalité de la forme coïncide alors, dans un geste non reproductible, avec la singularité la plus grande.


Enso de Yamada Mumon (1900-1998)
Non né, 
non connu.


Enso de Ryonen Genso (1646-1711)
Lorsque votre compréhension est pleine
Aucune chose ne subsiste.


Les caractères qui accompagnent la peinture ne l'expliquent pas, l'Enso n'est pas explicable, c'est juste une invitation. 

Là non plus pas de règles, le poème est parfois à l'extérieur (à gauche, à droite, à gauche et à droite, en bas, en haut, ...) et parfois à l'intérieur de l'Enso. Et parfois ce n'est pas un poème mais juste un caractère, un simple point ou un dessin.


Enso de Ranzan (1718-1797)
L'univers s'attarde
Je m'incline.


Enso de Kankei (1876-1934)
Susciter l'esprit sans le laisser s'installer
Nulle part.

Enso de Jyun Sonja (1718-1804)
Combien de personnes passent à travers ?



Enso de Torei (1721-1792), disciple de Hakuin

Les images se présentent
Rien de plus.


Enso de Torei (1721-1792), disciple de Hakuin


Enso de Nantembo (1839-1925)
Nous sommes nés dans le cercle changeant de la vie
Le coeur doit toujours être satisfait et entier.


Enso de Shinko Isan (1740-1815)
Tenez-vous fermement centré à l'intérieur
et rien ne sera en mesure de vous briser.


Enso de Nantembo (1839-1925)

Deux kanji, ou caractères japonais, forment le mot Enzo (円相), dont le premier signifie cercle (et maintenant aussi yen, la monnaie du Japon), le second est plus difficile à traduire, on y rencontre notamment les notions de "proche de" et de réciprocité. (Il est lui-même composé de deux pictogrammes, arbre ou bois, et oeil, voir, comparer, ...). 

L'Enso est donc à la fois moins et plus qu'un cercle. Moins car il ne satisfait pas à la définition géométrique (c'est "presque un cercle"), et plus parce qu'il ne se réduit pas à une simple figure. 
Dans l'Enzo la forme circulaire a une complicité particulière avec le vide, une réciprocité. L'Enso est le vide et le vide est l'Enso. C'est en quelque sorte une illustration du soûtra du coeur (les deux montrent une même direction). 

"O Shâriputra, les formes ne sont autres que le vide, le vide n'est autre que les formes; les formes sont le vide, le vide, ce sont les formes."
Soûtra du coeur.


Enso de Kenjuro Shibata (1921-)

Les formes ne sont autre que le vide 
et le vide n'est autre que les formes.



Enso de Mokurai (1854-1930)


Enso de Yokoo Tatsuhiko (1801)


La vacuité se montre à travers l'Enso, de différentes manières.

On répertorie généralement six types de Enso : 
- Enso Miroir. Sans inscription, la vacuité de l'objet se montre directement à la vacuité de l'observateur. 
- Enso Univers. Le cercle fermé montre un achèvement et la ligne qui fait retour sur elle-même, une infinité. La vacuité (au delà du vide et du non vide) se montre à travers la vacuité de l'Univers. 
- Enso Lune. Pleine et entière, illuminée par le soleil. La vacuité sans nom se montre à travers la vacuité de l'éveil. 
- Enso Roue. Tout est impermanence, la vacuité sans support se montre à travers la vacuité d'un mouvement et d'une limitation. 
- Enso Gâteau sucré. "Boire du thé, manger des gâteau de riz, c'est la même chose." La vacuité sans opposition se montre à travers la vacuité indifférente ou non différente. 
- Enso "Qu'est-ce que c'est ?" La vacuité sans concept se montre à travers la vacuité de l'esprit.
Source (des six types) : culturweb


La neige déposé sur la margelle de ce puits semble avoir tracé un Enso.



Les ronds dans l'eau y ressemblent aussi, fruit de la rencontre d'un geste et du contact des cailloux avec l'élément liquide. 




D'autres Enso sont entièrement naturels, comme les cratères des volcans, par exemple celui du Mont Fuji.






Ou plus haut encore, la lune cachant le soleil presque parfaitement, les deux apparaissant de la même grandeur.


Photo de Luc Viatour


 En réalité l'une (la lune) est beaucoup plus petite que l'autre comme le montre le point de vue (un peu moins faux) d'un satellite.






Un lever de terre depuis une sonde spatiale (japonaise) proche de la lune, montre que notre planète aussi est une sphère.




 La Terre est donc également un Enso. Les planètes mais aussi les étoiles et les autres objets célestes ont des formes sphériques (composé essentiellement de vide) et peut-être l'univers lui-même.

L'animation suivante relativise la grandeur de notre planète par rapport à d'autres objets célestes.





Et par rapport à la taille de l'Enso Univers.








vendredi 8 avril 2011

Shodo ou calligraphie

"Un chinois qui s'apprête à écrire est persuadé qu'au moment où son pinceau fait naître sur la feuille fût-ce le plus simple des idéogrammes, le souffle qui le traverse et se matérialise grâce à son bras, ce souffle-là est le même que le souffle primordial et universel par qui naissent, éclosent et vivent tous les êtres sur terre"
François Cheng - Entretien avec A. de Gaudemar - Libération 5/11/98.

En calligraphie, qu'elle soit chinoise ou japonaise, le caractère est produit en un soufle, c'est à dire en quelques secondes, et sans retour possible. Tout le corps participe à ce déversement d'énergie, qui est canalisée vers la pointe du pinceau. Les traits composants un caractère deviennent alors, de part cette relation engendrée par ce flux d'énergie, véritablement vivants. C'est le rythme de l'execution qui confère son unité et sa beauté à la calligraphie, et c'est ainsi qu'une calligraphie devient le reflet d'une personnalité, d'un état d'âme....
Source du texte : Japonismus






Le pinceau ("fude") de calligraphie est fabriqué avec des poils d'animaux (chèvre, cheval, blaireau...), et peut en contenir jusqu'à une dizaine de sortes différentes. Cette variété de matériau permet d'avoir des pinceaux de différentes flexibilité ou dureté, pour pouvoir varier l'épaisseur du trait.

L'encre utilisée en calligraphie ("sumi") est obtenue en mélangeant de la suie générée par du bois, généralement du pin, avec de la colle d'origine animale. Ce mélange est traditionnellement séchée sous forme de batons solides (typiquement 12 x 4 x 2 cm) qui, au moment de l'utilisation, sont frottés avec un peu d'eau pour générer l'encre liquide. Cette préparation qui se fait juste avant la séance de calligraphie est aussi un moment de transition, servant à se préparer mentalement à l'acte créatif... Une fois le baton transformé en encre liquide, la pierre sur laquelle l'encre a été frottée sert aussi de réservoir à encre. Il existe également depuis l'ère Meiji de l'encre liquide ("bokuju") d'un usage plus pratique, mais (d'après les puristes) d'une qualité moindre...

La pierre à encre ("suzuri") est fabriquée soit à partir d'une pierre sculptée (telle que l'ardoise), soit à partir de claie cuite à haute température. Elle sert à la fois de support pour la preparation de l'encre en baton et de réservoir, grâce à une partie légèrement creusée.

Le papier utilisé en calligraphie ("hanshi") est nettement plus fin que le papier courant, avec un cote absorbant, l'autre étant légèrement brillant.
En complément de ces "4 trésors", on utilise également un "bunchin" ou barre de métal servant de poids pour tenir le papier, ainsi qu'une surface absorbante ("shitajiki"), comme de la feutrine, où poser le papier.

Dernier élément important, le sceau, avec lequel le calligraphe signe son oeuvre, est utilisé avec une pate rouge vif. De forme carrée ou ronde, il peut soit indiquer le nom de l'auteur, ou un pseudonyme, ou encore un court poême ou motto. Le type de sceau détermine l'endroit où il est placé par rapport aux caractères calligraphiés: à gauche on trouvera un nom et / ou un pseudonyme, alors qu'un sceau avec un poême se placera à droite.
Source du texte : Japonismus





mardi 15 mars 2011

Daisetz Teitaro Suzuki / Sengai Gibon


Daisetz Teitaro Suzuki (18 octobre 1870, Kanazawa, Japon – 22 juillet 1966) est un auteur reconnu de livres et d'essais sur le bouddhisme et sur le zen qui jouèrent un rôle important dans l'intérêt porté au zen en Occident, (...). Il fut un ami du philosophe Kitarō Nishida.
Suzuki est aussi un traducteur prolifique du chinois, japonais et de la littérature sanskrite. Suzuki a passé plusieurs longs tronc d'enseignement ou des conférences dans des universités occidentales, et il s'est consacré de nombreuses années à un poste de professeur dans une université bouddhiste japonaise, Otani.
Source du texte : wikipedia


Bibliographie :

- Le Non mental selon la pensée zen. Ed. Le Courrier du livre, 1992. 
- Les Chemins du Zen. Ed. Albin Michel, 1995
- Essais sur le bouddhisme Zen. Trois tomes. Ed. Albin Michel, 2003
- Derniers écrits au bord du vide. Ed. Albin Michel, 2010.
- Manuel de bouddhisme zen. Ed. Dervy.
- Sengai (*), le rire, l'humour et le silence du zen. Ed. Courrier du Livre

(*) Sengai Gibon (1750-1832) était un prêtre zen (école Rinsai) de la période Edo (1600-1868), responsable du temple Shufoku-ji, le plus ancien temple zen connu au Japon, dans la région d'Hakata (Fukuoka). Il était réputé pour son enseignement et ses écrits polémiques, ainsi que pour ses Sumi-e (dessin japonais monochrome à l'encre).
"Chaque trait de mon pinceau est l'aboutissement de l'énergie la plus profonde de mon coeur".



Sengai - Monde

La soudaineté signifie, en termes d'espace, faire un saut au-dessus du vide.
Nous devons sauter du fini à l'infini et alors nous saurons qui nous sommes.
Vous pouvez comprendre cela, mais si vous y pensez, vous tombez dans la confusion. Nous passons tous par là. Tous les maîtres aussi. (...)

Mais les êtres humains se divisent entre "je suis ici et le monde est là", et pas seulement "là" mais "contre moi". Je n’ai aucune expérience d’être un chien ou un chat et je ne sais pas ce qu’ils ressentent. Mais ce qu’on peut voir de leur comportement montre qu’ils sont tenaillés par la faim et les besoins physiques. Nous connaissons quelque chose de plus que les exigences impérieuses de la nature physique. Nous ne dormons pas. Nous faisons des rêves et nous tourmentons, ce qui faisait dire à un maître de la dynastie Tang : "Les gens ne mangent ni ne dorment." Nous pensons au lendemain, nous pensons au passé, nous entretenons nos rêves et nous nous faisons du souci. Imagination, mémoire et projection dominent nos vies et provoquent de la souffrance. Je ne suis pas en train de suggérer que nous devrions vivre sans elles, comme un chien, mais avec toute notre histoire, nos souvenirs, avec toute nos prévisions eschatologiques, nous devons apprendre à vivre comme s’il n’y avait rien dans le passé et le futur. C’est vivre dans le monde spirituel et cela doit être expérimenté en passant par l’illumination.
Extrait de : Derniers écrits au bord du vide.
Source du texte : Buddhachannel



Sengai - Hotei


Le satori est donc tout le Zen. Le Zen commence avec lui et finit avec lui. Quand il n'y a pas de satori, il n'y a pas de Zen. "Le satori est la mesure du Zen", comme l'a déclaré un maître. Le satori est n'est pas un état de simple quiétude, ce n'est pas la tranquillisation, c'est une expérience intérieur qui a un caractère noétique; il doit comporter un certain éveil hors du domaine de la conscience relative, un certain abandon de la forme ordinaire d'expérience qui caractérise notre vie de tous les jours. Le terme qui le désigne dans le Mahayana est paravritti, "volte-face" ou "conversion" effectuée aux fondements même de la conscience. Ce retournement fait subir un changement complet à la totalité de l'édifice mental.
Extrait de : Essai sur le bouddhisme zen (tome 2, La signification du satori dans le zen).


Sengai - Chiot


Sengai - Grenouille

"Que signifie la venue de Bodhidharma de l'Occident ?".
C'est une question fréquemment posée par les maîtres Zen, et elle forme un des thèmes les plus importants dans l'étude du Zen. La question, cependant, ne concerne nullement l’évènement historique de l'arrivée de Bodhidharma en Chine, c'est-à-dire la signification historique de Bodhidharma dans le Bouddhisme chinois. On rapporte que le premier patriarche débarqua sur la côte méridionale de Chine dans la première année de P'ou-t'oung (520 de notre ère), mais la question n'a rien à faire avec ces faits. (...)
La question : "Que signifie la venue de Bodhidharma de l'Occident ?" signale donc directement la présence de quelque vérité profonde et mystique cachée dans le système du Bouddhisme. Elle revient à ceci : "Quelle est l'essence du Bouddhisme, telle que l'a comprise le premier patriarche du Zen ?"
Y-a-t'il quelque chose qui ne peut être exprimé ni expliqué dans les écrits canoniques classées dans les "Trois corbeilles" (Tripitaka) et arrangés selon les "Neuf" ou "Douze divisions" ? Bref, quelle est la vérité du Zen ? Toutes les réponses données à cette question importante entre toutes sont donc autant de manières différentes de montrer la voie vers la vérité ultime.
Extrait de : Essai sur le Bouddhisme zen (tome 2).



Sengai - Mont Fuji

Si un sumiye s'efforce de copier une réalité objective, c'est un échec complet; il ne le fait jamais, il est plutôt une création. Un point sur un croquis sumiye ne représente pas un faucon, une ligne courbe ne symbolise pas le Mont Fuji. Le point est l'oiseau et la ligne est la montagne. (...)
Extrait de : Essai sur le Bouddhisme zen (tome 3, Zen et sumiye).



Sengai - Poisson


"Les mains vides, je vais, et pourtant la bêche est dans mes mains;
Je vais à pied, et cependant je suis monté sur le  dos d'un boeuf;
Lorsque je passe sur le pont,
Voyez ! L'eau ne coule pas, mais c'est le pont qui coule !"
(Fou-ta-chih)
Cela a l'air complètement dénué de raison, mais en fait le Zen abonde en irrationalisme verbaux de cet ordre.
Extrait de : Essai sur le Bouddhisme zen (tome 1, Paradoxes).



Sengai - Tigre

"Sous l'épée haut levée
L'enfer vous fait trembler;
Mais allez de l'avant,
Et vous trouverez le pays de félicité".
(Myamoto Musashi 1582-1645)
C'est non seulement l'insouciance, mais l'abandon de soi que l'on connait dans le Bouddhisme comme un état de non-égo. Telle est la signification religieuse de l'art de l'escrime.
Extrait de : Essais sur le Bouddhisme zen (Tome 3, Solitude éternelle).



Sengai - Le moine assoiffé

Sengai - Enso

En conclusion, l'esprit de solitude éternelle (Viviktadharma), qui est l'esprit de Zen, s'exprime sous le nom de sabi dans les divers secteurs artistique de la vie, tels que le travail d'architecte, paysagiste, la cérémonie du thé, le salon de thé, la peinture, l'art de disposer les fleurs, l'habillement, l’ameublement, la manière de vivre, la danse du nô, la poésie, etc. Cet esprit comprend des éléments tels que la simplicité, le naturel, le non-conformisme, le raffinement, la liberté, la familiarité étrangement mitigée de désintéressement, la banalité quotidienne exquisément voilée d'intériorité transcendantale.
A titre d'exemple, le décrirai un salon de thé dans l'un des temples attachés à Daitokuji, le temple Zen qui est le quartier général de la cérémonie de thé. (...)
Maintenant nous écoutons l'eau bouillir dans la bouilloire posée sur un trépied, au-dessus d'un feu entretenu dans un trou carré creusé dans le sol. Le son n'est pas réellement celui de l'eau qui bout, mais il vient de la lourde bouilloire de fer, et le connaisseur le compare très justement à la brise qui passe à travers la pinède. Cela ajoute considérablement à la sérénité de la pièce car l’homme a l'impression qu'il est assis seul dans une hutte de montagne avec pour seuls compagnons réconfortants un nuage blanc et la musique des pins. (...)
Extrait de : Essais sur le Bouddhisme zen (tome 3, Le salon de thé).




mercredi 23 février 2011

Hakuin Ekaku ou Hakuin Zenji


Autoportrait





Détesté par un millier de Bouddhas dans le royaume des mille Bouddhas,
Haï par les démons parmi les bandes de démons,
Cette tête chauve, aveugle et puante,
Apparaît à nouveau sur une feuille de papier,
Sacrebleu !

(Poème de Hakuin Ekaku accompagnant son autoportrait, dessiné à l'âge de septante et un ans).



Hakuin Ekaku (1686-1769) fut l'une des figures les plus influentes du bouddhisme zen japonais. Il transforma l'école de Rinzai, alors une tradition sur le déclin sans pratique rigoureuse, en une tradition centrée sur une méditation acharnée et la pratique des kōan. Pratiquement tous les pratiquants modernes du Zen Rinzai emploient des pratiques directement dérivées des enseignements prodigués par Hakuin.
Hakuin naquit en 1686 dans le petit village d'Hara, au pied du mont Fuji. Sa mère était une fervente bouddhisme Nichiren, et il est probable que sa piété ait eu une influence majeure sur la décision d'Hakuin de devenir moine bouddhiste. Enfant, Hakuin écouta le discours d'un moine Nichiren sur le sujet des Huit Enfers Brûlants. Ce discours impressionna le jeune Hakuin, qui développa une peur panique de l'enfer et chercha un moyen de l'éviter. Il parvint à la conclusion de la nécessité de devenir moine. (...)

Source du texte : wikipedia


Bibliographie : 
- Entretien dans une barque au crépuscule et Réponse à un proche suivant du Seigneur Nabeshima, trad. F. Ledoux dans Tch'an, zen, racine et floraisons. Ed. Hermès.
Quelques peintures en ligne : terebess





Hakuin Ekaku - Mont Fuji

Pour pratiquer le zen, trois choses sont indispensables : pour commencer, la grande racine de la foi, ensuite une grosse boule de doute, enfin une détermination forte vers le but.



Hakuin Ekaku - Deux aveugles sur un pont


Mais tout ce que j'ai dit ne doit pas vous faire croire qu'il faut trouver mauvaise la discipline de la vie calme et cesser de la mener pour chercher délibérément à ne vivre qu'une vie active. Moins on est informé, moins on a de compréhension de ces deux conditions d'existence - l'activité et la calme -, plus on doit avoir soin de les estimer l'une et l'autre et se rappeler qu'elles ne sont que deux aspects d'une même condition uniforme. C'est ce que l'on entend quand on dit qu'un moine qui pratique réellement la méditation ne sait pas qu'il marche quand il le fait ou qu'il est assis quand il l'est. Lorsque l'on est arrivé à comprendre la nature de la "Réalité du Moi", rien ne vaut la vie active pour atteindre le pouvoir vital utilisable partout et en tout lieu. (...)


Hakuin Ekaku


La véritable discipline de l'introspection nous enseigne à nous rendre compte que "la vérité inexprimable, absolue", dont parlait Jo-shou (778-797), doit être identifiée avec les éléments mêmes que nous voyons dans nos propres personnes, dans nos propres corps. La véritable pratique de l'introspection est - pour ma part - fixée sous le nombril, centre respiratoire de l'abdomen, le bassin et la plante des pieds pris ensemble ou combinés l'un à l'autre. (...)


Hakuin Ekaku - Hotei

Si l'on me demande : "Qu'est le véritable esprit de méditation ?", je répondrai qu'il consiste à maintenir un coeur bienveillant et compatissant, que l'on parle ou que l'on remue son coude en écrivant, que l'on soit en mouvement ou en repos, que la chance soit bonne ou mauvaise, que l'on soit dans l'honneur ou dans la honte, en gain ou en perte, dans le bien ou le mal, ramassant tous ces éléments en une seule strophe, dirigeant et concentrant son énergie avec la force d'un roc de fer sous le nombril et la partie inférieur de l'abdomen. (...)


Hakuin Ekaku - Hotei

Alors, debout ou assis, en mouvement ou au repos, vérifiez de temps à autre si vous avez perdu ou non le juste état d'esprit. C'est le chemin correct de la véritable discipline des sages et des saints du temps passé et du temps présent. 
Le sage a dit à propos de cette méditation ininterrompue dans toutes les activités de l'existence (...) on doit comprendre que cette activité (méthode) porte sur l'état du Moi réel. Il n'est pas du tout aisé d'écarter entièrement les affaires importantes de la vie et de la mort si l'on se préoccupe d'accomplir correctement la discipline pour discerner la réalité finale, laquelle suffit à obnubiler la juste vision, même, de Bouddha. Ce qui est d'une importance absolue, c'est que les deux états - activité et calme, ordre et esprit de contradiction, verticale et horizontale - doivent avoir au premier plan la vérité pure, sans mélange, complète et entière. 
Extrait de Réponse à un proche suivant du seigneur Nabeshima de la province de sesshu sur la pratique de l'introspection, dans Tch'an, zen, racine et floraisons, Ed. Hermès. 


Hakuin Ekaku - Enso

Tous les êtres sont Bouddha depuis l’origine des temps,
Comme l’eau et la glace,
Sans eau ni glace,
hors de nous pas de Bouddhas.
Si proche est la vérité,
bien que nous allions la quérir au loin.
Entourés d’eau, nous crions : “J’ai grand soif !”
Nés riches,
nous errons comme des pauvres,
faisant inlassablement le tour des six mondes.
Notre affliction a pour cause l’ego trompeur.
De sentier en sentier, nous tâtonnons dans le noir.
Comment nous affranchir de la roue du samsara ?
La porte de la liberté est le samadhi procuré par le zazen.
Par-delà l’exaltation, par de-là la louange,
est le pur Mahayana.
Les préceptes, le repentir, le don,
la voie juste d’existence, les innombrables actions méritoires,
tout cela a son origine dans le zazen.
Le samadhi authentique disperse tous les maux ;
il nous purifie du karma, évacue les obstacles.
Où sont désormais les sombres sentiers sur lesquels nous nous égarions ?
Le pays du Lotus Pur est proche.
Entendre cette vérité, le coeur humble et reconnaissant,
chanter ses louanges et l’embrasser, pratiquer sa sagesse,
est source de bienfaits illimités, de montagnes de mérite.
Mais si, retirés en nous-mêmes, nous nous prouvons notre vraie nature -
que l’être véritable est dépourvu d’ego
que notre soi n’est pas un moi -
l’ego est transcendé et les mots habiles sont derrière nous.
Alors la porte de l’unité s’ouvre avec fracas.
Il n’y a plus ni deux ni trois,
en ligne droite court la Voie.
Notre forme étant devenue non-forme,
nous pouvons aller et venir sans jamais sortir de chez nous.
Notre pensée étant devenue non-pensée,
nos danses et nos chants expriment le Dharma.
Immense, infini est le ciel du samadhi !
Éclatant et transparent est le clair de lune de la sagesse !
Là, dans le monde, quelque chose
nous ferait-il défaut ?
L’immensité du nirvana se déploie devant nos yeux.
La terre que nous foulons a pour nom Lotus Pur,
et notre corps est le corps même de Bouddha.
Hymne au zazen (Zazen-Wasan)
Source du texte : Reikido-France
Autre traduction : Zen-Genève


 
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...