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mercredi 19 novembre 2014

vendredi 7 février 2014

Niki de Saint Phalle et Jean Tinguely



Niki de Saint Phalle et Jean Tinguely (Suisse, 2014)
Niki de Saint Phalle et Jean Tinguely, deux artistes au succès planétaire. Deux grands sculpteurs mais aussi une histoire d'amour tumultueuse qui durera toute leur vie. Grâce à un accès exclusif à des archives personnelles totalement inédites, on revisite l'histoire de ces Bonnie & Clyde de l'art.
Source : RTS

mercredi 1 janvier 2014

Zach Sobiech / Une histoire de Nuages

Zacharia Sobiech (1995 - 2013) avait 14 ans quand il a appris qu'il souffrait d'une forme rare de cancer des os. Il a décidé de regarder le bon côté de la chose en vivant pleinement ses quelques mois de vie restants. Il s'est alors tourné vers la musique. Sa chanson "Clouds" est le titre le plus téléchargé au monde sur iTunes, devant Daft Punk. Il inspire ainsi des millions de gens à eux aussi vivre pleinement et dans la joie.
Il a créé la fondation Zach Sobiech Osteosarcôme pour aider les enfants qui souffrent du cancer. L'entièreté des bénéfices engendrés par son album est reversé à cette association.
Zach a eu 18 ans le 03 mai 2013. Il s'est éteint le 20 mai.
Source du texte : YouTube
Autre biographie : Wikipedia
Fondation : ChildrensCancer

Discographie :
- Fix Me Up, Label Rock the Cause, 2013
Commande sur Amazon : Fix Me Up / iTunes




Inspirante histoire vraie (2013)
"Je m'appelle Zach Sobiech. J'ai 17 ans et il ne me reste que quelques mois à vivre. Mais j'ai vu comment faire face, il faut que chacun sache. Vous n'avez pas besoin de savoir comment vous allez mourir pour commencer à vivre".



Clouds (avec une transcription en fr : youtube)



Hommage posthume

mardi 3 décembre 2013

Maria Callas assoluta



Maria Callas assoluta
Conçu comme un roman, ce beau portrait de Maria Callas évoque la femme et l'artiste en s'appuyant sur sa propre voix et sur des archives d'une richesse exceptionnelle. Au cours de sa vie, la cantatrice a tenté d'incarner ses deux héroïnes de coeur : la Traviata (la femme amoureuse) et Norma (la grande prêtresse de l'opéra). Une cohabitation finalement destructrice.
Source (et suite) du texte : Arte

Maria Callas



lundi 2 décembre 2013

Stromae, dans la cour des grands


Stromae, dans la cour des grands (France, 2013)
Après le succès de son single 'Alors, on danse' en 2010, son deuxième album, 'Racine carrée' a été celui de la consécration en 2013. Portrait du jeune musicien belgo-rwandais Stromae qui s'illustre autant dans le hip-hop que dans la musique électronique et la chanson française.
Profitant des derniers jours d’une tournée qui a mené Paul Van Haver, alias Stromae, de Bruxelles à Montréal via Paris, les réalisateurs sont partis à la rencontre d’un artiste non conventionnel, bien éloigné du fameux cliché “sex, drugs and rock ’n’ roll”. Témoins de ses passions, de son perfectionnisme, de ses doutes et de ses ambitions, ils mettent en avant son grand défi futur : devenir l’un des meilleurs artistes francophones de sa génération.

mardi 5 novembre 2013

Chez Frida Kahlo


Située dans le quartier Coyoacan dans la banlieue de Mexico, la Maison Bleue fut un lieu de naissance et de mort, de plaisirs et de douleurs, de création et de séparation pour la peintre mexicaine Frida Kahlo (1907-1954).
Située dans le quartier Coyoacan dans la banlieue de Mexico, la Maison Bleue fut un lieu de naissance et de mort, de plaisirs et de douleurs, de création et de séparation pour la peintre mexicaine Frida Kahlo. Dans les années 1930, pendant que l’Europe se déchire, son époux Diego Rivera et elle y accueillent André Breton, Léon Trotski et son futur assassin Ramon Mercader, ainsi que nombre d’artistes et de révolutionnaires.
Source : Arte
* * *

Auto portrait dans une robe violette (1926)

Magdalena Frida Carmen Kahlo Calderón ou Frida Kahlo, née le 6 juillet 1907 à Coyoacán au Mexique et morte le 13 juillet 1954 dans la même ville, est une artiste peintre mexicaine. (...)
Le 17 septembre 1925, Frida prend le bus pour rentrer chez elle après ses cours. Soudain, l’autobus sort de la route et percute un tramway. Plusieurs personnes trouvent la mort lors de l’accident. Frida, elle, est grièvement blessée. Son abdomen et sa cavité pelvienne sont transpercés par une barre de métal  (...) Frida sera contrainte de porter durant neuf longs mois des corsets en plâtre. C’est alors qu’elle commence à peindre. Pour l'aider, ses proches placent un baldaquin au-dessus de son lit avec un miroir pour ciel. Elle peut ainsi se servir de son reflet comme modèle, ce qui est probablement l'élément déclencheur de la longue série d'autoportraits qu'elle réalisera.
Source (et suite) du texte : wikipedia


Bibliographie :
Frida Kahlo par Frida Kahlo, Lettres 1922-1954, Ed. Points, 2009
En ligne :
Sites (ou pages) dédiés : F Kalho / Art CyclopediaFrida Kahlo fans / wikipainting
Frida Kahlo à travers le masque : Youtube
Le portrait d'une artiste fracassée, d'une femme courageuse : RTS (mp3, 2013)
Frida Kahlo, la beauté terrible : RTS (mp3, 2011)
Charles Gardou, Frida Kahlo : de la douleur de vivre à la soif de peindre : cairn info


Souvenir
J'avais souri. Rien d'autre. Mais la clarté fut en moi, et dans les profondeurs de mon silence.
Il me suivait. Comme mon ombre, irréprochable et légère.
Un chant sanglota dans la nuit...
Les Indiens s'éloignaient, sinueux, dans les ruelles du village. Enveloppés dans leurs sarapes, ils avançaient, dansant, après avoir bu du mezcal. Toute la musique tenait dans une harpe et une guitare, et toute la joie tenait dans les brunes souriantes.
Dans le fond, derrière la place, brillait la rivière. Qui s'en allait, comme les minutes de ma vie.
Il me suivait.
J'ai fini par pleurer. Recroquevillée sur les marches de l'église, à l'abri sous mon châle soudain baigné de larmes.
Extrait de : Frida Kahlo par Frida Kahlo
Commande sur Amazon : Frida Kahlo par Frida Kahlo : Lettres 1922-1954


Racines (1940)

La colonne brisée (1944)

Viva la vida, pastèque (dernière toile, 1954)




Lhasa de Sela, Con toda palabra avec des peintures de Frida Kahlo

vendredi 1 novembre 2013

L'affaire Beethoven


Comment Beethoven a-t-il pu, après être devenu sourd, composer certains de ses plus grands chefs-d'oeuvre ? Comment a-t-il trouvé la force de se battre contre la progression de ses troubles auditifs ? Quelle influence ont-ils eue sur sa création ?
Dans son testament, Ludwig van Beethoven révélait qu’il était déjà presque entièrement sourd à l’âge de 31 ans. En d’autres termes, la majorité de ses œuvres pionnières – en tout trente-deux sonates pour piano, seize quatuors à cordes, l’opéra Fidelio et ses neuf symphonies mondialement connues – ont été composées alors qu’il était lui-même incapable de les entendre. Ces vingt-cinq années de création restent une énigme dans l’histoire de la musique. Ce documentaire cherche à l’élucider en explorant les relations entre la maladie et l’œuvre de cet artiste de génie. Comment Beethoven a-t-il trouvé la force de se battre contre la progression de ses troubles auditifs ? Quelle influence ont-ils eu sur sa création ? Si l’on se représente volontiers le compositeur comme un personnage irascible et revêche, on le découvre ici sous une facette moins connue, comme un jeune homme combatif, plein de fougue et de joie de vivre.
Source : Arte



mardi 28 mai 2013

Squelettes sur la plaine

Celle de Plainpalais (Genève)
Du 29 mai au 7 juillet avec le dernier spectacle équestre de Zingaro : CALACAS



Ce qui m’intéresse, avec Calacas, c’est la danse macabre. Une danse de mort, c’est aussi une danse de vie. J’ai fait des recherches sur ce que représente le carnaval, aussi bien au Moyen Âge que dans différentes cultures. Assez vite et très naturellement, je me suis approché du Mexique parce que c’est là qu’on trouve l’imagerie la plus passionnante. Derrière cette imagerie, un peu classique et enfantine, avec ses représentations assez naïves et populaires de la mort, on découvre la trace de racines indiennes. Une culture enfouie : le Chamanisme, qui a été récupérée par le Mexique.
La représentation de la mort au Mexique est très joyeuse et dynamique. Mais il y a aussi un temps qui se regarde. Et la fuite en avant due au mouvement. Les musiciens sont tout le temps en déplacement pendant le spectacle. C’est la notion même du carnaval. Un déplacement perpétuel. Je l’ai transcrit en scénographie, en une piste suspendue entre ciel et terre, une piste en l’air, une en bas. Il y a plusieurs niveaux qui permettent toujours d’être en mouvement, différemment. Et puis, il y a évidemment le cheval vecteur de voyage qui permet de voyager même dans l’au-delà, comme dans beaucoup de traditions et notamment dans ces traditions chamaniques.
Comme à chaque fois avec Zingaro, le thème est un prétexte. C’est toujours la musique que je choisis en premier. La respiration d’un spectacle se fait naturellement, en fonction de ce qu’on a envie d’exprimer, et qui est souvent traduit par la musique. Chimère n’était pas un spectacle sur l’Inde, et là ce n’est pas un spectacle sur le Mexique. On s’appuie sur une tradition musicale et sur une représentation pour traiter de thèmes plus personnels et notamment des thèmes qui sont récurrents à Zingaro. Je le sens sur ce spectacle : cela ressemble à des danses, des danses macabres, leur évolution est très lente. On s’installe. Il y a ce côté répétitif qui m’intéresse. L’œil, le spectateur digère un certain aspect de l’image. Il va en regarder un autre. J’installe tout, comme un carnaval, et après, je laisse le spectateur voyager dans l’image. C’est une des caractéristiques de Calacas…
La présence du cheval ressort d’autant plus que l’être humain est désincarné; c’est un squelette. Il y a une certaine tension due à la proximité du cheval et de ce que génère l’animalité du cheval. Dans le Centaure, c’est le contraire. Je parvenais par un travail de respiration à mettre le cheval dans un état de calme, de décomposition du mouvement, d’énergie à partir du vide.
Dans Calacas, le cheval, à l’inverse, doit être utilisé pour son énergie vitale puisque l’être humain n’a plus que la structure. Celui qui a l’énergie vitale dans Calacas, c’est le cheval, pas l’homme
Source : Bartabas (dossier de presse PDF)
Site internet : Bartabas

Page sur le blog : Bartabas




mardi 2 avril 2013

Edgar Allan Poe



Edgar Allan Poe (Boston, 19 janvier 1809 – Baltimore, 7 octobre 1849) est un poète, romancier, nouvelliste, critique littéraire, dramaturge1 et éditeur américain, ainsi que l'une des principales figures du romantisme américain. Connu surtout pour ses contes — genre dont la brièveté lui permet de mettre en valeur sa théorie de l'effet, suivant laquelle tous les éléments du texte doivent concourir à la réalisation d'un effet unique — il a donné à la nouvelle ses lettres de noblesse et est considéré comme l’inventeur du roman policier. Nombre de ses récits préfigurent les genres de la science-fiction et du fantastique.
Source (et suite) du texte : wikipedia


Bibliographie : 

- Oeuvres en prose, trad. Baudelaire, Ed. La Pléiade, 1951.
- Les poèmes, trad. Mallarmé, Ed. Gallimard, 1997
détail voir wikipedia
En ligne :

- Eurêka : wikisource
- Les poèmes : wikisource

dont : 
Le Corbeau, trad. Mallarmé / trad. Baudelaire (1845)
- Divers oeuvres (Histoires extraordinaires, Nouvelles histoires extraordinaires, Histoires grotesques et sérieuses, ...) : wikisource
Voir aussi les pages : Eurêka Lionnerie


Commençons donc tout de suite par le mot le plus simple, l’Infini. Le mot infini, comme les mots Dieuesprit et quelques autres expressions, dont les équivalents existent dans toutes les langues, est, non pas l’expression d’une idée, mais l’expression d’un effort vers une idée. Il représente une tentative possible vers une conception impossible. L’homme avait besoin d’un terme pour marquer la direction de cet effort, le nuage derrière lequel est situé, à jamais invisible, l’objet de cet effort. Un mot enfin était nécessaire, au moyen duquel un être humain pût se mettre tout d’abord en rapport avec un autre être humain et avec une certaine tendance de l’intelligence humaine. De cette nécessité est résulté le mot Infini, qui ne représente ainsi que la pensée d’une pensée. (33) (...)
Relativement à cette Divinité, considérée en elle-même, celui-là seul n’est pas un imbécile, celui-là seul n’est pas un impie, qui n’affirme absolument rien. (44)

Extrait de Eurêka, Essai sur l'univers matériel et spirituel (1848), Ed. Le Castor Astral, 1993. (Ouvrage épuisé).
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En ligne : wikisource
Voir la page : Eurêka


UN RÊVE DANS UN RÊVE (1849, trad. Mallarmé)
Tiens ! ce baiser sur ton front ! Et, à l’heure où je te quitte, oui, bien haut, que je te l’avoue : tu n’as pas tort, toi qui juges que mes jours ont été un rêve ; et si l’espoir s’est enfui en une nuit ou en un jour, — dans une vision ou aucune, n’en est-il pour cela pas moins PASSÉ ? Tout ce que nous voyons ou paraissons n’est qu’un rêve dans un rêve.
Je reste en la rumeur d’un rivage par le flot tourmenté et tiens dans la main des grains du sable d’or — bien peu ! encore comme ils glissent à travers mes doigts à l’abîme, pendant que je pleure — pendant que je pleure ! Ô Dieu ! ne puis-je les serrer d’une étreinte plus sûre ? Ô Dieu ! ne puis-je en sauver un de la vague impitoyable ? Tout ce que nous voyons ou paraissons, n’est-il qu’un rêve dans un rêve ?
En ligne : wikisource
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LIONNERIE (1835, trad. Baudelaire)
(...)
Je me sentis très mortifié de tout cela, et j’allai voir mon père.
« Mon père, lui demandai-je, quel est le but principal de mon existence ?
— Mon fils, répliqua-t-il, c’est toujours l’étude de la nosologie ; mais, en frappant l’électeur au nez, vous avez dépassé votre but. Vous avez un fort beau nez, c’est vrai ; mais Bluddennuff n’en a plus. Vous êtes sifflé, et il est devenu le héros du jour. Je vous accorde que, dans Fum-Fudge, la grandeur d’un lion est proportionnelle à la dimension de sa trompe ; — mais, bonté divine ! il n’y a pas de rivalité possible avec un lion qui n’en a pas du tout.
Extrait des Nouvelles histoires extraordinaires, trad. Charles Baudelaire (1884)
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Voir la page : Lionnerie

Lionnerie

MAJ de la page : Edgar Allan Poe





LIONNERIE

Tout le populaire se dressa
Sur ses dix doigts de pied dans un étrange ébahissement.
L’évêque Hall. — Satires.

Je suis, — c’est-à-dire j’étais un grand homme ; mais je ne suis ni l’auteur du Junius ni l’homme au masque de fer ; car mon nom est, je crois, Robert Jones, et je suis né quelque part dans la cité de Fum-Fudge.
La première action de ma vie fut d’empoigner mon nez à deux mains. Ma mère vit cela et m’appela un génie ; — mon père pleura de joie et me fit cadeau d’un traité de nosologie. Je le possédais à fond avant de porter des culottes.
Je commençai dès lors à pressentir ma voie dans la science, et je compris bientôt que tout homme, pourvu qu’il ait un nez suffisamment marquant, peut, en se laissant conduire par lui, arriver à la dignité de lion. Mais mon attention ne se confina pas dans les pures théories. Chaque matin, je tirais deux fois ma trompe, et j’avalais une douzaine de petits verres.
Quand je fus arrivé à ma majorité, mon père me demanda un jour si je voulais le suivre dans son cabinet.
« Mon fils, dit-il quand nous fûmes assis, quel est le but principal de votre existence ?
— Mon père, répondis-je, c’est l’étude de la nosologie.
— Et qu’est-ce que la nosologie, Robert ?
— Monsieur, dis-je, c’est la science des nez.
— Et pouvez-vous me dire, demanda-t-il, quel est le sens du mot nez ?
— Un nez, mon père, répliquai-je en baissant le ton, — a été défini diversement par un millier d’auteurs. (Ici, je tirai ma montre.) Il est maintenant midi, ou peu s’en faut, — nous avons donc le temps, d’ici à minuit, de les passer tous en revue. Je commence donc : — Le nez, suivant Bartholinus, est cette protubérance, cette bosse, cette excroissance, cette…
— Cela va bien, Robert, interrompit le bon vieux gentleman. Je suis foudroyé par l’immensité de vos connaissances, — positivement je le suis, — oui, sur mon âme ! (Ici, il ferma les yeux et posa la main sur son cœur.) Approchez ! (Puis il me prit par le bras.) Votre éducation peut être considérée maintenant comme achevée, — il est grandement temps que vous vous poussiez dans le monde, — et vous n’avez rien de mieux à faire que de suivre simplement votre nez. — Ainsi — ainsi… (alors, il me conduisit à coups de pied tout le long des escaliers jusqu’à la porte), ainsi sortez de chez moi, et que Dieu vous assiste ! »
Comme je sentais en moi l’afflatus divin, je considérai cet accident presque comme un bonheur. Je jugeai que l’avis paternel était bon. Je résolus de suivre mon nez. Je le tirai tout d’abord deux ou trois fois, et j’écrivis incontinent une brochure sur la nosologie.
Tout Fum-Fudge fut sens dessus dessous.
« Étonnant génie ! dit le Quarterly.
— Admirable physiologiste ! dit le Westminster.
— Habile gaillard ! dit le Foreign.
— Bel écrivain ! dit l’Edinburgh.
— Profond penseur ! dit le Dublin.
— Grand homme ! dit Bentley.
— Âme divine ! dit Fraser.
— Un des nôtres ! dit Blackwood.
— Qui peut-il être ? dit mistress Bas-Bleu.
— Que peut-il être ? dit la grosse miss Bas-Bleu.
— Où peut-il être ? » dit la petite miss Bas-Bleu.
Mais je n’accordai aucune attention à toute cette populace, — j’allai tout droit à l’atelier d’un artiste.
La duchesse de Dieu-me-Bénisse posait pour son portrait ; le marquis de Tel-et-Tel tenait le caniche de la duchesse ; le comte de Choses-et-d’Autres jouait avec le flacon de sels de la dame, et Son Altesse Royale de Noli-me-Tangere se penchait sur le dos de son fauteuil.
Je m’approchai de l’artiste, et je dressai mon nez.
« Oh ! très beau ! soupira Sa Grâce.
— Oh ! au secours ! bégaya le marquis.
— Oh ! choquant ! murmura le comte.
— Oh ! abominable ! grogna Son Altesse Royale.
— Combien en voulez-vous ? demanda l’artiste.
— De son nez ? s’écria Sa Grâce.
— Mille livres, dis-je en m’asseyant.
— Mille livres ? demanda l’artiste d’un air rêveur.
— Mille livres, dis-je.
— C’est très beau ! dit-il en extase.
— C’est mille livres, dis-je.
— Le garantissez-vous ? demanda-t-il en tournant le nez vers le jour.
— Je le garantis, dis-je en le mouchant vigoureusement.
— Est-ce bien un original ? demanda-t-il en le touchant avec respect.
— Hein ? dis-je en le tortillant de côté.
— Il n’en a pas été fait de copie ? demanda-t-il en l’étudiant au microscope.
— Jamais ! dis-je en le redressant.
— Admirable ! s’écria-t-il tout étourdi par la beauté de la manœuvre.
— Mille livres, dis-je.
— Mille livres ? dit-il.
— Précisément, dis-je.
— Mille livres ? dit-il.
— Juste, dis-je.
— Vous les aurez, dit-il ; quel morceau capital !!! »
Il me fit immédiatement un billet, et prit un croquis de mon nez. Je louai un appartement dans Jermyn street, et j’adressai à Sa Majesté la quatre-vingt-dix-neuvième édition de ma Nosologie, avec un portrait de la trompe.
Le prince de Galles, ce mauvais petit libertin, m’invita à dîner.
Nous étions tous Lions et gens du meilleur ton.
Il y avait là un néoplatonicien. Il cita Porphyre, Jamblique, Plotin, Proclus, Hiéroclès, Maxime de Tyr, et Syrianus.
Il y avait un professeur de perfectibilité humaine. Il cita Turgot, Price, Priestley, Condorcet, de Staël, et l’Ambitious Student in Ill Health.
Il y avait sir Positif Paradoxe. Il remarqua que tous les fous étaient philosophes, et que tous les philosophes étaient fous.
Il y avait Æsthéticus Éthix. Il parla de feu, d’unité et d’atomes ; d’âme double et préexistante ; d’affinité et d’antipathie ; d’intelligence primitive et d’homœomérie.
Il y avait Théologos Théologie. Il bavarda sur Eusèbe et Arius ; sur l’hérésie et le concile de Nicée ; sur le puseyisme et le consubstantialisme ; sur Homoousios et Homoiousios.
Il y avait Fricassée, du Rocher de Cancale. Il parla de langue à l’écarlate, de choux-fleurs à la sauce veloutée, de veau à la Sainte-Menehould, de marinade à la Saint-Florentin, et de gelées d’orange en mosaïque.
Il y avait Bibulus O’Bumper. Il dit son mot sur le latour et le markbrünnen, sur le champagne mousseux et le chambertin, sur le richebourg et le saint-georges, sur le haut-brion, le léoville et le médoc, sur le barsac et le preignac, sur le grave, sur le sauterne, sur le laffite et sur le saint-péray. Il hocha la tête à l’endroit du clos-vougeot, et se vanta de distinguer, les yeux fermés, le xérès de l’amontillado.
Il y avait il signor Tintontintino, de Florence. Il expliqua Cimabuë, Arpino, Carpaccio et Agostino ; il parla des ténèbres du Caravage, de la suavité de l’Albane, du coloris du Titien, des vastes commères de Rubens et des polissonneries de Jean Steen.
Il y avait le recteur de l’Université de Fum-Fudge. Il émit cette opinion, que la lune s’appelait Bendis en Thrace, Bubastis en Égypte, Diane à Rome, et Artémis en Grèce.
Il y avait un Grand Turc de Stamboul. Il ne pouvait s’empêcher de croire que les anges étaient des chevaux, des coqs et des taureaux ; qu’il existait dans le sixième siècle quelqu’un qui avait soixante et dix mille têtes, et que la terre était supportée par une vache bleu de ciel ornée d’un nombre incalculable de cornes vertes.
Il y avait Delphinus Polyglotte. Il nous dit ce qu’étaient devenus les quatre-vingt-trois tragédies perdues d’Eschyle, les cinquante-quatre oraisons d’Isæus, les trois cent quatre-vingt-onze discours de Lysias, les cent quatre-vingts traités de Théophraste, le huitième livre des sections coniques d’Apollonius, les hymnes et dithyrambes de Pindare et les quarante-cinq tragédies d’Homère le Jeune.
Il y avait Ferdinand Fitz-Fossillus Feldspar. Il nous renseigna sur les feux souterrains et les couches tertiaires ; sur les aériformes, les fluidiformes et les solidiformes ; sur le quartz et la marne ; sur le schiste et le schorl ; sur le gypse et le trapp ; sur le talc et le calcaire ; sur la blende et la horn-blende ; sur le micaschiste et le poudingue ; sur la cyanite et le lépidolithe ; sur l’hæmatite et la trémolite ; sur l’antimoine et la calcédoine ; sur le manganèse et sur tout ce qu’il vous plaira.
Il y avait moi. Je parlai de moi, — de moi, de moi, et de moi ; — de nosologie, de ma brochure et de moi. Je dressai mon nez, et je parlai de moi.
« Heureux homme ! homme miraculeux ! dit le prince.
— Superbe ! dirent les convives. Et, le matin qui suivit, Sa Grâce de Dieu-me-Bénisse me fit une visite.
— Viendrez-vous à Almack, mignonne créature ? dit-elle en me donnant une petite tape sous le menton.
— Oui, sur mon honneur ! dis-je.
— Avec tout votre nez, sans exception ? demanda-t-elle.
— Aussi vrai que je vis, répliquai-je.
— Voici donc une carte d’invitation, bel ange. Dirai-je que vous viendrez ?
— Chère duchesse, de tout mon cœur !
— Qui vous parle de votre cœur ! — mais avec votre nez, avec tout votre nez, n’est-ce pas ?
— Pas un brin de moins, mon amour, dis-je. » Je le tortillai donc une ou deux fois, et je me rendis à Almack. Les salons étaient pleins à étouffer.
« Il arrive ! dit quelqu’un sur l’escalier.
— Il arrive ! dit un autre un peu plus haut.
— Il arrive ! dit un autre encore un peu plus haut.
— Il est arrivé ! s’écria la duchesse ; il est arrivé, le petit amour ! »
Et, s’emparant fortement de moi avec ses deux mains, elle me baisa trois fois sur le nez.
Une sensation marquée parcourut immédiatement l’assemblée.
« Diavolo ! cria le comte de Capricornutti.
— Dios guarda ! murmura don Stiletto.
— Mille tonnerres ! jura le prince de Grenouille.
— Mille tiaples ! » grogna l’électeur de Bluddennuff.
Cela ne pouvait pas passer ainsi. Je me fâchai. Je me tournai brusquement vers Bluddennuff.
« Monsieur ! lui dis-je, vous êtes un babouin.
— Monsieur ! répliqua-t-il après une pause, Donnerre et églairs ! »
Je n’en demandais pas davantage. Nous échangeâmes nos cartes. À Chalk-Farm, le lendemain matin, je lui abattis le nez, — et puis je me présentai chez mes amis.
« Bête ! dit le premier.
— Sot ! dit le second.
— Butor ! dit le troisième.
— Âne ! dit le quatrième.
— Benêt ! dit le cinquième.
— Nigaud ! dit le sixième.
— Sortez ! » dit le septième.
Je me sentis très mortifié de tout cela, et j’allai voir mon père.
« Mon père, lui demandai-je, quel est le but principal de mon existence ?
— Mon fils, répliqua-t-il, c’est toujours l’étude de la nosologie ; mais, en frappant l’électeur au nez, vous avez dépassé votre but. Vous avez un fort beau nez, c’est vrai ; mais Bluddennuff n’en a plus. Vous êtes sifflé, et il est devenu le héros du jour. Je vous accorde que, dans Fum-Fudge, la grandeur d’un lion est proportionnelle à la dimension de sa trompe ; — mais, bonté divine ! il n’y a pas de rivalité possible avec un lion qui n’en a pas du tout.


Extrait des Nouvelles histoires extraordinaires, trad. Charles Baudelaire (1884)
Commande sur Amazon : Nouvelles histoires extraordinaires
En ligne : wikisource

mercredi 27 mars 2013

Paul Valéry


Ambroise Paul Toussaint Jules Valéry est un écrivain, poète et philosophe français, né à Sète (Hérault) le 30 octobre 1871 et mort à Paris le 20 juillet 1945.
Source et suite du texte : wikipedia

Paul Valéry entre en 1888 à la faculté de droit et se désintéresse très vite de ses études pour les lettres et la peinture. Passionné de poésie, il découvre les symbolistes, sous l'influence desquels il compose ses premiers vers. Il se lie d'amitié avec Pierre Louÿs, qui lui présente Mallarmé et André Gide. La nuit du 4 octobre 1892, à Gênes, il traverse une crise passionnelle où il décide de soumettre la sensibilité à la raison et de se consacrer à l'activité intellectuelle. Installé à Paris, il est rédacteur au ministère de la Guerre puis secrétaire particulier du directeur de l'agence Havas. Après 'L'Introduction à la méthode de Léonard de Vinci', il renonce à l'écriture tandis que sa renommée croît. Son retour en 1919 avec 'La Jeune Parque', puis 'Charmes' l'impose comme l'un des plus grands poètes français. Son immense succès a fait de lui une "espèce de poète d'Etat" : élu à l'Académie française en 1925, il est nommé professeur de poétique au Collège de France en 1937, et reçoit des funérailles nationales en 1945.
Source du texte : evene


Bibliographie : voir wikipedia
En ligne :
Divers oeuvres : UQAC


Ici paraît le nœud même de ces questions. Il réside dans ce petit mot « se ». Se contraindre. Comment peut-on se contraindre ?

Mon sentiment, s’il m’arrivait de pousser à l’extrême l’analyse de cette affaire, serait de chercher à éliminer la notion, ou la notation trop simple : « moi ». Le Moi n’est relativement précis qu’en tant qu’il est une notation d’usage externe. Je dis identiquement « mes » idées... « mon » chapeau... « mon » médecin... « ma » main...
Mais changeons la « mise au point », rentrons en « nous-mêmes ». On trouve alors, ou il se trouve, que mes idées me viennent je ne sais comment et je ne sais d’où... Il en est de même de mes impulsions et de mes énergies. Mes idées peuvent me tourmenter comme se combattre entre elles. Moi lutte avec moi. Mais dire mes, mon, ma quand d’autre part ces interventions ou ces présences se comportent comme des phénomènes, ceci montre la nature purement négative de la notation. Je puis renoncer à mon opinion au profit de la vôtre. Ma douleur, ma sensation la plus intime et la plus vive peut cesser, et, abolie, j’en parlerai encore comme mienne. Elle est cependant devenue un souvenir fonctionnellement identique au souvenir d’une perception quelconque.
Donc, la notation moi ne désigne rien de déterminé que dans la circonstance et par elle ; et s’il demeure quelque chose, ce n’est que la notion pure de présence, de la capacité d’une infinité de modifications. Finalement ego se réduit à quoi que ce soit.
Cette formule paraîtra sans doute moins extraordinaire si l’on observe que ce que nous appelons notre personne et notre personnalité n’est qu’un système de souvenirs et d’habitudes qui peuvent s’effacer de notre mémoire comme on le constate dans certains cas d’aliénation : le malade oublie ce qu’il est, et il ne reconnaît même plus son propre corps. Mais il n’a pas perdu la notation moi, il dira je; il opposera ce je et ce moi au reste des choses en d’autres termes, cette notation a gardé sa fonction dans la pensée du sujet.
En somme, quelle que soit la sensation ou l’idée, ou la relation, quel que soit l’objet ou l’acte que je qualifie de « mien », je les oppose par là identiquement à une faculté inépuisable de « qualifier », dont l’acte est indépendant de ce qui l’affecte. C’est pourquoi je me suis enhardi quelquefois à comparer ce moi sans attribut au zéro des mathématiques, grande et assez récente invention qui permet d’écrire toute relation quantitative sous la forme a = 0. Zéro est en soi synonyme de rien ; mais l’acte d’écrire ce zéro est un acte positif qui signifie que, dans tous les cas, toute relation d’égalité entre grandeurs satisfait à une opération qui les annule simultanément et qui est la même pour tous. Or, on écrit ceci en assimilant rien à une quantité que l’on nomme zéro.
Ainsi, dans la notation « réfléchie » (je me dis, je me sens), les deux pronoms sont de valeur bien différente ; l’un de ces termes, le premier, est ce « moi » instantané, donc fonctionnel, que je viens d’assimiler au zéro. L’autre est qualifié ; il est corps, mémoire, personne ou chose en relation avec la personne, et tout ceci variable, modifiable, oubliable. Cela fait donc deux moi, ou plutôt un moi et un moi.

Paul Valéry, Regards sur le monde actuel (1931), Ed. Folio, coll. Essai, 1988.
En ligne : UQAC (PDF - Ed. Gallimard p.51-53)
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La Jeune Parque un jour trouva son philosophe :
"Ah, dit-elle de quelle étoffe
Je saurai donc mon être fait...
A plus d'un je produis l'effet
D'une personne tout obscure;
Chaque mortel qui n'a point cure
De songer ni d'approfondir,
Au seul nom que je porte a tôt fait de bondir.
Quand ce n'est la pitié, j’excite la colère,
Et parmi les meilleurs esprits,
S'il est quelqu'un qui me tolère,
Le reste tient qu'il s'est mépris.
Ces gens disent qu'il faut qu'une muse ne cause
Non plus de peines qu'une rose !
Qui la respire a purement plaisir. (...)

Mortels, vous êtes chair, souvenance, présage;
Vous fûtes, vous serez, vous portez tel visage :
Vous êtes tout; vous n'êtes rien,
Supports du monde et roseaux que l'air brise,
Vous VIVEZ... Quelle surprise !...
Un mystère est tout votre bien,
Et cet arcane en vous s'étonnerait du mien ?
Que seriez-vous, si vous n'étiez mystère ?
Un peu de songe sur la terre,
Un peu d'amour, de faim, de soif, qui font des pas
Dont aucun ne fuit le trépas,
Et vous partageriez le pur destin des bêtes
Si les Dieux n'eussent mis, comme un puissant ressort,
Au plus intime de vos têtes,
Le grand don de ne rien comprendre à votre sort. (...)"
Extrait de : Le Philosophe et "la Jeune Parque"
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mardi 19 mars 2013

William Shakespeare









William Shakespeare, né probablement le 23 avril 1564 à Stratford-upon-Avon et mort le 23 avril 1616 dans la même ville, est considéré comme l'un des plus grands poètes, dramaturges et écrivains de la culture anglaise. Il est réputé pour sa maîtrise des formes poétiques et littéraires, ainsi que sa capacité à représenter les aspects de la nature humaine.
Source (et suite) du texte : wikipedia


Bibliographie :
Tragédies :
Antoine et Cléopâtre / Coriolan / Hamlet, prince de Danemark / Jules César / Macbeth / Othello ou le Maure de Venise / Le Roi Lear / Roméo et Juliette / Timon d'Athènes / Titus Andronicus / Troïlus et Cressida
Comédies:
Beaucoup de bruit pour rien / La Comédie des erreurs / Comme il vous plaira / Les Deux Gentilshommes de Vérone / Les Joyeuses Commères de Windsor / Le Marchand de Venise / La Mégère apprivoisée / Mesure pour mesure / La Nuit des rois / Peines d'amour perdues / Le Songe d'une nuit d'été / Tout est bien qui finit bien
Pièces historiques :
Édouard III / Richard II / Richard III / Henri IV / Henri V / Henri VI / Henri VIII / Le Roi Jean / Sir Thomas More
Romances tardives :
Le Conte d'hiver / Cymbeline / Les Deux Nobles Cousins / Périclès, prince de Tyr / La Tempête
Autres : wikipedia
Traductions françaises :
- Oeuvres complètes, trad. François Guizot, 1864 (format Kindle, ...)
- Oeuvres complètes, trad. François-Victor Hugo, 1865 (Ed. GF, wikisource, ...)
- Oeuvres complètes, trad. Jean-Michel Déprats, Ed. La Pléiade, 2 tomes, 1959, 2008
- Oeuvres complètes, bilingue, trad. Gilles Monsarrat, Ed. Robert Laffont, 2000
En ligne :
Diverses pièces et traductions : wikisource / litterratureaudio (mp3)
En anglais : opensourceshakespeare


HAMLET :
Donnez-lui donc la bienvenue due à un étranger. Il y a plus de choses sur la terre et dans le ciel, Horatio, qu’il n’en est rêvé dans votre philosophie. (...)
Acte I, scène 5


HAMLET :

 … rien n'est en soi bon ou mauvais, la pensée le rend tel.

Acte II, scène 1

HAMLET (monologue) :
Être, ou ne pas être, telle est la question. Y a-t-il plus de noblesse d’âme à subir la fronde et les flèches de la fortune outrageante, ou bien à s’armer contre une mer de douleurs et à l’arrêter par une révolte ? Mourir… dormir, rien de plus ;… et dire que par ce sommeil nous mettons fin aux maux du cœur et aux mille tortures naturelles qui sont le legs de la chair : c’est là une terminaison qu’on doit souhaiter avec ferveur. Mourir… dormir, dormir ! peut-être rêver ! Oui, là est l’embarras. Car quels rêves peut-il nous venir dans ce sommeil de la mort, quand nous sommes débarrassés de l’étreinte de cette vie ? Voilà qui doit nous arrêter. C’est cette réflexion-là qui nous vaut la calamité d’une si longue existence. Qui, en effet, voudrait supporter les flagellations et les dédains du monde, l’injure de l’oppresseur, l’humiliation de la pauvreté, les angoisses de l’amour méprisé, les lenteurs de la loi, l’insolence du pouvoir et les rebuffades que le mérite résigné reçoit des créatures indignes, s’il pouvait en être quitte avec un simple poinçon ? Qui voudrait porter ces fardeaux,
geindre et suer sous une vie accablante, si la crainte de quelque chose après la mort, de cette région inexplorée, d’où nul voyageur ne revient, ne troublait la volonté, et ne nous faisait supporter les maux que nous avons par peur de nous lancer dans ceux que nous ne connaissons pas ? Ainsi la conscience fait de nous tous des lâches ; ainsi les couleurs natives de la résolution blêmissent sous les pâles reflets de la pensée ; ainsi les entreprises les plus énergiques et les plus importantes se détournent de leur cours, à cette idée,
et perdent le nom d’action… Doucement, maintenant ! Voici la belle Ophélia… Nymphe, dans tes oraisons
souviens-toi de tous mes péchés.
Acte III, scène 1
En ligne : wikisource  (trad. François-Victor Hugo, 1865)




Monologue de Hamlet (en anglais) par Laurence Olivier (1948)


MACBETH :
La vie n'est qu'une ombre qui passe, un pauvre acteur
Qui s'agite et parade une heure, sur la scène,
Puis on ne l'entend plus. C'est un récit
Plein de bruit, de fureur, qu'un idiot raconte
Et qui n'a pas de sens.
Acte V, scène 5
En ligne : wikisource  (trad. François-Victor Hugo, 1865)


JACQUES :
Le monde entier est un théâtre, et tout le monde, hommes et femmes y sont acteurs.

Extrait de : Comme il vous plaira
Acte II, scène 7
En ligne : wikisource (trad. Guizot, 1863)


PROSPERO :
Nous sommes de la même étoffe que les songes, et notre vie infime est cernée de brouillard…
Nous sommes de l'étoffe dont les rêves sont faits, notre petite vie est cerclée d'un sommeil.
Extrait de : La Tempête, Acte 4, scène 1
En ligne : wikisource (trad. François-Victor Hugo, 1865)




Franck Martin, The Tempest, extrait




Le Gai savoir par Raphael Enthoven
Hamlet - Shakespeare (03.11.2013)



Tire ta langue par Antoine Perraud
Que devait exactement William Shakespeare à John Florio ? 29.06.2014

dimanche 10 mars 2013

Etienne ou Stéphane Mallarmé


Né à Paris, le "Prince des poètes" (1842-1898) fut enseignant d’anglais dès 1864 à Toulon, à Besançon, à Avignon et à Paris. Influencé par Charles Baudelaire, Edgar Poe et les Parnassiens, Mallarmé écrit très jeune de la poésie. Dès 1865, paraît 'L’Après-midi d’un Faune', qui inspira la composition du même nom de Debussy et que Manet illustra. Il révolutionne les conceptions traditionnelles de la poésie par l’art de l’allusion et du dévoilement, contenus dans les mots et les espaces du poème. Rendu célèbre avec les recherches poétiques de Verlaine et d'Huysmans, Mallarmé est reconnu comme chef de file du symbolisme, bien qu’il défende l’originalité de sa démarche. Il s’attache dès lors à rassembler et à travailler ses poèmes pour parachever son 'Grand Oeuvre'. Incompris ou adulé, Mallarmé se distingue par son perfectionnisme qui retourne à l’essence même de la poésie. Avec 'Un coup de dés', inachevé et publié de manière posthume, il expérimente encore les possibilités du vers et sa place dans le poème "absolu". Il meurt sans avoir pu terminer 'Hérodiade', pièce maîtresse du 'Grand Oeuvre'.
Source du texte : Evene 
Autres biographies : Musée d'Orsay / wikipedia

Oeuvres voir : wikipedia
En ligne : wikisource poemeweb / litterature audio (mp3)



Auguste Renoir, Stephane Mallarmé

Je viens de passer une année effrayante : ma pensée s’est pensée, et est arrivée à une conception pure. Tout ce que, par contre-coup, mon être a souffert, pendant cette longue agonie, est inénarrable, mais, heureusement, je suis parfaitement mort, et la région le plus impure où mon esprit puisse s’aventurer est l’éternité, mon esprit, ce solitaire habituel de sa propre pureté, que n’obscurcit plus même le reflet du temps.

Malheureusement, j’en suis arrivé là par une horrible sensibilité, et il est temps que je l’enveloppe d’une indifférence extérieure, qui remplacera pour moi la force perdue. J’en suis, après une synthèse suprême, à cette lente acquisition de la force - incapable tu le vois de me distraire. Mais combien plus je l’étais, il y a plusieurs mois, d’abord dans ma lutte terrible avec ce vieux et méchant plumage, terrassé, heureusement, Dieu. Mais comme cette lutte s’est passée sur son aile osseuse, qui, par une agonie plus vigoureuse que je ne l’eusse soupçonné chez lui m’avait emporté dans des ténèbres, je tombai, victorieux, éperdument et infiniment - jusqu’à ce qu’enfin je me sois revu un jour devant ma glace de Venise, tel que je m’étais oublié plusieurs mois auparavant.

J’avoue, du reste, mais à toi seul, que j’ai encore besoin, tant ont été grandes les avaries de mon triomphe, de me regarder dans cette glace pour penser, et que si elle n’était pas devant la table où je t’écris cette lettre, je redeviendrais le néant. C’est t’apprendre que je suis maintenant impersonnel, et non plus Stéphane que tu as connu, - mais une aptitude qu’à l’univers spirituel à se voir et à se développer, à travers ce qui fut moi.

Fragile comme est mon apparition terrestre, je ne puis subir que les développements absolument nécessaires pour que l’univers retrouve, en ce moi, son identité.

Extrait de : Stéphane Mallarmé, Correspondance. Lettres sur la poésie, Gallimard-folio, 1995, pp. 342-343.
Source : 3e Millénaire / morphosis


* * *
William Turner, Tempête

Brise marine

La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres.
Fuir ! là-bas fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivres
D’être parmi l’écume inconnue et les cieux !
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux
Ne retiendra ce coeur qui dans la mer se trempe
O nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe
Sur le vide papier que la blancheur défend
Et ni la jeune femme allaitant son enfant.
Je partirai ! Steamer balançant ta mâture,
Lève l’ancre pour une exotique nature !

Un Ennui, désolé par les cruels espoirs,
Croit encore à l’adieu suprême des mouchoirs !
Et, peut-être, les mâts, invitant les orages
Sont-ils de ceux qu’un vent penche sur les naufrages
Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots…
Mais, ô mon coeur, entends le chant des matelots !

* * *


Prose (pour des Esseintes)

Hyperbole ! de ma mémoire
Triomphalement ne sais-tu
Te lever, aujourd'hui grimoire
Dans un livre de fer vêtu :

Car j'installe, par la science,
L'hymne des coeurs spirituels
En l'oeuvre de ma patience,
Atlas, herbiers et rituels.

Nous promenions notre visage
(Nous fûmes deux, je le maintiens)
Sur maints charmes de paysage,
O soeur, y comparant les tiens.

L'ère d'autorité se trouble
Lorsque, sans nul motif, on dit
De ce midi que notre double
Inconscience approfondit

Que, sol des cent iris, son site
Ils savent s'il a bien été,
Ne porte pas de nom que cite
L'or de la trompette d'Été.

Oui, dans une île que l'air charge
De vue et non de visions
Toute fleur s'étalait plus large
Sans que nous en devisions.

Telles, immenses, que chacune
Ordinairement se para
D'un lucide contour, lacune,
Qui des jardins la sépara.

Gloire du long désir, Idées
Tout en moi s'exaltait de voir
La famille des iridées
Surgir à ce nouveau devoir.

Mais cette soeur sensée et tendre
Ne porta son regard plus loin
Que sourire, et comme à l'entendre
J'occupe mon antique soin.

Oh! sache l'Esprit de litige,
À cette heure où nous nous taisons,
Que de lis multiples la tige
Grandissait trop pour nos raisons

Et non comme pleure la rive
Quand son jeu monotone ment
À vouloir que l'ampleur arrive
Parmi mon jeune étonnement

D'ouïr tout le ciel et la carte
Sans fin attestés sur mes pas
Par le flot même qui s'écarte,
Que ce pays n'exista pas.

L'enfant abdique son extase
Et docte déjà par chemins
Elle dit le mot : Anastase !
Né pour d'éternels parchemins,

Avant qu'un sépulcre ne rie
Sous aucun climat, son aïeul,
De porter ce nom: Pulchérie !
Caché par le trop grand glaïeul.


Extraits de : Stéphane Mallarmé, Poésies, Ed. Gallimard, 1992.
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* * *


Merleau-Ponty à propos du langage de Mallarmé

samedi 2 mars 2013

Yehudi Menuhin


Sir Yehudi Menuhin (plus tard Lord Menuhin of Stoke D'Abernon) est un violoniste et chef d'orchestre américain, né le 22 avril 1916 à New York et décédé le 12 mars 1999 à Berlin. Il est un enfant prodige, se produisant dès 1927 à Paris avec l'Orchestre Lamoureux et à New York au Carnegie Hall. Il est considéré comme l'un des plus grands violonistes du XXe siècle.
Source (et suite) du texte : wikipedia
Autres biographies : evene / liberation

En 1928, à Berlin, après un concert historique, Albert Einstein s'exclame: «Maintenant, je sais qu'il y a un Dieu au ciel.» Son envoyé, Yehudi, a alors 12 ans.
Source (et suite) du texte : liberation


Discographie : Menuhin
Bibliographie (en français) :
- Le violon de la paix, Ed. Alternative, 1970
- L'art de jouer du violon, Ed. Buchet Chastel, 1973
- Violon et alto, Ed. Altier, 1978
- Le voyage inachevé, Ed. Seuil, 1979.
- Variations sans thème, Ed. Buchet Chastel, 1980.
- La légende du violon. Flammarion, 1996.
- La leçon du maitre, Ed. Buchet Chastel, 1997.
- La légende du violon, Ed. Flammarion, 2001
- L'âme et l'archet (entretiens), Ed. Alice, 2001
et divers préfaces (notamment aux livres de BKS Iyengar, son maître de yoga).
Documentaire DVD :
Yehudi Menuhin, le Violon du siècle de Bruno Monsaingon, 1995 (voir : Bruno Monsaingon)
Yehudi Menuhin, Les années suisses de  Felice Zenoni, Martina Egi, 1998 (voir : resmusica)
Sites officiels : Menuhin  / Festival Menuhin Gstaad




Le rêve de mon enfance, pour ne pas dire mon rêve enfantin, était que la paix pourrait apparaître sur la terre si seulement j'arrivais un jour, dans la chapelle Sixtine, à jouer suffisamment bien la Chaconne de Bach.
Extrait de : Le violon de la paix
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Aucun violon n'est identique à un autre. Chacun a son caractère unique et sa personnalité propre. Dans la manière dont les violons répondent à l'archet, ils montrent autant de diversité que peuvent en montrer des êtres humains appelés à exprimer une même opinion.
La vocation d'un véritable violoniste réside justement dans son désir de maîtriser les états d'âme et les innombrables modulations d'un violon, d'en faire résonner toutes les voix depuis le soupir le plus délicat jusqu'à la plus puissante clameur. Et l'exécutant est ici seul en face de sa tâche : aucune autre main que la sienne ne fixera l'intonation, aucune autre oreille que la sienne n'assurera l'accord. A lui seul, il est maître et esclave, à peine son archet a-t-il touché l'instrument que l'admirable affrontement commence, défi et réplique se mêlent au point qu'il restera seul responsable du résultat. (...)
Il n'y a pas de point de fixation immuable de l'instrument, pas plus qu'il n'y en a de l'exécutant, à part bien entendu les pieds qui reposent et se meuvent sur le sol. Le violon doit en conséquence ne faire qu'un avec le corps et en suivre toutes la souplesse de mouvement, il doit s'intégrer au flux ondulatoire qui naît de l'expression musicale, tantôt par un balancement  tantôt un mouvement de pendule ou de cercle, et ne jamais rompre ce flux, que ce soit dans les articulations de l’exécutant ou aux points de contact de l'archet avec les cordes, il doit au contraire laisser ce flux s'emparer de tous les muscles et de toutes les jointures, entraîné à jouer librement et contrôlés toutefois dans le moment qu'ils se meuvent. Le violoniste lui-même doit se laisser pénétrer de ce même flux intérieur, issu de la musique, de l'intelligence et du sentiment qu'il a de cette musique. (...)
Extrait de : L'art de jouer du violon (ouvrage épuisé)




Campanella de Niccolo Paganini (1930) :



Chaconne (Partita no. 2) de J.S. Bach (1935) :




Partita no.1 de J.S. Bach (1947) :



Caprice no. 24 de Niccolo Paganini :



Danse Hongroise de Johannes Brahms (1947) :



Gipsy Airs de Pablo Sarrasate (1947) :



Concerto pour violon de Felix Mendelson (1947) :



Chaconne de J.S. Bach (1956) :











Fin de la Chaconne de J.S. Bach (extrait du film Le violon du siècle) :



Fin de la Chaconne de J.S. Bach (1972, Gstaad) :



Sonate no. 4 de J.S. Bach avec Glenn Gould :



Concerto pour 2 violons de J.S. Bach / Les 4 saisons de Vivaldi (50 ') :



Concerto pour violon de Ludwig von Beethoven (1981) :





West Meets East, avec Ravi Shankar :



Ehe geia, panagia avec Domna Samiou (1970) :





Jealousy avec Stéphane Grappelli :



Yehudi Menuhin, le violon du siècle, de Bruno Monsaingon (en anglais, 1995) :



Site officiel : Bruno Monsaingon
Commande sur Amazon (DVD en fr) : Yehudi Menuhin : Le violon du siècle

Interview RTS (Grands Entretiens, 1998) :



Violoniste, soliste et chef d'orchestre mondialement reconnu, Yehudi Menuhin étonne par sa simplicité et sa modestie. Quelques mois avant la mort du musicien, le journaliste Maurice Huelin le rencontre pour l'émission Les grands entretiens. Enfant prodigue, Yehudi Menuhin évoque une enfance privilégiée baignée dans la musique et son amour du violon.
Source : RTS

Violin tutorial (playlist 6 vidéos) :



Master class (1/3) / Playlist youtube : 42 vidéos / 21 vidéos



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