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dimanche 16 novembre 2014

Le théâtre du monde

MAJ de la page : Shakespeare


PHILOSOPHIE ARTE, par Raphael Enthoven (France, 2014)
Shakespeare
Le théâtre est-il le reflet du monde, ou est-ce le monde qui est déjà la scène d'un vaste théâtre ? Pour Shakespeare, les deux sont vrais, ensemble. Petite introduction à ce grand jeu de miroirs avec François Laroque, spécialiste de la littérature anglaise des XVIe et XVIIe siècles, auteur notamment de "Shakespeare et la fête" (1988) et "Shakespeare comme il vous plaira" (1991).
Source : Arte

mardi 21 janvier 2014

Fiodor ou Fedor Mikhaïlovitch Dostoievsky

Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski est un écrivain russe, né à Moscou le 30 octobre (11 novembre cal. grégorien) 1821 et mort à Saint-Pétersbourg le 28 janvier (9 février) 1881. Il est généralement considéré comme l'un des plus grands romanciers russes, et a influencé de nombreux écrivains et philosophes.
Après une enfance difficile, il fréquente une école d'officiers et se lie avec les mouvements progressistes russes. Arrêté pour cette raison en 1849, il est déporté dans un bagne de Sibérie pendant quatre ans. Redevenu sous-lieutenant, il démissionne de l'armée en 1860 et s'engage vraiment dans l'écriture. Épileptique, joueur couvert de dettes et d'un caractère sombre, Dostoïevski mène d'abord une vie d'errance en Europe, au cours de laquelle il devient un fervent libéral pour son pays et surtout un patriote convaincu, avant d'être reconnu à son retour en Russie en 1871 après la publication de Crime et Châtiment (1866) et de L'Idiot (1868) qui ouvrent la période de la maturité où l'auteur écrit ses œuvres les plus abouties : L'Éternel Mari (1870), Les Démons (1871) et Les Frères Karamazov (1880).
Source (et suite) du texte : wikipedia
Autre biographie : Larousse


Bibliographie :
1846 : Les Pauvres Gens
1846 : Le Double
1848-1849 : Nétotchka Nezvanova (inachevé)
1859 : Le Rêve de l'oncle
1859 : Le Bourg de Stépantchikovo et sa population (autre traduction : Carnet d’un inconnu)
1861 : Humiliés et offensés
1860-1862 : Souvenirs de la maison des morts (autre traduction  : Les Carnets de la Maison Morte)
1864 : Mémoires écrits dans un souterrain (autres traductions : Les Carnets du sous-sol, Le sous-sol, Manuscrit du souterrain)
1866 : Crime et Châtiment
1866 : Le Joueur
1868 : L'Idiot
1870 : L'Éternel Mari
1871 : Les Démons (autre traduction : Les Possédés)
1875 : L'Adolescent
1880 : Les Frères Karamazov
Nouvelles, Chroniques, Correspondance, Carnets : wikipedia
En ligne :
Plusieurs œuvres et trad. : wikisource / uquac / agora / littérature audio


Il songea entre autres à la phase par où s’annonçaient ses attaques d’épilepsie quand celles-ci le surprenaient à l’état de veille. En pleine crise d’angoisse, d’hébétement, d’oppression, il lui semblait soudain que son cerveau s’embrasait et que ses forces vitales reprenaient un prodigieux élan. Dans ces instants rapides comme l’éclair, le sentiment de la vie et la conscience se décuplaient pour ainsi dire en lui. Son esprit et son cœur s’illuminaient d’une clarté intense ; toutes ses émotions, tous ses doutes, toutes ses inquiétudes se calmaient à la fois pour se convertir en une souveraine sérénité, faite de joie lumineuse, d’harmonie et d’espérance, à la faveur de laquelle sa raison se haussait jusqu’à la compréhension des causes finales.
Mais ces moments radieux ne faisaient que préluder à la seconde décisive (car cette autre phase ne durait jamais plus d’une seconde) qui précédait immédiatement l’accès. Cette seconde était positivement au-dessus de ses forces. Quand, une fois rendu à la santé, le prince se remémorait les prodromes de ses attaques, il se disait souvent : ces éclairs de lucidité, où l’hyperesthésie de la sensibilité et de la conscience fait surgir une forme de « vie supérieure », ne sont que des phénomènes morbides, des altérations de l’état normal ; loin donc de se rattacher à une vie supérieure, ils rentrent au contraire dans les manifestations les plus inférieures de l’être.
Cependant il aboutissait à une conclusion des plus paradoxales : « Qu’importe que mon état soit morbide ? Qu’importe que cette exaltation soit un phénomène anormal, si l’instant qu’elle fait naître, évoqué et analysé par moi quand je reviens à la santé, s’avère comme atteignant une harmonie et une beauté supérieures, et si cet instant me procure, à un degré inouï, insoupçonné, un sentiment de plénitude, de mesure, d’apaisement et de fusion, dans un élan de prière, avec la plus haute synthèse de la vie ? »
Ces expressions nébuleuses lui semblaient parfaitement intelligibles, quoique encore trop faibles. Il ne doutait pas, il n’admettait pas que l’on pût douter que les sensations décrites réalisassent en effet « la beauté et la prière », avec une « haute synthèse de la vie ». Mais ces visions n’avaient-elles pas quelque chose de comparable aux hallucinations fallacieuses que procurent le haschich, l’opium ou vin, et qui abrutissent l’esprit en déformant l’âme ? Il pouvait sainement raisonner à ce sujet une fois que l’attaque était passée. Ces instants, pour les définir d’un mot, se caractérisent par une fulguration de la conscience et pas une suprême exaltation de l’émotivité subjective. Si, à cette seconde, c’est-à-dire à la dernière période de conscience avant l’accès, il avait eu le temps de se dire clairement et délibérément : « Oui, pour ce moment on donnerait toute une vie », c’est qu’à lui seul, ce moment-là valait bien, en effet, toute une vie.
Il n'attachait d'ailleurs pas autrement d'importance au côté dialectique de sa conclusion, car la prostration, l'aveuglement mental et l'idiotie ne lui apparaissaient que trop clairement comme la conséquence de cette « minute sublime ». Il se serait gardé d'engagé là-dessus une discussion sérieuse. Sa conclusion, c'est-à-dire le jugement qu'il portait sur la minute en question était sans contredit erronée, mais il n'en restait pas moins troublé par la réalité de la sensation. Quoi de plus probant en effet qu'un fait réel ? Or le fait réel était là : pendant une minute, il avait trouvé le temps de se dire que le bonheur immense qu'elle lui procurait valait bien toute une vie. « A ce moment, avait-il déclaré un jour à Rogojine quand ils se voyaient à Moscou, j'ai entrevu le sens de cette singulière expression : il n'y aura plus de temps (Apocalypse, X, 6) ».
Extrait de : L'Idiot (Deuxième partie, V), trad. Albert Mousset

Est-il vrai, prince, que vous ayez dit un jour que la "beauté" sauverait le monde ? Messieurs, s'écria-t-il en prenant toute la société à témoin, le prince prétend que la beauté sauvera le monde ! Et moi je prétends que, s’il a des idées aussi folâtres, c’est qu’il est amoureux. Messieurs, le prince est amoureux ; tout à l’heure, aussitôt qu’il est entré, j’en ai acquis la conviction. Ne rougissez pas, prince ! vous me feriez pitié. Quelle beauté sauvera le monde ? (...)
Le prince le contempla attentivement et ne répliqua point.
Extrait de : L'Idiot (Troisième partie, V), trad. Albert Mousset
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Mais les enfants, qu’en ferai-je ? Je ne peux résoudre cette question. Si tous doivent souffrir afin de concourir par leur souffrance à l’harmonie éternelle, quel est le rôle des enfants ? On ne comprend pas pourquoi ils devraient souffrir, eux aussi, au nom de l’harmonie. Pourquoi serviraient-ils de matériaux destinés à la préparer ? Je comprends bien la solidarité du péché et du châtiment, mais elle ne peut s’appliquer aux petits innocents, et si vraiment ils sont solidaires des méfaits de leurs pères, c’est une vérité qui n’est pas de ce monde et que je ne comprends pas. Un mauvais plaisant objectera que les enfants grandiront et auront le temps de pécher, mais il n’a pas grandi, ce gamin de huit ans, déchiré par les chiens. Aliocha, je ne blasphème pas. Je comprends comment tressaillira l’univers, lorsque le ciel et la terre s’uniront dans le même cri d’allégresse, lorsque tout ce qui vit ou a vécu proclamera : « Tu as raison, Seigneur, car tes voies nous sont révélées ! », lorsque le bourreau, la mère, l’enfant s’embrasseront et déclareront avec des larmes : « Tu as raison, Seigneur ! » Sans doute alors, la lumière se fera et tout sera expliqué. Le malheur, c’est que je ne puis admettre une solution de ce genre. Et je prends mes mesures à cet égard, tandis que je suis encore sur la terre. Crois-moi, Aliocha, il se peut que je vive jusqu’à ce moment ou que je ressuscite alors, et je m’écrierai peut-être avec les autres, en regardant la mère embrasser le bourreau de son enfant : « Tu as raison, Seigneur ! » mais ce sera contre mon gré. Pendant qu’il est encore temps, je me refuse à accepter cette harmonie supérieure. Je prétends qu’elle ne vaut pas une larme d’enfant, une larme de cette petite victime qui se frappait la poitrine et priait le « bon Dieu » dans son coin infect ; non, elle ne les vaut pas, car ces larmes n’ont pas été rachetées. Tant qu’il en est ainsi, il ne saurait être question d’harmonie. Or, comment les racheter, c’est impossible. Les bourreaux souffriront en enfer, me diras-tu ? Mais à quoi sert ce châtiment puisque les enfants aussi ont eu leur enfer ? D’ailleurs, que vaut cette harmonie qui comporte un enfer ? Je veux le pardon, le baiser universel, la suppression de la souffrance. Et si la souffrance des enfants sert à parfaire la somme des douleurs nécessaires à l’acquisition de la vérité, j’affirme d’ores et déjà que cette vérité ne vaut pas un tel prix. Je ne veux pas que la mère pardonne au bourreau ; elle n’en a pas le droit. Qu’elle lui pardonne sa souffrance de mère, mais non ce qu’a souffert son enfant déchiré par les chiens. Quand bien même son fils pardonnerait, elle n’en aurait pas le droit. Si le droit de pardonner n’existe pas, que devient l’harmonie ? Y a-t-il au monde un être qui ait ce droit ? C’est par amour pour l’humanité que je ne veux pas de cette harmonie. Je préfère garder mes souffrances non rachetées et mon indignation persistante, même si j’avais tort ! D’ailleurs, on a surfait cette harmonie ; l’entrée coûte trop cher pour nous. J’aime mieux rendre mon billet d’entrée. En honnête homme, je suis même tenu à le rendre au plus tôt. C’est ce que je fais. Je ne refuse pas d’admettre Dieu, mais très respectueusement je lui rends mon billet.
- Mais c’est de la révolte, prononça doucement Aliocha, les yeux baissés.
- De la révolte ? Je n’aurais pas voulu te voir employer ce mot. Peut-on vivre révolté ? Or, je veux vivre. Réponds-moi franchement. Imagine-toi que les destinées de l’humanité sont entre tes mains, et que pour rendre définitivement les gens heureux, pour leur procurer enfin la paix et le repos, il soit indispensable de mettre à la torture ne fût-ce qu’un seul être, l’enfant qui se frappait la poitrine de son petit poing, et de fonder sur ses larmes le bonheur futur. Consentirais-tu, dans ces conditions, à édifier un pareil bonheur ? Réponds sans mentir.
- Non, je n’y consentirais pas.
Extrait de : Les Frères Karamazov (I, livre V, La Révolte), trad. Henri Mongualt
Source : wikisource
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Que d'atroces tortures m'a coûtées et me coûte encore maintenant cette soif de croire qui est d'autant plus forte en mon âme qu'il y a en moi plus d'arguments contraires. Pourtant Dieu m'envoie parfois des instants où je suis tout à fait paisible ; à ces instants-là, j'aime et je me sens aimé par les autres ; et c'est à ces instants-là que j'ai formé en moi un Credo où tout est clair et sacré pour moi. Ce Credo est très simple, le voici : croire qu'il n'est rien de plus beau, de plus profond, de plus sympathique, de plus raisonnable, de plus viril et de plus parfait que le Christ ; et je me dis avec un amour jaloux non seulement qu'il n'y a rien, mais qu'il ne peut rien y avoir. Plus encore, si quelqu'un me prouvait que le Christ est en dehors de la vérité, et qu'il serait réel que la vérité fût en dehors du Christ, j'aimerais mieux alors rester avec le Christ qu'avec la vérité.
Extrait d'une lettre à Nathalia von Vizine










Les Nouveaux chemins de la connaissance par Adèle Van Reeth
Dostoïevski (09.2011) :
1/4 : l'Idiot, "Mais comment donc un homme peut-il écrire cela ?" avec André Markowicz,
2/4 : Crime et Châtiment avec Jean-Louis Backès
3/4 : Les Frères Kamarazov avec Michel Eltchaninoff, 
4/4 : Les carnets du sous-sol avec Anne Coldefy-Faucard



France Culture, "Orthodoxie" par Alexis Chryssostalis (04.12.2011)
Sur Paul Evdokimov, "Gogol et Dostoievski ou la descente aux enfers", Ed. de Corlevour, 2011, avec Franck Damour, éditeur et professeur d'histoire.

jeudi 7 novembre 2013

Albert Camus ses pairs et sa mère

MAJ de la page : Albert Camus

A l'occasion du 100e anniversaire de sa naissance.






Les Nouveaux chemins de la connaissance par Adèle Van Reeth
(1/4) :Camus et Cossery , les 2 Albert
(2/4) Albert Camus et René Char, les deux poètes
(3/4) Albert Camus et Jean-Paul Sartre, les deux philosophes
(4/4) Camus et sa mère, le soleil et le silence
Voir aussi la page sur le centenaire d'Albert Camus : FC

Hommage Google

mardi 2 juillet 2013

Gratter un peu plus d'indicible






Cette année, le marathon de France Culture est consacré à Amélie Nothomb en présence de l’auteure. De 15h00 à 20h00, en direct et en public de Saint-Pierre des Cuisines, à Toulouse.

Il y a 20 ans, Amélie Nothomb entrait d’un coup de maître, par un premier roman magistral (Hygiène de l’assassin) en littérature. France Culture, fidèle au Marathon des mots, la célèbre en cinq heures de direct, lectures, entretiens et témoignages entremêlés. Une traversée exceptionnelle dans un des labyrinthes les plus mystérieux et séduisants de la littérature contemporaine.

A 15h : Lecture de Hygiène de l’assassin par Agathe Bonitzer et Jean-Claude Dreyfus
16h : Grand entretien avec Amélie Nothomb
17h : Lecture de Métaphysique des tubes par Nicole Garcia
18h : Suite de l’entretien avec Amélie Nothomb suivi d’une rencontre avec la romancière Stéphanie Hochet
19h : Lecture d’Une forme de vie par Claire Nebout et Jean-Claude Dreyfus
Source : FC

mardi 2 avril 2013

Edgar Allan Poe



Edgar Allan Poe (Boston, 19 janvier 1809 – Baltimore, 7 octobre 1849) est un poète, romancier, nouvelliste, critique littéraire, dramaturge1 et éditeur américain, ainsi que l'une des principales figures du romantisme américain. Connu surtout pour ses contes — genre dont la brièveté lui permet de mettre en valeur sa théorie de l'effet, suivant laquelle tous les éléments du texte doivent concourir à la réalisation d'un effet unique — il a donné à la nouvelle ses lettres de noblesse et est considéré comme l’inventeur du roman policier. Nombre de ses récits préfigurent les genres de la science-fiction et du fantastique.
Source (et suite) du texte : wikipedia


Bibliographie : 

- Oeuvres en prose, trad. Baudelaire, Ed. La Pléiade, 1951.
- Les poèmes, trad. Mallarmé, Ed. Gallimard, 1997
détail voir wikipedia
En ligne :

- Eurêka : wikisource
- Les poèmes : wikisource

dont : 
Le Corbeau, trad. Mallarmé / trad. Baudelaire (1845)
- Divers oeuvres (Histoires extraordinaires, Nouvelles histoires extraordinaires, Histoires grotesques et sérieuses, ...) : wikisource
Voir aussi les pages : Eurêka / Lionnerie


Commençons donc tout de suite par le mot le plus simple, l’Infini. Le mot infini, comme les mots Dieu, esprit et quelques autres expressions, dont les équivalents existent dans toutes les langues, est, non pas l’expression d’une idée, mais l’expression d’un effort vers une idée. Il représente une tentative possible vers une conception impossible. L’homme avait besoin d’un terme pour marquer la direction de cet effort, le nuage derrière lequel est situé, à jamais invisible, l’objet de cet effort. Un mot enfin était nécessaire, au moyen duquel un être humain pût se mettre tout d’abord en rapport avec un autre être humain et avec une certaine tendance de l’intelligence humaine. De cette nécessité est résulté le mot Infini, qui ne représente ainsi que la pensée d’une pensée. (33) (...)
Relativement à cette Divinité, considérée en elle-même, celui-là seul n’est pas un imbécile, celui-là seul n’est pas un impie, qui n’affirme absolument rien. (44)

Extrait de Eurêka, Essai sur l'univers matériel et spirituel (1848), Ed. Le Castor Astral, 1993. (Ouvrage épuisé).
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En ligne : wikisource
Voir la page : Eurêka


UN RÊVE DANS UN RÊVE (1849, trad. Mallarmé)
Tiens ! ce baiser sur ton front ! Et, à l’heure où je te quitte, oui, bien haut, que je te l’avoue : tu n’as pas tort, toi qui juges que mes jours ont été un rêve ; et si l’espoir s’est enfui en une nuit ou en un jour, — dans une vision ou aucune, n’en est-il pour cela pas moins PASSÉ ? Tout ce que nous voyons ou paraissons n’est qu’un rêve dans un rêve.
Je reste en la rumeur d’un rivage par le flot tourmenté et tiens dans la main des grains du sable d’or — bien peu ! encore comme ils glissent à travers mes doigts à l’abîme, pendant que je pleure — pendant que je pleure ! Ô Dieu ! ne puis-je les serrer d’une étreinte plus sûre ? Ô Dieu ! ne puis-je en sauver un de la vague impitoyable ? Tout ce que nous voyons ou paraissons, n’est-il qu’un rêve dans un rêve ?
En ligne : wikisource
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LIONNERIE (1835, trad. Baudelaire)
(...)
Je me sentis très mortifié de tout cela, et j’allai voir mon père.
« Mon père, lui demandai-je, quel est le but principal de mon existence ?
— Mon fils, répliqua-t-il, c’est toujours l’étude de la nosologie ; mais, en frappant l’électeur au nez, vous avez dépassé votre but. Vous avez un fort beau nez, c’est vrai ; mais Bluddennuff n’en a plus. Vous êtes sifflé, et il est devenu le héros du jour. Je vous accorde que, dans Fum-Fudge, la grandeur d’un lion est proportionnelle à la dimension de sa trompe ; — mais, bonté divine ! il n’y a pas de rivalité possible avec un lion qui n’en a pas du tout.
Extrait des Nouvelles histoires extraordinaires, trad. Charles Baudelaire (1884)
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Voir la page : Lionnerie

Lionnerie

MAJ de la page : Edgar Allan Poe





LIONNERIE

Tout le populaire se dressa
Sur ses dix doigts de pied dans un étrange ébahissement.
L’évêque Hall. — Satires.

Je suis, — c’est-à-dire j’étais un grand homme ; mais je ne suis ni l’auteur du Junius ni l’homme au masque de fer ; car mon nom est, je crois, Robert Jones, et je suis né quelque part dans la cité de Fum-Fudge.
La première action de ma vie fut d’empoigner mon nez à deux mains. Ma mère vit cela et m’appela un génie ; — mon père pleura de joie et me fit cadeau d’un traité de nosologie. Je le possédais à fond avant de porter des culottes.
Je commençai dès lors à pressentir ma voie dans la science, et je compris bientôt que tout homme, pourvu qu’il ait un nez suffisamment marquant, peut, en se laissant conduire par lui, arriver à la dignité de lion. Mais mon attention ne se confina pas dans les pures théories. Chaque matin, je tirais deux fois ma trompe, et j’avalais une douzaine de petits verres.
Quand je fus arrivé à ma majorité, mon père me demanda un jour si je voulais le suivre dans son cabinet.
« Mon fils, dit-il quand nous fûmes assis, quel est le but principal de votre existence ?
— Mon père, répondis-je, c’est l’étude de la nosologie.
— Et qu’est-ce que la nosologie, Robert ?
— Monsieur, dis-je, c’est la science des nez.
— Et pouvez-vous me dire, demanda-t-il, quel est le sens du mot nez ?
— Un nez, mon père, répliquai-je en baissant le ton, — a été défini diversement par un millier d’auteurs. (Ici, je tirai ma montre.) Il est maintenant midi, ou peu s’en faut, — nous avons donc le temps, d’ici à minuit, de les passer tous en revue. Je commence donc : — Le nez, suivant Bartholinus, est cette protubérance, cette bosse, cette excroissance, cette…
— Cela va bien, Robert, interrompit le bon vieux gentleman. Je suis foudroyé par l’immensité de vos connaissances, — positivement je le suis, — oui, sur mon âme ! (Ici, il ferma les yeux et posa la main sur son cœur.) Approchez ! (Puis il me prit par le bras.) Votre éducation peut être considérée maintenant comme achevée, — il est grandement temps que vous vous poussiez dans le monde, — et vous n’avez rien de mieux à faire que de suivre simplement votre nez. — Ainsi — ainsi… (alors, il me conduisit à coups de pied tout le long des escaliers jusqu’à la porte), ainsi sortez de chez moi, et que Dieu vous assiste ! »
Comme je sentais en moi l’afflatus divin, je considérai cet accident presque comme un bonheur. Je jugeai que l’avis paternel était bon. Je résolus de suivre mon nez. Je le tirai tout d’abord deux ou trois fois, et j’écrivis incontinent une brochure sur la nosologie.
Tout Fum-Fudge fut sens dessus dessous.
« Étonnant génie ! dit le Quarterly.
— Admirable physiologiste ! dit le Westminster.
— Habile gaillard ! dit le Foreign.
— Bel écrivain ! dit l’Edinburgh.
— Profond penseur ! dit le Dublin.
— Grand homme ! dit Bentley.
— Âme divine ! dit Fraser.
— Un des nôtres ! dit Blackwood.
— Qui peut-il être ? dit mistress Bas-Bleu.
— Que peut-il être ? dit la grosse miss Bas-Bleu.
— Où peut-il être ? » dit la petite miss Bas-Bleu.
Mais je n’accordai aucune attention à toute cette populace, — j’allai tout droit à l’atelier d’un artiste.
La duchesse de Dieu-me-Bénisse posait pour son portrait ; le marquis de Tel-et-Tel tenait le caniche de la duchesse ; le comte de Choses-et-d’Autres jouait avec le flacon de sels de la dame, et Son Altesse Royale de Noli-me-Tangere se penchait sur le dos de son fauteuil.
Je m’approchai de l’artiste, et je dressai mon nez.
« Oh ! très beau ! soupira Sa Grâce.
— Oh ! au secours ! bégaya le marquis.
— Oh ! choquant ! murmura le comte.
— Oh ! abominable ! grogna Son Altesse Royale.
— Combien en voulez-vous ? demanda l’artiste.
— De son nez ? s’écria Sa Grâce.
— Mille livres, dis-je en m’asseyant.
— Mille livres ? demanda l’artiste d’un air rêveur.
— Mille livres, dis-je.
— C’est très beau ! dit-il en extase.
— C’est mille livres, dis-je.
— Le garantissez-vous ? demanda-t-il en tournant le nez vers le jour.
— Je le garantis, dis-je en le mouchant vigoureusement.
— Est-ce bien un original ? demanda-t-il en le touchant avec respect.
— Hein ? dis-je en le tortillant de côté.
— Il n’en a pas été fait de copie ? demanda-t-il en l’étudiant au microscope.
— Jamais ! dis-je en le redressant.
— Admirable ! s’écria-t-il tout étourdi par la beauté de la manœuvre.
— Mille livres, dis-je.
— Mille livres ? dit-il.
— Précisément, dis-je.
— Mille livres ? dit-il.
— Juste, dis-je.
— Vous les aurez, dit-il ; quel morceau capital !!! »
Il me fit immédiatement un billet, et prit un croquis de mon nez. Je louai un appartement dans Jermyn street, et j’adressai à Sa Majesté la quatre-vingt-dix-neuvième édition de ma Nosologie, avec un portrait de la trompe.
Le prince de Galles, ce mauvais petit libertin, m’invita à dîner.
Nous étions tous Lions et gens du meilleur ton.
Il y avait là un néoplatonicien. Il cita Porphyre, Jamblique, Plotin, Proclus, Hiéroclès, Maxime de Tyr, et Syrianus.
Il y avait un professeur de perfectibilité humaine. Il cita Turgot, Price, Priestley, Condorcet, de Staël, et l’Ambitious Student in Ill Health.
Il y avait sir Positif Paradoxe. Il remarqua que tous les fous étaient philosophes, et que tous les philosophes étaient fous.
Il y avait Æsthéticus Éthix. Il parla de feu, d’unité et d’atomes ; d’âme double et préexistante ; d’affinité et d’antipathie ; d’intelligence primitive et d’homœomérie.
Il y avait Théologos Théologie. Il bavarda sur Eusèbe et Arius ; sur l’hérésie et le concile de Nicée ; sur le puseyisme et le consubstantialisme ; sur Homoousios et Homoiousios.
Il y avait Fricassée, du Rocher de Cancale. Il parla de langue à l’écarlate, de choux-fleurs à la sauce veloutée, de veau à la Sainte-Menehould, de marinade à la Saint-Florentin, et de gelées d’orange en mosaïque.
Il y avait Bibulus O’Bumper. Il dit son mot sur le latour et le markbrünnen, sur le champagne mousseux et le chambertin, sur le richebourg et le saint-georges, sur le haut-brion, le léoville et le médoc, sur le barsac et le preignac, sur le grave, sur le sauterne, sur le laffite et sur le saint-péray. Il hocha la tête à l’endroit du clos-vougeot, et se vanta de distinguer, les yeux fermés, le xérès de l’amontillado.
Il y avait il signor Tintontintino, de Florence. Il expliqua Cimabuë, Arpino, Carpaccio et Agostino ; il parla des ténèbres du Caravage, de la suavité de l’Albane, du coloris du Titien, des vastes commères de Rubens et des polissonneries de Jean Steen.
Il y avait le recteur de l’Université de Fum-Fudge. Il émit cette opinion, que la lune s’appelait Bendis en Thrace, Bubastis en Égypte, Diane à Rome, et Artémis en Grèce.
Il y avait un Grand Turc de Stamboul. Il ne pouvait s’empêcher de croire que les anges étaient des chevaux, des coqs et des taureaux ; qu’il existait dans le sixième siècle quelqu’un qui avait soixante et dix mille têtes, et que la terre était supportée par une vache bleu de ciel ornée d’un nombre incalculable de cornes vertes.
Il y avait Delphinus Polyglotte. Il nous dit ce qu’étaient devenus les quatre-vingt-trois tragédies perdues d’Eschyle, les cinquante-quatre oraisons d’Isæus, les trois cent quatre-vingt-onze discours de Lysias, les cent quatre-vingts traités de Théophraste, le huitième livre des sections coniques d’Apollonius, les hymnes et dithyrambes de Pindare et les quarante-cinq tragédies d’Homère le Jeune.
Il y avait Ferdinand Fitz-Fossillus Feldspar. Il nous renseigna sur les feux souterrains et les couches tertiaires ; sur les aériformes, les fluidiformes et les solidiformes ; sur le quartz et la marne ; sur le schiste et le schorl ; sur le gypse et le trapp ; sur le talc et le calcaire ; sur la blende et la horn-blende ; sur le micaschiste et le poudingue ; sur la cyanite et le lépidolithe ; sur l’hæmatite et la trémolite ; sur l’antimoine et la calcédoine ; sur le manganèse et sur tout ce qu’il vous plaira.
Il y avait moi. Je parlai de moi, — de moi, de moi, et de moi ; — de nosologie, de ma brochure et de moi. Je dressai mon nez, et je parlai de moi.
« Heureux homme ! homme miraculeux ! dit le prince.
— Superbe ! dirent les convives. Et, le matin qui suivit, Sa Grâce de Dieu-me-Bénisse me fit une visite.
— Viendrez-vous à Almack, mignonne créature ? dit-elle en me donnant une petite tape sous le menton.
— Oui, sur mon honneur ! dis-je.
— Avec tout votre nez, sans exception ? demanda-t-elle.
— Aussi vrai que je vis, répliquai-je.
— Voici donc une carte d’invitation, bel ange. Dirai-je que vous viendrez ?
— Chère duchesse, de tout mon cœur !
— Qui vous parle de votre cœur ! — mais avec votre nez, avec tout votre nez, n’est-ce pas ?
— Pas un brin de moins, mon amour, dis-je. » Je le tortillai donc une ou deux fois, et je me rendis à Almack. Les salons étaient pleins à étouffer.
« Il arrive ! dit quelqu’un sur l’escalier.
— Il arrive ! dit un autre un peu plus haut.
— Il arrive ! dit un autre encore un peu plus haut.
— Il est arrivé ! s’écria la duchesse ; il est arrivé, le petit amour ! »
Et, s’emparant fortement de moi avec ses deux mains, elle me baisa trois fois sur le nez.
Une sensation marquée parcourut immédiatement l’assemblée.
« Diavolo ! cria le comte de Capricornutti.
— Dios guarda ! murmura don Stiletto.
— Mille tonnerres ! jura le prince de Grenouille.
— Mille tiaples ! » grogna l’électeur de Bluddennuff.
Cela ne pouvait pas passer ainsi. Je me fâchai. Je me tournai brusquement vers Bluddennuff.
« Monsieur ! lui dis-je, vous êtes un babouin.
— Monsieur ! répliqua-t-il après une pause, Donnerre et églairs ! »
Je n’en demandais pas davantage. Nous échangeâmes nos cartes. À Chalk-Farm, le lendemain matin, je lui abattis le nez, — et puis je me présentai chez mes amis.
« Bête ! dit le premier.
— Sot ! dit le second.
— Butor ! dit le troisième.
— Âne ! dit le quatrième.
— Benêt ! dit le cinquième.
— Nigaud ! dit le sixième.
— Sortez ! » dit le septième.
Je me sentis très mortifié de tout cela, et j’allai voir mon père.
« Mon père, lui demandai-je, quel est le but principal de mon existence ?
— Mon fils, répliqua-t-il, c’est toujours l’étude de la nosologie ; mais, en frappant l’électeur au nez, vous avez dépassé votre but. Vous avez un fort beau nez, c’est vrai ; mais Bluddennuff n’en a plus. Vous êtes sifflé, et il est devenu le héros du jour. Je vous accorde que, dans Fum-Fudge, la grandeur d’un lion est proportionnelle à la dimension de sa trompe ; — mais, bonté divine ! il n’y a pas de rivalité possible avec un lion qui n’en a pas du tout.


Extrait des Nouvelles histoires extraordinaires, trad. Charles Baudelaire (1884)
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En ligne : wikisource

mercredi 27 mars 2013

Paul Valéry


Ambroise Paul Toussaint Jules Valéry est un écrivain, poète et philosophe français, né à Sète (Hérault) le 30 octobre 1871 et mort à Paris le 20 juillet 1945.
Source et suite du texte : wikipedia

Paul Valéry entre en 1888 à la faculté de droit et se désintéresse très vite de ses études pour les lettres et la peinture. Passionné de poésie, il découvre les symbolistes, sous l'influence desquels il compose ses premiers vers. Il se lie d'amitié avec Pierre Louÿs, qui lui présente Mallarmé et André Gide. La nuit du 4 octobre 1892, à Gênes, il traverse une crise passionnelle où il décide de soumettre la sensibilité à la raison et de se consacrer à l'activité intellectuelle. Installé à Paris, il est rédacteur au ministère de la Guerre puis secrétaire particulier du directeur de l'agence Havas. Après 'L'Introduction à la méthode de Léonard de Vinci', il renonce à l'écriture tandis que sa renommée croît. Son retour en 1919 avec 'La Jeune Parque', puis 'Charmes' l'impose comme l'un des plus grands poètes français. Son immense succès a fait de lui une "espèce de poète d'Etat" : élu à l'Académie française en 1925, il est nommé professeur de poétique au Collège de France en 1937, et reçoit des funérailles nationales en 1945.
Source du texte : evene


Bibliographie : voir wikipedia
En ligne :
Divers oeuvres : UQAC


Ici paraît le nœud même de ces questions. Il réside dans ce petit mot « se ». Se contraindre. Comment peut-on se contraindre ?

Mon sentiment, s’il m’arrivait de pousser à l’extrême l’analyse de cette affaire, serait de chercher à éliminer la notion, ou la notation trop simple : « moi ». Le Moi n’est relativement précis qu’en tant qu’il est une notation d’usage externe. Je dis identiquement « mes » idées... « mon » chapeau... « mon » médecin... « ma » main...
Mais changeons la « mise au point », rentrons en « nous-mêmes ». On trouve alors, ou il se trouve, que mes idées me viennent je ne sais comment et je ne sais d’où... Il en est de même de mes impulsions et de mes énergies. Mes idées peuvent me tourmenter comme se combattre entre elles. Moi lutte avec moi. Mais dire mes, mon, ma quand d’autre part ces interventions ou ces présences se comportent comme des phénomènes, ceci montre la nature purement négative de la notation. Je puis renoncer à mon opinion au profit de la vôtre. Ma douleur, ma sensation la plus intime et la plus vive peut cesser, et, abolie, j’en parlerai encore comme mienne. Elle est cependant devenue un souvenir fonctionnellement identique au souvenir d’une perception quelconque.
Donc, la notation moi ne désigne rien de déterminé que dans la circonstance et par elle ; et s’il demeure quelque chose, ce n’est que la notion pure de présence, de la capacité d’une infinité de modifications. Finalement ego se réduit à quoi que ce soit.
Cette formule paraîtra sans doute moins extraordinaire si l’on observe que ce que nous appelons notre personne et notre personnalité n’est qu’un système de souvenirs et d’habitudes qui peuvent s’effacer de notre mémoire comme on le constate dans certains cas d’aliénation : le malade oublie ce qu’il est, et il ne reconnaît même plus son propre corps. Mais il n’a pas perdu la notation moi, il dira je; il opposera ce je et ce moi au reste des choses en d’autres termes, cette notation a gardé sa fonction dans la pensée du sujet.
En somme, quelle que soit la sensation ou l’idée, ou la relation, quel que soit l’objet ou l’acte que je qualifie de « mien », je les oppose par là identiquement à une faculté inépuisable de « qualifier », dont l’acte est indépendant de ce qui l’affecte. C’est pourquoi je me suis enhardi quelquefois à comparer ce moi sans attribut au zéro des mathématiques, grande et assez récente invention qui permet d’écrire toute relation quantitative sous la forme a = 0. Zéro est en soi synonyme de rien ; mais l’acte d’écrire ce zéro est un acte positif qui signifie que, dans tous les cas, toute relation d’égalité entre grandeurs satisfait à une opération qui les annule simultanément et qui est la même pour tous. Or, on écrit ceci en assimilant rien à une quantité que l’on nomme zéro.
Ainsi, dans la notation « réfléchie » (je me dis, je me sens), les deux pronoms sont de valeur bien différente ; l’un de ces termes, le premier, est ce « moi » instantané, donc fonctionnel, que je viens d’assimiler au zéro. L’autre est qualifié ; il est corps, mémoire, personne ou chose en relation avec la personne, et tout ceci variable, modifiable, oubliable. Cela fait donc deux moi, ou plutôt un moi et un moi.

Paul Valéry, Regards sur le monde actuel (1931), Ed. Folio, coll. Essai, 1988.
En ligne : UQAC (PDF - Ed. Gallimard p.51-53)
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La Jeune Parque un jour trouva son philosophe :
"Ah, dit-elle de quelle étoffe
Je saurai donc mon être fait...
A plus d'un je produis l'effet
D'une personne tout obscure;
Chaque mortel qui n'a point cure
De songer ni d'approfondir,
Au seul nom que je porte a tôt fait de bondir.
Quand ce n'est la pitié, j’excite la colère,
Et parmi les meilleurs esprits,
S'il est quelqu'un qui me tolère,
Le reste tient qu'il s'est mépris.
Ces gens disent qu'il faut qu'une muse ne cause
Non plus de peines qu'une rose !
Qui la respire a purement plaisir. (...)

Mortels, vous êtes chair, souvenance, présage;
Vous fûtes, vous serez, vous portez tel visage :
Vous êtes tout; vous n'êtes rien,
Supports du monde et roseaux que l'air brise,
Vous VIVEZ... Quelle surprise !...
Un mystère est tout votre bien,
Et cet arcane en vous s'étonnerait du mien ?
Que seriez-vous, si vous n'étiez mystère ?
Un peu de songe sur la terre,
Un peu d'amour, de faim, de soif, qui font des pas
Dont aucun ne fuit le trépas,
Et vous partageriez le pur destin des bêtes
Si les Dieux n'eussent mis, comme un puissant ressort,
Au plus intime de vos têtes,
Le grand don de ne rien comprendre à votre sort. (...)"
Extrait de : Le Philosophe et "la Jeune Parque"
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mardi 19 mars 2013

William Shakespeare









William Shakespeare, né probablement le 23 avril 1564 à Stratford-upon-Avon et mort le 23 avril 1616 dans la même ville, est considéré comme l'un des plus grands poètes, dramaturges et écrivains de la culture anglaise. Il est réputé pour sa maîtrise des formes poétiques et littéraires, ainsi que sa capacité à représenter les aspects de la nature humaine.
Source (et suite) du texte : wikipedia


Bibliographie :
Tragédies :
Antoine et Cléopâtre / Coriolan / Hamlet, prince de Danemark / Jules César / Macbeth / Othello ou le Maure de Venise / Le Roi Lear / Roméo et Juliette / Timon d'Athènes / Titus Andronicus / Troïlus et Cressida
Comédies:
Beaucoup de bruit pour rien / La Comédie des erreurs / Comme il vous plaira / Les Deux Gentilshommes de Vérone / Les Joyeuses Commères de Windsor / Le Marchand de Venise / La Mégère apprivoisée / Mesure pour mesure / La Nuit des rois / Peines d'amour perdues / Le Songe d'une nuit d'été / Tout est bien qui finit bien
Pièces historiques :
Édouard III / Richard II / Richard III / Henri IV / Henri V / Henri VI / Henri VIII / Le Roi Jean / Sir Thomas More
Romances tardives :
Le Conte d'hiver / Cymbeline / Les Deux Nobles Cousins / Périclès, prince de Tyr / La Tempête
Autres : wikipedia
Traductions françaises :
- Oeuvres complètes, trad. François Guizot, 1864 (format Kindle, ...)
- Oeuvres complètes, trad. François-Victor Hugo, 1865 (Ed. GF, wikisource, ...)
- Oeuvres complètes, trad. Jean-Michel Déprats, Ed. La Pléiade, 2 tomes, 1959, 2008
- Oeuvres complètes, bilingue, trad. Gilles Monsarrat, Ed. Robert Laffont, 2000
En ligne :
Diverses pièces et traductions : wikisource / litterratureaudio (mp3)
En anglais : opensourceshakespeare


HAMLET :
Donnez-lui donc la bienvenue due à un étranger. Il y a plus de choses sur la terre et dans le ciel, Horatio, qu’il n’en est rêvé dans votre philosophie. (...)
Acte I, scène 5


HAMLET :

 … rien n'est en soi bon ou mauvais, la pensée le rend tel.

Acte II, scène 1

HAMLET (monologue) :
Être, ou ne pas être, telle est la question. Y a-t-il plus de noblesse d’âme à subir la fronde et les flèches de la fortune outrageante, ou bien à s’armer contre une mer de douleurs et à l’arrêter par une révolte ? Mourir… dormir, rien de plus ;… et dire que par ce sommeil nous mettons fin aux maux du cœur et aux mille tortures naturelles qui sont le legs de la chair : c’est là une terminaison qu’on doit souhaiter avec ferveur. Mourir… dormir, dormir ! peut-être rêver ! Oui, là est l’embarras. Car quels rêves peut-il nous venir dans ce sommeil de la mort, quand nous sommes débarrassés de l’étreinte de cette vie ? Voilà qui doit nous arrêter. C’est cette réflexion-là qui nous vaut la calamité d’une si longue existence. Qui, en effet, voudrait supporter les flagellations et les dédains du monde, l’injure de l’oppresseur, l’humiliation de la pauvreté, les angoisses de l’amour méprisé, les lenteurs de la loi, l’insolence du pouvoir et les rebuffades que le mérite résigné reçoit des créatures indignes, s’il pouvait en être quitte avec un simple poinçon ? Qui voudrait porter ces fardeaux,
geindre et suer sous une vie accablante, si la crainte de quelque chose après la mort, de cette région inexplorée, d’où nul voyageur ne revient, ne troublait la volonté, et ne nous faisait supporter les maux que nous avons par peur de nous lancer dans ceux que nous ne connaissons pas ? Ainsi la conscience fait de nous tous des lâches ; ainsi les couleurs natives de la résolution blêmissent sous les pâles reflets de la pensée ; ainsi les entreprises les plus énergiques et les plus importantes se détournent de leur cours, à cette idée,
et perdent le nom d’action… Doucement, maintenant ! Voici la belle Ophélia… Nymphe, dans tes oraisons
souviens-toi de tous mes péchés.
Acte III, scène 1
En ligne : wikisource  (trad. François-Victor Hugo, 1865)




Monologue de Hamlet (en anglais) par Laurence Olivier (1948)


MACBETH :
La vie n'est qu'une ombre qui passe, un pauvre acteur
Qui s'agite et parade une heure, sur la scène,
Puis on ne l'entend plus. C'est un récit
Plein de bruit, de fureur, qu'un idiot raconte
Et qui n'a pas de sens.
Acte V, scène 5
En ligne : wikisource  (trad. François-Victor Hugo, 1865)


JACQUES :
Le monde entier est un théâtre, et tout le monde, hommes et femmes y sont acteurs.

Extrait de : Comme il vous plaira
Acte II, scène 7
En ligne : wikisource (trad. Guizot, 1863)


PROSPERO :
Nous sommes de la même étoffe que les songes, et notre vie infime est cernée de brouillard…
Nous sommes de l'étoffe dont les rêves sont faits, notre petite vie est cerclée d'un sommeil.
Extrait de : La Tempête, Acte 4, scène 1
En ligne : wikisource (trad. François-Victor Hugo, 1865)




Franck Martin, The Tempest, extrait




Le Gai savoir par Raphael Enthoven
Hamlet - Shakespeare (03.11.2013)



Tire ta langue par Antoine Perraud
Que devait exactement William Shakespeare à John Florio ? 29.06.2014

dimanche 24 février 2013

Fernando Pessoa ou Alberto Caeiro ou Ricardo Reis ou Alvaro de Campos ou Bernardo Soares et alii

Fernando António Nogueira Pessoanote est un écrivain, critique, polémiste et poète portugais trilingue (anglais, dans une faible mesure français, et principalement portugais). Né le 13 juin 1888 à Lisbonne, ville où il meurt des suites de son alcoolisme le 30 novembre 1935, il a vécu un cinquième de sa vie en Afrique du Sud.
Théoricien de la littérature engagé dans une époque troublée par la guerre et les dictatures, inventeur inspiré par Cesário Verde du sensationnisme , ses vers mystiques et sa prose poétique ont été les principaux agents du surgissement du modernisme au Portugal.
« ... est-ce que je sais que je vis, ou bien seulement que je le sais ? »
Source (et suite) du texte : wikipedia


Bibliographie :
Oeuvres complètes, Ed. Gallimard La Pléiade, 2001
Détails voir : wikipedia
Site dédié : Ass. Franç. des Amis de F.P. 
Oeuvres en VO : Arquivo Pessoa

Voir aussi la page : Insomnie


NOMBREUX SONT CEUX QUI VIVENT EN NOUS
Nombreux sont ceux qui vivent en nous;
Si je pense, si je ressens, j’ignore
Qui est celui qui pense, qui ressent.
Je suis seulement le lieu
Où l’on pense, où l’on ressent.

J’ai davantage d’âmes qu’une seule.
Il est plus de moi que moi-même.
J’existe cependant
À tous indifférent.
Je les fais taire : je parle.

Les influx entrecroisés
De ce que je ressens ou pas
Polémiquent en qui je suis.
Je les ignore. Ils ne dictent rien
À celui que je me connais : j’écris.
Extrait de : Ricardo Reis, Odes



MON REGARD EST NET COMME UN TOURNESOL
Mon regard est net comme un tournesol,
J’ai l’habitude d’aller par les chemins,
Jetant les yeux à droite et à gauche,
Mais en arrière aussi de temps en temps…
Et ce que je vois à chaque instant
Est ce que jamais auparavant je n’avais vu,
De quoi j’ai conscience parfaitement.
Je sais éprouver l’ébahissement
De l’entant qui, dès sa naissance,
S’aviserait qu’il est né vraiment…
Je me sens né à chaque instant
À l’éternelle nouveauté du Monde…

Je crois au monde comme à une pâquerette,
Parce que je le vois. Mais je ne pense pas à lui
Parce que penser c’est ne pas comprendre…
Le Monde ne s’est pas fait pour que nous pensions à lui
(penser c’est avoir mal aux yeux)
Mais pour que nous le regardions avec un sentiment d’accord…

Moi je n’ai pas de philosophie : j’ai des sens…
Si je parle de la Nature, ce n’est pas que je sache ce qu’elle est,
Mais parce que je l’aime, et je l’aime pour cette raison
Que celui qui aime ne sait jamais ce qu’il aime,
Ni ne sait pourquoi il aime, ni ce que c’est qu’aimer…

Aimer, c’est l’innocence éternelle,
Et l’unique innocence est de ne pas penser.
Extrait de : Alberto Cairos, Le gardien de troupeaux (II)


JE SUIS UN GARDEUR DE TROUPEAUX
Je suis un gardeur de troupeaux.
Le troupeau, ce sont mes pensées
Et mes pensées sont toutes mes sensations.
Je pense avec les yeux et avec les oreilles
Et avec les mains et les pieds
Et avec le nez et la bouche.
Penser une fleur c'est la voir et la respirer
Et manger un fruit c’est en avoir le sens.
C’est pourquoi lorsque par un jour de chaleur
Je me sens triste d’en jouir à ce point,
Et que je m’étends de tout mon long dans l’herbe,
Et que je ferme mes yeux brûlants,
Je sens mon corps entier étendu dans la réalité,
Je connais la vérité et suis heureux.

Extrait de : Alberto Cairos, Le gardien de troupeaux (IX)


JE NE PENSE A RIEN
Je ne pense à rien,
et cette chose centrale, qui n’est rien,
m’est agréable comme l’air de la nuit,
frais en contraste avec le jour caniculaire.

Je ne pense à rien, et que c’est bon !

Ne penser à rien,
c’est avoir une âme à soi et intégrale.
Ne penser à rien,
c’est vivre intimement
le flux et le reflux de la vie…
Je ne pense à rien.
C’est comme si je m’étais appuyé
dans une fausse posture.
Un mal aux reins, ou d’un côté des reins,
mon âme a la bouche amère :
c’est que, tout bien compté,
je ne pense à rien,
mais vraiment à rien,
à rien…
Extrait de : Poésie d'Alvaro de Campos



DE L'ART DE BIEN RÊVER
Ajourne toute chose. On ne doit jamais faire aujourd’hui ce qu’on peut aussi bien négliger de faire demain.
Il n’est même pas besoin de faire quoi que ce soit, ni aujourd’hui ni demain.

Ne pense jamais à ce que tu vas faire. Ne le fais pas.

Vis ta vie. Ne sois pas vécu par elle.
Dans la vérité et dans l’erreur, dans le plaisir et dans l’ennui, sois ton être véritable. Tu n’y parviendras qu’en rêvant, parce que ta vie réelle, ta vie humaine, c’est celle qui, loin de t’appartenir, appartient aux autres. Tu remplaceras donc la vie par le rêve, et ne te soucieras que de rêver à la perfection. Dans aucun des actes de la vie réelle, depuis l’acte de naître jusqu’à celui de mourir, tu n’agis vraiment : tu es agi ; tu ne vis pas, tu es seulement vécu.
Deviens aux yeux des autres un sphinx absurde. Enferme-toi, mais sans claquer la porte, dans ta tour d’ivoire. Et cette tour d’ivoire, c’est toi-même.
Et si l’on vient te dire que tout cela est faux, est absurde, n’en crois rien. Mais ne crois pas non plus ce que je te dis, car on ne doit croire à rien.
Méprise toute chose, mais de façon telle que ce mépris ne puisse te gêner. Ne crois pas que ton mépris te rende supérieur. Tout l’art du noble mépris est là.
Bernardo Soares, Le Livre de l’intranquillité
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mardi 5 février 2013

Albert Camus


Albert Camus, né le 7 novembre 1913 à Mondovi, à proximité de Bône (actuellement Annaba), dans le département de Constantine (depuis 1962, Dréan dans la willaya d'El Taref), en Algérie, et mort le 4 janvier 1960 à Villeblevin, dans l'Yonne, est un écrivain, philosophe, romancier, dramaturge, essayiste et nouvelliste français. Il fut aussi un journaliste militant engagé dans la Résistance française et dans les combats moraux de l'après-guerre.

L'œuvre de Camus comprend des pièces de théâtre, des romans, des nouvelles, des films, des poèmes et des essais dans lesquels il développe un humanisme fondé sur la prise de conscience de l'absurdité de la condition humaine mais aussi sur la révolte comme réponse à l'absurde, révolte qui conduit à l'action et donne un sens au monde et à l'existence, et « alors naît la joie étrange qui aide à vivre et mourir ».
Source (et suite) du texte : wikipedia


Bibliographie :
Oeuvres complètes, Ed. Gallimard, La Pléiade, 2006.
ROMANS ET NOUVELLES :
- L'Etranger (1941)
- La Peste (1947)
- La Chute (1956)
- L’Exil et le royaume (1957)
ESSAIS :
- Noces (1939)
- Le Mythe de Sisyphe, essai sur l'Absurde (1942)
- Lettres à un ami allemand (1943-1945)
- Actuelles I, chroniques 1944-1948.
- Actuelles II, chroniques 1948-1953
- Actuelles III, chroniques 1939-1958
- L'Homme révolté (1951)
- L'Été (1954)
- L'Envers et l'endroit (1937)
- Discours de Suède (1957)
THÉÂTRE :
- Caligula (1938, 1944)
- Le Malentendu (1944)
- L'État de siège (1948)
- Les Justes (1949)
Autres publications voir : wikipedia
Etudes :
Sharad Chandra, Albert Camus et l'Inde, Ed. Indigène, 1970
Autres voir : wikipedia
En ligne :
- Nombreuses oeuvres (PDF, RTF, WORD) sur le site : Université Quebec
(Les ouvrages d'Albert Camus sont dans le domaine public au Canada)
Site dédié : Société des études camusiennes / Le camusard / Arte (hommage)

Voir aussi la page : Noces (de Camus)


Ainsi l'homme absurde comprend qu'il n'était réellement pas libre. Pour parler clair, dans la mesure où j'espère, où je m'inquiète d'une vérité qui me soit propre, d'une façon d'être ou de créer, la mesure enfin où j'ordonne ma vie et où je prouve par là que j'admets qu'elle ait un sens, je me crée des barrières entre quoi je resserre ma vie. Je fais comme tant de fonctionnaires de l'esprit et du cœur qui ne m'inspirent que du dégoût et qui ne font pas autre chose, je le vois bien maintenant, que de prendre au sérieux la liberté de l'homme. (...)

Quand Nietzsche écrit : « Il apparaît clairement que la chose principale au ciel et sur la terre est d'obéir longtemps et dans une même direction : à la longue il en résulte quelque chose pour quoi il vaille la peine de vivre sur cette terre comme par exemple la vertu, l'art, la musique, la danse, la raison, l'esprit, quelque chose qui transfigure, quelque chose de raffiné, de fou ou de divin », il illustre la règle d'une morale de grande allure. Mais il montre aussi le chemin de l'homme absurde. Obéir à la flamme, c'est à la fois ce qu'il y a de plus facile et de plus difficile. Il est bon cependant que l'homme, en se mesurant à la difficulté, se juge quelquefois. Il est seul à pouvoir le faire. 

« La prière, dit Alain, c'est quand la nuit vient sur la pensée. - Mais il faut que l'esprit rencontre la nuit », répondent les mystiques et les existentiels. Certes, mais non pas cette nuit qui naît sous les yeux fermés et par la seule volonté de l'homme - nuit sombre et close que l'esprit suscite pour s'y perdre. S'il doit rencontrer une nuit, que ce soit plutôt celle du désespoir qui reste lucide, nuit polaire, veille de l'esprit, d'où se lèvera peut-être cette clarté blanche et intacte qui dessine chaque objet dans la lumière de l'intelligence. À ce degré, l'équivalence rencontre la compréhension passionnée. Il n'est même plus question alors de juger le saut existentiel. Il reprend son rang au milieu de la fresque séculaire des attitudes humaines. Pour le spectateur, s'il est conscient, ce saut est encore absurde. Dans la mesure où il croit résoudre le paradoxe, il le  restitue tout entier. À ce titre, il est émouvant. À ce titre, tout reprend sa place et le monde absurde renaît dans sa splendeur et sa diversité. 

Mais il est mauvais de s'arrêter, difficile de se contenter d'une seule manière de voir, de se priver de la contradiction, la plus subtile peut-être de toutes les forces spirituelles. Ce qui précède définit seulement une façon de penser. Maintenant, il s'agit de vivre.
Extrait de : Le Mythe de Sisyphe, Essai sur l'absurde (La liberté absurde)
Source : PDF
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Interviews (1959) à propos des Possédés (1951) :



L'homme révolté (1951 - Playlist)(PDF) :



L'homme refuse le monde tel qu'il est, et pourtant, il n'accepte pas de lui échapper. En fait les hommes tiennent au monde, et dans leur immense majorité, ils ne désirent pas le quitter. Loin de vouloir le quitter, ils souffrent au contraire de ne pas le posséder assez, étranges citoyens du monde, exilés dans leur propre patrie.
Sauf aux instants fulgurants de la plénitude, toute réalité est pour eux inachevée. Leurs actes leur échappent dans d'autres actes, reviennent les juger sous des visages inattendus, fuient comme l'eau de Tantale vers une embouchure encore ignorée.
Connaître l'embouchure, dominer le cours du fleuve, saisir enfin la vie comme destin, voilà leur vraie nostalgie, au plus épais de leur patrie.
Mais cette vision, qui dans la connaissance au moins les réconcilierait avec eux-mêmes, ne peut apparaître, si elle apparaît, qu'à ce moment fugitif qu'est la mort, tout s'y achève.
Pour être une fois au monde, il faut à jamais ne plus être.
Ici naît cette malheureuse envie que tant d'hommes portent à la vie des autres. Apercevant ces existences du dehors, on leur prête une cohérence et une unité qu'elles ne peuvent avoir en vérité, mais qui paraissent évidentes à l'observateur.
Il ne voit que la ligne de faîte de ces vies sans prendre conscience du détail qui les ronge.
Nous faisons alors de l'art sur ces existences. De façon élémentaire, nous les romançons.
Chacun, dans ce sens, cherche à faire de sa vie une oeuvre d'art. (...)
Extrait de : L'homme révolté
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Source : PDF

Discours de réception du prix Nobel (1957) (Texte) :



VS Sartre (1959) :



Caligula, lecture intégrale (1938, 1944 - Playlist) : youtube
L'Etranger, lecture intégrale (1942 - Playlist 14 vidéos) (PDF)  :



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Entretiens (1955 - Playlist 8 vidéos) :



Albert Camus à Alger (Playlist 13 vidéos) : youtube
Albert Camus 1913-1960 :



Suite : youtube
Camus VS Sartre (BBC) : 



* * *
Raphael Enthoven parle de Camus :









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