Affichage des articles dont le libellé est poete. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est poete. Afficher tous les articles

dimanche 16 avril 2017

Isabelle Raviolo

MAJ de la page : Maître Eckhart / Marie-Anne Vannier / Isabelle Raviolo



Les Vivants et les Dieux par Michel Cazenave : Actualité de Maître Eckhart avec Marie-Anne Vannier et Isabelle Raviolo (France culture, mars 2008)



Les Vivants et les Dieux par Michel Cazenave : La Trinité chez Maître Eckhart avec Marie-Anne Vannier et Isabelle Raviolo (France culture, 4 décembre 2008)



Alain Cugno, un philosophe dans la cité avec Alain Cugno et Isabelle Raviolo (Continents intérieurs, 2014)



Thibaut Gress et Isabelle Raviolo - Le sens du sensible, une approche philosophique de la peinture (Continents intérieurs, 16 novembre 2016)


Isabelle Raviolo enseigne la philosophie dans le secondaire à Paris. Elle a fait ses études de philosophie et de lettres classiques en classes préparatoires à Lakanal, à Paris IV et Paris I - Sorbonne. Elève de Pierre Magnard, elle a soutenu un DEA de philosophie sous sa direction. Pendant plusieurs années elle se consacra aussi au théâtre. En 2008, elle soutient sa thèse sur Maître Eckhart sous la direction de Marie-Anne Vannier, thèse qui est publiée au Cerf 2011 : L’incréé. La générosité infinie du Père chez Maître Eckhart.
Elle a aussi participé pendant trois ans au projet de l’Encyclopédie sur les Mystiques rhénans (Apogée de la mystique d’Occident) qui vient de paraître aux éditions du Cerf. Actuellement enseignante dans le secondaire et en classes préparatoires, à Paris, elle poursuit ses travaux sur Maître Eckhart et la mystique rhénane, à Metz, au sein de l’ERMR-MSH Lorraine-Cnrs où elle participe à de nombreux colloques.
Parallèlement à ces activités, elle a créé et dirige la revue Thauma (revue de philosophie et poésie qui en est à son dixième numéro), ainsi que la maison d’édition La Dame d’Onze Heures (sept titre parus).
Peintre, elle a réalisé plusieurs expositions de tableaux à Paris, et à l’étranger. Elle anime aussi des ateliers de création pour les enfants.
Source du texte : Actu-philososphia
Site officiel : Isabelle Raviolo
En ligne : Le temps d'un trait à l'encre (poème)

Autres sur le blog : Isabelle Ravio (tag)

Isabelle Raviolo, L'incréé, Ed. du Cerf, 2011

Très peu traitée par les commentateurs, la notion d'incréé (« increatus » / « ungeschaffen ») est cependant centrale pour comprendre Dieu et l'homme chez Eckhart. Elle met en lumière le cœur de son œuvre qui se situe dans la naissance de Dieu dans l'âme et non dans le détachement comme on l'a souvent dit. C'est une manière pour le maître rhénan de commenter Genèse 1,26 : « Lorsque Dieu créa toutes les créatures, Dieu n'aurait-il pas auparavant donné naissance à quelque chose d'incréé qui porterait en soi l'image de toutes les créatures ? » interroge Eckhart. Sa réponse tient en une métaphore : l'étincelle (« scintilla animae »). « Cette petite étincelle est si apparentée à Dieu qu'elle est un "un" unique indifférencié et qu'elle porte en soi l'image de toutes les créatures, image sans images et image au-dessus de toutes les images » (« Sermon 22 »). Par « l'étincelle », Eckhart entend ce que l'âme a de plus semblable à Dieu : un « quelque chose d'incré頻, un fond sans fond (« Abgrunt ») dans lequel le Père engendre son Fils comme dans sa propre nature. Par ce quelque chose d'incréé en elle, l'âme est capable de fécondité et devient mère du Verbe, à l'image du Père incréé qui engendre éternellement son Fils en son sein. La maternité de l'âme trouve son principe dans la paternité de Dieu, dans le bouillonnement originaire de la Vie divine. Eckhart développe ainsi une prédication originale : il parle du point de vue de l'éternité, c'est-à-dire à partir de la Trinité en elle-même. Par la fécondité de l'âme, c'est-à-dire par la grâce de l'Esprit incréé, non seulement l'homme devient fils dans le Fils et le même fils, mais encore père dans le Père et le même père.
Quatrième de couverture
Commande sur Amazon : L'incrée : La générosité du père chez maitre Eckhart



Peintures d'Isabelle Raviolo

jeudi 26 janvier 2017

La quête de l’unité



Les Discussions du soir par Leili Anvar
La quête de l’unité avec Patrice Repusseau, poète, traducteur (25 janvier 2017)

Rencontre avec un poète-traducteur qui dit la situation de l'homme pris entre le ciel et la terre,l'être et l'humain, la vie et l'existence, la naissance et la mort, les amours et l'Amour, sans quitter un instant le "Tout Jour" éternel, son unique réalité.

Si l’homme est sur la terre ronde, qui tourne en rond sur elle-même et autour du soleil, c’est qu’il doit tourner rond lui-même.
Il lui faut arrondir les angles, revenir à la paix, atténuer les dissensions, se rendre plus complet, plus proche de son Tout, agrandir son domaine, repousser sans arrêt les limites du cercle.

Patrice Repusseau, Les cinq saisons, Ed. Non lieu, 2016
Commande sur Amazon : Les cinq saisons

Ces mots sont de notre invité, Patrice Repusseau. Il a commencé par être professeur d’anglais et traducteur, et a traduit de très nombreux auteurs écrivains de langue anglaise, et aussi des maîtres indiens en particulier Swami Venkatesananda, dont Le Yoga Vasistha [de Valmiki], une somme, est un monument fondateur de la pensée hindoue (paru chez Inner-Quest). Passeur des mots des autres, de la langue des autres, Patrice Repusseau est aussi poète, passeur de ses propres émotions, ses expériences, ses méditations. Ses deux derniers recueils sont Tout Jour : petites proses de l’Aval et de l’Amont paru aux éditions ALTESS et Les Cinq Saisons, paru aux éditions Non-lieu ( !) Le fil rouge de son travail, de son rapport au monde pourrait être le quête de l’unité, une tentative de réunifier le tissu déchiré du monde, des langues, des hommes et des dieux par un travail intérieur, un expérience du regard et la création langagière.
Source : FC

Swami Venkatesananda, Le yoga Vasistha (800 pages), trad. Patrice Repusseau, Ed. InnerQuest, 2016
Commande sur Amazon : Le yoga Vasistha 
  

dimanche 11 janvier 2015

dimanche 12 octobre 2014

Les chemins de traverse avec Lydie Dattas



Les Racines du ciel par Frédéric Lenoir, Leili Anvar
Les chemins de traverse avec Lydie Dattas 12.10.2014

Lydie Dattas est une femme et un écrivain au parcours singulier. Elle a longtemps partagé la vie des gitans dont elle a beaucoup appris. Elle a été proches d'immenses poètes comme Jean Genêt, de Jean Grosjean, Christian Bobin dont les oeuvres l'ont nourries et inspirée. Et elle a écrit aussi, des récits, des poèmes, des textes d'une force telle qu'Olivier Py en a fait l'un des auteurs phares représentés au festival d'Avignon pour l'édition 2014. Sa "Chaste vie de Jean Genêt" a été lue par Guillaume Gallienne en clôture du festival dans la majestueuse cour du Palais des Papes. Elle nous revient cette automne avec un texte saisissant qui évoque l'oeuvre de Soulage sous forme de poèmes. Elle évoque pour nous son parcours, son cheminement, sa vision spirituelle de la vie.
Bibliographie sélective:
La Nuit spirituelle, Paris, Orbey, France, Éditions Arfuyen, coll. « Cahier »,‎ 1996,
Les Amants lumineux, Paris, Gallimard, coll. « Hors série Littérature »,‎ 2001,
Le Livre des anges, Paris, préface de Jean Grosjean, Gallimard, coll. « Blanche »,‎ 2003,
La chaste vie de Jean Genet, Paris, Gallimard, coll. « Blanche »,‎ 2006, 224 p.
La blonde: les icônes barbares de Pierre Soulage, Gallimard, 2014
Source : FC
Voir aussi : Les poètes ont tué la poésie (RTBF, Noms de dieux, 2014)



Cirque Tzigane Romanes (2009)

dimanche 1 décembre 2013

Lettres à un jeune poète

MAJ de la page : Rainer Maria Rilke



Le Gai savoir par Raphael Enthoven
Lettre à un jeune poète - Rainer Maria Rilke (01.12.2013)



Source : beq (PDF)
Lettres à un jeune poète : wikipedia



Quatrième élégie de Duino (Lecture Eric Génovèse)



Septième élégie de Duino (Lecture Eric Génovèse)
Elégie de Duino : wikipedia


samedi 23 novembre 2013

Le livre de la pauvreté et de la mort

MAJ de la page : Rainer Maria Rilke



Que je sois le veilleur de tous les horizons…
Permets à mon regard plus hardi et plus vaste
d’embrasser soudain l’étendue des mers.
(...)



O mon Dieu, donne à chacun sa propre mort,
donne à chacun la mort née de sa propre vie
où il connut l'amour et la misère.

Car nous ne sommes que l'écorce, que la feuille,
mais le fruit qui est au centre de tout
c'est la grande mort que chacun porte en soi.
(...)



(...)
Car la pauvreté est une grande lumière au fond du coeur

Poème du jour avec la comédie-française
Extrait de : Le livre de la pauvreté et de la mort de Rainer Maria Rilke
Traduction d’Arthur Adamov, Actes Sud 1982
Lecture par Eric Génovèse
Commande sur Amazon : LE LIVRE DE LA PAUVRETE ET DE LA MORT



mardi 7 mai 2013

Pablo Neruda ou Ricardo Eliecer Neftalí Reyes Basoalto


Pablo Neruda, nom de plume de Ricardo Eliecer Neftalí Reyes Basoalto, est un poète, écrivain, diplomate, homme politique et penseur chilien, né le 12 juillet 1904 à Parral (province de Linares, Chili), mort le 23 septembre 1973 à Santiago du Chili.
Source (et suite) du texte : wikipedia


Bibliographie voir : wikipedia
En ligne :
20 poèmes d'amour,... (espagnol, français, anglais) sur : pierre de lune


SE TAIRE
Maintenant nous compterons douze
et restons tous silencieux

Pour une fois sur la terre
ne parlons plus aucun langage,
arrêtons-nous pour une seconde,
n'agitons pas tant les bras.

Ce serait une minute parfumée,
sans hâte, sans locomotives,
nous serions tous ensemble
dans une inquiétude instantanée.

Les pêcheurs de la mer froide
ne feraient plus de mal aux baleines
et le travailleur du sel
regarderait ses mains brisées.

Ceux qui préparent des guerres vertes,
des guerres de gaz, des guerres de feu,
des victoires sans survivants,
se vêtiraient d'un costume pur
et marcheraient avec leurs frères
à travers l'ombre, sans rien faire.

Ne pas confondre, ce que je veux
avec l'inaction définitive
la vie est seulement ce qu'on fait
je ne veux rien avec la mort.

Si nous n'avons pu être unanimes
en engageant toutes nos vies
peut-être ne rien faire pour une fois
peut-être un grand silence pourra-t-il
briser cette tristesse,
de ne jamais se comprendre
et nous menacer de mort,
peut-être que la terre nous apprendra
combien tout semblait mort
et que tout ensuite était vivant.

Maintenant je vais compter jusqu'à douze
et tu te tais et je m'en vais.


Cité dans : John Kabat-Zinn, Au coeur de la tourmente, la pleine conscience, Ed. J'ai Lu, 1990



Picasso, Nu bleu, 1905


Aussi simple que l'est ta main, te voici nue :
lisse, terrestre, fine et ronde, transparente,
tu as des lignes de lune, chemins de pomme,
toute nue tu es mince comme le blé nu.

Nue, tu es bleue, du bleu de la nuit à Cuba,
l'étoile en tes cheveux se mêle au liseron,
toute nue tu es jaune et tu es gigantesque,
on dirait un été dans une église d'or.

Nue te voici petite ainsi qu'un de tes ongles,
courbe, rose, subtile jusqu’au point du jour
qui te verra rentrer au souterrain du monde

comme en un long tunnel de travaux, de costumes :
et ta clarté s'éteint et s'habille et s'effeuille
et devient à nouveau une main toute nue.


Extrait de : La Centaine d'amour, Ed. Gallimard, Poésie, 1995 (Matin, 27)
Commande sur Amazon : La Centaine d'amour



mercredi 17 avril 2013

Richard Jefferies


John Richard Jefferies [6 Novembre 1848 au 14 Août 1887], poète et essayiste anglais, situe le dépassement du temps au centre même de sa vision extatique. Sans doute est-il aussi ce qu'on appelle un "mystique de la nature", mais le spectacle de la nature représente pour lui, avant tout, l'occasion de se replonger dans le récurrent, le cyclique - et, finalement, dans l'intemporel. Témoin  cette rêverie méditative au milieu d'un cimetière, plus exactement d'un rural cemetery à l'anglaise où les tombes s'effacent dans le paysage.
Source du texte : Michel Hulin, La mystique sauvage, Ed. PUF, 1993
Commande sur Amazon : La mystique sauvage



Bibliographie (en français) :
-
En anglais voir : wikipedia
En ligne : The story of my heart (autobiographie)




La grande horloge du firmament, le soleil et les étoiles, le croissant de la lune, la terre qui tourne deux mille fois ne sont pour moi rien de plus que le courant du ruisseau lorsque j’en ai retiré ma main ; mon âme n’a jamais été, et ne peut jamais être immergée dans le temps… Réalisant si clairement la présence de ma propre conscience interne, la psyché, je ne puis comprendre le temps. L’éternité est là, maintenant je suis dedans. Elle est autour de moi dans l’éclat du soleil. Je suis en elle comme le papillon qui flotte dans l’air saturé de lumière. Rien n’est à venir. Tout est déjà là. Maintenant l’éternité, maintenant la vie immortelle. Ici, en cet instant, près de ce tumulus, maintenant je vis en elle… Quand toutes les étoiles ont accompli leur révolution, elles ne produisent qu’un nouveau Maintenant. La continuité du Maintenant dure à jamais. De sorte qu’il m’apparaît absolument naturel, et non surnaturel, que l’âme dont l’enveloppe temporaire a été enterrée sous ce tertre existe à présent, tandis que je suis assis sur le gazon. Combien la pensée est plus profonde que les millions de kilomètres du firmament ! La merveille est ici, non là ; maintenant, non à venir, maintenant toujours. Les choses qu’on a appelées à tort surnaturelles m’apparaissent simples, plus naturelles que la nature, que la terre, que la mer ou le soleil. Il est infiniment plus naturel que j’aie une âme que de n’en pas avoir, et que l’immortalité existe. C’est la matière qui est le surnaturel, et qui est difficile à comprendre. Pourquoi cette motte de terre que je tiens dans ma main ? Pourquoi cette eau dont les gouttes brillantes tombent de mes doigts que j’ai trempés dans le ruisseau ? Pourquoi existent-ils ? Quand ? Comment ? Dans quel but ?
Extrait de : The Story of my Heart, cité dans : Michel Hulin, La mystique sauvage,
Commande sur Amazon : La mystique sauvage

mardi 2 avril 2013

Edgar Allan Poe



Edgar Allan Poe (Boston, 19 janvier 1809 – Baltimore, 7 octobre 1849) est un poète, romancier, nouvelliste, critique littéraire, dramaturge1 et éditeur américain, ainsi que l'une des principales figures du romantisme américain. Connu surtout pour ses contes — genre dont la brièveté lui permet de mettre en valeur sa théorie de l'effet, suivant laquelle tous les éléments du texte doivent concourir à la réalisation d'un effet unique — il a donné à la nouvelle ses lettres de noblesse et est considéré comme l’inventeur du roman policier. Nombre de ses récits préfigurent les genres de la science-fiction et du fantastique.
Source (et suite) du texte : wikipedia


Bibliographie : 

- Oeuvres en prose, trad. Baudelaire, Ed. La Pléiade, 1951.
- Les poèmes, trad. Mallarmé, Ed. Gallimard, 1997
détail voir wikipedia
En ligne :

- Eurêka : wikisource
- Les poèmes : wikisource

dont : 
Le Corbeau, trad. Mallarmé / trad. Baudelaire (1845)
- Divers oeuvres (Histoires extraordinaires, Nouvelles histoires extraordinaires, Histoires grotesques et sérieuses, ...) : wikisource
Voir aussi les pages : Eurêka Lionnerie


Commençons donc tout de suite par le mot le plus simple, l’Infini. Le mot infini, comme les mots Dieuesprit et quelques autres expressions, dont les équivalents existent dans toutes les langues, est, non pas l’expression d’une idée, mais l’expression d’un effort vers une idée. Il représente une tentative possible vers une conception impossible. L’homme avait besoin d’un terme pour marquer la direction de cet effort, le nuage derrière lequel est situé, à jamais invisible, l’objet de cet effort. Un mot enfin était nécessaire, au moyen duquel un être humain pût se mettre tout d’abord en rapport avec un autre être humain et avec une certaine tendance de l’intelligence humaine. De cette nécessité est résulté le mot Infini, qui ne représente ainsi que la pensée d’une pensée. (33) (...)
Relativement à cette Divinité, considérée en elle-même, celui-là seul n’est pas un imbécile, celui-là seul n’est pas un impie, qui n’affirme absolument rien. (44)

Extrait de Eurêka, Essai sur l'univers matériel et spirituel (1848), Ed. Le Castor Astral, 1993. (Ouvrage épuisé).
Commande sur Amazon : Poe : Oeuvres en prose (La Pléiade)
En ligne : wikisource
Voir la page : Eurêka


UN RÊVE DANS UN RÊVE (1849, trad. Mallarmé)
Tiens ! ce baiser sur ton front ! Et, à l’heure où je te quitte, oui, bien haut, que je te l’avoue : tu n’as pas tort, toi qui juges que mes jours ont été un rêve ; et si l’espoir s’est enfui en une nuit ou en un jour, — dans une vision ou aucune, n’en est-il pour cela pas moins PASSÉ ? Tout ce que nous voyons ou paraissons n’est qu’un rêve dans un rêve.
Je reste en la rumeur d’un rivage par le flot tourmenté et tiens dans la main des grains du sable d’or — bien peu ! encore comme ils glissent à travers mes doigts à l’abîme, pendant que je pleure — pendant que je pleure ! Ô Dieu ! ne puis-je les serrer d’une étreinte plus sûre ? Ô Dieu ! ne puis-je en sauver un de la vague impitoyable ? Tout ce que nous voyons ou paraissons, n’est-il qu’un rêve dans un rêve ?
En ligne : wikisource
Commande sur Amazon : Poèmes



LIONNERIE (1835, trad. Baudelaire)
(...)
Je me sentis très mortifié de tout cela, et j’allai voir mon père.
« Mon père, lui demandai-je, quel est le but principal de mon existence ?
— Mon fils, répliqua-t-il, c’est toujours l’étude de la nosologie ; mais, en frappant l’électeur au nez, vous avez dépassé votre but. Vous avez un fort beau nez, c’est vrai ; mais Bluddennuff n’en a plus. Vous êtes sifflé, et il est devenu le héros du jour. Je vous accorde que, dans Fum-Fudge, la grandeur d’un lion est proportionnelle à la dimension de sa trompe ; — mais, bonté divine ! il n’y a pas de rivalité possible avec un lion qui n’en a pas du tout.
Extrait des Nouvelles histoires extraordinaires, trad. Charles Baudelaire (1884)
Commande sur Amazon : Nouvelles histoires extraordinaires
Voir la page : Lionnerie

mercredi 27 mars 2013

Paul Valéry


Ambroise Paul Toussaint Jules Valéry est un écrivain, poète et philosophe français, né à Sète (Hérault) le 30 octobre 1871 et mort à Paris le 20 juillet 1945.
Source et suite du texte : wikipedia

Paul Valéry entre en 1888 à la faculté de droit et se désintéresse très vite de ses études pour les lettres et la peinture. Passionné de poésie, il découvre les symbolistes, sous l'influence desquels il compose ses premiers vers. Il se lie d'amitié avec Pierre Louÿs, qui lui présente Mallarmé et André Gide. La nuit du 4 octobre 1892, à Gênes, il traverse une crise passionnelle où il décide de soumettre la sensibilité à la raison et de se consacrer à l'activité intellectuelle. Installé à Paris, il est rédacteur au ministère de la Guerre puis secrétaire particulier du directeur de l'agence Havas. Après 'L'Introduction à la méthode de Léonard de Vinci', il renonce à l'écriture tandis que sa renommée croît. Son retour en 1919 avec 'La Jeune Parque', puis 'Charmes' l'impose comme l'un des plus grands poètes français. Son immense succès a fait de lui une "espèce de poète d'Etat" : élu à l'Académie française en 1925, il est nommé professeur de poétique au Collège de France en 1937, et reçoit des funérailles nationales en 1945.
Source du texte : evene


Bibliographie : voir wikipedia
En ligne :
Divers oeuvres : UQAC


Ici paraît le nœud même de ces questions. Il réside dans ce petit mot « se ». Se contraindre. Comment peut-on se contraindre ?

Mon sentiment, s’il m’arrivait de pousser à l’extrême l’analyse de cette affaire, serait de chercher à éliminer la notion, ou la notation trop simple : « moi ». Le Moi n’est relativement précis qu’en tant qu’il est une notation d’usage externe. Je dis identiquement « mes » idées... « mon » chapeau... « mon » médecin... « ma » main...
Mais changeons la « mise au point », rentrons en « nous-mêmes ». On trouve alors, ou il se trouve, que mes idées me viennent je ne sais comment et je ne sais d’où... Il en est de même de mes impulsions et de mes énergies. Mes idées peuvent me tourmenter comme se combattre entre elles. Moi lutte avec moi. Mais dire mes, mon, ma quand d’autre part ces interventions ou ces présences se comportent comme des phénomènes, ceci montre la nature purement négative de la notation. Je puis renoncer à mon opinion au profit de la vôtre. Ma douleur, ma sensation la plus intime et la plus vive peut cesser, et, abolie, j’en parlerai encore comme mienne. Elle est cependant devenue un souvenir fonctionnellement identique au souvenir d’une perception quelconque.
Donc, la notation moi ne désigne rien de déterminé que dans la circonstance et par elle ; et s’il demeure quelque chose, ce n’est que la notion pure de présence, de la capacité d’une infinité de modifications. Finalement ego se réduit à quoi que ce soit.
Cette formule paraîtra sans doute moins extraordinaire si l’on observe que ce que nous appelons notre personne et notre personnalité n’est qu’un système de souvenirs et d’habitudes qui peuvent s’effacer de notre mémoire comme on le constate dans certains cas d’aliénation : le malade oublie ce qu’il est, et il ne reconnaît même plus son propre corps. Mais il n’a pas perdu la notation moi, il dira je; il opposera ce je et ce moi au reste des choses en d’autres termes, cette notation a gardé sa fonction dans la pensée du sujet.
En somme, quelle que soit la sensation ou l’idée, ou la relation, quel que soit l’objet ou l’acte que je qualifie de « mien », je les oppose par là identiquement à une faculté inépuisable de « qualifier », dont l’acte est indépendant de ce qui l’affecte. C’est pourquoi je me suis enhardi quelquefois à comparer ce moi sans attribut au zéro des mathématiques, grande et assez récente invention qui permet d’écrire toute relation quantitative sous la forme a = 0. Zéro est en soi synonyme de rien ; mais l’acte d’écrire ce zéro est un acte positif qui signifie que, dans tous les cas, toute relation d’égalité entre grandeurs satisfait à une opération qui les annule simultanément et qui est la même pour tous. Or, on écrit ceci en assimilant rien à une quantité que l’on nomme zéro.
Ainsi, dans la notation « réfléchie » (je me dis, je me sens), les deux pronoms sont de valeur bien différente ; l’un de ces termes, le premier, est ce « moi » instantané, donc fonctionnel, que je viens d’assimiler au zéro. L’autre est qualifié ; il est corps, mémoire, personne ou chose en relation avec la personne, et tout ceci variable, modifiable, oubliable. Cela fait donc deux moi, ou plutôt un moi et un moi.

Paul Valéry, Regards sur le monde actuel (1931), Ed. Folio, coll. Essai, 1988.
En ligne : UQAC (PDF - Ed. Gallimard p.51-53)
Commande sur Amazon : Regards sur le monde actuel et autres essais


La Jeune Parque un jour trouva son philosophe :
"Ah, dit-elle de quelle étoffe
Je saurai donc mon être fait...
A plus d'un je produis l'effet
D'une personne tout obscure;
Chaque mortel qui n'a point cure
De songer ni d'approfondir,
Au seul nom que je porte a tôt fait de bondir.
Quand ce n'est la pitié, j’excite la colère,
Et parmi les meilleurs esprits,
S'il est quelqu'un qui me tolère,
Le reste tient qu'il s'est mépris.
Ces gens disent qu'il faut qu'une muse ne cause
Non plus de peines qu'une rose !
Qui la respire a purement plaisir. (...)

Mortels, vous êtes chair, souvenance, présage;
Vous fûtes, vous serez, vous portez tel visage :
Vous êtes tout; vous n'êtes rien,
Supports du monde et roseaux que l'air brise,
Vous VIVEZ... Quelle surprise !...
Un mystère est tout votre bien,
Et cet arcane en vous s'étonnerait du mien ?
Que seriez-vous, si vous n'étiez mystère ?
Un peu de songe sur la terre,
Un peu d'amour, de faim, de soif, qui font des pas
Dont aucun ne fuit le trépas,
Et vous partageriez le pur destin des bêtes
Si les Dieux n'eussent mis, comme un puissant ressort,
Au plus intime de vos têtes,
Le grand don de ne rien comprendre à votre sort. (...)"
Extrait de : Le Philosophe et "la Jeune Parque"
Commande sur Amazon : Poésies : Album de vers anciens, Charmes, Amphion, Sémiramis, Cantate du Narcisse, Pièces diverses de toute époque





dimanche 10 mars 2013

Etienne ou Stéphane Mallarmé


Né à Paris, le "Prince des poètes" (1842-1898) fut enseignant d’anglais dès 1864 à Toulon, à Besançon, à Avignon et à Paris. Influencé par Charles Baudelaire, Edgar Poe et les Parnassiens, Mallarmé écrit très jeune de la poésie. Dès 1865, paraît 'L’Après-midi d’un Faune', qui inspira la composition du même nom de Debussy et que Manet illustra. Il révolutionne les conceptions traditionnelles de la poésie par l’art de l’allusion et du dévoilement, contenus dans les mots et les espaces du poème. Rendu célèbre avec les recherches poétiques de Verlaine et d'Huysmans, Mallarmé est reconnu comme chef de file du symbolisme, bien qu’il défende l’originalité de sa démarche. Il s’attache dès lors à rassembler et à travailler ses poèmes pour parachever son 'Grand Oeuvre'. Incompris ou adulé, Mallarmé se distingue par son perfectionnisme qui retourne à l’essence même de la poésie. Avec 'Un coup de dés', inachevé et publié de manière posthume, il expérimente encore les possibilités du vers et sa place dans le poème "absolu". Il meurt sans avoir pu terminer 'Hérodiade', pièce maîtresse du 'Grand Oeuvre'.
Source du texte : Evene 
Autres biographies : Musée d'Orsay / wikipedia

Oeuvres voir : wikipedia
En ligne : wikisource poemeweb / litterature audio (mp3)



Auguste Renoir, Stephane Mallarmé

Je viens de passer une année effrayante : ma pensée s’est pensée, et est arrivée à une conception pure. Tout ce que, par contre-coup, mon être a souffert, pendant cette longue agonie, est inénarrable, mais, heureusement, je suis parfaitement mort, et la région le plus impure où mon esprit puisse s’aventurer est l’éternité, mon esprit, ce solitaire habituel de sa propre pureté, que n’obscurcit plus même le reflet du temps.

Malheureusement, j’en suis arrivé là par une horrible sensibilité, et il est temps que je l’enveloppe d’une indifférence extérieure, qui remplacera pour moi la force perdue. J’en suis, après une synthèse suprême, à cette lente acquisition de la force - incapable tu le vois de me distraire. Mais combien plus je l’étais, il y a plusieurs mois, d’abord dans ma lutte terrible avec ce vieux et méchant plumage, terrassé, heureusement, Dieu. Mais comme cette lutte s’est passée sur son aile osseuse, qui, par une agonie plus vigoureuse que je ne l’eusse soupçonné chez lui m’avait emporté dans des ténèbres, je tombai, victorieux, éperdument et infiniment - jusqu’à ce qu’enfin je me sois revu un jour devant ma glace de Venise, tel que je m’étais oublié plusieurs mois auparavant.

J’avoue, du reste, mais à toi seul, que j’ai encore besoin, tant ont été grandes les avaries de mon triomphe, de me regarder dans cette glace pour penser, et que si elle n’était pas devant la table où je t’écris cette lettre, je redeviendrais le néant. C’est t’apprendre que je suis maintenant impersonnel, et non plus Stéphane que tu as connu, - mais une aptitude qu’à l’univers spirituel à se voir et à se développer, à travers ce qui fut moi.

Fragile comme est mon apparition terrestre, je ne puis subir que les développements absolument nécessaires pour que l’univers retrouve, en ce moi, son identité.

Extrait de : Stéphane Mallarmé, Correspondance. Lettres sur la poésie, Gallimard-folio, 1995, pp. 342-343.
Source : 3e Millénaire / morphosis


* * *
William Turner, Tempête

Brise marine

La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres.
Fuir ! là-bas fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivres
D’être parmi l’écume inconnue et les cieux !
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux
Ne retiendra ce coeur qui dans la mer se trempe
O nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe
Sur le vide papier que la blancheur défend
Et ni la jeune femme allaitant son enfant.
Je partirai ! Steamer balançant ta mâture,
Lève l’ancre pour une exotique nature !

Un Ennui, désolé par les cruels espoirs,
Croit encore à l’adieu suprême des mouchoirs !
Et, peut-être, les mâts, invitant les orages
Sont-ils de ceux qu’un vent penche sur les naufrages
Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots…
Mais, ô mon coeur, entends le chant des matelots !

* * *


Prose (pour des Esseintes)

Hyperbole ! de ma mémoire
Triomphalement ne sais-tu
Te lever, aujourd'hui grimoire
Dans un livre de fer vêtu :

Car j'installe, par la science,
L'hymne des coeurs spirituels
En l'oeuvre de ma patience,
Atlas, herbiers et rituels.

Nous promenions notre visage
(Nous fûmes deux, je le maintiens)
Sur maints charmes de paysage,
O soeur, y comparant les tiens.

L'ère d'autorité se trouble
Lorsque, sans nul motif, on dit
De ce midi que notre double
Inconscience approfondit

Que, sol des cent iris, son site
Ils savent s'il a bien été,
Ne porte pas de nom que cite
L'or de la trompette d'Été.

Oui, dans une île que l'air charge
De vue et non de visions
Toute fleur s'étalait plus large
Sans que nous en devisions.

Telles, immenses, que chacune
Ordinairement se para
D'un lucide contour, lacune,
Qui des jardins la sépara.

Gloire du long désir, Idées
Tout en moi s'exaltait de voir
La famille des iridées
Surgir à ce nouveau devoir.

Mais cette soeur sensée et tendre
Ne porta son regard plus loin
Que sourire, et comme à l'entendre
J'occupe mon antique soin.

Oh! sache l'Esprit de litige,
À cette heure où nous nous taisons,
Que de lis multiples la tige
Grandissait trop pour nos raisons

Et non comme pleure la rive
Quand son jeu monotone ment
À vouloir que l'ampleur arrive
Parmi mon jeune étonnement

D'ouïr tout le ciel et la carte
Sans fin attestés sur mes pas
Par le flot même qui s'écarte,
Que ce pays n'exista pas.

L'enfant abdique son extase
Et docte déjà par chemins
Elle dit le mot : Anastase !
Né pour d'éternels parchemins,

Avant qu'un sépulcre ne rie
Sous aucun climat, son aïeul,
De porter ce nom: Pulchérie !
Caché par le trop grand glaïeul.


Extraits de : Stéphane Mallarmé, Poésies, Ed. Gallimard, 1992.
Commande sur Amazon : Poésies





* * *


Merleau-Ponty à propos du langage de Mallarmé

dimanche 24 février 2013

Fernando Pessoa ou Alberto Caeiro ou Ricardo Reis ou Alvaro de Campos ou Bernardo Soares et alii

Fernando António Nogueira Pessoanote est un écrivain, critique, polémiste et poète portugais trilingue (anglais, dans une faible mesure français, et principalement portugais). Né le 13 juin 1888 à Lisbonne, ville où il meurt des suites de son alcoolisme le 30 novembre 1935, il a vécu un cinquième de sa vie en Afrique du Sud.
Théoricien de la littérature engagé dans une époque troublée par la guerre et les dictatures, inventeur inspiré par Cesário Verde du sensationnisme , ses vers mystiques et sa prose poétique ont été les principaux agents du surgissement du modernisme au Portugal.
« ... est-ce que je sais que je vis, ou bien seulement que je le sais ? »
Source (et suite) du texte : wikipedia


Bibliographie :
Oeuvres complètes, Ed. Gallimard La Pléiade, 2001
Détails voir : wikipedia
Site dédié : Ass. Franç. des Amis de F.P. 
Oeuvres en VO : Arquivo Pessoa

Voir aussi la page : Insomnie


NOMBREUX SONT CEUX QUI VIVENT EN NOUS
Nombreux sont ceux qui vivent en nous;
Si je pense, si je ressens, j’ignore
Qui est celui qui pense, qui ressent.
Je suis seulement le lieu
Où l’on pense, où l’on ressent.

J’ai davantage d’âmes qu’une seule.
Il est plus de moi que moi-même.
J’existe cependant
À tous indifférent.
Je les fais taire : je parle.

Les influx entrecroisés
De ce que je ressens ou pas
Polémiquent en qui je suis.
Je les ignore. Ils ne dictent rien
À celui que je me connais : j’écris.
Extrait de : Ricardo Reis, Odes



MON REGARD EST NET COMME UN TOURNESOL
Mon regard est net comme un tournesol,
J’ai l’habitude d’aller par les chemins,
Jetant les yeux à droite et à gauche,
Mais en arrière aussi de temps en temps…
Et ce que je vois à chaque instant
Est ce que jamais auparavant je n’avais vu,
De quoi j’ai conscience parfaitement.
Je sais éprouver l’ébahissement
De l’entant qui, dès sa naissance,
S’aviserait qu’il est né vraiment…
Je me sens né à chaque instant
À l’éternelle nouveauté du Monde…

Je crois au monde comme à une pâquerette,
Parce que je le vois. Mais je ne pense pas à lui
Parce que penser c’est ne pas comprendre…
Le Monde ne s’est pas fait pour que nous pensions à lui
(penser c’est avoir mal aux yeux)
Mais pour que nous le regardions avec un sentiment d’accord…

Moi je n’ai pas de philosophie : j’ai des sens…
Si je parle de la Nature, ce n’est pas que je sache ce qu’elle est,
Mais parce que je l’aime, et je l’aime pour cette raison
Que celui qui aime ne sait jamais ce qu’il aime,
Ni ne sait pourquoi il aime, ni ce que c’est qu’aimer…

Aimer, c’est l’innocence éternelle,
Et l’unique innocence est de ne pas penser.
Extrait de : Alberto Cairos, Le gardien de troupeaux (II)


JE SUIS UN GARDEUR DE TROUPEAUX
Je suis un gardeur de troupeaux.
Le troupeau, ce sont mes pensées
Et mes pensées sont toutes mes sensations.
Je pense avec les yeux et avec les oreilles
Et avec les mains et les pieds
Et avec le nez et la bouche.
Penser une fleur c'est la voir et la respirer
Et manger un fruit c’est en avoir le sens.
C’est pourquoi lorsque par un jour de chaleur
Je me sens triste d’en jouir à ce point,
Et que je m’étends de tout mon long dans l’herbe,
Et que je ferme mes yeux brûlants,
Je sens mon corps entier étendu dans la réalité,
Je connais la vérité et suis heureux.

Extrait de : Alberto Cairos, Le gardien de troupeaux (IX)


JE NE PENSE A RIEN
Je ne pense à rien,
et cette chose centrale, qui n’est rien,
m’est agréable comme l’air de la nuit,
frais en contraste avec le jour caniculaire.

Je ne pense à rien, et que c’est bon !

Ne penser à rien,
c’est avoir une âme à soi et intégrale.
Ne penser à rien,
c’est vivre intimement
le flux et le reflux de la vie…
Je ne pense à rien.
C’est comme si je m’étais appuyé
dans une fausse posture.
Un mal aux reins, ou d’un côté des reins,
mon âme a la bouche amère :
c’est que, tout bien compté,
je ne pense à rien,
mais vraiment à rien,
à rien…
Extrait de : Poésie d'Alvaro de Campos



DE L'ART DE BIEN RÊVER
Ajourne toute chose. On ne doit jamais faire aujourd’hui ce qu’on peut aussi bien négliger de faire demain.
Il n’est même pas besoin de faire quoi que ce soit, ni aujourd’hui ni demain.

Ne pense jamais à ce que tu vas faire. Ne le fais pas.

Vis ta vie. Ne sois pas vécu par elle.
Dans la vérité et dans l’erreur, dans le plaisir et dans l’ennui, sois ton être véritable. Tu n’y parviendras qu’en rêvant, parce que ta vie réelle, ta vie humaine, c’est celle qui, loin de t’appartenir, appartient aux autres. Tu remplaceras donc la vie par le rêve, et ne te soucieras que de rêver à la perfection. Dans aucun des actes de la vie réelle, depuis l’acte de naître jusqu’à celui de mourir, tu n’agis vraiment : tu es agi ; tu ne vis pas, tu es seulement vécu.
Deviens aux yeux des autres un sphinx absurde. Enferme-toi, mais sans claquer la porte, dans ta tour d’ivoire. Et cette tour d’ivoire, c’est toi-même.
Et si l’on vient te dire que tout cela est faux, est absurde, n’en crois rien. Mais ne crois pas non plus ce que je te dis, car on ne doit croire à rien.
Méprise toute chose, mais de façon telle que ce mépris ne puisse te gêner. Ne crois pas que ton mépris te rende supérieur. Tout l’art du noble mépris est là.
Bernardo Soares, Le Livre de l’intranquillité
Commande sur Amazon : Le livre de l'intranquillité


dimanche 25 novembre 2012

Georges Haldas


Né le 14 août 1917 à Genève, Georges Haldas, de père grec et de mère suisse, vit jusqu'à l'âge de neuf ans en Céphalonie. Puis, installé avec ses parents à Genève, il passe dans cette ville la plus grande partie de sa vie. Il travaille successivement dans une agence de presse, exerce le métier de correcteur, enseignant, vendeur en librairie et journaliste.
Poète, essayiste, traducteur Georges Haldas est l’auteur d’une œuvre très riche qui comprend quatorze recueils de poèmes (rassemblés en 2000 dans Poésie complète aux éditions L’Âge d’Homme), des traductions, des essais, trente-sept chroniques (la dernière en date : Chroniques de la petite Fontaine, L’Âge d’Homme, 2004) et les fameux Carnets de l’état de poésie, le plus récent étant Paroles nuptiales, Carnets 2005, L’Âge d’Homme, 2007).
Prix Schiller 1971 et 1977, Grand Prix de la ville de Genève 1971, Prix Taormina 1970, Georges Haldas vit au Mont-sur-Lausanne depuis 2004.
Georges Haldas décède le dimanche 31 octobre 2010.
Source du texte : BCU Lausanne
Autre biographie : wikipedia / france culture

Bibliographie : wikipedia / cultureactif


Ce qui est le plus important pour moi, c'est de vivre pour écrire la beauté des choses au même titre que la souffrance humaine ; je ne sais rien faire d'autre que de dire ce que je ressens. Je suis doté d'une hypersensibilité aux choses de la vie ; des choses qui n'ont l'air de rien mais qui, lorsque l'on en parle par écrit, prennent leurs vraies dimensions. Ma conception de l'écriture touche aux assises de l'être : elle est nécessité de dire la vie dans son horreur et ses merveilles ; mais, je ne force personne à partager ce concept ; ceux qui veulent y adhérer, y adhèrent ; les autres ont leur libre arbitre.
Source (et suite) de l'interview : objectifreussir

VINT L'OMBRE
Vint l’ombre vint le jour
Et puis entre les deux
la plus que tendre aurore
Semant l’or sur les blés
sur les arbres fruitiers
sur les vieilles maisons
sur l’eau de la rivière
Sur les rues familières
de ma ville où très tôt
le matin je sortais
pour la voir apparaître
toujours fraîche et légère

Autres poèmes : wikipoème








Entretiens avec Jean-Philippe Rapp (2005 - 42 mn.) :


Source : RTS

Claude Goretta, la maison en Calabre de Georges Haldas (1973 - 43 mn.)


Source : RTS
Autres vidéos : RTS radioscopie (Jacques Chancel)





dimanche 28 octobre 2012

Bang Hai Ja


Bang Hai Ja est née à Séoul en 1937 et vit en France depuis 1961. Elle fait partie de la première génération de peintres abstraits coréens. Ses débuts à Paris ont tout de suite été remarqués par l'écrivain, historien d’art et critique Pierre Courthion qui n'a eut de cesse de l'encourager. C'est, en fait, à l'extérieur de son pays que Bang Hai Ja va vraiment découvrir ses racines et qu'elle choisit délibérément de garder en référence sa culture coréenne, les techniques, l'approche de l'univers qui a été celle de son enfance et de son adolescence. Gilbert Lascault, auteur de la première monographie en français de l'œuvre publiée par les Editions Cercle d'Art en 1997, écrit : « la peinture de Bang Hai Ja ne cesse de nous offrir de nouvelles vues de l'univers. Elle est d'abord un regard sur le cosmos : regard qui admire l'univers et qui nous aide à en admirer les multiples beautés. Dans leur immobilité active, dans leur attention sans faille, les peintres et les poètes sont, sans doute, des veilleurs « postés », pour être les témoins de la beauté du cosmos, de son harmonie, de sa diversité. Bang Hai Ja est quelqu'un qui veille ». « L'énergie qui émane de l'acte de peindre est un véritable souffle qui donne la force de l'âme à celui qui regarde. » dit l'artiste elle-même.
Source et suite du texte : Bang Hai Ja (site officiel)




Vibration de l'univers (2006)


Bibliographie :
- Bang Hai Ja, Gilbert Lascaux, Ed. Cercle d'Art, Paris, 1998.
- Les milles monts de la lune : Poème de Corée, Ed. Albin Michel, 2003
- Souffle de lumière, Ed. Cercle d'Art, Paris, 2007.
Commande sur Amazon : Souffle de Lumière : Oeuvres 1997-2006
En collaboration :
Kim Chi Ha (texte), Eclosion, Illustration (Lavis) Bang Hai Ja, Ed. Voix d'encre, 2006.
Charles Juliet (texte),  Une joie secrète, Illustration (Lavis) Bang Hai Ja, Ed. Voix d'encre, 2007.
Articles sur Bang Hai Ja : Bang Hai Ja
Film sur Bang Hai Ja :
Philippe Monsel, Bang Hai Ja, Chant de lumière, 40mn. (disponible en DVD) : Eka production
Site officiel :  Bang Hai Ja


Au coeur de la source (1994)

* * *
LUMIERE DU SILENCE

Le matin empli du murmure du sang
s'épanouit la lumière
Dans le coeur en attente
Le sourire émane de chaque cellule

À la pointe du pinceau qui effleure l'infime
La nature exhale la beauté du monde
Et dans le frémissement du réel le plus subtil
Les particules conduisent au coeur de la lumière

Sur un silencieux chemin de lumière
S'épurent les yeux qui deviennent
Ceux d'un enfant

Se renouvelle la vie
Naissant
De la métamorphose

* * *

Lumière, couleur, énergie (2008)


Lavis (2002)

* * *
LUMIERE DANS LE TABLEAU

La lumière filtre
À travers la persienne
Elle peint le tableau
En me conciliant le soleil
Je peins sa lumière

Sur le ciel du tableau
La lumière se mue
En étoile scintillante
Le coeur sourit
La lumière peint avec ma main
Se glisse dans mon coeur
Tous deux
Nous pénétrons dans la toile
En célébrant l'Un

* * *

Oeil de lumière (2004)

Oeil de lumière (2004)

* * *
D'OU VIENT CETTE LUMIERE

Dans l'atelier
Elle naît au centre de mon coeur
Monte du profond de la matière
De la pénombre du monde intérieur
Lentement
Toutes les lumières s'avivent
Se répandent
Inondent l'univers
L'oeil du coeur s'ouvre
Surgit l'image cachée

* * *

Terre de lumière (2006)


Terre de lumière (2006)

* * *
À LA RECHERCHE DE LA LUMIERE

Vider son coeur
Marcher vers le centre de l'univers
Au centre du vide
Personne  rien

Par le chemin intérieur
Par le chemin de l'éveil
Se dissipent les ténèbres
Commence à s'ouvrir le chemin lumineux
Celui
Où bat le coeur de l'univers
Où s'éveillent les cellules
Je lance des graines de lumière
Sur la terre et dans le ciel

* * *

Source des images (et autres images) :  Hang Bai Ja
Source des poèmes (et autres poèmes) : Hang Bai Ja

* * *

Souffle de lumière (2002)

Bang Hai-Ja a créé une patrie d’images, une contrée imaginaire où elle vit, peint, aime et se trouve bien. Elle a sa Corée à elle et son univers, son espace vital, que sont ses peintures, elle naît chaque jour avec elles, discrète, fragile, efficace, parle d’elles avec précision et ferveur. Quand elle n’est pas là, d’autres viennent se promener dans le pays de ses tableaux, découvrent qu’ils s’y plaisent, emportent dans leurs regards et leur esprit sa lumière et cet impalpable scintillement de souffles colorés, ces constellations, ces germinations vibrantes qui épousent les sortilèges de l’immatériel.

Bang Hai-Ja habite le pays de ses racines, de ses éveils, de son enfance, quand elle découvrait, émerveillée, les plantes, les pierres, les cours d’eau limpides, le ciel et ses myriades d’étoiles, l’aurore et le crépuscule. Son pays est celui de l’enchantement, de la pureté, de l’innocence. Entre la Corée de son enfance et de sa jeunesse et la France où elle a regardé, étudié et interrogé Van Gogh, Cézanne, Kandinsky ou Paul Klee, elle a tracé un trait d’union, un fil d’Ariane pour « aller au fond de moi-même » dit-elle et unir l’Orient et l’Occident, la tradition calligraphique et la révélation de l’abstraction.
Bang Hai-Ja ne peint pas la nature mais l’espace, le signe, la tache, l’éclair, le cri qui deviennent par une sorte de magie visionnaire, éclaboussures de lumière, frissons d’astres, sismographies d’appels, de rumeurs. Les suggestions et les vibrations d’un cosmos imaginé. L’émotion se cristallise en elles, ouvre un chemin vers l’infini.

La Peinture de Bang Hai-Ja est un jardin ébloui, le regard parcourt ses floraisons, rien ne pèse, ne dure sinon l’épanouissement, l’épanchement. Une autre voie est ouverte, une nouvelle distance est prise avec le monde et de nouvelles approches deviennent possibles. Ainsi se trouve-t-on face à un art qui ne vise pas à représenter, donc à réduire l’homme à un esclavage par l’image, mais au contraire à le libérer, à lui restituer son autonomie, son originalité. Un art qui abolit l’ordinaire et rend à l’artiste son pouvoir créateur et à la création sa plénitude

Pierre Cabanne
Extrait de la présentation de : Souffle de Lumière
Commande sur Amazon : Souffle de Lumière : Oeuvres 1997-2006

* * *



Source : Eka production

* * *




Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...