MAJ de la page : Henry Corbin
Henry Corbin - Le Monde Imaginal (1979)
Henry Corbin - La Théologie d'Aristote (1976)
La Théologie d'Aristote est un texte de philosophie, peut-être postérieur au vie siècle1. Il est rédigé en arabe et en substance sans grand rapport avec Aristote, étant composé de traductions (depuis le grec) et interprétations, plus ou moins fidèles, d'une partie des Ennéades de Plotin (205-270) et de commentaires de Porphyre (243-v.305). Ce texte reprend ainsi la pensée néoplatonicienne grecque, mêlée sous forme de synthèse à quelques idées aristotéliciennes ou islamiques. La Théologie d'Aristote est associée à d'autres textes du même style, qui forment ensemble les fragments de la pensée du « Plotin arabe ».
Ce texte eut une forte influence sur le début de la philosophie islamique, particulièrement intéressée par la pensée d'Aristote, puis ultérieurement sur la philosophie médiévale européenne. On retrouve notamment cette influence chez les philosophes islamiques Al-Kindi, Al-Farabi ou Avicenne.
Source (et suite) du texte : wikipedia
Henry Corbin - Schiisme et Ismaélisme (1957)
Toute conscience est conscience de quelque chose. Parler de "conscience sans objet" est-ce alors parler pour ne rien dire ?
Affichage des articles dont le libellé est neoplatonisme. Afficher tous les articles
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lundi 23 décembre 2019
jeudi 23 octobre 2014
Pierre Hadot par Philippe Hoffman
MAJ de la page : Pierre Hadot
Pierre Hadot et la philosophie antique, entretien avec Philippe Hoffmann, directeur d'Etudes à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, à Paris,
Cet entretien est composé d'une série de neuf vidéos portant sur Pierre Hadot, philosophe français décédé en 2010 et figure majeure de la philosophie contemporaine. Réalisés à la Fondation Hardt pour l'étude de l'Antiquité classique le 23 juillet 2013, ces entretiens menés par Maël Goarzin, doctorant à l'Université de Lausanne et à l'EPHE, abordent tour à tour la personnalité et les recherches de Pierre Hadot en philosophie antique, ainsi que leur impact pour une réflexion contemporaine. Cette série d'entretiens a été réalisée avec la collaboration de Pro Ethica, think tank en sciences morales, dans le cadre d'un projet dont l'objectif est de montrer l'intérêt du stoïcisme pour une réflexion éthique contemporaine.
Source (et suite) du texte : Youtube
Pierre Hadot et la philosophie antique, entretien avec Philippe Hoffmann, directeur d'Etudes à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, à Paris,
Cet entretien est composé d'une série de neuf vidéos portant sur Pierre Hadot, philosophe français décédé en 2010 et figure majeure de la philosophie contemporaine. Réalisés à la Fondation Hardt pour l'étude de l'Antiquité classique le 23 juillet 2013, ces entretiens menés par Maël Goarzin, doctorant à l'Université de Lausanne et à l'EPHE, abordent tour à tour la personnalité et les recherches de Pierre Hadot en philosophie antique, ainsi que leur impact pour une réflexion contemporaine. Cette série d'entretiens a été réalisée avec la collaboration de Pro Ethica, think tank en sciences morales, dans le cadre d'un projet dont l'objectif est de montrer l'intérêt du stoïcisme pour une réflexion éthique contemporaine.
Source (et suite) du texte : Youtube
dimanche 30 mars 2014
La sagesse des anciens
Les Racines du ciel par Frédéric Lenoir, Leili Anvar
La sagesse des anciens avec Anne Baudart (30.03.2014), agrégée de philosophie, enseignant à Sciences-Po Paris (philosophie publique).
Les Racines du ciel par Frédéric Lenoir, Leili Anvar
Le néo-platonisme Anne Baudart (22.04.2012)
Voir aussi :
La sagesse, une médecine de l'âme ? (2011) : CanalAcademie / mp3
Participation au Colloque de la Fondation Ostad Elahi (2011) : Vimeo
Bi(bli)ographie : Fondation Ostad Elahi
mardi 4 décembre 2012
Maitre Eckhart, Néoplatonisme, Advaita
Suite de : Etudes sur Maître Eckhart
MAJ des pages : Fernand Brunner / Shankara
Les trois doctrines que nous venons d'évoquer [Maître Eckhart, Néoplatonisme, Advaita] se ressemblent donc par le but qu'elles assignent à l'homme : retrouver l'unité universelle ultime et première, au -delà de toutes les contingences mondaine, dans notre véritable nous-mêmes. Elles n'en baignent pas moins dans des environnements culturels différents et gardent la spécificité que le génie de leurs auteurs leur ont donnée. Un des points sur lesquels elles semble différer le plus est celui du statut qu'elles reconnaissent au monde. N'est-il pas notoire que pour l'advaita, la Transcendance seule est réelle - ce fond commun à l'homme et à Dieu -, de sorte que le monde n'est qu'illusion, comme le serpent qu'on aperçoit dans une corde gisant sur le sol mal éclairé ? On ne saurait en dire autant du monde néoplatonicien, émané de l'Un, ni du monde eckhartien, auquel Dieu a conféré l'être par création. Les trois doctrines que nous avons considérées s'accordent donc sur le but de la vie mystique - le retour à l'unité avec Dieu au-delà de notre être empirique -, mais elles diffèrent par leur manière de concevoir cet être empirique : Maître Eckhart et le néoplatonisme le tiennent pour réel, et l'advaita pour illusoire.
On pourrait souligner cette différence et s'en tenir là, mais la question est subtile et complexe, et il vaut la peine de le montrer.
Quoique Cankara proclame le caractère illusoire du monde, il n'en demeure pas moins qu'à ses yeux le monde vu d'une certaine manière ne fait qu'un avec le Brahman. De soi, le monde est illusoire, mais il est réel dans l'Être. Fausse d'elle-même, la multiplicité du nom et de la forme est vraie en tant qu'elle se ramène à l'Etre (1). L'Advatin accepte en effet la thèse des Brahmasutra, selon laquelle il n'y a pas de différence entre la cause et l'effet, donc entre Dieu et le monde (2). Cette thèse peut conduire à nier le monde au profit de Dieu seul, mais elle peut aussi faire apparaître Dieu dans le monde comme par transparence. La tradition advaïtine présente des textes dans lesquels les différents aspects de l'expérience humaine - l'existence, la connaissance, la joie - s'offrent comme des révélations de la nature divine qui est Etre, Connaissance et Béatitude, et non comme des dissimulations de celle-ci. On dit alors qu'il n'y a d'être que par l'Etre du Brahman, qu'il n'y a de connaissance que par la Connaissance qui est le Brahman, et qu'il n'y a de joie que par la Béatitude divine (3). Ainsi le monde, loin d'être affecté par la catégorie infamante de l'illusion, brille de la lumière divine, comme il peut le faire en néoplatonisme et chez Maître Eckhart : esse est Deus.
De son côté le Thuringien soutient certes que la création est collation de l'être, mais il affirme aussi bien que la créature est pur néant, de sorte que Dieu demeure dans sa solitude, comme chez Cankara. (...)
(1) Cf. Satprakâshânanda, Methods of Knowledge... According to Advaita Vedânta, Londres, 1965, p.64 sqq.
(2) Cf. Brahmasûrabhâshya II, 1, 14 sqq.
(3) Cf. Dharmarâja, Vedântaparibhâshâ, éd. et trad. S.S.Suryanarayana Sastri, Madras, 1942 (et 1971), ch. VIII, 16, p.118
Extrait de : Etudes sur Maître Eckhart ("Le Mysticisme chez Maître Eckhart : Etude comparative", 1980).
Commande sur Amazon : Etudes sur Maître Eckhart
lundi 3 décembre 2012
mercredi 12 septembre 2012
Luc Brisson
Luc Brisson est un philosophe québécois, né le 10 mars 1946 à Saint-Esprit, comté de Montcalm.
Il commence ses études supérieures à l'Université de Montréal, obtient un doctorat de 3e cycle en 1971 à l'Université Paris-X Nanterre sous la direction de Clémence Ramnoux, puis un doctorat d'État en 1985 toujours à l'Université Paris-X Nanterre sous la direction de Clémence Ramnoux. Attaché de recherche du CNRS en 1974, est Chargé de recherche en 1981, et devient directeur de recherche en 1986 au Centre Jean Pépin. Il est spécialiste de philosophie antique, particulièrement de Platon. Luc Brisson est l'auteur de nombreuses publications consacrées à Platon et à la philosophie antique; il est également l'un des principaux collaborateurs de l'entreprise de traduction et de présentation des œuvres de Platon aux éditions GF Flammarion, et dirige avec Jean-François Pradeau la traduction des œuvres de Plotin chez le même éditeur.
Source (et suite) du texte : wikipedia
Bibliographie (en français) :
- Le même et l'autre dans la structure ontologique du Timée de Platon, ed. Klincksieck, 1974
- Le mythe de Tirésias, Essai d'analyse structurale, Ed. Brill, 1976
- Platon, les mots et les mythes, Ed. La Découverte, 1982
- Inventer l'univers, avec F. Walter Meyersteint, Ed. Les Belles Lettres, 1991.
- Orphée et l'Orphisme dans l'antiquité gréco-romaine, Ed. Aldershot, 1995.
- Puissance et limites de la raison, avec F. Walter Meyerstein, Ed. Les Belles lettres, 1995.
- Vocabulaire de Platon, avec Jean-François Pradeau, Ed. Ellipse, 1998.
- Lectures de Platon. Paris, J. Vrin, 2000.
- Platon, les formes intelligibles, avec Jean-François Pradeau, Ed. PUF, 2001
- Le sexe incertain, Androgynie et hermaphrodisme dans l'Antiquité grecque (2003), Ed Les Belles Lettres, 2008.
Il commence ses études supérieures à l'Université de Montréal, obtient un doctorat de 3e cycle en 1971 à l'Université Paris-X Nanterre sous la direction de Clémence Ramnoux, puis un doctorat d'État en 1985 toujours à l'Université Paris-X Nanterre sous la direction de Clémence Ramnoux. Attaché de recherche du CNRS en 1974, est Chargé de recherche en 1981, et devient directeur de recherche en 1986 au Centre Jean Pépin. Il est spécialiste de philosophie antique, particulièrement de Platon. Luc Brisson est l'auteur de nombreuses publications consacrées à Platon et à la philosophie antique; il est également l'un des principaux collaborateurs de l'entreprise de traduction et de présentation des œuvres de Platon aux éditions GF Flammarion, et dirige avec Jean-François Pradeau la traduction des œuvres de Plotin chez le même éditeur.
Source (et suite) du texte : wikipedia
Bibliographie (en français) :
- Le même et l'autre dans la structure ontologique du Timée de Platon, ed. Klincksieck, 1974
- Le mythe de Tirésias, Essai d'analyse structurale, Ed. Brill, 1976
- Platon, les mots et les mythes, Ed. La Découverte, 1982
- Inventer l'univers, avec F. Walter Meyersteint, Ed. Les Belles Lettres, 1991.
- Orphée et l'Orphisme dans l'antiquité gréco-romaine, Ed. Aldershot, 1995.
- Puissance et limites de la raison, avec F. Walter Meyerstein, Ed. Les Belles lettres, 1995.
- Vocabulaire de Platon, avec Jean-François Pradeau, Ed. Ellipse, 1998.
- Lectures de Platon. Paris, J. Vrin, 2000.
- Platon, les formes intelligibles, avec Jean-François Pradeau, Ed. PUF, 2001
- Le sexe incertain, Androgynie et hermaphrodisme dans l'Antiquité grecque (2003), Ed Les Belles Lettres, 2008.
- Introduction à la philosophie du mythe, tome 1, Sauver les mythes (1996), Ed. Vrin, 2005
- Dictionnaire Platon, avec J.-F. Pradeau, Ed. ellipses, 2007
Bibliographie analytique sur Platon :
- Platon 1958-1975 / 1975-1980 / 1980-1985 / 1990-1995 (Ed. Vrin, 1999) / 1995-2000 (Ed. Vrin, 2007).
Traductions de Platon :
- Lettres, Paris, Flammarion, 1987.
- Phèdre, 6e éd., Suivi de : La pharmacie de Platon de Jacques Derrida. Paris, Flammarion, (1989) 2004
- Apologie de Socrate, Criton, 3e éd., Paris, Flammarion, (1997) 2005.
- Timée. Critias, 2e éd. Paris, Flammarion, (1992) 1995.
- Parménide, 2e éd. Paris, Flammarion, (1995) 1999.
- Banquet, 4e éd., Paris, Flammarion, (1999) 2005.
- Politique, en collaboration, Paris, Flammarion, 2003.
- Lois. Deux tomes (Livres I à VI et Livres VII à XII) avec Jean-François Pradeau. Paris, Flammarion, 2006.
- Oeuvres complètes, en collaboration, Paris, Flammarion, 2204 p., 2011.
Traductions de Plotin :
- Traités 27-29, Paris, Flammarion, 2005
- Traités 42-44, Paris, Flammarion, 2007.
- Traité sur les nombre, Ennéade VI 4, en collaboration, Ed. Vrin, 1980
- Traités 1-6, en collaboration, Paris, Flammarion, 2002.
- Traités 7-21, en collaboration, Paris, Flammarion, 2003
- Traités 22-26, en collaboration, Paris Flammarion, 2004
- Traités 51-54, avec Porphyre, Vie de Plotin, en collaboration, Paris, Flammarion, 2010
Autres traductions :
Porphyre, la Vie de Plotin, deux tomes, en collaboration, Ed. Vrin, 1982, 1992
Porphyre, Sentences, Ed. Vrin, 2005.
Jamblique, Vie de Pythagore, Ed. Les Belles Lettres, (1996) 2011
Diogène Laerce, Vies et Doctrines des Philosophes illustres, en collaboration, Ed. Le Livre de Poche, 1999.
Longin, Fragments et Art rhétorique, en collaboration, Ed. Les Belles Lettres, 2001.
Calcidius, Commentaire au Timée de Platon, t.I, en collaboration, Ed. Vrin, 2011.
Pour les articles (voir encarté en bas de page) :
CV et Publications complètes (Livres, Articles, ...) : CNRS (PDF)
- Dictionnaire Platon, avec J.-F. Pradeau, Ed. ellipses, 2007
Bibliographie analytique sur Platon :
- Platon 1958-1975 / 1975-1980 / 1980-1985 / 1990-1995 (Ed. Vrin, 1999) / 1995-2000 (Ed. Vrin, 2007).
Traductions de Platon :
- Lettres, Paris, Flammarion, 1987.
- Phèdre, 6e éd., Suivi de : La pharmacie de Platon de Jacques Derrida. Paris, Flammarion, (1989) 2004
- Apologie de Socrate, Criton, 3e éd., Paris, Flammarion, (1997) 2005.
- Timée. Critias, 2e éd. Paris, Flammarion, (1992) 1995.
- Parménide, 2e éd. Paris, Flammarion, (1995) 1999.
- Banquet, 4e éd., Paris, Flammarion, (1999) 2005.
- Politique, en collaboration, Paris, Flammarion, 2003.
- Lois. Deux tomes (Livres I à VI et Livres VII à XII) avec Jean-François Pradeau. Paris, Flammarion, 2006.
- Oeuvres complètes, en collaboration, Paris, Flammarion, 2204 p., 2011.
Traductions de Plotin :
- Traités 27-29, Paris, Flammarion, 2005
- Traités 42-44, Paris, Flammarion, 2007.
- Traité sur les nombre, Ennéade VI 4, en collaboration, Ed. Vrin, 1980
- Traités 1-6, en collaboration, Paris, Flammarion, 2002.
- Traités 7-21, en collaboration, Paris, Flammarion, 2003
- Traités 22-26, en collaboration, Paris Flammarion, 2004
- Traités 51-54, avec Porphyre, Vie de Plotin, en collaboration, Paris, Flammarion, 2010
Autres traductions :
Porphyre, la Vie de Plotin, deux tomes, en collaboration, Ed. Vrin, 1982, 1992
Porphyre, Sentences, Ed. Vrin, 2005.
Jamblique, Vie de Pythagore, Ed. Les Belles Lettres, (1996) 2011
Diogène Laerce, Vies et Doctrines des Philosophes illustres, en collaboration, Ed. Le Livre de Poche, 1999.
Longin, Fragments et Art rhétorique, en collaboration, Ed. Les Belles Lettres, 2001.
Calcidius, Commentaire au Timée de Platon, t.I, en collaboration, Ed. Vrin, 2011.
Pour les articles (voir encarté en bas de page) :
CV et Publications complètes (Livres, Articles, ...) : CNRS (PDF)
En ligne sur France Culture (Les Nouveaux Chemins de la Connaissance) :
Les Ennéades de Plotin : Au commencement était l'Un, 10 septembre 2012 :
Ecouter aussi : des mythes et des dieux, la mythologie platonicienne, 3 juillet 2012
Connaitre l'univers, c'est l'inventer. Certes, cette proposition hardie peut déconcerter à une époque comme la nôtre, qui a été le témoin d'une si prodigieuse accumulation de connaissances scientifiques; la remarquable théorie mathématique que la science contemporaine propose pour expliquer l'univers semble même la démentir d'entrée de jeu. Et pourtant, une étude attentive de ces modèles cosmologiques que sont le Timée de Platon et le modèle Big Bang standard montre à l'évidence que cette connaissance que nous appelons "scientifique" se fonde en dernière instance sur des propositions irréductibles et indémontrables, pures inventions de l'esprit humain, retenues seulement en faisant appel à cet argument opératoire : "ça fonctionne".
Devant cet état de fait, la spéculation philosophique semble n'avoir trouvé que deux issues : ou bien elle postule le saut vers le non-rationnel, en posant l'"axiome qui justifie tous les axiomes", ou bien elle constate ses propres limites, mais, ce faisant, elle risque de tomber dans l'absurde, car, poussée inlassablement par u appétit de comprendre, par une nostalgie de l'absolu, elle ne peut qu'essayer sans cesse de ré-inventer l'univers, tout en ayant une conscience lucide des limites indépassables inhérentes à cette démarche. (...)
Extrait de : Inventer l'univers (Introduction). Ouvrage épuisé.
La complexité fixe des limites étroites à la raison elle-même, dans la mesure où elle exige que la taille de complexité des conclusions recherchées ne dépasse pas celle des axiomes postulés. Par là, la possibilité de trouver des axiomes évidents, sur lesquels fonder des conclusions complexes, s’amenuise et disparaît en fait. En outre, puisqu'ils n'arrivent pas à traduire en un langage symbolique, donnant prise au nombre et à la mesure, les idées et les concepts qu'ils utilisent sans une perte d'information presque totale, les philosophes ne peuvent jamais évaluer la taille de complexité et des axiomes qu'ils posent et des conclusions auxquelles ils parviennent. Ils tâtonnent dans les ténèbres, puisqu'ils ne sont pas en mesure de déterminer si la déduction qu'ils développent est valide ou non. (...)
Dans ce livre, nous avons montré où se situaient les limites de la raison. Mais est-il possible de montrer que, en dépit de ces limites, la raison reste assez puissante pour garantir aux hommes une autonomie qui lui permette de se déterminer lui-même, sans qu'intervienne la peur, suscitée par l'usage de la force sous toutes ses forme ou incitée par diverses pressions morales ? Peut-être pas, mais une chose est claire. Seul cet usage de la raison, promue au premier rang par la philosophie pendant vingt-cinq siècles en Occident, a jusqu'ici permis et permet encore de prendre conscience du caractère injustifié et injustifiable d'un certain nombre de propositions mises en avant par la religion, par la science et par les grands moyens de communication, qui en sont les relais, pour modifier le comportement de l'être humain.
Extrait de : Puissance et limites de la raison (Conclusion). Ouvrage épuisé
Interview (extrait) :
- Comment vous situez-vous par rapport aux précédentes entreprises de traduction complète de Platon ? Celle des Belles-Lettres et celle de La Pléiade ?
- Luc Brisson : Je suis un admirateur de mes prédécesseurs, même si je peux les critiquer – et j’espère qu’on me critiquera aussi.
Les deux entreprises sont très différentes. Les Belles-Lettres ont commencé ce travail dans les années vingt et l’ont achevé dans les années soixante. Ce qui caractérise ces traductions est qu’elles correspondent parfaitement au découpage universitaire : les premiers dialogues ont été traduits par des agrégés de lettres classiques, tandis que les autres l’ont été par des agrégés de philosophie. Je pense que les premiers dialogues méritent mieux que ça. Leur traduction est très belle d’un point de vue littéraire, mais il y a beaucoup plus à tirer de ces dialogues que ce que l’on peut trouver dans ces traductions. Les derniers dialogues sont très dépendants de l’agrégation de philosophie de l’époque où la philosophie française dominait, mêlant néo-cartésianisme et néo-kantisme. Les limites de ces traductions tiennent donc à ce qu’elles sont très rattachées à une époque : les introductions par exemple sont faites pour des gens qui connaissaient la littérature allemande du XIXe siècle, mais aujourd'hui ce sont les commentaires écrits en anglais qui dominent et dont il faut tenir compte.
La traduction de La Pléiade a été menée par Léon Robin et Joseph Moreau dans les années cinquante. Pour des spécialistes comme moi, ces traductions sont merveilleuses : quand on a le texte grec devant les yeux, on s’aperçoit qu’il ne manque rien à ces traductions, et qu’elles ont un souci de rendre compte de tous les mots. Le problème, c’est ce que cela ne représente à mon avis qu’une partie du travail du traducteur. J’avais beaucoup insisté pendant les vingt ans où nous avions traduits les textes de Platon en GF sur le fait que le traducteur doit comprendre le grec, mais que cela ne suffit pas : ce que le traducteur comprend, il doit le faire comprendre à la personne qui se tient devant lui. Dans les années 50 en Europe, peut-être sous l’influence de Heidegger ou de certains poètes sophistiqués, on se souciait peu de la communication. Les traductions de Robin et Moreau, admirables lorsqu'il s'agit de comprendre le grec, restent difficiles à lire pour les étudiants. La phrase est trop heurtée, la langue correspond à un français de moins en moins accessible.
Le souci de la traduction entreprise a en GF a donc été de rester fidèle au texte grec, mais en se faisant comprendre d’entrée de jeu par le lecteur, certains passages des dialogues de Platon conservant une grande complexité. Les notes sont importantes aussi, dans la mesure où auparavant le grec, le latin et l’histoire antique faisaient partie de l’éducation de base et où aujourd’hui certaines choses doivent être expliquées. Alors que les GF sont destinés à des lecteurs qui travaillent sur les textes, cette édition est davantage prévue pour une lecture rapide, les index et les annexes des deux cent dernières pages permettant d’apporter les informations utiles à la compréhension, sur des éléments de mythologie et d’histoire par exemple.
Source (et suite) du texte : nonfiction
Les Ennéades de Plotin : Au commencement était l'Un, 10 septembre 2012 :
Ecouter aussi : des mythes et des dieux, la mythologie platonicienne, 3 juillet 2012
Connaitre l'univers, c'est l'inventer. Certes, cette proposition hardie peut déconcerter à une époque comme la nôtre, qui a été le témoin d'une si prodigieuse accumulation de connaissances scientifiques; la remarquable théorie mathématique que la science contemporaine propose pour expliquer l'univers semble même la démentir d'entrée de jeu. Et pourtant, une étude attentive de ces modèles cosmologiques que sont le Timée de Platon et le modèle Big Bang standard montre à l'évidence que cette connaissance que nous appelons "scientifique" se fonde en dernière instance sur des propositions irréductibles et indémontrables, pures inventions de l'esprit humain, retenues seulement en faisant appel à cet argument opératoire : "ça fonctionne".
Devant cet état de fait, la spéculation philosophique semble n'avoir trouvé que deux issues : ou bien elle postule le saut vers le non-rationnel, en posant l'"axiome qui justifie tous les axiomes", ou bien elle constate ses propres limites, mais, ce faisant, elle risque de tomber dans l'absurde, car, poussée inlassablement par u appétit de comprendre, par une nostalgie de l'absolu, elle ne peut qu'essayer sans cesse de ré-inventer l'univers, tout en ayant une conscience lucide des limites indépassables inhérentes à cette démarche. (...)
Extrait de : Inventer l'univers (Introduction). Ouvrage épuisé.
La complexité fixe des limites étroites à la raison elle-même, dans la mesure où elle exige que la taille de complexité des conclusions recherchées ne dépasse pas celle des axiomes postulés. Par là, la possibilité de trouver des axiomes évidents, sur lesquels fonder des conclusions complexes, s’amenuise et disparaît en fait. En outre, puisqu'ils n'arrivent pas à traduire en un langage symbolique, donnant prise au nombre et à la mesure, les idées et les concepts qu'ils utilisent sans une perte d'information presque totale, les philosophes ne peuvent jamais évaluer la taille de complexité et des axiomes qu'ils posent et des conclusions auxquelles ils parviennent. Ils tâtonnent dans les ténèbres, puisqu'ils ne sont pas en mesure de déterminer si la déduction qu'ils développent est valide ou non. (...)
Dans ce livre, nous avons montré où se situaient les limites de la raison. Mais est-il possible de montrer que, en dépit de ces limites, la raison reste assez puissante pour garantir aux hommes une autonomie qui lui permette de se déterminer lui-même, sans qu'intervienne la peur, suscitée par l'usage de la force sous toutes ses forme ou incitée par diverses pressions morales ? Peut-être pas, mais une chose est claire. Seul cet usage de la raison, promue au premier rang par la philosophie pendant vingt-cinq siècles en Occident, a jusqu'ici permis et permet encore de prendre conscience du caractère injustifié et injustifiable d'un certain nombre de propositions mises en avant par la religion, par la science et par les grands moyens de communication, qui en sont les relais, pour modifier le comportement de l'être humain.
Extrait de : Puissance et limites de la raison (Conclusion). Ouvrage épuisé
Interview (extrait) :
- Comment vous situez-vous par rapport aux précédentes entreprises de traduction complète de Platon ? Celle des Belles-Lettres et celle de La Pléiade ?
- Luc Brisson : Je suis un admirateur de mes prédécesseurs, même si je peux les critiquer – et j’espère qu’on me critiquera aussi.
Les deux entreprises sont très différentes. Les Belles-Lettres ont commencé ce travail dans les années vingt et l’ont achevé dans les années soixante. Ce qui caractérise ces traductions est qu’elles correspondent parfaitement au découpage universitaire : les premiers dialogues ont été traduits par des agrégés de lettres classiques, tandis que les autres l’ont été par des agrégés de philosophie. Je pense que les premiers dialogues méritent mieux que ça. Leur traduction est très belle d’un point de vue littéraire, mais il y a beaucoup plus à tirer de ces dialogues que ce que l’on peut trouver dans ces traductions. Les derniers dialogues sont très dépendants de l’agrégation de philosophie de l’époque où la philosophie française dominait, mêlant néo-cartésianisme et néo-kantisme. Les limites de ces traductions tiennent donc à ce qu’elles sont très rattachées à une époque : les introductions par exemple sont faites pour des gens qui connaissaient la littérature allemande du XIXe siècle, mais aujourd'hui ce sont les commentaires écrits en anglais qui dominent et dont il faut tenir compte.
La traduction de La Pléiade a été menée par Léon Robin et Joseph Moreau dans les années cinquante. Pour des spécialistes comme moi, ces traductions sont merveilleuses : quand on a le texte grec devant les yeux, on s’aperçoit qu’il ne manque rien à ces traductions, et qu’elles ont un souci de rendre compte de tous les mots. Le problème, c’est ce que cela ne représente à mon avis qu’une partie du travail du traducteur. J’avais beaucoup insisté pendant les vingt ans où nous avions traduits les textes de Platon en GF sur le fait que le traducteur doit comprendre le grec, mais que cela ne suffit pas : ce que le traducteur comprend, il doit le faire comprendre à la personne qui se tient devant lui. Dans les années 50 en Europe, peut-être sous l’influence de Heidegger ou de certains poètes sophistiqués, on se souciait peu de la communication. Les traductions de Robin et Moreau, admirables lorsqu'il s'agit de comprendre le grec, restent difficiles à lire pour les étudiants. La phrase est trop heurtée, la langue correspond à un français de moins en moins accessible.
Le souci de la traduction entreprise a en GF a donc été de rester fidèle au texte grec, mais en se faisant comprendre d’entrée de jeu par le lecteur, certains passages des dialogues de Platon conservant une grande complexité. Les notes sont importantes aussi, dans la mesure où auparavant le grec, le latin et l’histoire antique faisaient partie de l’éducation de base et où aujourd’hui certaines choses doivent être expliquées. Alors que les GF sont destinés à des lecteurs qui travaillent sur les textes, cette édition est davantage prévue pour une lecture rapide, les index et les annexes des deux cent dernières pages permettant d’apporter les informations utiles à la compréhension, sur des éléments de mythologie et d’histoire par exemple.
Source (et suite) du texte : nonfiction
mardi 14 février 2012
Marius Victorinus ou Gaius Marius Victorinus Afer
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| Forum de Trajan |
Dans ses écrits, il combat l'arianisme et tente d'harmoniser la foi chrétienne et la métaphysique néo-platonicienne.
On le range parmi les Pères latins de l'Église. Son intérêt provient de deux choses : d'une part saint Augustin dit que Victorinus lui avait fait lire des livres de "platoniciens" (on pense qu'il s'agit des Ennéades de Plotin); d'autre part, Victorinus qui connaissait assez bien ces doctrines platoniciennes les a utilisées pour construire sa doctrine de la Trinité de Dieu, qui est sans précédent dans la théologie paléochrétienne.
Source du texte : wikipedia
Simplicianus raconte à Augustin la conversion de Victorinus-le-rhéteur.
J’allai donc vers Simplicianus, père selon la grâce de l’évêque Ambroise, qui l’aimait véritablement comme un père. Je le fis entrer dans le dédale de mes erreurs. Et lorsque je lui racontai que j’avais lu quelques ouvrages platoniciens, traduits en latin par Victorinus, rhéteur à Rome, qui, m’avait-on dit, était mort chrétien, il me félicita de n’être point tombé sur ces autres philosophes pleins de mensonges et de déceptions, professeurs de science charnelle (Coloss. II, 8), tandis que la doctrine platonicienne nous suggère de toutes les manières Dieu et son Verbe. Puis, pour m’exhorter à l’humilité du Christ, cachée aux sages et révélée aux petits (Matth. XI, 25), il réunit tous ses souvenirs sur ce même Victorinus, qu’il avait intimement connu pendant son séjour à Rome. Ce qu’il m'a dit de lui, je ne le tairai pas. Adorable chef-d’œuvre de puissance et de grâce ! Ce vieillard, si docte en toute science libérale, qui avait lu, discuté, éclairci tant de livres écrits par les philosophes; maître de tant de sénateurs illustres, à qui la gloire de son enseignement avait mérité l’honneur le plus rare aux yeux de la cité du monde une statue sur le Forum; (...)
Seigneur, Seigneur, ô vous qui avez abaissé les cieux et en êtes descendu, qui avez touché les montagnes et les avez embrasées (Ps. CXLIII, 5), par quels charmes vous êtes-vous insinué dans cette âme ? Il lisait, me dit Simplicianus, la sainte Ecriture, il faisait une étude assidue et profonde de tous les livres chrétiens, et disait à Simplicianus, loin du monde, en secret et dans l’intimité « Sais-tu que me voilà chrétien ? Je ne le croirai pas, répondait son ami, je ne te compterai pas au nombre des chrétiens, que je ne t’aie vu dans l’église du Christ. » Et lui reprenait avec ironie : « Sont-ce donc les murailles qui font le chrétien ? » Il répétait souvent qu’il était décidément chrétien ; même réponse de Simplicianus, même ironie des murailles. (...)
Augustin, Confessions, VIII, 2.
Source et suite du texte : wikisource
Bibliographie (en français) :
- Traités théologique de la Trinité (Correspondances avec Candidus, Contre Arius, Qu'il faut accepter l'homoousion, Hymnes), deux tomes, Ed. du Cerf, 1960.
(compte rendu persee)
Etudes :
Pierre Hadot, Porphyre et Victorinus, deux tomes, Ed. Etudes Augustiniennes, 1968.
(compte rendu persee)
Pierre Hadot, Marius Victorinus, recherche sur sa vie et son oeuvre, Ed. Etudes Augustiniennes, 1971.
(compte rendu persee)
Pourquoi Victorinus, lisant le Nouveau Testament, a-t-il pu croire qu'il était chrétien ? Il a fallu pour cela qu'il crût reconnaître dans certaines formules de l'Ecriture des dogmes néoplatoniciens : c'est l'ibi legi d'Augustin, inversé, non pas, comme Augustin : j'ai reconnu dans les textes néoplatoniciens, le prologue de saint Jean, mais : dans le prologue de saint Jean, j'ai reconnu les vérités de la philosophie néoplatonicienne. (...)
Dans le prologue de saint Jean, Victorinus semble reconnaître tous les principes néoplatoniciens : Dieu, l'Intelligence, la Matière et l’Âme. Le premier verset signifie que la seconde hypostase, l'Intelligence, était originellement confondue avec la première, c'est-à-dire Dieu, et qu'elle s'en est distinguée. Le troisième verset se rapporte à la création du monde intelligible. Le quatrième verset révèle le double aspect de l'Intelligence ou du Logos : "Ce qui a été fait en lui était VIe et la Vie est la Lumière des hommes." L'Intelligence est Vie et Pensée (=Lumière) et en se communiquant au monde intelligible, elle lui apporte indissolublement la Vie et la Pensée. Dans le cinquième verset, Victorinus reconnait l'apparition de la Matière, en opposition au monde intelligible. C'est l'annonce de la génération du monde sensible : "La lumière a lui dans les ténèbres", c'est-à-dire la matière. (...)
Pierre Hadot, Marius Victorinus, (p. 239).
HYMNE PREMIER
Vraie lumière, assiste-nous, o Dieu Père tout-puissant ! Lumière de lumière, assiste-nous, mystère et puissance de Dieu ! Saint-Esprit, assiste-nous, toi, le lien du Père et du Fils ! En repos, tu es le Père, en ta procession, le Fils, et reliant tout en un, tu es le Saint-Esprit.
O Dieu, tu es l'Un premier, l'Un né de soi, l'Un avant l'un. Tu précèdes toute pluralité, nulle limite ne permet de te connaitre. En toi, nulle pluralité, car nulle pluralité ne provient même de toi. Cette pluralité, en effet, l'Un qui est né de toi, l'engendre plus qu'il ne la possède. Sans mesure est donc le Père, mais le Fils, à la fois, est mesuré et sans mesure. (...)
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| William Turner, Lever de Soleil sur un lac |
HYMNE TROISIEME
- Dieu, Seigneur, Esprit-Saint,
O bienheureuse trinité.
- Existence, Vie, Connaissance,
O bienheureuse trinité. (...)
- Tu es la source, Tu es le fleuve, Tu baignes toutes choses,
O bienheureuse trinité. (...)
- Inengendré, Seul engendré, Engendré en l'engendré,
O bienheureuse trinité.
- Générateur, Engendré, Régénérateur,
O bienheureuse trinité.
- Vraie lumière, Vraie lumière de lumière, Vraie illumination,
O bienheureuse trinité.
- Repos, Procession, Retour,
O bienheureuse trinité.
- Invisible sous un mode invisible, Visible sous un mode invisible, Invisible sous un mode visible,
O bienheureuse trinité.
- Puissance universelle, Acte universel, Connaissance universelle,
O bienheureuse trinité.
- Impassible sous un mode impassible, Impassible sous un mode passible, Passible sous un mode impassible,
O bienheureuse trinité.
- Semence, Arbre, Fruit,
O bienheureuse trinité.
- Tout vient de l'Un, Tout est par l'Un, Tout est en l'Un,
O bienheureuse trinité.
- Un, Un simple, Un et Seul, Un toujours Un,
Un, second Un, Un de l'Un, à la fois Un et Tout,
Un, unissant tout, puissance de l'Un se mettant en acte, pour que tout devienne Un,
O bienheureuse trinité.
- Inengendré de toute éternité, Engendré de toute éternité, Engendré pour que toutes choses soient éternelles,
O bienheureuse trinité. (...)
- Premier existant, Deuxième existant, Troisième existant, Trois qui sont un seul et simple existant,
O bienheureuse trinité.
- Tout existant est substance, Tout existant est substance qui a une forme, Tout substance qui a une forme est connue, ou de soi seule, ou des autres ou à la fois, de soi-même et des autres,
O bienheureuse trinité.
- O Dieu, tu es substance, O Fils, tu es forme, O Esprit, tu es notion,
O bienheureuse trinité. (...)
- O Dieu, tu es immense, tu es infini, tu es invisible, mais, c'est pour les autres que tu es immense, que tu es infini, pour les autres que tu es invisible, car, pour toi, tu es mesurable, pour toi, tu es fini, pour toi, tu es visible, C'est pourquoi, tu as aussi une forme, donc, tu es aussi Logos, parce que le Logos est forme, Et parce que, pour toi, la forme est connaissance, et que la connaissance, c'est l'Esprit-Saint, pour cette raison, tu es, o Dieu, aussi Logos et Esprit-Saint,
O bienheureuse trinité.
- Une est donc la substance : Dieu, Logos et Esprit, demeurant dans les trois, existant trois fois en chacun des trois, Il en est de même pour la forme et la connaissance, C'est ainsi que se triple chaque individualité simple,
O bienheureuse trinité.
- O Dieu, tu es inconnu, o Dieu, tu es incompréhensible,
Mais de l'inconnu, de l'incompréhensible, il y a pourtant une sorte de forme sans forme, Voilà pourquoi l'on t'appelle plutôt Préexistant qu'Existant, plutôt occultation et repos, voilà pourquoi la forme de connaissance est ici celle d'une connaissance inactive,
O bienheureuse trinité. (...)
Extrait de : Traité théologique sur la Trinité
Commande : Ed. du Cerf
(...) La synthèse doctrinale que propose Victorinus est la suivante. Le Père est l'être ou la substance, le Fils est le mouvement ou l'acte qui définit cet être ou cette substance. Ce mouvement est double : il est vie et intelligence (c'est-à-dire Christ et Esprit-Saint), la vie étant un mouvement par lequel l'être se communique, l'intelligence, un mouvement par lequel il revient à lui-même. Le Père, le Fils et l'Esprit-Saint sont donc consubstantiels, parce qu'ils s'impliquent mutuellement, comme l'être, la vie et l'intelligence, en effet, en vertu de cette implication mutuelle, la vie et l'intelligence sont originellement confondues avec l'être (ou substance) et c'est en cela que consiste pour Victorinus la consubstantialité. (...)
Dans cette synthèse, les éléments néoplatoniciens sont facilement reconnaissables. C'est tout d'abord la triade être-vie-pensée : dans la doctrine néoplatonicienne, les trois termes de cette triade s'impliquent mutuellement et ne se distinguent que par la prédominance d'un aspect sur les autres. C'est ensuite la notion d'autogénération et de mouvement automoteur. C'est enfin le principe fondamental : les hypostases supérieures restent immobiles lorsqu'elles engendrent les hypostases inférieures. Ces éléments néoplatoniciens sont totalement fondus avec les données dogmatiques chrétiennes : l'implication mutuelle sert à définir la consubstantialité, la prédominance sert à définir la distinction entre le Père, le Fils et l'Esprit-Saint. (...)
Pierre Hadot, Porphyre et Victorinus, (tome 1, p.45)
jeudi 20 octobre 2011
Salomon Ibn Gabirol ou Avicébron
Salomon ibn Gabirol (Shelomo ben Yehouda ibn Gabirol, Abou Ayyoūb Souleiman ibn Yahya ibn Jabirūl, ou Avicebron, une corruption d'Ibn Gabirol1) (1020, Málaga - vers 1058, Valence) était un rabbin andalou, poète, théologien et philosophe.
Destinée curieuse de ce « poète parmi les philosophes, philosophe parmi les poètes » comme le qualifiait Heinrich Heine, dont l'œuvre philosophique influença bien plus la scolastique chrétienne que la philosophie juive, alors que ses poèmes (dont le plus célèbre, Keter Malkhout est encore chanté de nos jours à Yom Kippour) ont tant fait pour sa renommée que la grande artère du district nord de Tel-Aviv, porte aujourd'hui son nom, ainsi que d'autres rues en Israël.
Source (et suite) du texte : wikipedia
Ni l'actualité littéraire ni le programme des examens n'invitent à l'étude d'Avicébron. Mais ce serait une erreur de croire qu'il s'agit d'une préoccupation d'érudition d'un intérêt limité. Le mystère d'une personnalité réunissant en elle un philosophe vigoureux bientôt oublié de ses coreligionnaires et un poète sensible toujours vénéré par eux, l'autorité de sa doctrine au moyen âge latin - parfois égale à l'autorité de Platon - l'importance enfin du sujet du Fons vitae, le seul des ouvrages philosophiques d'Ibn Gabirol qui nous soit parvenu, voilà qui suffirait largement à restituer à notre auteur le rang et la notoriété auxquel il a droit. (...)
Extrait de Fernand Brunner, La Doctrine de la matière chez Avicébron.
Commande sur Amazon : Metaphysique D'Ibn Gabirol et de la Tradition Platonicienne
Bibliographie (en français) :
- La source de vie, livre III. De la démonstration de l’existence des substances simples. Traduction, introduction et notes de Fernand Brunner, Paris, Vrin, 1950.
- La Couronne Royale, introduit, traduit et annoté par Paul Vulliaud, éd. Dervy 1953.
- Livre de la source de vie (Fons Vitae). Traduction, introduction et notes par Jacques Schlanger, Paris, Aubier Montaigne, 1970.
- La couronne du Royaume, trad. André Chouraqui, Ed. Fata Morgana, 1997.
Etudes :
Fernand Brunner dans : Métaphysique d'Ibn Gabirol et de la tradition platonicienne (recueil d'articles), Ed. Ashgate, 1997 :
- Sur le Fons Vitae d'Avicembron
- Sur l'hylémorphisme d'Ibn Gabirol
- La transformation des notions de matière et de forme d'Aristote à Ibn Gabirol
- La doctrine de la matière chez Avicembron
- Etudes sur le sens et la structure des systèmes réalistes : Ibn Gabirol, l'école de Chartres
- Réflexions sur le réalisme de l'idée à propos d'Ibn Gabirol
- Maître Eckhart et Avicembron
Jacques Schlanger, La philosophie de Salomon Ibn Gabirol, étude d'un néoplatonisme. Leiden, E.-J. Brill, 1968.
Toi l'Unique, entête de tout nombre,
Fondement de tout composé.
Toi, l'unique, et dans le mystère de ton unité les sages de coeur s'effrayent
Car ils ne connaissent quelle est son essence.
Toi, l'unique, ton unité ne décroît ni ne grandit,
Ne se retranche ni ne s'ajoute.
Toi l'unique, ni comme l'un créé ni comme l'un numérique,
Car ne t'atteignent multiplicité ni changement,
Forme ni qualité, Toi l'unique, pour t'assigner limite ou frontière, s'épuise ma logique,
Ainsi j'ai dit : je garderai ma voie et ne fauterai par ma langue.
Toi l'unique, tu te hausses et t'exaltes au delà de la chute et de l'effondrement,
Non l'unique qui succombe...
Tu existes,
Ne t'atteignent pas ce que l'oreille entend ni l'oeil ne voit
Ne te dominent "Comment", "Pourquoi" ni "Rien".
Tu existes, mais en Toi-même,
Et non pour un autre avec Toi,
Tu existes, avant que ne soit tout temps, tu fus,
Sans lieu tu étais.
Tu existes, ton mystère est caché, qui l'atteindrait ?
Profond, profond, qui le trouverait ?
Extrait de La Couronne du Royaume, trad. André Chouraqui
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