mardi 3 avril 2012

Jacob Boehme ou Jakob Böhme


Jacob Boehme est né en 1575, près de la ville de Görlitz, à la frontière actuelle de la Pologne et de l’Allemagne, de parents qui étaient de simples paysans de Haute-Lusace et qui, ayant remarqué qu’il manifestait quelques dispositions, l’envoyèrent à l’école, et lui firent apprendre le métier de cordonnier. C’est alors qu’il se trouvait en apprentissage que Jacob Boehme reçut la visite mystérieuse d’un Etranger de qui il recevra son initiation :

 « Il me raconta lui-même que pendant qu'il était en apprentissage, son maître et sa maîtresse étant absents pour un moment, un étranger vêtu très simplement, mais ayant une belle figure et un aspect vénérable, entra dans la boutique, et prenant une paire de souliers, demanda à l'acheter. Mais il n'osa pas les vendre; l'étranger insistant, il les lui fit un prix excessif, espérant par là se mettre à l'abri de tout reproche de la part de son maître, ou dégoûter l'acheteur. Celui-ci donna le prix demandé, prit les souliers, et sortit. Il s'arrêta à quelques pas de la maison, et là d'une voix haute et ferme, il dit : Joseph, Joseph, viens ici. Le jeune homme fut d'abord surpris et effrayé d'entendre cet étranger qui lui était tout à fait inconnu l'appeler ainsi par son  prénom de baptême; mais s'étant remis, il alla à lui. L'étranger, d'un air sérieux mais amical, porta les yeux sur les siens, les fixa avec un regard étincelant de feu, le prit par la main droite, et lui dit : Joseph, tu es peu de chose, mais tu seras grand, et tu deviendras un autre homme, tellement que tu seras pour le monde un objet d'étonnement. C'est pourquoi sois pieux, crains Dieu, et vénère Sa parole; surtout lis soigneusement les Écritures saintes, dans lesquelles tu trouveras des consolations et des instructions, car tu auras beaucoup à souffrir, tu auras à supporter la pauvreté, la misère et des persécutions; mais sois courageux et persévérant, car Dieu t'aime et t'est propice. Sur cela l'étranger lui serra la main, le fixa encore avec des yeux perçants, et s'en alla, sans qu'il y ait d'indices qu'ils se soient jamais revus. Jacob Boehme n'en fut pas peu étonné et de cette prédiction et de cette exhortation. La physionomie de cet inconnu lui planait toujours devant les yeux. »
Source (et suite) du texte : montcelon
Autre biographie : wikipedia

Il est vrai, oui, que j'ai lu nombre de textes de Jakob Böhme (on trouve en Hollande, en effet, bien des choses) et j'en remercie Dieu. Car c'est grâce à ces textes que j'ai découvert la vérité.
Angélus Silésius


Bibliographie / En ligne (Google Books, Gallica, Wikisource) :
Traduction de Louis-Claude de Saint-Martin :
- Base des six points théosophiques, dans : Cahier de l'hermétisme : Jacob Böhme, Paris, 1977, 115-186.
- Mysterium pansophicum, idem, 187-198.
- Aurore naissante ou la naissance de la philosophie, Ed. Arché Milan, 1977 / Google Books
- Des trois principes de l'essence divine / Google Books
- De la triple vie de l'homme, selon le mystère des trois principes de la manifestation divine, coll. Les Introuvables, Paris, 1982 / Google Books
- Quarante questions sur l'origine, l'essence, l'être, la nature et la propriété de l'âme, trad. Louis-Claude de Saint-Martin / Google Books
Autres traductions :
- Le Grand Mystère, Mysterium Magnum, trad. S. Jankélévitch, avec deux études de Nicolas Berdiaeff, 2 vol. Ed. Aubier, 1945, 4 vol. rééd. coll. Les Introuvables, 1978  / Gallica
- Confessions, choix de textes par Alexis Klimov, trad. Louis-Claude de Saint-Martin, Ed. Fayard, 1973.
- De l'Election de la Grâce, trad. Debeo, rééd. Arché Milan, 1976 .
- De l'Incarnation de Jésus-Christ, trad. anonyme, Ed. Arché Milan, 1976.
- Clef ou explication des divers points et termes principaux, trad. anonyme, Ed. Arche Milan, 1977 / Google Books
- Les Épîtres théosophiques, trad. Bernard de Borceix, Ed. du Rocher, 1979.
- Le Livre des sacrements, trad. Daniel Renaud, Ed. Age d'homme, 1984.
- Des trois principes de l'essence divine, trad. Louis-Claude de Saint-Martin, 2 vol, Ed. d'Aujourd'hui, 1985.
- De la Signature des choses, trad. Paul Sédir, Ed. Arche Milan, 1991.
- De la Signature des choses, trad. Pierre Deghaye, Ed. Grasset, 1995.
- De la vie au delà des sens, trad. Gérard Pfister, Ed. Arfuyen, 1997.
- De l'Election de la grâce, trad. Debeo, Ed. Traditionnelles, 1999.
- Le Chemin pour aller à Christ, trad. Schelchtiger, Ed. Arché Milan, 2004. / Google Books
Etudes :
Emile Boutroux, le philosophe allemand Jacob Boehme (1888) / Wikisource
Gerhard Weher, Pierre Deghaye, Jakob Böhme, Ed. Albin Michel, Cahiers de l'hermétisme, 1977.
Alexandre Koyre, La philosophie de Jacob Boehme, Ed. Vrin, 1979
Collectif, Jacob Boehme ou l'obscure lumière de la connaissance mystique, CERIC, Ed. Vrin, 1979
Pierre Degaye, La naissance de Dieu ou la doctrine de Jacob Boehme, Ed. Albin Michel, Spiritualité vivante, 1985
Jean-Marc Vivenza, Boehme, Qui suis-je ? Ed. Pardès, 2005
Virginie Pektas, Mystique et Philosophie, Grunt, agrunt et Ungrund chez Maitre Eckhart et Jacob Boehme, Ed. B.R. Grüner, 2006


Le disciple demanda au Maître :
Comment puis-je accéder à la vie au-delà des sens, de sorte que je voie Dieu et L’entende parler ?
Et le Maître lui dit :
Si tu peux un instant t’élancer en ce lieu que n’habite nulle créature, alors tu entends ce que Dieu dit.
Ce lieu est-il proche, demanda le disciple, est-il lointain ?
- Il est en toi, dit le Maître. Et si tu peux une heure durant faire silence de tout ton vouloir et de toute ta pensée, alors tu entendras les paroles inexprimables de Dieu.
Comment puis-je entendre si je me tiens dans le repos du penser et du vouloir ?
- Lorsque tu te tiens dans le repos du penser et du vouloir de ton existence propre, alors l’ouïe, la vue et la parole éternelles se manifestent en toi, et Dieu entend et voit par toi.
Ta propre ouïe, ton propre vouloir, ta propre vue, voilà ce qui t’empêche de voir et d’entendre Dieu.
Par quel moyen me faut-il entendre et voir Dieu s’Il est au delà de la nature et de la créature ?
- Lorsque tu te tais et reposes, alors tu es cela qu’était Dieu avant la nature et avant la créature, cela dont Il a fait ta nature et ta créature. Alors tu L’entends et Le vois par cela même par quoi Dieu voyait et entendait en toi avant que ne commencent ton propre vouloir, ta propre vue et ta propre ouïe.
Extrait de : De la vie au delà des sens
Autre extrait : Arfuyen
Commande sur Arfuyen


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Car on ne peut dire de Dieu qu'Il soit ceci ou cela, méchant ou bon, qu'Il ait en lui-même des distinctions : Car, en lui-même, Il est sans nature, ainsi que sans affection et sans créature. Il n'a pas d'attirance pour quelque chose, car il n'y a rien devant Lui qui pourrait l'attirer, pas plus quelque chose de mal que quelque chose de bien : Il est en lui-même le Sans-Fond (Ungrund), sans aucune volonté par rapport à la Nature ou à la créature, tel un rien éternel, Il n'y a pas de qualité en Lui, pas plus quelque chose qui pourrait avoir de l'attirance pour Lui, ou (concevoir de l'attirance) à partir de Lui.

Il est l'Etre Unique, et rien n'existe avant ou après Lui à partir duquel ou dans lequel Il pourrait puiser ou concrétiser pour Lui une volonté, Il n'a rien non plus qui l'engendre ou Lui donne (quelque chose) : Il est le Rien et le Tout, et il est une Unique Volonté, dans laquelle gît le monde et la Création toute entière, En Lui, tout est pareillement éternel, sans commencement, dans un même poids, une même mesure et finalité, Il n'est ni lumière ni ténèbres, ni amour, ni colère, mais l'Unique Un.
De l'Election de la grâce (SS VI, ch. I, pp.4-5 n.3)


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Aurore naissante sur glacier (2009)

Dans l'éternité, comme dans le Sans-Fond (Ungrund) de la nature, il n'y a rien d'autre qu'un silence sans essence, et cela n'a rien qui puisse donner quelque chose, c'est un calme éternel et non un équilibre, un Sans-Fond sans commencement ni fin : ce n'est pas non plus un but ni un lieu, il ne se cherche ni se trouve et ne renferme aucune possibilité. Ce même Sans-Fond est semblable à un oeil, car il est son propre miroir, il ne possède aucune essence (aucun mouvement) et ne comporte ni lumière ni ténèbres, et est avant tout une "magie", et possède une volonté que nous ne devons ni rechercher ni explorer, car elle nous trouble. Par cette volonté, nous entendons le Fond de la Déité, qui est sans origine.
De L'Incarnation de Jésus-Christ, II, 1-8

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Quand je considère ce que Dieu est, je dis : vis-à-vis de la créature il est l'Un qui est en même temps le Rien éternel, il n'a ni détermination ni début ni lieu, il ne possède rien en dehors de lui-même. Il est la volonté de ce qui n'a pas de motif, il n'est qu'Un en lui-même, il n'a besoin ni d'espace ni de place, il s'engendre en lui-même d'éternité en éternité, il n'est identique ou semblable à rien et n'a aucun endroit spécial où il réside : l'éternelle Sagesse (Sophia) ou intelligence est sa demeure, il est la volonté de la Sagesse et la Sagesse est sa révélation.
Mysterium magnum, I, 2.

Car le Néant a faim du Quelque chose, et la faim est le désir, sous la forme du premier "Verbum Fiat" ou du premier faire, car le désir n'a rien qu'il puisse faire ou saisir. Il ne fait que se saisir lui-même et se donner à lui-même son empreinte, je veux dire qu'il se coagule, s'éduque en lui-même, et se saisit et passe de l’Indéterminé au Déterminé et projette sur lui-même l'attraction magnétique afin que le Néant se remplisse et pourtant il ne fait que rester le Néant et en fait de propriété n'a que les ténèbres, c'est l'éternelle origine des ténèbres : car là où il existe une qualité il y a déjà quelque chose et le Quelque chose n'est pas comme le Néant. Il produit de l'obscurité, à moins d'être rempli de quelque chose d'autre (comme d'un éclat) car alors il devient de la lumière. Et pourtant en tant que propriété il reste une obscurité.
Mysterium magnum, III, 5

En second lieu, l'intuition immotivée et divine se transforme en volonté de feu et de vie, afin que se révèle son grand amour et sa grande joie qui s'appellent Dieu. Car si tout n'était qu'une seule chose, cette chose unique ne lui apparaîtrait pas à lui-même, mais par la révélation, on reconnait le Bien éternel, d'où sort un royaume délicieux.
Mysterium magnum, III, 22.
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Le Sans-Fond (Ungrund) est un éternel rien, et fait cependant un éternel commencement, c'est-à-dire un attract, car le rien est un attract après le quelque chose, et pourtant là, il n'y a rien qui donne le quelque chose, mais l'attract est lui-même l'acte de donner de ce qui est également un rien, en tant qu'un attract désirant.  Et cela est l'éternel entendement de la magie qui fait en soi là ou il n'y a rien. Elle fait quelque chose de rien, et cela seulement en soi-même, et là cependant ce même attract n'est rien que simplement une volonté. Il n'a rien, et il n'y a aussi rien qui lui donne quelque chose, et il n'a non plus aucun lieu où il se trouve et où il soit.
Mysterium pansophicum, I, 1.
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En dehors de la nature, Dieu est un mystère, un néant, ce rien est l'oeil de l’éternité abîme sans fond, il contient une volonté, qui est le désir de la manifestation pour se retrouver lui-même. Cette volonté avant laquelle il n'y a rien ne peut chercher qu'elle-même et ne trouver qu'elle-même par la nature. (...)
De la Signature des choses, III, 2,
* * *

La volonté sans fond s'appelle "Père éternel", la volonté trouvée, saisie, engendrée du Sans-Fond (Ungrund) s'appelle son Fils engendré ou "Fils inné", car il est l'Etre (Ens) du Sans-Fond, ce en quoi le Sans-Fond se saisit en Fond (Grund).  L'émanation de la volonté sans fond, à travers le Fils ou Etre saisi, s'appelle "Esprit", car il guide l'Etre saisi hors de soi vers un tissu ou une vie de la volonté, en tant que vie du Père et du Fils.
Et l'émané est la joie, en tant que trouvé du Néant éternel, où le Père, le Fils et l'Esprit se voient et se trouvent à l'intérieur, et cela s'appelle "Sagesse de Dieu" (Sophia) ou contemplation.
De l'Election de la grâce, I, 6.



lundi 2 avril 2012

François Malaval


S’il est un spirituel qualifié pour parler de la « Divine Ténèbre », s’il est un être qui, plus que tout autre, vécu dans sa propre chair tout au long de sa vie l’expérience concrète de la nuit des sens, c’est, sans aucun doute, François Malaval (1627-1719), aveugle marseillais auteur d’une œuvre originale touchant aux aspects les plus mystérieux et cachés de la contemplation mystique, œuvre, hélas, largement méconnue, et cependant l’une des plus subtiles et élevées qui aient été écrites sur ce sujet difficile.
Source (et suite) du texte :  Jean-Marc Vivenza
Autre biographie : wikipedia


Bibliographie :
- La belle ténèbre. Pratique facile pour élever l'âme à la contemplation. Ed. Jérôme Millon, 1993.
Etude :
Jean-Marc Vivenza, François Malaval ou la contemplation de la divine ténèbre, Ed. Arma Matis, 2004.
En ligne :
- Poésies spirituelles (1671), Google Books


Par conséquent, Philothée, Dieu est dans vous-même, sans le chercher hors de vous. Il est dans votre corps et dans votre âme. Et si vous pouviez voir comment Dieu est dans vous, ou, pour mieux dire, comment vous êtes en Dieu, vous vous trouveriez si petite, abîmées dans cette immensité, qu'en vérité vous auriez peur de vous et vous vous reconnaîtriez que vous n'êtes rien. (...)
Que sommes-nous donc, vous et moi, Philothée, considérés dans l'océan infini de la Divinité, sinon des néants revêtus de quelque peu de vie, qui ne saurions subsister ni agir hors de la Divinité, non plus que les poissons hors de l'eau ? Quel bonheur d'être toujours dans Dieu, et que ce bonheur est peu connu !
Extrait de : Entretien I (Entrer en contemplation), La belle ténèbre
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Il n'y a aucun attribut de Dieu, Philothée, auquel on puisse réduire ce terme ineffable : "Je suis celui qui suis", ou "celui qui est". (...)

Il n'y a donc rien, Philothée, qui nous exprime Dieu plus parfaitement et plus noblement que le silence. Car d'un côté, les expressions sublimes feraient concevoir quelque proportion entre le fini et l'infini. Et de l'autre, les expressions basses s'en éloignent tout-à-fait, si Dieu même ne les fournit pour les absorber aussitôt. L'amour seul, après le silence, sait parler de Dieu. Et il n'y a que l'amour qui sait entendre ce que l'amour dit. Mais l'amour ne parle et n'entend que quand nos connaissances ont cessé et que nous y renonçons nous-mêmes par un abandonnement à l'Esprit de Dieu, suivant l'attrait d'un chacun.
Extrait de : Entretien IV (Le grand nom de Dieu), La belle ténèbre
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Cette belle ignorance est la maîtresse du savoir, et les ténèbres sont ici le sein du jour et de la lumière. Que Dieu paraît grand, Philothée, à qui le connait sans images, qu'il est ineffable, qu'il est inestimable ! Il y a telle âme qui ne donnerait pas un trait de cette obscurité lumineuse pour toute la science de l'univers. Et Dieu qui ne peut se faire comprendre à ses créatures a trouvé le moyen de leur faire comprendre qu'il était incompréhensible, et de leur faire aimer son incompréhensibilité.  Philothée, qui voit Dieu sous cette obscurité voit un grand abîme, et cette obscurité n'a de lumière que ce qu'il en faut pour faire découvrir à l'âme l'abîme qu'elle voit, et pour la plonger dans un si grand étonnement qu'en certains moments elle ne voit plus le ciel et la terre, les hommes et les anges, que comme un atome qui est perdu dans cet abîme infini. L'âme se réjouit que Dieu soit incompréhensible, et qu'il n'ait rien de semblable à lui-même. (...)
Celui qui s'anéantit en la présence de Dieu ne prétend pas établir sa perfection dans son anéantissement. Mais il a (confiance) que Dieu remplira ce néant de tout ce qu'il est lui-même, et il ne se vide que pour se remplir. En vérité, plus la créature sera détruite, plus le Créateur sera glorifié en elle. (...)
Videz-vous Philothée, et Dieu vous remplira. Ce vide volontaire est un fond dont Dieu tire beaucoup de formes différentes et admirables. Il y a des lumières et des ténèbres, des tendresses et des sécheresses, des jouissances et des souffrances, mais surtout un grand détachement de tout ce qui n'est pas Dieu, jusques de ses grâces et de ses faveurs, pour s'attacher inviolablement à Dieu seul.
Extrait de : Entretien X (Où est la vérité ?), La belle ténèbre
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L'âme est un autel qui se dédie elle-même avec cette inscription qui fut mise sur un autel d'Athènes : "Au Dieu inconnu". (...)

Ainsi la contemplation, pour vous la définir de nouveau, est une présence fixe de Dieu. Je ne dis pas simplement une habitude, car les habitudes se trouvent même dans ceux qui dorment, et pour cela ils ne méritent rien, parlent en rigueur. Ce n'est pas non plus un exercice ordinaire qui ne se fait qu'à certaines heures et en certaines occasions. C'est un acte continuel qui n'est proprement que la multiplication d'un même acte, mais si doucement et si facilement produit par la force de l'habitude, que l'on dirait que ce n'est qu'un acte seul, comme on voit que les yeux produisent une fois le jour une infinité de regards, mais la facilité naturelle de regarder ne semble les rendre qu'un seul regard.
Aussi la contemplation est-elle un regard universel de Dieu présent. Je dis un regard, parce qu'elle est un acte de l'entendement qui est l'oeil de l'âme, comme la volonté en est le coeur. Le regard a cela de propre qu'il se fait en un instant, et qu'il sort de l'oeil sans effort, au lieu que la parole ne sort de la bouche qu'un syllabe après l'autre et ne frappe l'oreille qu'après une succession de temps. le raisonnement de la méditation ressemble à la parole, il se forme d'une pensée après l'autre, et il est toujours dans une espèce de mouvement. La contemplation au contraire ressemble au regard, elle atteint son objet en un instant, et elle se repose dans l'objet, sans discours et sans pensée.
Extrait de : Entretien XII (La vie contemplative), La belle ténèbre
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L'amour de son néant

Mon centre est le néant, c'est un vrai lieu de paix.

L'imposture et l'erreur ne s'y trouvent jamais.
Lorsque je ne veux rien, l'ennemi se retire,
Il ne sait où me prendre, il ne sait que me dire.

Quand il veut raisonner, je ne l'écoute pas,
Quand il flatte mes sens, je sais me tenir bas.
Que ce néant est beau ! qu'il est doux et tranquille.

Ce néant me fait voir que je suis inutile,
Que je n'ai rien de bon, et que je ne puis rien ;
Que je n'ai de mon fonds ni force ni soutien ;
Que tout mon être humain n'est qu'un flux d'inconstance.
Ainsi Dieu parait mieux mon unique assistance.
C'est beaucoup de faveur qu'il me lance un regard.

S'il ne me donne rien, le néant est ma part ;
Souvent de l'oraison toute l'heure est passée,
Que je ne sens en moi ni désir ni pensée ;
S'il m'en vient, c'est un trait de sa bénignité,
Ainsi je vois sa grâce, et mon indignité.
Lorsque je suis, stérile, une retraite entière,
Mon néant me tient lieu d'attrait et de lumière,
Et je me réjouis par un élan de foi

Qu'en Dieu tout bien se trouve, et le néant en moi.
Laissez-moi mon néant, jouissez de votre être,
Seigneur, tout mon repos est de me bien connaître.
Vous n'êtes que grandeur, que gloire et que bonté,
Et moi rien par nature, et rien de volonté.
À vous seul tout hommage, à vous seul toute gloire,
Et moi de mon néant je chéris la mémoire.
Dieu, vivez dans vous-même, et moi dans mon néant
Que je sois toujours bas, et mon Dieu toujours grand. [...]
Extrait de : Poésies spirituelles.
Source du texte (et autres poèmes ) : joie de vie


dimanche 1 avril 2012

Frederick Matthias Alexander

Frederick Matthias Alexander était acteur de théâtre, connu pour ses déclamations de Shakespeare. Il poursuivait sa carrière lorsqu'il commença à souffrir de maux de gorge chroniques et d'enrouement sur scène. Le théâtre était tout pour lui. Par conséquent, sa motivation pour guérir fut très forte. Aucun médecin, aucun traitement ne put le soigner. Seul le silence, le non-usage de sa voix, s'avéra un remède efficace. Mais alors, que devenait sa carrière d'acteur?

Etre condamné au silence, pour un acteur, cela semble le pire des supplices. Pourtant, c'est grâce à la constatation que ses problèmes disparaissaient lorsqu'il cessait d'émettre un son pendant un certain temps, que lui est venue une pensée déterminante : "Tiens ! je souffre seulement dans les périodes où j'utilise beaucoup ma voix. Quand je ne l'utilise pas, elle fonctionne bien et je n'ai pas de maux de gorge. Pourrait-il y avoir une relation entre l'utilisation et le fonctionnement de ma voix ? Autrement dit, l'utilisateur que je suis pourrait-il être responsable de ce mauvais fonctionnement ?" De ces pensées et interrogations est né un plan d'action : celui de s'observer devant des miroirs tout en déclamant. Au fur et à mesure de cette auto-observation, qui a duré plusieurs années, Alexander a fait certaines découvertes dont la patiente mise en pratique l'a guéri au-delà de ses espérances : il a retrouvé un bon fonctionnement de sa voix, ses maux de gorge ont disparu, et sa santé générale s'est nettement améliorée. Sa guérison, lui ayant permis de remonter sur les planches avec succès, a intrigué le public : "Comment a-t'il fait ? quelle est sa technique ?" Cet intérêt du public pour la technique - on pourrait dire les techniques - d'Alexander a permis l'élaboration de la Technique Alexander, c'est-à-dire un ensemble de procédés visant à l'amélioration de l'usage de soi (ce terme est expliqué au paragraphe suivant), amélioration qui ne concerne pas seulement les acteurs, ni même seulement les artistes, mais toutes celles et tous ceux qui cherchent à résoudre un problème, quel qu'il soit, ou simplement qui s'autorisent à explorer de nouvelles manières d'être.

Peu à peu, Alexander a réussi à rendre son expérience transmissible et accessible à tous, sous la forme d'un enseignement (souvent individuel, parfois collectif), et non d'une thérapie. Il a eu de nombreux élèves, d'abord en Australie, puis en Angleterre et aux Etats-Unis. Il a formé des professeurs, qui en ont formé d'autres et ainsi de suite. Il y a maintenant dans le monde plus de 2000 professeurs qui enseignent la Technique Alexander à des publics très variés, ainsi qu'au sein d'institutions telles que conservatoires de musique et de danse, orchestres, organismes de formation…

Les cours de Technique Alexander ont pour objectif de permettre à l'élève de mieux connaître l'instrument qu'il est, son mode d'emploi et d'apprendre à repérer les obstacles intérieurs qui gênent constamment son bon fonctionnement. L'élève reçoit les "outils" qui le rendront autonome. Si la compréhension et la pratique de ces outils est identique pour tous, en revanche chaque élève peut décider d'appliquer ce qu'il apprend en cours de Technique Alexander dans les domaines de son choix, selon ses aspirations particulières.
Source du texte : Catherine de Chevilly
Autres bio :  wikipedia


Bibliographie :
- L'usage de Soi, Ed. Contredanse, 1996.
Etudes :
Pedro De Alcantara,
- La Technique Alexander, Principes et Pratique, Editions Dangles, 1997
- La Technique Alexander pour les musiciens, Ed. Alexitère / Médecine des Arts, 2000
Ailsa Masterton (trad. A. Boucher), Technique Alexander – petit guide du bien être, Ed. Könemann, 1999
Véronique Bartin, Equitation par la Technique Alexander, Ed. Belin (2002)
Richard Brenna, La Méthode Alexander, Ed. Marabout
Joel Carbonnel, Le Bon Geste, manuel du jardinier, Ed. Actes Sud
Jeremy Chance, La méthode Alexander, Ed. Eyrolles
Rivka Cohen, Réflexions sur la Technique Alexander,
Christine Hardy, Laurence Schifrine, Saverio Tomasella, Habiter son corps, Ed. Eyrolles
Elizabeth Langford, La pensée et le muscle, Ed. Garant
Judith Stransky et Dr Robert B Stone, Bien dans sa peau grâce à la Technique Alexander, Ed. le Jour
En ligne :

Catherine de Chevilly (Annemasse) / Marie-Claire Regnier (Paris) 
Association Suisse des Professeurs de la Technique Alexander : ASPTA
Association Française de Professeurs de la Technique Alexander : APTA
Société Canadienne des Professeurs de la Technique Alexander : CANSTAT
Documentaire vidéo (avec Marie-Claire Regnier) : Le Corps retrouvé

Autre documentaire : technique alexander video








Source de la video :  technique alexander video




Source (et autres) PDF :  APTA
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