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dimanche 5 novembre 2017

Quand la chimie a abandonné la pierre philosophale



La Méthode scientifique  par Nicolas Martin
Quand la chimie a abandonné la pierre philosophale 02/11/2017
Avec Bernard Joly, Professeur émérite de philosophie et d'histoire des sciences à l'université de Lille
Auteur de : Histoire de l'alchimie, Ed. Vuibert, 2013
Commande sur Amazon : Histoire de l'alchimie
Didier Kahn, Directeur de recherche au CNRS
Auteur de Le fixe et le volatil : chimie et alchimie, de Paracelse à Lavoisier, Ed. CNRS, 2016
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Un bref parcours d'histoire de l'alchimie par Didier Kahn (ENS, Paris, 2016)




La Marche des sciences par Aurélie Luneau
Les secrets de l’alchimie : de la science à l’ésotérisme 12/09/2013
Avec Bernard Joly, Professeur émérite de philosophie et d'histoire des sciences à l'université de Lille

* * *

MAJ de la page : Eugène Canselier



Interview de Eugène Canselier, L'Alchimie (INA)



Interview de Eugène Canselier, L'art du Vitrail (TF1)
 

jeudi 10 mai 2012

Mutus Liber ou Le Livre muet




Commentant la première planche du Mutus Liber (deux anges sur une échelle sonnent de la trompette pour réveiller un homme endormi, la tête appuyée sur un rocher), E. Canseliet y voit le symbole de l'éveil spirituel rendu d'autant plus fracassant que "l'homme sommeille d'ordinaire si profondément, que les strideurs répétées de toutes les trompettes des anges du ciel ne suffiraient pas pour l'éveiller à la vision exacte des choses de la Terre", que cet éveil est aussi celui du minéral "plongé dans l’assouplissement très voisin de la mort, et qui doit subir un violent choc d'ondes, duquel fournissent parfaitement l'expression symbolique le cri, la clameur, le son perçant des cuivres" (Eugène Canseliet, Commentaires au Mutus Liber, p. 71).
Extrait de : Françoise Bonardel, Philosophie de l'Alchimie - Grand œuvre et modernité, Ed. PUF, 1993.


Bibliographie :
Magophon, Hypotypose au Mutus Liber (1914), paru dans : Limonjon de Saint Didier, Le triomphe hermétique, Ed. Denoel, 1971.
Magophon, Les Nobles Ecrits de Pierre Dujols et de son frère Antoine Dujols de Valois, Ed. Le Mercure dauphinois,
Eugène Canseliet, Mutus Liber (17e), L'Alchimie et son Livre muet,  Ed. Jean-Jacques Pauvert, 1967.
En ligne :
Mutus liber en couleur : bnam (PDF) et en encarté en bas de page.
Magophon, Hypotypose : bnam  (PDF) et en encarté en bas de page.
Source : Bibliothèque numérique Alchimique du Merveilleux : bnam


Le Mutus Liber  se compose de quinze planches d’emblèmes, les unes véridiques, les autres sophistiques, et disposés dans un de ces beaux désordres qui, suivant le précepte de Boileau, est un effet de l’art.



LA PREMIERE, qui sert de frontispice, est vraiment capitale. De sa compréhension dépend tout le succès de l’Œuvre. On y voit, dans un cartouche formé de deux rosiers entrelacés, un homme endormi sur un roc où végètent des kermès rabougris. Une eau limpide s’en épanche avec des reflets métalliques. A côte du dormeur, sur une échelle - l’Escalier des Sages - deux anges sonnent de la trompette pour le réveiller. Au-dessus, un ciel nocturne propice au repos : les étoiles brillent et la lune découpe sa corne d’abondance. (...)
L’Homme endormi est le sujet de l’Œuvre. Quel est ce sujet ? (...)





LA SECONDE PLANCHE n’est pas dans l’ordre des opérations. Elle représente l’œuf des philosophes, et pourtant rien, jusqu’ici, n’a pu faire connaître les éléments qui doivent le composer. Pour en donner une idée, nous devons enjamber délibérément un certain nombre de symboles. 
Tout œuf comprend un germe - la vésicule de Purkinje qui est notre sel; le jaune, qui est notre soufre, et l’albumine, qui est notre mercure. Le tout est enfermé dans un matras qui correspond à la coquille. Les trois produits sont personnifiés ici par Apollon, Diane et Neptune, le Dieu des eaux pontiques. 
La tradition veut que ce matras soit - contenu dans un second, et celui-ci renfermé dans un troisième fait du bois d’un vieux chêne. (...)


LA PLANCHE TROIS n’est pas davantage à sa place. Elle nous conduit dans l’empire de Neptune. On voit s’ébattre dans ses ondes le dauphin cher à Apollon, et des pêcheurs sur une barque qui tendent leurs engins. Dans une autre nef, un homme est allongé dans une pose nonchalante. Dans le seconde cercle, un paysage, avec, d’un côté, un bélier; de l’autre, un taureau, que nous retrouverons plus loin et étudierons en un moment plus opportun. Dans le bas, à gauche, une femme tenant un panier qui est le symbole de la lanterne grillagée des philosophes; à droite, un homme jetant sa ligne dans la mer qui se trouve dans le troisième cercle (celui qui renferme les deux autres). Le troisième cercle est animé par un vol d’oiseaux à gauche; une sirène au bas, et Amphitrite dans le haut. En marge, le soleil et la lune, et planant sur cette scène nautique, Jupiter porté par son aigle. Toute cette figuration a pour but de démontrer que l’opérateur doit déployer toutes ses facultés et mettre en œuvre toutes les ressources de l’art pour capturer le poisson mystique, dont parle d’Espagnet. (...)


LA QUATRIEME PLANCHE montre comment s’opère la collection du flos coeli . Des draps sont tendus sur des piquets pour recevoir la rosée céleste. Au-dessous, un homme et une femme en opèrent la torsion pour en exprimer la divine liqueur, qui tombe dans un grand vase disposé à cette fin. A gauche, on voit le Bélier; à droite, le Taureau. 
Le flos coeli a mis à la torture l’esprit des mauvais souffleurs. Les uns y ont vu une sorte d’influx magique, car pour ceux-là, la magie est une puissance surnaturelle acquise par le concours des esprits, bons ou mauvais. Les autres, plus réalistes et plus rapprochés du vrai, y ont reconnu la rosée matinale. Le flos coeli est appelé, en effet, l’eau des deux équinoxes, d’où l’on a déduit qu’il s’obtient au printemps et a l’automne et est un mélange des deux fluides. Certains, se croyant plus avisés, allaient recueillir ce mystérieux produit dans une sorte d’algue ou de lichénoïde dont le nom vulgaire est le nostoc. Dans les Sept Nuances de L’Œuvre philosophique, Etteilla, qui valait peut-être mieux que sa réputation, semble avoir obtenu quelque résultat satisfaisant d’une mousse analogue; mais il faut lire son opuscule avec de bonnes lunettes. 
Les Rose-Croix s’appelaient les Frères de la Rosée cuite, au témoignage de Thomas Corneille, bon hermétiste ainsi que son frère, le grand tragique. Néanmoins, Philalèthe raille dédaigneusement les collecteurs de rosée et d’eaux de pluie, dans  lesquelles, nonobstant, l’abbé de Valmont reconnaît quelque vertu. 
Au disciple de se faire une opinion d’après son propre jugement. Mais il est hors de doute qu’un agent tenu secret, dit « Manne Céleste », joue un rôle important dans le travail. (...)


LA CINQUIEME PLANCHE initie le disciple aux opérations de laboratoire. On y assiste à une suite de manipulations variées. Il est visible qu’il s’agit de la coction de la liqueur récoltée dans la planche précédente. Un homme et une femme la versent ostensiblement dans un pot mis sur le feu. Dans la figure au dessous. L‘homme y ajoute un produit visqueux et tient, de l’autre main, une substance qu’il n’est pas difficile de découvrir, si l’on songe que l’œuf d’Hermogène est analogue aux autres. Sur le même plan à côté, un personnage nu, décoré d’une demi-lune et accolé à un enfant, reçoit un flacon où se remarquent quatre petits triangles. Ils représentent les proportions des éléments mis en œuvre, à savoir un de soufre pour trois de mercure. Le corps lunaire intervient dans cette opération; il est indiqué par un écu portant une lune d’argent sur champ de gueules. 
La Lune des philosophes n’est pas toujours l’argent, encore que ce métal convienne au travail à un certain moment. Pour dérouter le profane, les Adeptes donnent ce nom au mercure et à son sel, dont la préparation présente les plus grandes difficultés. Pour que le mercure soit propre aux opérations, il est indispensable de l’animer. Cette animation se fait au moyen du soufre préparé à cet effet. On trouvera dans Philalèthe des indications pratiques qui, néanmoins, ne doivent pas être toujours suivies mot à mot. II est exact, cependant, qu’il faille purger le mercure de ses éléments hétérogènes en séparant le pur de l’impur, le subtil de l’épais. On voit, dans cette planche, la femme qui se dispose à écumer le compost. C’est une présentation changée du travail, mais exacte au fond. Dans l’Œuvre, c’est l’élément féminin, en effet, qui opère la sélection par ses vertus constitutives; mais l’artiste doit y prêter la main et seconder la nature avec prudence. (...)


LA PLANCHE SIX  est la continuation de la cinquième. On remarquera que les opérations y sont toujours effectuées par un homme et par une femme symbolisant les deux natures. L’action extérieure de ces agents indique le travail intérieur des corps réagissant l’un sur l’autre. Dans la première figure, l’agent féminin joue un rôle passif, et l’agent masculin un rôle actif. Celui-ci est le soufre; celle-là, la lune. 
On désirera savoir, sans doute, quel est ce soufre mystérieux dont parlent toujours les philosophes, sans autrement le désigner. C’est le soufre des métaux. Le secret de l’art consiste à l’extraire des corps mâles pour l’unir aux corps femelles, ce qui suppose leur décomposition préalable. La science actuelle semble considérer ce fait comme une impossibilité absolue. De grands chimistes du XVIIIe siècle ont démontré, dans des communications adressées aux corps académiques, que l’opération est réalisable et qu’ils l’avaient réalisée. Nous avons en mains un magnifique soufre d’argent obtenu par un moyen analogue et qui se rapproche beaucoup de la teinture des Sages. Mais, pour arriver à ce résultat, il faut une certaine pratique et une connaissance approfondie du règne minéral. 


LA SEPTIEME PLANCHE est très importante, mais elle est difficile à comprendre. Nous retrouvons ici 
les quatre petits triangles qui indiquent les rapports déjà expliqués; mais nous arrivons à une opération délicate, car c’est ici que Saturne dévore son enfant. On connaît la fable de Saturne et de Jupiter. Qu’est-ce que Saturne et qu’est-ce que Jupiter? La nomenclature chimique, qu’on trouve chez les  auteurs, vous fera connaître à quels métaux conviennent ces deux noms. Mais nous ferons remarquer, en toute conscience, que le Saturne et le Jupiter des Sages ne sont pas les mêmes que ceux des chimistes profanes. Qu’on y prenne garde, et que l’on n’aille pas faire de la soudure de plombier ou de ferblantier. Nous ne travaillons pas sur des produits bruts, et encore qu’ils soient tous empruntés à la famille des métaux, ils ne sont propres à 
l’œuvre qu’après avoir subi une préparation qui les rend « philosophiques ». 
Si l’on adopte la voie humide, on procédera selon l’art en mettant en contact nos deux éléments, de telle sorte que l’un absorbe l’autre, ce qui donnera un produit nouveau qui tiendra des deux, sans qu’il soit possible désormais d’en faire l’analyse de manière chimique. La voie sèche suppose, évidemment, une combinaison obtenue par un procédé adapté à la nature des corps. Mais qu’on ne mélange pas les deux voies: les liquides s’unissent aux liquides, et les solides, aux solides. (...)


LA HUITIEME PLANCHE nous fait voir le mercure des philosophes réalisé, tandis que la planche deux n’en présentait que les éléments constitutifs. Il est le produit du Soleil et de la Lune qui sont à ses pieds. Les aigles volent autour de lui parce qu’on lui fait subir dans le matras les sublimations nécessaires, ce qui est indiqué au bas de la planche par l’athanor ou l’on a mis l’œuf à incuber. 
Le mercure des philosophes, animé et sublimé selon les règles, doit circuler longtemps dans le vase avant de produire les heureux effets qu’on attend de lui. Mais il y a plusieurs mercures dans l’œuvre, et Philalèthe en signale un second, tout particulièrement, sous le nom de lait de vierge. Celui-ci diffère du premier en quelque chose, bien qu’ils soient tous les deux de même essence. Philalèthe, Ripley et d’autres vont jusqu’à dire qu’il s’agit du mercure commun. Basile Valentin, au contraire, le bannit avec malédiction. Certains ont cru que le lait de vierge pouvait être obtenu par une combinaison des deux. Nous connaissons un artiste qui a réalisé ce tour de force pour le plaisir de vaincre la difficulté, sans prétendre en tirer d’autre conséquence. Nous sommes donc en mesure de certifier l’opération comme réalisable, ce qui n’implique pas que nous adhérions à son emploi dans la pratique. II faut accueillir avec la plus grande réserve tous les noms bizarres imposés par les philosophes à certains ingrédients. Ces différentes épithètes ne servent qu’à déguiser la suite des opérations. De telle sorte que le même produit, suivant qu’il est ou n’est pas exalté, porte tel nom ou tel autre. Et il est vrai, après tout, que l’alcool, bien qu’extrait du vin, en diffère et par le nom, et par l’aspect, et par la puissance, et par les effets, de même que le vin diffère du raisin, d’ou il est tiré...  


LA NEUVIEME PLANCHE  nous ramène au flos coeli. Pourquoi ce retour, et à quoi bon y recourir de nouveau, puisque nous nous en étions approvisionnés? Ce n’est pas que l’auteur du Mutus Liber veuille nous renvoyer à la campagne pour en avoir d’autre; mais il était bien obligé d’en répéter le symbole, du moment que et agent céleste doit entrer dans une nouvelle combinaison. 
Nous voyons, dans une des figures de cette planche, Mercure en train d’acheter un pot de cette eau divine à une paysanne. C’est donc qu’il en a besoin pour quelque usage. Philalèthe prescrit, effectivement, de laver le mercure à plusieurs reprises, de façon à lui faire perdre une partie de sa nature huileuse. Il décrit soigneusement cette opération, qui s’accomplit avec l’eau céleste portée à une certaine température, modérée néanmoins, car il faut un rien de trop de chaleur pour que la partie ignée du flos coeli reprenne le chemin des Astres. Philalèthe est un grand maître, sa parole fait autorité et il présente le travail avec une ingénuité si convaincante qu’aucun soupçon de fraude ne saurait vous effleurer. Mais nous devons éventer ici une ruse: cet auteur a confondu à dessein, dans son ouvrage, la voie sèche et la voie humide. Ce serait donc un tort d’appliquer à une technique ce qui convient à l’autre. Mais, cette remarque faite, nous reconnaissons que l’esprit astral joue un rôle permanent dans les opérations. (...)


LA DIXIEME PLANCHE  représente la conjonction. La première figure expose, dans les plateaux d’une 
balance, d’un côté, le sel indiqué par l’étoile, de l’autre le soufre désigné par une fleur qui, avec le cœur, forme sept pétales. Ce sont les proportions du rapport. Un homme verse sur cette fleur un liquide enfermé dan un flacon. C’est le mercure. II tient, de l’autre main, un autre récipient plein d’esprit astral pour l’utiliser selon le cas. La femme place tous ces produits dans un matras à long col; mais qu’on se rappelle ici ce que nous avons dit du rôle de la femme dans l’Œuvre: les deux agents personnifiés de la sorte sont les matières elles-mêmes, et les divers accessoires qui les accompagnent déclarent leur état d’exaltation. 
A la seconde rangée, l’artiste scelle le matras au sceau d’Hermès. Il en présente le col à la flamme d’une lampe, de manière à ramener le verre à un état pâteux et ductile. Il doit l’étirer ensuite avec précaution de manière à l’amenuiser au point voulu, tout en s’assurant qu’il ne se produit aucune capillarité par ou pourrait s’échapper l’esprit du compost. Les choses en étant là, après avoir sectionné le verre, il en renverse sur elle-même la partie adhérente au matras pour en former un épais bourrelet. Aujourd’hui, cette opération s’exécute très facilement au gaz, à l’aide du chalumeau. 
Quelques praticiens, d’une habileté consommée, emploient un procédé automatique d’une plus grande perfection. Enfin, quel que soit le moyen adopté, l’on place ensuite l’œuf dans l’athanor et la coction commence.


LA PLANCHE ONZE  proclame que l’opérateur est entré dans le régime du Soleil c’est-à-dire qu’il a obtenu l’or des philosophes, qui n’est pas l’or vulgaire. Nous avons déjà parlé de cet or mystérieux. 
Bien que Jupiter joue un rôle nominal dans le processus opératoire, il ne s’agit point du bisulfure d’étain, mais du véritable « or mussif » ou secret. Nous confesserons cependant, en toute vérité, que se n’est pas un produit de la nature, mais de l’art. Des chimistes contemporains qui se sont indûment pris pour compétents, ont cru le rencontrer dans  le vitriol commun, qu’ils se flattaient de rende philosophique. Ils ont mal entendu Basile Valentin. Le stroma de la dissolution de ce sel, considéré par eux comme un « or naissant », n’est qu’un mirage fugace et ne laisse, à l’analyse, que déception. (...)


LA PLANCHE DOUZE nous enseigne comment on peut porter  ce mercure à une échelle supérieure. Il faut, à cette fin, recommencer les imbibitions de flos coeli jusqu’à ce que le mercure, qui en est avide, en soit imprégné à saturation. 


LA TREIZIEME PLANCHE  est une répétition de la dixième, car dans l’œuvre, toutes les opérations se suivent et se ressemblent; mais cette nouvelle conjonction, qui s’opère avec des matières sublimées à l’extrême, n’est autre que le commencement des multiplications. Le travail est le même que celui de la planche dix et, dans la coction, on verra reparaître des couleurs. La durée de celle-ci décroît à mesure que la puissance multiplicative augmente, de telle manière qu’il ne faut, à la fin, qu’un jour pour obtenir le résultat qui, au début, demandait des moins. Les chiffres de cette planche donnent les puissances des transmutations obtenues par les coctions subséquentes


LA QUATORZIEME PLANCHE  est principalement consacrée à l’instrumentation. On y voit le matras scellé hermétiquement avec son bourrelet, tel que nous l’avons décrit; le mortier et le pilon pour les broyages; la cuillère à écrémer; les balances pour déterminer les justes  poids; le fourneau des premières opérations avant l’emploi de l’athanor. 
Nous rappelons qu’il faut entendre les broyages, la décantation, l´écrémage et tout le reste d’une manière philosophique, encore qu’une trituration, un décantage et écrémage soient positivement nécessaires pour rendre les matériaux propres au travail; mais, par suite, ces opérations se font d’elles-mêmes et, pour ainsi dire, automatiquement par la réaction des corps les uns sur les autres. 
Le disciple devra méditer profondément sur la femme à la quenouille, et la suivre avec sagacité dans ses manipulations; elles ne sont pas indifférentes et tout y parle au vrai fils de science. Nous ne pouvons ici transgresser les volontés de l’auteur, qui témoigne de son dessein bien arrêté de laisser le symbole exprimer seul toute sa pensée. Si ces lignes tombent sous les yeux d’un Adepte, il approuvera notre réserve, qui frise pourtant l’indiscrétion. Mais, pour le surplus, qui potest capere capiat. 


LA QUINZIEME ET DERNIERE PLANCHE représente l’apothéose de Saturne, victorieux de son fils Jupiter qui l’avait détrôné, et gît, inerte, sur le sol. C’est la solarisation du plus vil des métaux, sa résurrection et sa glorification dans la lumière. Les deux branches d’églantier du frontispice sont chargées de baies rouges et de  baies blanches remplies de semences actives dont chacune a le pouvoir de muer en or ou en argent tous les métaux impurs. De soi-disant mystiques - qui nient la possibilité de l’œuvre métallique et n’ont trouvé dans les allégories des philosophes qu’un traité d’ascèse dont ils seraient fort embarrassés d’expliquer chaque symbole - ces pseudo-mystiques voient dans cette planche une image de la résurrection de l’homme et de son retour dans la patrie céleste, et ils s’extasient béatement sur cette découverte qu’ils ne sont pas loin de considérer comme géniale. 

Mais si nous redevenons pur esprit, c’est donc que notre corps en renfermait l’essence sous sa forme grossière et, dans ces conditions on ne saurait refuser aux métaux les mêmes propriétés. L’esprit ou le feu est partout si froid en apparence, dans les métaux qu’on transforme en fulminates inflammables et détonants au moindre choc. Or, la transmutation est un phénomène qui fait passer l’espèce, du plan inférieur au plan supérieur, au moyen d’un agent spirituel, véritable semence nommée poudre de projection. Ce produit merveilleux s’obtient par la mort et la putréfaction réelle d’une substance métallique, laquelle, transfiguré, à la propriété de modifier à son tour les êtres de sa nature. Ceux-ci, sous son action, subissent de même une mort et une résurrection promptes, qui les élèvent à leur plus haut degré de dignité. Les Hermétistes comparent cette transformation à celle du blé. Le grain se corrompt dans la terre, assimile les éléments grossiers du sol et, par le travail d’une longue digestion, les mue en pur froment dans le rapport de cent pour un. Cette digestion est plus ou moins activée par l’ambiance. Dans certains climats, la moisson a lieu trois mois après les semailles, et sous le tropique, la végétation a quelque chose de presque instantané. Il est donc tout à fait rationnel qu’un ferment doué d’une grande puissance et projeté dans les corps soumis à une température élevée, puisse les faire évoluer avec une rapidité qui tient du prodige. 

L’évolution est la loi de la vie: le minéral devient végétal et le végétal animal, par voie d’intussusception; mais ce transit est subordonné à la médiation d’un agent extérieur, plante ou bétail.  Si  donc  les  métaux  sont  admis  de  la  sorte  à  passer  d’un  règne  dans  l’autre,  avec  l’aide  d’un élément approprié, il est plus logique encore qu’un certain or parfait et quintessencié, ramené à son état radical et spermatique, ait la vertu d’exalter et de convertir en lui-même ses homogènes. N’est-ce pas ainsi que le germe humain, en gestation, assume et transforme la substance des être d’une origine moins noble? La nutrition est une métamorphose continue. De même que, dans les trois règnes, tout converge vers l’homme, dans les minéraux, tous aboutissent à l’or. Mais il n’en faut point déduire que la nature, à la longue, fasse de l’or avec du plomb. Elle a besoin, pour cet effet, du secours de l’art, c’est-à-dire du ferment magique qui en opère la transmutation. 

L’or est appelé de soleil, car en grec, αυρ est la lumière; il est le ciel des métaux, la spiritualisation de l’espèce. Les métaux deviennent donc or comme, à certains égards, notre corps devient esprit par le travail de la fermentation posthume. La putréfaction, nauséabonde et hideuse, est pourtant la prestigieuse fée qui opère tous les miracles du monde. C’est une grossière erreur de croire que, chez l’homme, l’âme abandonne le corps avec le dernier souffle. Elle est elle-même entièrement chair, car la matière est une modalité de l’esprit à différents états sous la dépendance d’une étincelle majeure et plus subtile, qui est le Dieu de chaque organisme et si la Science nie la réalité de l’esprit parce qu’elle n’en a jamais trouvé trace, elle déshonore son nom. Un cadavre, rigide et glacé, n’est nullement mort au sens absolu. Une vie intense, mais inconsciente heureusement et sans réflexes sensibles, continue dans la tombe, et c’est de cet horrible et plus ou moins long combat - qui est le Purgatoire des Religions - que la matière, distillée, sublimée, transmuée et vaporisée par l’action du Soleil, s’élance dans le plan amorphe, qui a ses degrés depuis l’air jusqu’à la lumière élémentaire et de celle-ci au feu principe où tout finit par se résoudre et d’où tout émane à nouveau. 

Nous croyons avoir accompli notre tâche avec toute la probité requise, et fait luire quelques clartés nouvelles dans un domaine obscur. Au disciple, maintenant, de parachever l’Œuvre. Quant à ceux qui prétendent acquérir la Sagesse sans mérite et seulement de quelque obole vile et méprisable, nous leur disons, comme le saint Jérôme de la légende au riche et désœuvré Cratus: « La Philosophie ne vous est pas idoine ». 
Pour vous, fils de science, souvenez-vous du signe éloquent que vous adressent les figures terminales de la quatorzième planche, et de la glose qui clôt le Mutus Liber: Si vous avez compris, travaillez dans le silence et fermez quelque temps encore la bouche sur le Mystère. 
Extraits de : Magophon, Hypotypose







mercredi 9 mai 2012

Jean Julien Champagne


Jean Julien Champagne (1877-1932) est surtout connu comme étant l'illustrateur des ouvrages parus sous le nom de Fulcanelli (et préfacés par Eugène Canseliet.)

D’origine modeste - son père était cocher - Julien s’intéresse certes très tôt à l’alchimie, et, séduit par les textes anciens, entreprend dès l’âge de seize ou dix sept ans d’œuvrer au laboratoire, si l’on en croit Robert Ambelain. Mais sa formation est essentiellement celle d’un étudiant des Beaux Arts, alors que Fulcanelli était ingénieur, et peut-être Polytechnicien. Champagne entre ainsi à l’Ecole de Paris, en 1893, dont il sortira diplômé en 1900. Il est alors l’élève du peintre académique Léon Gérôme, resté célèbre pour s’être opposé aux impressionnistes, et s’être attiré pour cela les foudres d’un certain Emile Zola.
Source (et suite) du texte : thot arqa





Julien Champagne dans son laboratoire (1927)


Source (et analyse) des images : La Rue alchimique / Archer Julien Champagne

Bibliographie :
- La vie minérale (1908), Ed Les 3 R, 2011
- 36 illustrations dans : Fulcanelli, le Mystère des Cathédrales, et 40 illustrations dans : Les Demeures philosophales
voir l'entrée : 
Fulcanelli
Etudes :
Robert Ambelain, Jean-Julien Champagne, alias Fulcanelli, La Tour Saint-Jacques, IX, numéro spécial Parapsychologie, 1962.
Geneviève Dubois, Fulcanelli dévoilé, Dervy, 1996.
Evelyne Segaud, Pourquoi Champagne était Fulcanelli, L’auteur, 2001. 
Blogue dédié : Archer Julien Champagne / La rue de l'alchimie






Medecine philosophale (1908)

Le principe de l'analogie et de l'unité matérielle dans la Nature, sans distinction de règne ou de classe, était connu dès la plus haute antiquité. 
Nous le retrouvons en entier dans les débris de l'oeuvre du Trismégiste, prêtre d'Egypte et père de l'Hermétisme. Est-il l'auteur de cette théorie à la fois simple, large et hardie ? - On ne sait pas. Quoi qu'il en soit Hermès passe pour avoir créé la Philosophie à laquelle sont nom reste attaché, et Aristote (un disciple de Avicenne) nous fais le plus grand éloge de son génie. 
D'admirables découvertes devaient bientôt sortir de leurs laboratoires. Que de corps, inconnus de nos jours, firent leur apparition soudaine sous le feu des souffleurs, dans les oeufs de verre des primitifs athanors, sur les voûtes des curcubites pansues ! Que de fortunes sortirent de leurs creusets, que de satisfactions, de joies, d'espoirs enfin réalisés prirent corps à l'issue de lentes digestions, des coctions interminables. 
Siècles d'or, apogées des transmutations, périodes de rêve où la Chimère anoblissait tout, hélas ! ces temps ne sont plus ! ...
Le moyen âge nous légua, sans coupure comme sans omission, mais avec l'appoint de fais nouveaux et le témoignage de magistrales expériences, cette grande et simple conclusion des travaux les plus divers, des entreprisses les plus hardies : l'Energie-matière, unique, identique dans les trois règnes et à jamais vivante. 
Extrait de : La vie minérale
Commande : Ed. les 3 R
Source du texte : Archer Julien Champagne

Femme dans un matras (1908)

L’exquise et pure création qu’incarne cette jeune femme, c’est-à-dire la Pierre ou la Médecine Philosophales, prend naissance, se dégage et s’élève de la masse vitreuse qui est le matras de la coction finale, selon les Adeptes inscrits en lettres d’or, sur deux colonnes, à l’intérieur et de chaque côté de la composition. Certes nul autre document ne pouvait mieux s’offrir, en frontispice, à notre livre revu et très abondamment augmenté, ainsi qu’à la série magnifique de ses images en couleurs, que l’allégorique tableau duquel Fulcanelli ordonna la pensée, et Julien Champagne fut le réalisateur fidèle et prestigieux, il y aura bientôt soixante dix années. Nous utilisons à son heure, et sans doute selon que cela devait être, cet important témoignage philosophique qui consiste donc en une peinture à l’huile et exécutée sur toile et mesurant 57 sur 81 centimètres...
Eugène Canseliet.
Source du texte (avec une analyse de la peinture) : La rue alchimique

 ***
Blason de Fulcanelli

"Sur champ de gueules, cette céréale /un épi de blé/ surmontant l'hippocampe, tous deux d'or et issant de champagne (*) de même." Eugène Canseliet
(*) le champagne désigne le tiers inférieur du blason
Le Blason figurant à la fin du Mystère des Cathédrale serait, pour les tenants de la thèse Fulcanelli = Julien Champagne, un signe laissé par l'auteur. Hubert étant le prénom donné à Jean Julien Champagne par les membres de sa famille (et mentionné sur son acte de décès). 
Une autre "preuve" serait apportée par un croquis et deux dédicaces. 


Julien Champagne par Eugène Canseliet (1921)

Autoportrait (1930)

Croquis de Julien Champagne par René Schwaler de Lubicz
avec la mention à son dos "Fulcanelli" (1930)

Dédicace de Julien Champagne (1926)

Dédicace de Julien Champagne (1926)

Fin du manuscrit "La vie minérale" (1908)

Tombe de Julien Champagne 
"Apostolus Hermeticae Scientae"

L'écriture montre que l'auteur de "La Vie minérale", Julien Champagne, est aussi celui des deux dédicaces (du Mystère des Cathédrales), donnée à René Schwaller de Lubick et Jules Bouchet. A.H.S.pour Apostolus Hermeticae Scientiae (Apôtre de la Science Hermétique) expression qui se retrouvera sur sa tombe. 
Selon Robert Ambelain,  Julien Champagne était appelé "mon maître" par Eugène Canseliet lorsque ceux-ci se présentaient chez l'éditeur des Fulcanelli, Jean Schemit. 
Source des images : le miroir alchimique

Révélation ou canular de la part de l'illustrateur ? 
Eugène Canseliet rejette explicitement cette identification (pour préserver le mythe ?)
Une autre hypothèse consiste à faire de Julien Champagne l'un des co-auteurs des ouvrages parus, "Fulcanelli" n'étant alors qu'un prête nom à une oeuvre collective. Le mystère demeure...
  


vendredi 4 mai 2012

Eugène Canseliet


Qui était vraiment Eugène Canseliet - Alchimiste et unique disciple de  Fulcanelli ? Si pour beaucoup Canseliet restera dans l’histoire de l’Alchimie comme celui qui, en 1922, sous la direction de son Maître, opéra une transmutation de plomb en cent vingt grammes d’or, dans l’usine à gaz de Sarcelles ; pour les autres, les connaisseurs et les érudits, le disciple de Fulcanelli est avant tout un « passeur », un témoin exceptionnel d’une histoire magique et d’une époque révolue qui prend désormais ancrage dans la Belle Epoque, autour du célèbre cabaret du Chat Noir de Rodolphe Salis et des salons huppés de l’avenue Montaigne de la Famille de Lesseps. Né le 18 décembre 1899, à Sarcelles, Eugène Canseliet s’est éteint en 1982, après plus de soixante années ininterrompues entièrement consacrées à la philosophie Hermétique, au symbolisme Traditionnel, à l’écriture quasi quotidienne ainsi qu’à la pratique assidue, au fourneau, de l’Alchimie ancestrale, dont il n’a cessé durant toutes ces années de vanter la haute métaphysique. Celui que l’on nommait à la fin de sa vie : « le Maître de Savignies » fut, sans doute, non seulement le rédacteur privilégié de Fulcanelli pour « Le Mystère des Cathédrales » et « Les Demeures Philosophales » mais aussi le préfacier reconnu de ces mêmes ouvrages. Canseliet a durant toute sa vie pratiqué l’Alchimie, selon la formule consacrée, comme une « Science de la Vie » et écrit outre ses ouvrages de référence des centaines d’articles sur cette pratique dans de très nombreuses revues, a également aidé et guidé de multiples adeptes tentant le Grand Œuvre, tous alchimistes, qui furent à bien des égards, sinon des disciples, tout au moins sa succession philosophique, car il ne pouvait en être autrement – La Tradition Hermétique qui est avant tout transmission se doit de laisser couler la source et l’énergie, partout en son mystère - « si Dieu le feu ».
Extrait de : Cedric Mannu, Eugène Canseliet
Source du texte (et commande du livre) : Ed. Arqua

A l'exemple de tous ses devanciers, Fulcanelli, de qui nous sommes l'unique disciple, a voilé sa personnalité avec un tel soin, qu'il en reste, même pour nous, bien des côtés ignorés. Dans l'étroit souci d'un état civil rigoureux, certains s'entêtent à substituer le nom, réel selon eux, au pseudonyme philosophique, tandis que d'autres, en des affirmations purement gratuites, voire en des prétentions évidemment mensongères, tentent, pour leur profit, d'accréditer une figure banale de l'homme disparu, pauvrement adaptée à leur propre valeur.
Notamment s'applique-t-on à répandre que Fulcanelli n'était autre que Pierre Dujols, bibliophile et érudit parisien, décédé au printemps de 1926, - c'est-à-dire cinq années avant que paraisse Les Demeures Philosophales, - avec qui nous n'eûmes jamais la moindre relation, quoiqu'il est été l'ami intime de Julien Champagne. C'est également au dessinateur que, d'autre part, on attribue la paternité des deux ouvrages, qu'il illustra avec autant d'intelligence que de talent et de scrupuleuse habileté. Mort peu après, en août 1932, on a cru, sans raisons sérieuses et à tort assurément, que cet artiste remarquable avait succombé à des pratiques d'envoûtement; il est certain qu'il fut victime d'une affection atroce, qui le retint, pantelant et perclus, pendant près de deux ans, dans ce sixième étage de la rue de Rochechouart, où nous avions tous deux, en manière d'atelier et de laboratoire, nos mansardes laborieuses. Il y a encore ceux qui pensent que nous soyons nous-même l'auteur caché sous le nom de Fulcanelli, sans prendre garde à notre jeunesse, peu compatible avec la maturité littéraire et scientifique, qui se dégage, par exemple, du Mystère des Cathédrales, publié, le premier, alors que nous avions à peine 27 ans. (...)
Extrait de : Deux Logis
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Bibliographie :
- Deux logis alchimiques, en marge de la science et de l'histoire, Ed. Jean Schemit, 1945. Nouvelle édition augmentée Jean-Jacques Pauvert, 1979.
- Alchimie, études diverses de symbolisme hermétique et de pratique philosophale, Ed. Jean-Jacques Pauvert, 1964, Nouvelle édition revue et augmentée, Jean-Jacques Pauvert, 1978, rééd. Ed. Trédaniel, 2007.
- L'Alchimie expliquée sur ses textes classiques, Paris, Jean-Jacques Pauvert, 1972, rééd. 1988.
Traduction, introductions et commentaires :
Basile Valentin, Les douze clés de la philosophie (1600), Ed. de Minuit, 1956.
Mutus Liber (17e), L'Alchimie et son Livre muet,  Ed. Jean-Jacques Pauvert, 1967.
Limojon de Saint-Didier, Le Triomphe hermétique ou la Pierre philosophale (1690), Ed. Denoel, 1971.
Nicolas Flamel, Le livre des figures hiéroglyphiques, Le sommaire philosophique, Le désir désiré, Ed. Denoel, 1970.
Articles :
Cyrano de Bergerac philosophe hermétique, dans les Cahier d'Hermès no 1, 1947. En ligne : sophia
L'hermétisme dans la vie de Swift et dans ses voyages, Ed. Fata Morgana, 1983.
Liste de tous les articles, comptes rendus et présentation dans les Revues "Initiation et Science" et "Atlantis" sur le site : canseliet 1 / 2
Préfaces :
Fulcanelli, Le Mystère des Cathédrales, rééd. Martino Fine Book, 2011.
Fulcanelli, Les Demeures philosophales, 2 tomes, rééd. Jean-Jacques Pauvert, 2001.
René Alleau, Aspect de l'alchimie traditionnelle, 1953.
Elie-Charles Flamand, Érotique de l'Alchimie, Ed. Le courrier du livre, 1989.
Marcel Moreau, La tradition celtique dans l'art roman, Ed. Courrier du livre, 1995.
Etudes :
Collectif, La Tourbe des Philosophes, "Hommage aux 80 ans de Eugène CANSELIET", n°10, Grenoble, Éditions de la Tourbe.
Robert Amadou, Le Feu du Soleil, Entretien sur l'Alchimie avec Eugène Canseliet, Éditions Pauvert, 1978
Cédric Mannu, Eugène Canseliet - Philosophe hermétique (1899-1982), sujet de la maîtrise, Paris IV la Sorbonne, Ed. Arqua,
Blogue dédié : canseliet



Canseliet, laboratoire (1921).
Notre petit laboratoire du premier étage de l'usine de Sarcelles, dans l'été de 1921.
C'est là, dans cette usine de la compagnie Georgi et la petite chambre du premier étage, où venait de mourir notre père, devant la salle des épurateurs, que nous effectuâmes la transmutation fameuse, il y a eu, cette année, juste un demi-siècle. 
Notre modeste laboratoire dans lequel eut lieu la projection mémorable, sous la direction de Fulcanelli et devant deux témoins. Ceux-ci furent Gaston Sauvage, chimiste chez Poulenc, et l'excellent peintre Julien Champagne qui, depuis plus de dix années, était au service du Maître.
Source du texte : archer julien champagne


Quand à Fulcanelli, vivant, il l'est certainement... Le temps ne compte pas... Il m'est arrivé de le revoir en 1951 et de découvrir le lieu secret où il se trouve. Je voyageais en Espagne, non loin de Séville, où j'étais l'hôte d'amis possédant une belle demeure avec terrasse et double escalier donnant sur le parc. Je sentis tout de suite Fulcanelli dans l'ambiance. Surtout lorsque je découvris de ma fenêtre - ajoutant encore au charme du tableau - la présence d'un bambin d'environ dix ans et d'une petite fille, qui semblaient descendus d'un tableau de Vélasquez. Un poney et deux lévriers les accompagnaient. Mais, après une de ces longues nuits de travail dont je suis coutumier, la découverte que je fis me parut plus persuasive encore : dans une grande allée au feuillage dense, une jeune femme, une reine, s'avançait, portant le collier de la Toison d'or et suivie d'une duègne. Tout cela très vif, très lumineux. La jeune femme me fit un chaud signe de tête, et j'étais sûr que Fulcanelli me soufflait : "Tu me reconnais ?" A quoi je répondis : "Oui." Mais comment traduire de telles certitudes...
Entretien avec le journaliste Henri dans la revue Le Grand Albert (n 1).
Cité dans : Patrick Rivière, Fulcanelli, Ed, De Vecchi, 2000.


L'Alchimie est, spirituellement, la volonté d’élévation, de progression constante et, physiquement, l’extraction du suc, de la saveur; elle satisfait le besoin de la spéculation, de l’expérience, aux aspirations de l’esprit et de la matière. Le désir de la quête alchimique répond à un état de conscience, découlant, pour l’homme, du phénomène d’harmonie qui peut s’établir entre le rythme de son âme et celui de l’âme universelle. Ainsi la créature peut-elle échapper à la sphère limitée, ô combien décevante, de l’individu et de sa collectivité. (...)

Suite de l'article dans l'encadré ci-dessous. 

Interview (55 mn) de Eugène Canseliet par Jacques Chancel (Radioscopie 23/06/78) :







jeudi 3 mai 2012

Fulcanelli


Sous le nom de Fulcanelli (1839-) parurent Le Mystère des cathédrales en 1926, et Les Demeures philosophales en 1930. Ces ouvrages se proposent de décrypter la symbolique alchimique de plusieurs monuments, comme la cathédrale Notre-Dame de Paris, la cathédrale d'Amiens, ou l'Hôtel Lallemant de Bourges. (...)  Quant à l'identité de Fulcanelli, plusieurs hypothèses ont été émises concernant la personne cachée sous ce pseudonyme, lequel paraît être une combinaison des noms Vulcain et Élie.
Source (et suite) du texte : wikipedia

L'Auteur de ce livre n'est plus, depuis longtemps déjà, parmi nous. L'homme s'est effacé. Seul, son souvenir surnage. J'éprouve quelque peine à évoquer l'image de ce Maître laborieux et savant, auquel je dois tout, en déplorant, hélas ! qu'il soit parti si tôt.
Pouvait-il, arrivé au faite de la Connaissance, refuser d'obéir aux ordres du Destin ? - Nul n'est prophète en son pays. - Ce vieil adage donne, peut-être, la raison occulte du bouleversement que provoque, dans la vie solitaire et studieuse du philosophe, l'étincelle de la Révélation. Sous l'effet de cette flamme divine, le vieil homme est tout entier consumé. Non, famille, patrie, toutes les illusions, toutes les erreurs, toutes les vanités tombent en poussière. Et de ces cendres, comme le phénix des poètes, une personnalité nouvelle renaît. Ainsi, du moins, le veut la Tradition philosophique. (...)
Eugène Canseliet, préface au Mystère des Cathédrales
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Bibliographie :
- Le Mystère des Cathédrales et l’Interprétation ésotérique des symboles hermétiques du Grand-Œuvre. Préface de E. Canseliet, Ouvrage illustré de 36 planches d'après les dessins de Julien Champagne, Paris, Jean Schemit, 1926, in-8, rééd. Pauvert, Paris, 2002, Martino Fine Book, 2011.
- Les Demeures philosophales et le Symbolisme hermétique dans ses rapports avec l'art sacré et l'ésotérisme du grand-œuvre. Préface de Eugène Canseliet, Ouvrage illustré de 40 planches, d'après les dessins de Julien Champagne, Paris, Jean Schemit, 1930, réédition Pauvert, Paris, 2001, 2 volumes.
Pseudo Fulcanelli :
- Finis gloriae mundi, Londres, éditions Liber Mirabilis, 1999.
Etudes :
Axel Brücker "Fulcanelli et le mystère de la croix d'Hendaye", Ed. Séguier, 2005.
Frédéric Courjeaud Fulcanelli. Une identité révélé, Ed.. Claire Vigne, 1996
Geneviève Dubois : Fulcanelli dévoilé, Ed. Dervy, 1992.
Patrick Rivière : Fulcanelli, collection Qui Suis-je ?, Éditions PARDES
Patrick Rivière, Fulcanelli, sa véritable identité enfin révélée. La lumière sur son œuvre, Éditions de Vecchi.
Richard Khaitzine : Fulcanelli et le cabaret du Chat noir, Éd. Ramuel, 1997.
B. Allieu, B. Lonzième, Index Général de l'Œuvre de Fulcanelli, Éditions les Trois R, Le Mesnil Saint-Denis, 1992.
Jean Artero, Présence de Fulcanelli, Arqa, Marseille, 2008.

Blogue dédié : fullgross


I
La plus forte impression de notre prime jeunesse, - nous avions sept ans, - celle dont nous gardons encore un souvenir vivace, fut l'émotion que provoqua, en notre âme d'enfant, la vue d'une cathédrale gothique. Nous en fûmes, sur-le-champs, transporté, extasié, frappé d'admiration, incapable de nous arracher à l'attrait du merveilleux, à la magie du splendide, de l'immense, du vertigineux que dégageait cette oeuvre plus divine qu'humaine.
Depuis, la vision s'est transformée, mais l'impression demeure. Et si l'accoutumance a modifié le caractère prime-sautier et pathétique du premier contact, nous n'avons jamais pu nous défendre d'une sorte de ravissement devant ces beaux livres d'images dressés sur nos parvis, et qui développent jusqu'au ciel leurs feuillets de pierre sculptés. (...)

PARIS
I
La cathédrale de Paris, ainsi que la plupart des basiliques métropolitaines, est placée sous l’invocation de la benoîte Vierge Marie ou Vierge-Mère. En France, le populaire appelle ces églises des Notre-Dame. En Sicile, elles portent un nom encore plus expressif encore, celui de Matrices. Ce sont donc bien des temples dédiés à la Mère (lat. mater, matris), à la Matrone dans le sens primitif, mot qui, par corruption, est devenu la Madone (lat. ma donna), ma Dame, et, par extension, Notre-Dame.

Franchissons la grille du porche, et commençons l’étude de la façade par le grand portail, dit porche central ou du Jugement.



L' Alchimie ou la Philosophie, Notre Dame de Paris, pilier trumeau.

Le pilier trumeau, qui partage en deux la baie d’entrée, offre une série de représentations allégoriques des sciences médiévales. Face au parvis, - et à la place d’honneur, - l’alchimie y est figurée par une femme dont le front touche les nues. Assise sur un trône, elle tient de la main gauche un sceptre, - insigne de souveraineté, - tandis que la droite supporte deux livres, l’un fermé (ésotérisme), l’autre ouvert (exotérisme). Maintenue entre ses genoux et appuyée contre sa poitrine se dresse l’échelle aux neuf degrés, scala philosophorum, hiéroglyphe de la patience que doivent posséder ses fidèles, au cours des neufs opérations successives du labeur hermétique (pl. II). " La patience est l’eschelle des Philosophes, nous dit Valois, et l’humilité est la porte de leur jardin; car quiconque persévérera sans orgueil et sans envie, Dieu lui fera miséricorde. "
Tel est le titre du chapitre de ce mutus Liber qu’est le temple gothique; le frontispice de cette Bible occulte aux massifs feuillets de pierre; l’empreinte, le sceau du Grand Oeuvre laïque au front du Grand Oeuvre chrétien. Il ne pouvait être mieux situé qu’au seuil même de l’entrée principale.

Ainsi, la cathédrale nous apparaît basée sur la science alchimique, investigatrice des transformations de la substance originelle, de la Matière élémentaire (latin : materea, racine mater, mère. Car la Vierge Mère, dépouillée de son voile symbolique, n’est autre chose que la personnification de la substance primitive dont se servit pour réaliser ses desseins, le Principe créateur de tout ce qui est. (...)


CONCLUSION
Scire. Potere. Audere. Tacere. 
Zoroastre

La nature n'ouvre pas à tous, indistinctement, la porte du sanctuaire.
Dans ces pages, le profane découvrira peut-être quelque preuve d’une science véritable et positive. Nous ne saurions nous flatter cependant de le convertir, car nous n’ignorons pas combien les préjugés sont tenaces, combien est grande la force des préventions. Le disciple en tirera plus de profit, à condition, toutefois, qu’il ne méprise point les œuvres des vieux Philosophes, qu’il étudie avec soin et pénétration les textes classiques, jusqu’à ce qu’il ait acquis assez de clairvoyance pour discerner les points obscurs du manuel opératoire.
Nul ne peut prétendre à la possession du grand Secret, s’il n’accorde son existence au diapason des recherches entreprises.
Ce n’est pas assez qu’être studieux, actif et persévérant, si l’on manque de principe solide, de base concrète, si l’enthousiasme immodéré aveugle de la raison, si l’orgueil tyrannise le jugement, si l’avidité s’épanouit aux lueurs fauves d’un astre d’or.
La Science mystérieuse réclame beaucoup de justesse, d’exactitude, de perspicacité dans l’observation des faits, un esprit sain, logique et pondéré, une imagination vive sans exaltation, un cœur ardent et pur. Elle exige, en outre, la plus grande simplicité et l’indifférence absolue vis-à-vis des théories, des systèmes, des hypothèses que, sur la foi des livres ou la réputation de leurs auteurs,on admet généralement sans contrôle. Elle veut que ses aspirants apprennent à penser davantage avec leur cerveau, moins avec celui des autres. Elle tient, enfin, à ce qu’ils demandent la vérité de ses principes, la connaissance de sa doctrine et la pratique de ses travaux à la Nature, notre mère commune.
Par l’exercice constant des facultés d’observation et de raisonnement, par la méditation, le néophyte gravira les degrés qui mènent au SAVOIR.
L’imitation naïve des procédés naturels, l’habileté jointe à l’ingéniosité, les lumières d’une longue expérience lui assureront le POUVOIR.
Réalisateur, il aura encore besoin de patience,de constance, d’inébranlable volonté. Audacieux et résolu, la certitude et la confiance nées d’une foi robuste lui permettront de tout OSER.
Enfin, quand le succès aura consacré tant d’années laborieuses, quand ses désirs seront accomplis, le Sage, méprisant les vanités du monde, se rapprochera des humbles, des déshérités, de tout ce qui travaille, souffre, lutte, désespère et pleure ici-bas. Disciple anonyme et muet de la Nature éternelle, apôtre de l’éternelle Charité, il restera fidèle à son vœu de silence. Dans la Science, dans le Bien, l’Adepte doit à jamais SE TAIRE.
Extraits de : Le Mystère des Cathédrales
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