Iran : pourquoi une haine si tenace ?
Par Richard Labevière, le 14 octobre 2019 - Proche et Moyen Orient
Il est très curieux de voir l’ensemble des dirigeants européens, dont Emmanuel Macron, reprendre sans la moindre distance la rhétorique américaine – « l’Iran ne doit pas acquérir la bombe atomique » -, comme si l’accord signé le 14 juillet 2015 à Vienne, après plus de quinze années d’âpres négociations, n’avait jamais – oui, jamais – existé ! Et pourtant, cette négociation a été menée, qui plus est, en format « Cinq-plus-un », c’est-à-dire avec les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies (dont les Etats-Unis) et l’Allemagne… Donc, on ne parle pas d’un accord mineur mais bien du résultat de l’une des plus grandes négociations de l’après-Guerre froide.
Cette diplomatie de perroquet – l’Iran ne doit pas, etc. – pose d’autant plus de problème qu’elle ne comporte aucune dimension multilatérale régionale. Ainsi, Israël peut, quant à lui, disposer de quelques trois cents têtes nucléaires sans être l’objet de la moindre critique ni menace, sans être soumis à la moindre inspection de l’Agence internationale atomique (AIEA), puisque qu’il n’a jamais été question que Tel-Aviv signe le Traité de non-prolifération (TNP).
Sans compter qu’en pleine Guerre froide, les Etats-Unis ont effectué des transferts de technologie pour que le Pakistan fabrique sa propre bombe atomique face à une Inde devenue une puissance nucléaire, à l’époque soutenue par l’URSS. Aujourd’hui, et en flagrante violation du TNP – le fait est confirmé par plusieurs agences européennes et arabes de renseignement -, Washington transfert aussi les technologies nécessaires pour que l’Arabie saoudite lance son propre programme nucléaire.
Dans ces conditions, pourquoi l’Iran représenterait-il une menace exceptionnelle, sinon planétaire ? Pourquoi la bombe iranienne serait-elle plus menaçante que les bombes israélienne ou pakistanaise ? La réponse à la question sent – à l’évidence -, plus le pétrole et le gaz que l’uranium enrichi. Et, plus que des considérations directement militaires, ce sont bien davantage des enjeux énergétiques qui dictent l’agenda diplomatique, la rhétorique occidentale, sinon une haine viscérale et incompréhensible envers un Iran diabolisé comme la pire des menaces au monde.
Ainsi, Washington cherche à empêcher, par tous les moyens, l’exportation des hydrocarbures iraniens et russes, comme à ralentir, sinon à saboter les gazoducs qui échappent à son contrôle.
Toute conscience est conscience de quelque chose. Parler de "conscience sans objet" est-ce alors parler pour ne rien dire ?
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mercredi 16 octobre 2019
mercredi 11 juillet 2018
Ingérence françaises au Yemen : honte et manipulation !
Au Yémen, un enfant meurt toutes les dix minutes, victime de "la pire crise humanitaire du monde"
Théâtre d’un conflit qui oppose les rebelles Houthis et une coalition menée par l’Arabie saoudite depuis plus de trois ans, le Yémen est victime de "la pire crise humanitaire du monde" selon l’ONU
Aujourd’hui, le Yémen c’est 27 millions d’habitants, dont huit millions au bord de la famine, deux millions de déplacés et un million affecté par une épidémie de choléra, difficilement contrôlable à cause de la guerre. Depuis plus de trois ans, le pays est enlisé dans un conflit meurtrier entre les rebelles houthis, soutenus par l’Iran chiite, et une coalition menée par l’Arabie saoudite. En plus d’avoir provoqué plus de 10 000 morts et 53 000 blessés, la guerre a entraîné une grave crise humanitaire et sanitaire. La situation est critique : un enfant meurt toutes les dix minutes. En 2017, l’ONU a déclaré que le pays connaissait "la pire crise humanitaire depuis la seconde guerre mondiale" et évoque régulièrement des risques de famine à grande échelle.
Source (et suite) du texte : FranceTVInfo, janvier 2018
Ingérence françaises au Yemen : honte et manipulation !
Par Richard Labévière, le 24 juin 2018 - Proche et Moyen Orient
Chacun de souvient de l’une des photos les plus célèbres de la guerre du Vietnam : ce 8 juin 1972 – dans le village de Trang-Bang – une effroyable bavure est commise par l’aviation sud-vietnamienne, qui combat les forces communistes du Nord aux côtés des Etats-Unis. Mal renseignés, les bombardiers Skyraider se trompent de cible et larguent des bombes au napalm sur un temple qui abrite non pas des Viêt-Congs, mais leurs propres soldats et de nombreux civils.
Kim Phuc – neuf ans – figure parmi les victimes de cette erreur tragique. Alertés par le passage préalable d’un avion de reconnaissance, « Phuc » (c’est son prénom qui signifie « bonheur ») et sa famille voient s’abattre sur eux les bombes incendiaires. Le déluge de napalm – pouvant atteindre les 1 200 degrés Celsius – inflige à la fillette de terribles brûlures. Ses vêtements soufflés, Phuc s’extirpe des flammes, laisse derrière elle ses parents et se retrouve à fuir sur la route 1 de Trang Bang.
À quelques centaines de mètres, le photographe Nick Ut a assisté à toute la scène. Avec un groupe de reporters, il voit des civils surgir de la fumée. Parmi eux, il photographie la grand-mère de Kim Phuc portant dans ses bras le corps inerte d’un petit garçon. Lorsque la fillette parvient à sa hauteur, Nick Ut tire de son sac un quatrième et dernier appareil encore chargé, un Leica M3. Il immortalise la détresse de la petite fille qui répète sans cesse les mêmes mots : « trop chaud ! Trop chaud ! »
« On les massacrait avant de les soigner… », paradoxe des guerres occidentales modernes que Francis Ford Coppola fait dire au capitaine Willard, son héros d’Apocalypse Now, palme d’or au Festival de Cannes en 1979.
Toute proportion gardée, c’est un peu ce que la France éternelle fait au Yémen et s’apprête à faire à la fin du mois à Paris. L’initiative a été annoncée le 10 avril lors d’une visite en France du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane : l’organisation – à Paris – d’un « sommet humanitaire » rassemblant les donateurs susceptibles de se mobiliser au service… du Yémen, les deux co-organisateurs (la France et l’Arabie saoudite), chacun dans sa catégorie étant des co-bélligérants directement impliqués dans cette guerre particulièrement meurtrière, occultée par la propagande quotidienne déversée sur la guerre civilo-globale de Syrie : Bachar al-Assad est un boucher sanguinaire, Mohammed ben Salmane et son homologue émirien étant de joyeux humanistes réformateurs. Défense de sourire !
On croyait être définitivement sorti des inepties néo-coloniales de Bernard Kouchner. Erreur, profonde erreur ! Comme en Syrie, les pays occidentaux aident et arment les jihadistes engagés au Yémen (recrutés par l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis/EAU), sous prétexte d’aide humanitaire et de lutte contre « l’impérialisme iranien ». Nouvelle défense de sourire !
Bref, le 27 juin prochain à Paris, autant dire que cette conférence « humanitaire » risque de tourner au ridicule, comme un congrès de sapeurs-pompiers avec pyromanes comme invités d’honneur, comme un sommet de diabétiques enfermés dans une pâtisserie…
GUERRE CLANDESTINE
Et pourtant, les bombardements de la coalition saoudienne s’apparentent à des crimes de guerre selon les propres critères des Nations unies. Cela dit, Riyad est parvenu – jusqu’à maintenant – à empêcher l’ONU d’enquêter sur les quelques 15 000 civils tués depuis janvier 2017, tout bilan officiel restant impossible à établir. L’ONU et plusieurs ONGs évoquent des épidémies de famine, de choléra, ainsi que des milliers de blessés et déplacés. Une « catastrophe entièrement causée par l’homme », souligne le dernier rapport du Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCR) de l’ONU. À cela s’ajoutent la destruction partielle de la vieille ville de Sanaa, patrimoine mondial de l’humanité et l’expansion de la Qaïda dans la péninsule Arabique (AQPA) : « AQPA est plus puissant que jamais. Alors que la destruction de l’organisation « État islamique » fait les gros titres (…), la Qaïda reste un modèle de réussite ». L’organisation a notamment « su exploiter une économie de guerre florissante », écrit la chercheuse d’International Crisis Group April Longley Alley. L’Arabie saoudite a inondé le Yémen de fusils d’assaut Steyr-AUG, une partie d’entre eux a atterri entre les mains d’AQPA !
« La France a octroyé pour un peu plus de 16 milliards d’euros de licences pour la seule Arabie saoudite en 2015 et livré à ce pays pour 900 millions d’euros d’équipements militaires la même année (…) À aucun moment, le gouvernement n’a indiqué ces deux dernières années qu’il avait refusé, révoqué ou suspendu des autorisations d’exportation », commente pour sa part Amnesty International.
Théâtre d’un conflit qui oppose les rebelles Houthis et une coalition menée par l’Arabie saoudite depuis plus de trois ans, le Yémen est victime de "la pire crise humanitaire du monde" selon l’ONU
Aujourd’hui, le Yémen c’est 27 millions d’habitants, dont huit millions au bord de la famine, deux millions de déplacés et un million affecté par une épidémie de choléra, difficilement contrôlable à cause de la guerre. Depuis plus de trois ans, le pays est enlisé dans un conflit meurtrier entre les rebelles houthis, soutenus par l’Iran chiite, et une coalition menée par l’Arabie saoudite. En plus d’avoir provoqué plus de 10 000 morts et 53 000 blessés, la guerre a entraîné une grave crise humanitaire et sanitaire. La situation est critique : un enfant meurt toutes les dix minutes. En 2017, l’ONU a déclaré que le pays connaissait "la pire crise humanitaire depuis la seconde guerre mondiale" et évoque régulièrement des risques de famine à grande échelle.
Source (et suite) du texte : FranceTVInfo, janvier 2018
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Ingérence françaises au Yemen : honte et manipulation !
Par Richard Labévière, le 24 juin 2018 - Proche et Moyen Orient
Chacun de souvient de l’une des photos les plus célèbres de la guerre du Vietnam : ce 8 juin 1972 – dans le village de Trang-Bang – une effroyable bavure est commise par l’aviation sud-vietnamienne, qui combat les forces communistes du Nord aux côtés des Etats-Unis. Mal renseignés, les bombardiers Skyraider se trompent de cible et larguent des bombes au napalm sur un temple qui abrite non pas des Viêt-Congs, mais leurs propres soldats et de nombreux civils.
Kim Phuc – neuf ans – figure parmi les victimes de cette erreur tragique. Alertés par le passage préalable d’un avion de reconnaissance, « Phuc » (c’est son prénom qui signifie « bonheur ») et sa famille voient s’abattre sur eux les bombes incendiaires. Le déluge de napalm – pouvant atteindre les 1 200 degrés Celsius – inflige à la fillette de terribles brûlures. Ses vêtements soufflés, Phuc s’extirpe des flammes, laisse derrière elle ses parents et se retrouve à fuir sur la route 1 de Trang Bang.
À quelques centaines de mètres, le photographe Nick Ut a assisté à toute la scène. Avec un groupe de reporters, il voit des civils surgir de la fumée. Parmi eux, il photographie la grand-mère de Kim Phuc portant dans ses bras le corps inerte d’un petit garçon. Lorsque la fillette parvient à sa hauteur, Nick Ut tire de son sac un quatrième et dernier appareil encore chargé, un Leica M3. Il immortalise la détresse de la petite fille qui répète sans cesse les mêmes mots : « trop chaud ! Trop chaud ! »
« On les massacrait avant de les soigner… », paradoxe des guerres occidentales modernes que Francis Ford Coppola fait dire au capitaine Willard, son héros d’Apocalypse Now, palme d’or au Festival de Cannes en 1979.
Toute proportion gardée, c’est un peu ce que la France éternelle fait au Yémen et s’apprête à faire à la fin du mois à Paris. L’initiative a été annoncée le 10 avril lors d’une visite en France du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane : l’organisation – à Paris – d’un « sommet humanitaire » rassemblant les donateurs susceptibles de se mobiliser au service… du Yémen, les deux co-organisateurs (la France et l’Arabie saoudite), chacun dans sa catégorie étant des co-bélligérants directement impliqués dans cette guerre particulièrement meurtrière, occultée par la propagande quotidienne déversée sur la guerre civilo-globale de Syrie : Bachar al-Assad est un boucher sanguinaire, Mohammed ben Salmane et son homologue émirien étant de joyeux humanistes réformateurs. Défense de sourire !
On croyait être définitivement sorti des inepties néo-coloniales de Bernard Kouchner. Erreur, profonde erreur ! Comme en Syrie, les pays occidentaux aident et arment les jihadistes engagés au Yémen (recrutés par l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis/EAU), sous prétexte d’aide humanitaire et de lutte contre « l’impérialisme iranien ». Nouvelle défense de sourire !
Bref, le 27 juin prochain à Paris, autant dire que cette conférence « humanitaire » risque de tourner au ridicule, comme un congrès de sapeurs-pompiers avec pyromanes comme invités d’honneur, comme un sommet de diabétiques enfermés dans une pâtisserie…
GUERRE CLANDESTINE
Et pourtant, les bombardements de la coalition saoudienne s’apparentent à des crimes de guerre selon les propres critères des Nations unies. Cela dit, Riyad est parvenu – jusqu’à maintenant – à empêcher l’ONU d’enquêter sur les quelques 15 000 civils tués depuis janvier 2017, tout bilan officiel restant impossible à établir. L’ONU et plusieurs ONGs évoquent des épidémies de famine, de choléra, ainsi que des milliers de blessés et déplacés. Une « catastrophe entièrement causée par l’homme », souligne le dernier rapport du Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCR) de l’ONU. À cela s’ajoutent la destruction partielle de la vieille ville de Sanaa, patrimoine mondial de l’humanité et l’expansion de la Qaïda dans la péninsule Arabique (AQPA) : « AQPA est plus puissant que jamais. Alors que la destruction de l’organisation « État islamique » fait les gros titres (…), la Qaïda reste un modèle de réussite ». L’organisation a notamment « su exploiter une économie de guerre florissante », écrit la chercheuse d’International Crisis Group April Longley Alley. L’Arabie saoudite a inondé le Yémen de fusils d’assaut Steyr-AUG, une partie d’entre eux a atterri entre les mains d’AQPA !
« La France a octroyé pour un peu plus de 16 milliards d’euros de licences pour la seule Arabie saoudite en 2015 et livré à ce pays pour 900 millions d’euros d’équipements militaires la même année (…) À aucun moment, le gouvernement n’a indiqué ces deux dernières années qu’il avait refusé, révoqué ou suspendu des autorisations d’exportation », commente pour sa part Amnesty International.
vendredi 8 juin 2018
Fake news : La grande peur…
Un marche vers... un Ministère de la Vérité ?
Rgis de Castelnau, "On est en train d'essayer de construire ou de nous faire accepter un monopole de vérité par l'Etat" (avril 2018)
* * *
Fake news : La grande peur…
Par Richard Labévière, le 4 juin 2018 - Proche et Moyen-Orient
En juin 2017, après la rupture diplomatique de l’Arabie saoudite, d’autres pays du Golfe et de l’Egypte avec le Qatar – au motif d’une proclamation pro-iranienne de ce dernier -, l’émirat proteste, expliquant que c’est un faux fabriqué par un… pirate informatique ! Procédé dont les services américains ne tardent pas à attribuer la paternité au… Kremlin, accusé aussi d’avoir aussi tordu la dernière élection présidentielle américaine au profit de Donald Trump ! Une conclusion s’impose aussitôt : les Russes peuvent déstabiliser les élections partout dans le monde et quand ils le veulent. Il faut donc absolument contrôler Internet ; les « réseaux numériques » vont tuer la démocratie !
Essentiellement propagées par la Russie – selon les belles âmes occidentales – les Fake News expliqueraient alors le Brexit, l’élection de Trump et la disparition des éléphants. Par conséquent, l’Allemagne et la France préparent une loi pour contrer ces maudits Fake News, la Commission européenne y travaillerait aussi. Dans son dernier livre [François-Bernard Huyghe, Fake news, la grande peur
Grand est le risque de voir se reproduire les pires atteintes aux libertés civiles et politiques, les Patriot Act et autres lois d’exception justifiées par la chasse aux Ben Laden du moment. Au nom de la lutte contre le terrorisme, la corruption et la prolifération des armes de destruction massive, on a bien compris, désormais comment les Etats-Unis imposent au monde entier leurs normes juridiques (en toute unilatéralité et extraterritorialité) afin d’avantager leurs entreprises et fonds de pension. America First, c’est d’abord « par ici la monnaie », mais toujours au nom de la morale et des droits de l’homme pour le bien de la planète. Mais dans toutes ces affaires consubstantielles à la mondialisation, de quoi parle-t-on au juste ?
François-Bernard Huyghe : « nous avons tendance à traduire par fausse nouvelle, récit d’événements qui ne se sont pas déroulés (ou le déni de faits qui sont avérés). Initialement, Fake News désigne plutôt un contenant : des pages ou des sites qui se présentent comme d’authentiques outils d’information et qui ne le sont pas. Il y a d’ailleurs une ambivalence dans l’expression de Fake News. Elle peut vouloir dire que l’on donne pour des nouvelles – contenus, événements dignes d’être rapportés – des faits non avérés, inventés, faux. Mais elle peut aussi signifier que l’on présente comme « nouvelles » (au sens de : destinées à informer le public suivant un régime de vérification) des discours militants ou des démonstrations idéologiques qui ne visent qu’à persuader de valeurs et de visions du monde ». Un peu plus loin notre médiologue ajoute : « on peut presque définir le Fake comme une rumeur assistée par ordinateur ».
A ce stade, on peut oser trois remarques : 1) le combat de l’erreur et de la vérité est le plus vieux métier du monde, aussi vieux que le meurtre d’Abel par Caïn, en tout cas bien antérieur aux conversations de Socrate dans l’Académie ; 2) cette confrontation a constitué le fil rouge de toute l’histoire de la raison occidentale et il n’est qu’à relire La Formation de l’esprit scientifique de Gaston Bachelard ou Le Normal et le pathologique de Georges Canguilhem pour comprendre qu’on peut difficilement légiférer en la matière ; 3) enfin, les évolutions du médium n’arrangent pas l’affaire et la révolution numérique qui généralise des « progrès disruptifs », c’est-à-dire imposés sans concertation aucune, annonce une République qui sera encore plus tyrannique que celle de Platon !
Mais le plus grave est ailleurs… dans notre monde où la majorité des grands médias (traditionnels et numériques, ceux qu’on appelle « les réseaux sociaux ») sont maintenant dans les mains de grands patrons. Ces derniers exercent un pouvoir absolu sur les industries de l’information et du divertissement qui touchent et forment nos cerveaux. Sans sombrer dans le délire ou la paranoïa du complot, force est de reconnaître que ces décideurs ne lésinent pas sur les moyens pour transformer les citoyens en consommateurs dociles, conformes, moins autonomes et satisfaits du monde tel qu’il est ! Comme le répète souvent le linguiste Noam Chomsky, « derrière la production de nouvelles, de spectacles et de publicités, le projet d’anesthésier toute forme de critique ou de révolte est bien à la manœuvre… C’est une question d’argent et de reproduction des marges de profit ».
mercredi 21 février 2018
Syrieleaks : Un câble diplomatique dévoile la “stratégie occidentale”
Lire aussi (plus bas dans la page) : Réveillons-nous, ils sont devenus fous ! Par Michel Rimbaud, ancien ambassadeur / Un ambassadeur US, Syrie Robert S. Ford, confirme que des milliards ont été dépensés pour provoquer un changement de régime en Syrie Par Ben Norton
Syrieleaks : Un câble diplomatique dévoile la “stratégie occidentale”
Par Richard Labévière, le 19 février 2018 - Proche & Moyen-Orient
Conférence sur la sécurité – Munich, 17 février.
Dans un anglais quelque peu familier mais précis, Benjamin Norman – diplomate en charge du dossier Proche et Moyen Orient à l’ambassade de Grande Bretagne à Washington – rend compte dans un Télégramme diplomatique confidentiel (TD)1 du 12 janvier 2018 de la première réunion du « Petit groupe américain sur la Syrie » (Etats-Unis, Grande Bretagne, France, Arabie saoudite et Jordanie), qui s’est tenue à Washington le 11 janvier 2018.
Dans ce TD de cinq pages, il dévoile le détail de la « stratégie occidentale » en Syrie : partition du pays, sabotage de Sotchi, cadrage de la Turquie et instructions adressées au représentant spécial de l’ONU Staffan de Mistura qui dirige les négociations de Genève. Un Non Paper (de 8 pages) accompagne ce TD en prévision de la deuxième réunion du « Petit Groupe ». Celle-ci s’est tenue à Paris le 23 janvier dernier, essentiellement consacrée à l’usage des armes chimiques et aux « consignes » adressées par le « Petit Groupe américain » à Staffan de Mistura.
Assistaient à cette réunion du 11 janvier à Washington Hugh Cleary (chef du Département Proche et Moyen-Orient du Foreign Office) ; Jérôme Bonnafont (directeur ANMO/Afrique du Nord et Moyen-Orient au Quai d’Orsay) ; David Satterfield (Secrétaire d’Etat-adjoint américain chargé du Moyen-Orient) ; le Jordanien Nawaf Tell et le saoudien Jamal al-Aqeel. L’Américain a ouvert la séance en précisant qu’une deuxième réunion aurait lieu à Paris le 23 janvier.
David Satterfield a confirmé que le président Trump avait décidé de maintenir une importante présence militaire américaine en Syrie, malgré la victoire remportée contre l’« Organisation Etat islamique » (Dae’ch) ; le coût de ce maintien étant fixé à quatre milliards de dollars annuels. Il a précisé que cette présence militaire américaine devait prévenir toute résurgence de Dae’ch, mais surtout empêcher les « Iraniens de s’installer durablement et de s’imposer dans la recherche d’une solution politique ». En troisième lieu, il a insisté sur le fait que la première réunion du « Petit Groupe » devait aussi apporter un « appui matériel et politique important à Staffan de Mistura pour « consolider le processus de Genève ». L’ensemble des participants a accueilli très positivement cette mise au point afin de « réaliser des progrès substantiels en Syrie durant l’année 2018 » et de « répondre à la propagande d’une victoire russe ». Ensuite, les participants ont insisté sur le « désir russe d’aboutir à une solution politique » qu’il s’agissait d’utiliser pour rendre « plus opérationnels » les objectifs du « Petit Groupe ».
Syrieleaks : Un câble diplomatique dévoile la “stratégie occidentale”
Par Richard Labévière, le 19 février 2018 - Proche & Moyen-Orient
Vrai complot d'un "Petit Groupe" contre la Syrie
Conférence sur la sécurité – Munich, 17 février.
Dans un anglais quelque peu familier mais précis, Benjamin Norman – diplomate en charge du dossier Proche et Moyen Orient à l’ambassade de Grande Bretagne à Washington – rend compte dans un Télégramme diplomatique confidentiel (TD)1 du 12 janvier 2018 de la première réunion du « Petit groupe américain sur la Syrie » (Etats-Unis, Grande Bretagne, France, Arabie saoudite et Jordanie), qui s’est tenue à Washington le 11 janvier 2018.
Dans ce TD de cinq pages, il dévoile le détail de la « stratégie occidentale » en Syrie : partition du pays, sabotage de Sotchi, cadrage de la Turquie et instructions adressées au représentant spécial de l’ONU Staffan de Mistura qui dirige les négociations de Genève. Un Non Paper (de 8 pages) accompagne ce TD en prévision de la deuxième réunion du « Petit Groupe ». Celle-ci s’est tenue à Paris le 23 janvier dernier, essentiellement consacrée à l’usage des armes chimiques et aux « consignes » adressées par le « Petit Groupe américain » à Staffan de Mistura.
Assistaient à cette réunion du 11 janvier à Washington Hugh Cleary (chef du Département Proche et Moyen-Orient du Foreign Office) ; Jérôme Bonnafont (directeur ANMO/Afrique du Nord et Moyen-Orient au Quai d’Orsay) ; David Satterfield (Secrétaire d’Etat-adjoint américain chargé du Moyen-Orient) ; le Jordanien Nawaf Tell et le saoudien Jamal al-Aqeel. L’Américain a ouvert la séance en précisant qu’une deuxième réunion aurait lieu à Paris le 23 janvier.
David Satterfield a confirmé que le président Trump avait décidé de maintenir une importante présence militaire américaine en Syrie, malgré la victoire remportée contre l’« Organisation Etat islamique » (Dae’ch) ; le coût de ce maintien étant fixé à quatre milliards de dollars annuels. Il a précisé que cette présence militaire américaine devait prévenir toute résurgence de Dae’ch, mais surtout empêcher les « Iraniens de s’installer durablement et de s’imposer dans la recherche d’une solution politique ». En troisième lieu, il a insisté sur le fait que la première réunion du « Petit Groupe » devait aussi apporter un « appui matériel et politique important à Staffan de Mistura pour « consolider le processus de Genève ». L’ensemble des participants a accueilli très positivement cette mise au point afin de « réaliser des progrès substantiels en Syrie durant l’année 2018 » et de « répondre à la propagande d’une victoire russe ». Ensuite, les participants ont insisté sur le « désir russe d’aboutir à une solution politique » qu’il s’agissait d’utiliser pour rendre « plus opérationnels » les objectifs du « Petit Groupe ».
dimanche 26 novembre 2017
Censure sans frontière
MAJ de la page : Casques blancs
La Conférence censurée par Reporters Sans Frontières "Pour la liberté de l'information" (sic), présentée par Guy Mettan, avec Richard Labevière, Vanessa Beeley et Pr. Marcello Ferrada De Noli (Genève, Club de la Presse, 28 nov. 2017) - MAJ
Guy Mettan sommé d’annuler une conférence
RSF demande au président du Club suisse de la presse d’annuler une conférence sur les Casques
Par Alain Jourdan, le 23 nov. 2017 - TdG
Le Club suisse de la presse doit accueillir mardi une conférence de presse consacrée aux Casques blancs syriens. Un sujet sensible. Plusieurs fois récompensée pour son action sur le terrain au profit des populations civiles, l’ONG reste dans le collimateur des autorités syriennes et de son allié russe. Damas et Moscou n’ont eu de cesse de dénoncer la proximité de cette organisation crée par un ancien officier britannique avec les «rebelles syriens». Sous le titre «They don’t care about us» (Ils ne se soucient pas de nous. Casques blancs, leur véritable agenda), la conférence organisée lundi annonce la couleur. Ce qui n’est pas du goût de tout le monde.
Dans un courrier adressé jeudi au Club Suisse de la presse (lire ci-dessous), Gérard Tschopp et Christiane Dubois, respectivement président et directrice de Reporters sans frontières (RSF) en Suisse, pressent son directeur, Guy Mettan, de renoncer à l’organisation de cette conférence de presse qui, selon eux, porterait «atteinte à l’image du Club suisse de la presse». Ils menacent de s’en retirer si la conférence n’est pas annulée. Ils accusent deux des intervenants – Vanessa Beeley et Marcello Ferranda De Noli, président de Swedish Doctors for Human Rights – d’être au service de «la propagande russe».
RSF, qui figure dans la liste des membres médias du Club suisse la presse, refuse d’être associé à un tel événement. Joint par téléphone, Guy Mettan avoue tomber de sa chaise (lire sa réponse intégrale ci-contre). «Je n’ai jamais vu une chose pareille, soupire le président. Voilà qu’une organisation qui défend la liberté d’informer me demande de censurer une conférence de presse.»
Guy Mettan, qui a souvent été «attaqué» pour ses engagements «prorusse», assure qu’il s’est toujours employé à donner la parole à tout le monde. «D’habitude, les pressions pour faire annuler des conférences de presse viennent de pays qui sont connus pour être des dictatures. La démarche de RSF me stupéfait. C’est prendre les journalistes pour des imbéciles. Comme s’ils n’étaient pas capables de se faire une opinion par eux-mêmes.» (TDG)
La Conférence censurée par Reporters Sans Frontières "Pour la liberté de l'information" (sic), présentée par Guy Mettan, avec Richard Labevière, Vanessa Beeley et Pr. Marcello Ferrada De Noli (Genève, Club de la Presse, 28 nov. 2017) - MAJ
Guy Mettan sommé d’annuler une conférence
RSF demande au président du Club suisse de la presse d’annuler une conférence sur les Casques
Par Alain Jourdan, le 23 nov. 2017 - TdG
Le Club suisse de la presse doit accueillir mardi une conférence de presse consacrée aux Casques blancs syriens. Un sujet sensible. Plusieurs fois récompensée pour son action sur le terrain au profit des populations civiles, l’ONG reste dans le collimateur des autorités syriennes et de son allié russe. Damas et Moscou n’ont eu de cesse de dénoncer la proximité de cette organisation crée par un ancien officier britannique avec les «rebelles syriens». Sous le titre «They don’t care about us» (Ils ne se soucient pas de nous. Casques blancs, leur véritable agenda), la conférence organisée lundi annonce la couleur. Ce qui n’est pas du goût de tout le monde.
Dans un courrier adressé jeudi au Club Suisse de la presse (lire ci-dessous), Gérard Tschopp et Christiane Dubois, respectivement président et directrice de Reporters sans frontières (RSF) en Suisse, pressent son directeur, Guy Mettan, de renoncer à l’organisation de cette conférence de presse qui, selon eux, porterait «atteinte à l’image du Club suisse de la presse». Ils menacent de s’en retirer si la conférence n’est pas annulée. Ils accusent deux des intervenants – Vanessa Beeley et Marcello Ferranda De Noli, président de Swedish Doctors for Human Rights – d’être au service de «la propagande russe».
RSF, qui figure dans la liste des membres médias du Club suisse la presse, refuse d’être associé à un tel événement. Joint par téléphone, Guy Mettan avoue tomber de sa chaise (lire sa réponse intégrale ci-contre). «Je n’ai jamais vu une chose pareille, soupire le président. Voilà qu’une organisation qui défend la liberté d’informer me demande de censurer une conférence de presse.»
Guy Mettan, qui a souvent été «attaqué» pour ses engagements «prorusse», assure qu’il s’est toujours employé à donner la parole à tout le monde. «D’habitude, les pressions pour faire annuler des conférences de presse viennent de pays qui sont connus pour être des dictatures. La démarche de RSF me stupéfait. C’est prendre les journalistes pour des imbéciles. Comme s’ils n’étaient pas capables de se faire une opinion par eux-mêmes.» (TDG)
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La lettre de RSF adressée à Guy Mettanvendredi 7 juillet 2017
Syrie : Bataille de l’est et nouveau délire chimique…
Syrie : Bataille de l’est et nouveau délire chimique…
Par Richard Labévière, le 3 juillet 2017 - Proche & Moyen Orient
Les gazettes nous apprennent que les présidents américain et français se sont longuement parlés au téléphone, mardi dernier, sur « la nécessité de travailler à une réponse commune en cas d’attaque chimique en Syrie », a précisé l’Elysée. La veille – lundi – les stratèges du Pentagone révélaient que « le régime de Bachar al-Assad semblait préparer une nouvelle attaque chimique ». Si cette information s’appuie sur les précédents incidents chimiques, on peut craindre le pire ! Toujours est-il que chaque fois – chaque fois – que l’armée gouvernementale syrienne reprend l’avantage dans la reconquête de son territoire national, une nouvelle attaque chimique est aussitôt attribuée au « régime de Bachar al-Assad », sans qu’on puisse sans conteste en prouver la paternité…
Ce nouvel épouvantail chimique se déploie en pleine bataille de l’Est, une bataille décisive. Avec l’appui des forces russes, iraniennes et celles du Hezbollah libanais, l’armée gouvernementale a désormais repris le contrôle de la « Syrie utile », un axe s’articulant entre le grand Damas, les agglomérations de Homs/Hama et la ville d’Alep. En décembre dernier, la libération de cette ville, qui fut la capitale économique du pays, a constitué le vrai tournant de cette guerre civilo-globale qui fait rage depuis l’automne 2011. Hormis quelques réduits de mercenaires chinois et tchétchènes qui résistent encore dans la province d’Idlib à l’ouest d’Alep, la moitié du pays est maintenant pacifiée, les forces gouvernementales s’étant redéployées à l’Est en deux axes principaux : la ville de Deraa, sur la frontière jordanienne (localité d’où est partie la révolte en mars 2011) et la région de Deir ez-Zor sur l’Euphrate.
CORRIDOR STRATEGIQUE
Cette offensive est stratégique pour trois raisons : 1) parachever la libération de l’ensemble du territoire national ; 2) libérer les régions riches en hydrocarbures dont les ressources permettront la reconstruction du pays ; 3) enfin, contrôler la frontière avec l’Irak afin de prendre à revers les factions armées pro-américaines qui cherchent à investir Raqqa et Al-Mayadin (toujours aux mains de Dae’ch) pour imposer une partition du pays. En effet, la « fédéralisation » du pays demeure le principal objectif de guerre sur lequel s’accordent les Etats-Unis, les pays du Golfe, Israël et, dans une moindre mesure, les Européens. Comme d’habitude, ces derniers ne peuvent afficher de politique commune. Tenue hors du coup depuis la fermeture de son ambassade à Damas en mars 2012, la France – qui n’a toujours pas de diplomatie lisible dans la région – reste écartelée entre le nouveau président de la République souhaitant la préservation d’une Syrie unitaire avec Bachar al-Assad (tant qu’il n’y a pas d’alternative crédible) et son ministre des Affaires étrangères continuant à affirmer que l’avenir de la Syrie ne peut s’envisager « autour de Bachar al-Assad »…
Par Richard Labévière, le 3 juillet 2017 - Proche & Moyen Orient
Les gazettes nous apprennent que les présidents américain et français se sont longuement parlés au téléphone, mardi dernier, sur « la nécessité de travailler à une réponse commune en cas d’attaque chimique en Syrie », a précisé l’Elysée. La veille – lundi – les stratèges du Pentagone révélaient que « le régime de Bachar al-Assad semblait préparer une nouvelle attaque chimique ». Si cette information s’appuie sur les précédents incidents chimiques, on peut craindre le pire ! Toujours est-il que chaque fois – chaque fois – que l’armée gouvernementale syrienne reprend l’avantage dans la reconquête de son territoire national, une nouvelle attaque chimique est aussitôt attribuée au « régime de Bachar al-Assad », sans qu’on puisse sans conteste en prouver la paternité…
Ce nouvel épouvantail chimique se déploie en pleine bataille de l’Est, une bataille décisive. Avec l’appui des forces russes, iraniennes et celles du Hezbollah libanais, l’armée gouvernementale a désormais repris le contrôle de la « Syrie utile », un axe s’articulant entre le grand Damas, les agglomérations de Homs/Hama et la ville d’Alep. En décembre dernier, la libération de cette ville, qui fut la capitale économique du pays, a constitué le vrai tournant de cette guerre civilo-globale qui fait rage depuis l’automne 2011. Hormis quelques réduits de mercenaires chinois et tchétchènes qui résistent encore dans la province d’Idlib à l’ouest d’Alep, la moitié du pays est maintenant pacifiée, les forces gouvernementales s’étant redéployées à l’Est en deux axes principaux : la ville de Deraa, sur la frontière jordanienne (localité d’où est partie la révolte en mars 2011) et la région de Deir ez-Zor sur l’Euphrate.
CORRIDOR STRATEGIQUE
Cette offensive est stratégique pour trois raisons : 1) parachever la libération de l’ensemble du territoire national ; 2) libérer les régions riches en hydrocarbures dont les ressources permettront la reconstruction du pays ; 3) enfin, contrôler la frontière avec l’Irak afin de prendre à revers les factions armées pro-américaines qui cherchent à investir Raqqa et Al-Mayadin (toujours aux mains de Dae’ch) pour imposer une partition du pays. En effet, la « fédéralisation » du pays demeure le principal objectif de guerre sur lequel s’accordent les Etats-Unis, les pays du Golfe, Israël et, dans une moindre mesure, les Européens. Comme d’habitude, ces derniers ne peuvent afficher de politique commune. Tenue hors du coup depuis la fermeture de son ambassade à Damas en mars 2012, la France – qui n’a toujours pas de diplomatie lisible dans la région – reste écartelée entre le nouveau président de la République souhaitant la préservation d’une Syrie unitaire avec Bachar al-Assad (tant qu’il n’y a pas d’alternative crédible) et son ministre des Affaires étrangères continuant à affirmer que l’avenir de la Syrie ne peut s’envisager « autour de Bachar al-Assad »…
samedi 22 avril 2017
Trump : la petite frappe-tweet !
Trump : la petite frappe-tweet !
Par Richard Labévière, le 14 avril 2017 - Investig'action
On parle toujours de « frappes » pour qualifier les bombardements que les pays occidentaux n’ont cessé de multiplier, un peu partout, depuis la fin de la Guerre froide, mais on continue à dire « bombardements » lorsque la Russie et ses alliés ont l’arrogance de faire de même… Pour le coup, c’est bien une « frappe » contre une base aérienne syrienne que le président américain Donald Trump a ordonné dans la nuit du 6 au vendredi 7 avril dernier. Cette décision, qui marque un spectaculaire revirement de la communication trumpienne, intervient deux jours après un « événement » chimique survenu dans la localité de Khan Cheikhoun, aussitôt imputé à l’armée syrienne. A l’aune de cette précipitation de l’homme le plus puissant de la planète qui tweete plus vite que son ombre, prochetmoyen-orient.ch vous propose cette semaine un Editorient à quatre mains, celles de Richard Labévière puis de Guillaume Berlat
De sources militaires autorisées, nous pouvons confirmer que Washington a bien averti Moscou du choix de sa cible syrienne et du créneau horaire de son opération. Les militaires russes auraient alors aussitôt affranchi leurs alliés syriens ayant pu ainsi évacuer l’essentiel de leurs matériels et de leurs personnels.
Vu le résultat de l’opération, les experts ajoutent que « la tête des 59 missiles engagés ont, sans doute, été allégées afin de restreindre leurs effets destructeurs ». Autrement dit, cette frappe-tweet relève davantage du simulacre et de la communication. Sur le fond de la guerre civilo-syrienne et du sort des populations civiles, elle ne change rien et ne règle rien. Son objectif est ailleurs…
Ailleurs : cet enchaînement d’événements précipités nous conduit à proposer six remarques. La plus immédiate, la première tombe sous le sens : vérité et signification des faits ? Dès l’annonce de « l’attaque chimique », nous avons consulté les meilleurs spécialistes français des armes chimiques, notamment plusieurs officiers supérieurs qui enseignent à l’Ecole de guerre. Constat unanime : trop tôt, trop vite, trop affirmatif pour conclure à une attaque aérienne délibérée à l’arme chimique ou au bombardement d’un site abritant des stocks de composants chimiques.
En cette matière, la procédure la plus rationnelle consiste à saisir les experts de l’OIAC (Organisation de l’interdiction des armes chimique)1, afin que celle-ci ouvre une enquête et remette ses conclusions au Conseil de sécurité des Nations unies. Ensuite, il revient à l’instance exécutive de l’ONU de décider s’il faut ou non recourir à l’article VII de la Charte des Nations unies pour autoriser ou non l’usage de la force. Par conséquent, notre premier constat est sans appel : la frappe-tweet du président des Etats-Unis est parfaitement illégale au regard du droit international, comme il est tout aussi hallucinant de voir la Grande Bretagne et la France – toutes deux membres permanents du Conseil de sécurité – cautionner et applaudir ce bombardement-ingérence.
Notre deuxième remarque relève davantage de la phénoménologie qui caractérise et oriente l’air du temps. Monsieur Trump nous dit qu’il a pris sa décision de bombarder une base syrienne après avoir été bouleversé par les images qu’il a pu voir… La belle affaire ! Voilà qui n’est pas très rassurant d’apprendre que l’homme le plus puissant de la planète prend ses décisions en fonction d’images qu’il voit ou ne voit pas !
Rappelons seulement ce constat imparable de Guy Debord, dressé dans son maître-livre La Société du spectacle2 : « L’aliénation du spectateur au profit de l’objet contemplé s’exprime ainsi : plus il contemple, moins il vit ; plus il accepte de se reconnaître dans les images dominantes du besoin, moins il comprend sa propre existence et son propre désir… C’est pourquoi le spectateur ne se sent chez lui nulle part, car le spectacle est partout ». Dans cette logique, s’il n’y pas d’image, il n’y a pas d’action, d’où la toute puissance des images ! A l’heure de la post-vérité, on met le pied dans toutes sortes de machineries, de simulacres, sinon de propagande.
Par Richard Labévière, le 14 avril 2017 - Investig'action
On parle toujours de « frappes » pour qualifier les bombardements que les pays occidentaux n’ont cessé de multiplier, un peu partout, depuis la fin de la Guerre froide, mais on continue à dire « bombardements » lorsque la Russie et ses alliés ont l’arrogance de faire de même… Pour le coup, c’est bien une « frappe » contre une base aérienne syrienne que le président américain Donald Trump a ordonné dans la nuit du 6 au vendredi 7 avril dernier. Cette décision, qui marque un spectaculaire revirement de la communication trumpienne, intervient deux jours après un « événement » chimique survenu dans la localité de Khan Cheikhoun, aussitôt imputé à l’armée syrienne. A l’aune de cette précipitation de l’homme le plus puissant de la planète qui tweete plus vite que son ombre, prochetmoyen-orient.ch vous propose cette semaine un Editorient à quatre mains, celles de Richard Labévière puis de Guillaume Berlat
De sources militaires autorisées, nous pouvons confirmer que Washington a bien averti Moscou du choix de sa cible syrienne et du créneau horaire de son opération. Les militaires russes auraient alors aussitôt affranchi leurs alliés syriens ayant pu ainsi évacuer l’essentiel de leurs matériels et de leurs personnels.
Vu le résultat de l’opération, les experts ajoutent que « la tête des 59 missiles engagés ont, sans doute, été allégées afin de restreindre leurs effets destructeurs ». Autrement dit, cette frappe-tweet relève davantage du simulacre et de la communication. Sur le fond de la guerre civilo-syrienne et du sort des populations civiles, elle ne change rien et ne règle rien. Son objectif est ailleurs…
Ailleurs : cet enchaînement d’événements précipités nous conduit à proposer six remarques. La plus immédiate, la première tombe sous le sens : vérité et signification des faits ? Dès l’annonce de « l’attaque chimique », nous avons consulté les meilleurs spécialistes français des armes chimiques, notamment plusieurs officiers supérieurs qui enseignent à l’Ecole de guerre. Constat unanime : trop tôt, trop vite, trop affirmatif pour conclure à une attaque aérienne délibérée à l’arme chimique ou au bombardement d’un site abritant des stocks de composants chimiques.
En cette matière, la procédure la plus rationnelle consiste à saisir les experts de l’OIAC (Organisation de l’interdiction des armes chimique)1, afin que celle-ci ouvre une enquête et remette ses conclusions au Conseil de sécurité des Nations unies. Ensuite, il revient à l’instance exécutive de l’ONU de décider s’il faut ou non recourir à l’article VII de la Charte des Nations unies pour autoriser ou non l’usage de la force. Par conséquent, notre premier constat est sans appel : la frappe-tweet du président des Etats-Unis est parfaitement illégale au regard du droit international, comme il est tout aussi hallucinant de voir la Grande Bretagne et la France – toutes deux membres permanents du Conseil de sécurité – cautionner et applaudir ce bombardement-ingérence.
Notre deuxième remarque relève davantage de la phénoménologie qui caractérise et oriente l’air du temps. Monsieur Trump nous dit qu’il a pris sa décision de bombarder une base syrienne après avoir été bouleversé par les images qu’il a pu voir… La belle affaire ! Voilà qui n’est pas très rassurant d’apprendre que l’homme le plus puissant de la planète prend ses décisions en fonction d’images qu’il voit ou ne voit pas !
Rappelons seulement ce constat imparable de Guy Debord, dressé dans son maître-livre La Société du spectacle2 : « L’aliénation du spectateur au profit de l’objet contemplé s’exprime ainsi : plus il contemple, moins il vit ; plus il accepte de se reconnaître dans les images dominantes du besoin, moins il comprend sa propre existence et son propre désir… C’est pourquoi le spectateur ne se sent chez lui nulle part, car le spectacle est partout ». Dans cette logique, s’il n’y pas d’image, il n’y a pas d’action, d’où la toute puissance des images ! A l’heure de la post-vérité, on met le pied dans toutes sortes de machineries, de simulacres, sinon de propagande.
dimanche 5 février 2017
Aux origines du terrorisme qui frappe la France – La menace mondiale de l’idéologie wahhabite
MAJ de la page : Wahhabisme
Aux origines du terrorisme qui frappe la France – La menace mondiale de l’idéologie wahhabite
Compte rendu du colloque du 18 janvier 2017 - Cf2R (Centre Français de Recherche sur le Renseignement)
Pour la première fois en France, le mercredi 18 janvier dernier, le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) a organisé un colloque consacré à l’analyse et à la dénonciation de l’idéologie wahhabite, véritable moteur du terrorisme islamiste contemporain, en France et dans le monde, en présence de nombreux experts réputés, et devant un amphithéâtre comble. Les vidéos du colloque ont été réalisées par l’équipe du site STRATPOL (www.stratpol.com), dirigé par Xavier Moreau, qui fournit des analyses politico-stratégiques et économiques sur toutes les zones, pays et continents, dans le but de permettre des prospectives réalistes.
Huit points majeurs ressortent de cette réunion¹
Source (et suite) du texte : Cf2R (en PDF)
Colloque sur le wahhabisme - Playlist en 7 parties avec les interventions de :
1 : Eric Denécé
Auteur (notamment) de : La Face Cachée des Révolutions Arabes, Ed. Ellipses, 2012
Commande sur Amazon : La Face Cachée des Révolutions Arabes
et Pierre Conesa
Auteur (notamment) de : Dr. Saoud et Mr. Djihad, La Diplomatie religieuse de l'Arabie Saoudite, Ed. Robert Laffont, 2016
Commande sur Amazon : Dr. Saoud et Mr. Djihad
4 : Richard Labévière
5 : Mezri Haddad
6 : Michel Raimbaud
7 : Pierre Lellouche
Partie 4 : intervention de Richard Labévière
Auteur (notamment) de : Les Dollars de la terreur : Les Etats-Unis et les islamistes, Ed. Grasset, 1999
Commande sur Amazon : Les Dollars de la terreur : Les Etats-Unis et les islamistes
Partie 6 : intervention de Michel Raimbaud
Auteur (notamment) de : Tempête Sur le Grand Moyen-Orient, Ed. Ellipse, 2017
Commande sur Amazon : Tempête Sur le Grand Moyen-Orient
Wesley Clark, un plan états-unien pour détruire 7 pays en 5 ans (octobre 2007) - VOSTFR

Le prince héritier saoudien a reçu la légion d'honneur pour ses efforts
dans la lutte contre le terrorisme [sic], 5 mars 2016
(Article provocateur énonçant de nombreuses vérités)
Saisir le pétrole saoudien pour résoudre les problèmes mondiaux
Par Raymond Ibrahim, le 23 janvier 2017 - Raymond Ibrahim / Le Saker (trad.)
Souhaitez-vous savoir comment les États-Unis peuvent pratiquement éliminer le terrorisme islamique mondial et la faim dans le monde d’un coup ?
En saisissant les puits de pétrole de l’Arabie saoudite.
Aux origines du terrorisme qui frappe la France – La menace mondiale de l’idéologie wahhabite
Compte rendu du colloque du 18 janvier 2017 - Cf2R (Centre Français de Recherche sur le Renseignement)
Pour la première fois en France, le mercredi 18 janvier dernier, le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) a organisé un colloque consacré à l’analyse et à la dénonciation de l’idéologie wahhabite, véritable moteur du terrorisme islamiste contemporain, en France et dans le monde, en présence de nombreux experts réputés, et devant un amphithéâtre comble. Les vidéos du colloque ont été réalisées par l’équipe du site STRATPOL (www.stratpol.com), dirigé par Xavier Moreau, qui fournit des analyses politico-stratégiques et économiques sur toutes les zones, pays et continents, dans le but de permettre des prospectives réalistes.
Huit points majeurs ressortent de cette réunion¹
Source (et suite) du texte : Cf2R (en PDF)
Colloque sur le wahhabisme - Playlist en 7 parties avec les interventions de :
1 : Eric Denécé
Auteur (notamment) de : La Face Cachée des Révolutions Arabes, Ed. Ellipses, 2012
Commande sur Amazon : La Face Cachée des Révolutions Arabes
et Pierre Conesa
Auteur (notamment) de : Dr. Saoud et Mr. Djihad, La Diplomatie religieuse de l'Arabie Saoudite, Ed. Robert Laffont, 2016
Commande sur Amazon : Dr. Saoud et Mr. Djihad
2 : Alain Corvez
3 : Abderrahmane Mekkaoui4 : Richard Labévière
5 : Mezri Haddad
6 : Michel Raimbaud
7 : Pierre Lellouche
Partie 4 : intervention de Richard Labévière
Auteur (notamment) de : Les Dollars de la terreur : Les Etats-Unis et les islamistes, Ed. Grasset, 1999
Commande sur Amazon : Les Dollars de la terreur : Les Etats-Unis et les islamistes
Partie 6 : intervention de Michel Raimbaud
Auteur (notamment) de : Tempête Sur le Grand Moyen-Orient, Ed. Ellipse, 2017
Commande sur Amazon : Tempête Sur le Grand Moyen-Orient
Wesley Clark, un plan états-unien pour détruire 7 pays en 5 ans (octobre 2007) - VOSTFR

Le prince héritier saoudien a reçu la légion d'honneur pour ses efforts
dans la lutte contre le terrorisme [sic], 5 mars 2016
* * *
Saisir le pétrole saoudien pour résoudre les problèmes mondiaux
Par Raymond Ibrahim, le 23 janvier 2017 - Raymond Ibrahim / Le Saker (trad.)
Souhaitez-vous savoir comment les États-Unis peuvent pratiquement éliminer le terrorisme islamique mondial et la faim dans le monde d’un coup ?
En saisissant les puits de pétrole de l’Arabie saoudite.
mercredi 21 décembre 2016
Alep : SOS Propagande
MAJ de la page : Alep
#NotMotherTeresa
Par l'ambassade russe au Canada
Alep : SOS Propagande !
Par Richard Labevière, journaliste, ancien rédacteur en chef de la TSR et de RFI, le 19 décembre 2016 - Proche et Moyen Orient
En matière de propagande, la libération d’Alep par l’armée nationale syrienne et ses alliés russes, iraniens et libanais, nous fait atteindre des sommets himalayens !
Samantha Power, ambassadrice des Etats-Unis (ONU, Conseil de sécurité, New-York, 13 décembre 2016)
Il y a d’abord eu – mardi dernier (13 décembre 2016) au Conseil de sécurité des Nations unies à New York [vidéo ci-dessus] – un moment grandiose lorsque s’adressant aux représentants de Syrie et de Russie, l’ambassadeur des Etats-Unis – Samantha Power – a osé déclarer le plus sérieusement du monde : « la Syrie, la Russie et l’Iran : trois Etats membres des Nations unies contribuent à mettre la corde au cou des civils. Cela devrait vous faire honte ! Au lieu de ça, cela vous donne visiblement encore plus d’audace : vous préparez votre prochaine attaque. Etes-vous vraiment incapables de remords ? N’y-a-t-il absolument rien qui puisse vous faire honte ? Est-ce qu’il n’y a aucun acte de barbarie contre des civils, aucune exécution d’enfant qui vous atteigne, qui vous glace ne serait-ce qu’un peu ? Est-ce que vous allez mentir sur tout, tout justifier ? »
Le million de victimes irakiennes du printemps 2003 fait-il honte à Madame Power (quel nom de famille évocateur, du reste…) ? Les dégâts collatéraux des tirs – quotidiens mais clandestins – des drones américains sur quinze points de la planète font-il honte à Madame Power ? La destruction d’une partie de l’Arctique par les Majors américaines fait-elle honte à Madame Power ? Les dizaines, sinon les centaines de milliers de victimes du Plan Condor (dont les corps d’une majorité d’entre elles n’ont jamais été retrouvés) font-elles honte à Madame Power ?
Durant le coup d’Etat militaire du 11 septembre 1973 au Chili, un ami d’enfance de l’auteur de ces lignes, blessé mais encore vivant, a été emmuré derrière un paravent de briques et de ciment élevé par des maçons assassins encadrés par des fonctionnaires de l’ambassade américaine à Santiago… Rien d’honteux, en effet, dans ces multiples chantiers de terrassements de la liberté et des droits humains, mais une seule efficacité au nom du combat contre les dictatures communistes bien-sûr !
On pourrait poursuivre encore longtemps l’évocation des millions de disparus de ces terribles cortèges et déportations organisés par les administrations américaines successives – républicaines ou démocrates – depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, la découverte des camps nazis et les procès de Nuremberg ! Alors, sur le plan de « la honte » Madame Power ferait mieux de se la coincer !
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