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dimanche 20 février 2011

Hsu Yun Dashi









Le 13 octobre 1959 mourait au monastère Yun-Ch'u, dans le Kiang-si, maitre Hsu Yun, âgé de cent vingt ans et moine depuis cent un ans. C'était le dernier grand représentant de la tradition tch'an. Ainsi qu'on le verra par le texte ci-dessous (le hua-t'ou et le doute) sa contribution à l'enseignement lui apportait encore une note originale et personnelle.
Source du texte : Les maitres zen, de Jacques Brosse. Ed. Bayard.


Bibliographie :
- Essentiel de l'entrainement Tch'an, trad. Lou Kouan You, dans Tch'an, zen, racine et floraisons. Ed. Hermès.
En ligne :
Poèmes de Hsu Yun : PDF
Les pré-requis de la pratique du Chan : Kalyanamitra
La pratique du Chan : Kalyanamitra



L'entrée dans la voie :
Tant de gens dans la salle de pratique.

Mais combien d'entre eux portent le sabre long
,
Le sabre du secours céleste ?
Tout doit être mis en pièce
Les saints, les démons, tout !
Le sang doit gicler dans toutes les directions du ciel.
Tel est l’enseignement sans détour !

Déverrouillez les portes d'or qui mènent à l’abysse
Ce sont elles qui gardent l'entrée de la Voie.
 

Assis, soyez impitoyables !
Faites de votre assise une lame qui tranche les lianes de l’ignorance.
Que votre œil transperce le vide ! 

Mettez à nu votre vrai visage,
Celui que vous aviez avant que votre mère ne vous donne naissance.
Source du texte : Kalyanamitra



Ou encore, quand, dans un ciel clair, le soleil se lève et que sa lumière entre (dans la maison) par une ouverture, on voit la poussière voler dans le rayon, alors que l'espace vide est immobile. Ainsi ce qui est immobile est le vide et ce qui bouge est la poussière. (...)
Par la poussière qui vole d'elle-même et ne dérange pas le vide qui demeure immobile, on entend que la pensée erronée afflue et reflue d'elle-même et ne gêne pas la nature du Moi qui est immuable dans sa condition de bhutatathata (réalité).
- Essentiel de l'entrainement Tch'an, trad. Lou Kouan You, dans Tch'an, zen, racine et floraisons. Ed. Hermès.


Qu'est-ce que le hua-t'ou ("mots-tête") ? Le mot est le mot prononcé et la tête, ce qui précède le mot. Par exemple lorsque quelqu'un dit "Amitabha Bouddha" c'est un mot. Avant qu'il ne soit prononcé c'est un hua-t'ou (un "pré-mot"). Ce que l'on appelle hua-t'ou est le moment qui précède la venue de la pensée accompagnée du mot qui la porte. Aussitôt celle-ci venue est devient un hua-wei ("mot-queue"). Le moment qui précède l'apparition d'une pensée s'appelle le "non-né". Le vide qui n'est ni troublé ni mort, ni immobile ou partiel, s'appelle "l'infini". L'action de tourner sans relâche la  lumière vers l'intérieur, à l'exclusion de toute autre chose, s'appelle l'examen du hua-t'ou.
Quand on examine un hua-t'ou la chose la plus importante et de faire naître un doute. Le doute est la béquille du hua-t'ou. Par exemple, quand on demande : "Qui répète le nom du Bouddha ?", un léger sentiment de doute apparaît à propos de ce "qui". Ce doute ne doit pas être rudimentaire, plus il est affiné, mieux cela vaut.
En tout temps, en tout lieu on doit considérer sans relâche ce doute seul, comme une rivière dont le cours n'est pas interrompu, sans laisser naître une seconde pensée. Dans "Qui répète le nom du Bouddha ?", l'important est le mot "Qui" et rien d'autre. Le "Qui ?" du hua-t'ou est une pratique merveilleuse dans l'entrainement du tch'an.
D'ordinaire le doute que font naître les débutant est très élémentaire, il peut s’arrêter brusquement, pour reprendre ensuite, il parait tantôt familier tantôt étrange. Il ne s'agit pas alors du vrai doute, mais de leur processus de pensée. Quand l'esprit fou aura été graduellement maîtrisé, on sera enfin en état de mettre un frein au processus de pensée, seulement alors on pourra parler de l'examen du hua-t'ou. Peu à peu, on aura plus besoin de faire naitre le doute, il naitra de lui-même. On a alors atteint une porte stratégique par laquelle il est aisé de s'écarter du droit chemin.
Tout d'abord, viendra un moment ou l'on époruvera une complète pureté et un bien être sans bornes. Si l'on manque d'être sur ces gardes et d'examiner les choses de près, on tombera dans un état de torpeur. Si un maitre est là, il le percevra immédiatement et il frappera l'étudiant avec le bâton. Un grand nombre de disciples sont à ce moment là éveillés à la vérité.
Deuxièmement, quand apparaît l'état de pureté et de vide, si le doute cesse d'exister, c'est là un état que nul ne peut décrire, dans lequel celui qui médite est semblable à un homme assis sur un arbre desséché dans une grotte, ou sur des pierres au milieu de l'eau. Quand a atteint cet état, il faut réveiller le doute qui sera suivi de la conscience et de la contemplation de cet état. La conscience (de cet état) est affranchissement de l'illusion, c'est la sagesse. La contemplation (de cet état) efface toute confusion; c'est l'équanimité. Cette réunification de l'esprit sera parfaitement tranquille et brillante dans son équanimité absolue, sa lucidité spirituelle, son entendement total, telle une fumée qui s'élève d'un lieu solitaire. Quand on a atteint cet état, on devrait posséder l'Oeil de Diamant, et se retenir de donner naissance à toute autre chose, car ce ne serait qu'ajouter une autre tête sur sa propre tête.
Extrait de : Le hua-t'ou et le doute, dans les maîtres zen de Jacques Brosse. Ed. Fayard.



Dans l'entrainement Tch'an, il faut que le désir de quitter le royaume de la naissance-et-la-mort sois sérieux et que l'on développe un esprit de longue patience (dans l'effort). Si l'esprit n'est pas sérieux, il sera impossible de faire naître le doute, et l'effort sera vain. L'absence d'un esprit de longue patience aboutira à la paresse, et l'entrainement ne sera pas continu. Développez seulement cet esprit de longue patience, et le doute naîtra de lui-même. Quand le doute s'élève, les difficultés prendront fin d'elles-mêmes. Quand le moment de la maturité apparaîtra, (ce sera comme) de l'eau courante formant un chenal.
Chers amis, le démons meurtrier de l'impermanence guette constamment notre vie et il ne consentira jamais de conclure la paix avec nous ! Développons vivement un esprit de longue patience pour nous sortir de la naissance-et-mort.
- Essentiel de l'entrainement Tch'an, trad. Lou Kouan You, dans Tch'an, zen, racine et floraisons. Ed. Hermès.


En quoi réside l’aisance des vieux pratiquants ? Uniquement dans l’absence de complaisance envers soi-même et dans une pratique minutieuse et assidue ; la minutie doit être toujours plus minutieuse, l’assiduité plus assidue, la subtilité toujours plus subtile. Quand vient la maturité, le fond du tonneau se détache de lui-même ; en d’autres mots, adressez vous à des maîtres expérimentés : ils vous aideront à extraire le dernier tasseau (de l’obstruction).
Ainsi que le dit la chanson du maître Han Shan :
Sur la haute cime d’une montagne
Ne se voit que l’espace infini.
Comment s’établir dans la méditation, nul ne le sait.
La lune solitaire luit sur la mare glacée,
Mais dans la mare il n’y a point de lune ;
La lune est dans le ciel bleu de la nuit.
Cette chanson est à présent chantée,
(Mais) il n’y a pas de Ch’an.
Les deux premiers vers indiquent que ce qui est vraiment éternel est solitaire, ne relève de rien d’autre, et luit avec éclat sur le monde sans rencontrer d’obstruction, aucune. Le troisième vers explique que le corps merveilleux du Bhûthatatâ ne peut être localisé ni par les mondains ni par les bouddhas des trois époques : « nul ne le sait ». Les trois vers suivants (4ème, 5ème et 6ème) constituent l’interprétation expédiente de cet état par le vieux maître. Les deux derniers vers (7ème et 8ème) nous avertissent, de crainte que nous ne confondions le doigt et la lune, qu’aucun de ces mots n’est du Ch’an.
Ma causerie ressemble à une accumulation de choses ; elle est comme l’entrave de plantes rampantes et une rupture importune, car mots et paroles ne peuvent exprimer l’inexprimable. Quand les maîtres anciens recevaient leurs étudiants, ils se servaient de leur bâton ou criaient pour les éveiller : on ne s’embarrassait pas de tant de sophistication. On ne peut toutefois comparer présent et passé, il est donc impératif de pointer un doigt vers la lune.
Chers amis, réfléchissez à tout cela je vous prie ; après tout qui pointe le doigt et qui cherche la lune ?
Extrait de : Facilité pour les vieux pratiquants : une pratique minutieuse et assidue., dans les maîtres zen de Jacques Brosse. Ed. Fayard.


A la recherche de la vérité (5) :
Fais l'expérience du Chan ! Il ne peut être décrit.
Si tu le décris, tu en perds le sens.
Lorsque tu découvres que tes preuves sont sans substances,
Tu réalises alors que tes mots ne sont que poussière. 
Source du texte (divers poèmes de Hsu Yun) : PDF


samedi 19 février 2011

Lin Tsi ou Linji Lu



Dans la succession du sixième patriarche, Lin-tsi (mort en 866 ou 867) occupe, à la cinquième génération, une place unique et centrale. Avec lui, s'instaure une méthode non tant d'enseignement de la Voie que de provocation à l'Eveil. Sans doute, la tenait-il de son maître Houang-po et avait-elle déjà été esquissée par Ma-tsou, mais, autorisé par leur exemple, Lin-tsi va plus loin dans l’iconoclasme, le sarcasme, le blasphème. Il en fait les préalables nécessaires à l'Eveil, une façon de se débarrasser d'un coup de tout l'acquis antérieur qui fait obstacle entre le pratiquant et la Voie. Pour guider l'apprenti plus sûrement que par des mots, il met au point tout un système de signes des plus concrets puisqu'il s'exprime non plus par le mental, mais directement par le corps : coups de bâton donnés ou reçus, clins d'yeux, gestes incompréhensibles, qui sont autant de koans, éructations sonores, propres à déconcerter le novice, à le faire vaciller sur ses bases, et, lui faisant perdre l'équilibre, à le précipiter tête la première dans l'Eveil comme dans l'abîme au bord duquel il tremblait.
(...)
Ainsi, nous savons par lui-même que pendant trois ans, il n'osa pas poser de questions au maître, jusqu'au jour où le doyen des moines, Mou-tcheou, qui l'avait remarqué, disant "Bien qu'il soit le plus jeune, il se distingue de tous", lui suggéra de le faire. Mais Lin-tsi ne savait que demander. Mou-tcheou lui recommanda de poser la question traditionnelle . "Quel est le sens de la venue de l'Ouest du Bodhidharma ?" Ainsi fit-il. Mais, en réponse, il ne reçut qu'une volée de coups de bâton. A son retour, le doyen lui demanda comment s'était passé l'entrevue. "Je n'avais pas seulement fini de parler que le Révérend m'a battu. Je ne comprends pas." Le doyen le persuada de retourner voir Houang-po. De nouveau, Lin-ti fut battu. Il y revint encore. Mais "trois questions, trois bastonnades".
Source du texte : Les maîtres zen de Jacques Brosse. Ed. Bayard.


Bibliographie :
- Entretiens de Lin-tsi, trad. Paul Demieville, Ed. Fayard, 1972.
- Les Entretiens de Lin-Tsi, trad. Pail Demieville, dans Tch'an, zen, racine et floraisons. Ed. Hermès.
Etudes générales : 
voir sous Bibliographie Bodhidharma.





Maintes fois citées sont les célèbres imprécations blasphématoires de Lin-tsi : "Adeptes, voulez-vous voir les choses conformément à la Loi (au Dharma) ? Gardez-vous seulement de vous laisser égarer par les autres. Tout ce que vous rencontrez au-dehors, comme au-dedans de vous-mêmes, tuez-le. Si vous rencontrez le Bouddha, tuez le Bouddha ! Si vous rencontrez un patriarche, tuez le patriarche ! Si vous rencontrez un Arhat, tuez l'Arhat ! Si vous rencontrez vos père et mère, tuez vos père et mère ! ... C'est là le moyen de vous délivrez, d'échapper à l'esclavage; c'est là l'évasion, c'est là, l'indépendance". 
Entretiens, 20b
Source du texte : Les maîtres zen de Jacques Brosse. 


Instructions collective, chap. 17
a) "On dit de toutes parts, adeptes, qu'il y a une Voie à cultiver, une Loi à éprouver. Dites-moi donc quelle Loi à éprouver, quelle Loi à cultiver ? Qu'est-ce qui vous manque en votre activité actuelle ? Qu'avez-vous à compléter par la culture ? C'est parce qu'ils ne comprennent rien à rien que de petits maîtres puînés font confiance à ces renards sauvages, à ces larves malignes, et leur permettent de parler d'affaires bonnes à entortiller autrui - de la nécessité d'accorder la théorie et la pratique, de veiller sur ses triples actes pour pouvoir devenir Bouddha, et autres discours de ce genre comme crachin au printemps. Un ancien l'a dit :
' Si vous rencontrez sur la route un homme parvenu à la Voie,
Surtout ne lui parlez pas de la Voie !'
"Et c'est en ce sens qu'il est dit :
'Qui cultive la Voie, ne la pratique point ;
Toutes sortes de faux objets prennent naissance à qui mieux mieux.
Quand sort l'épée de la sagesse, il n'y a plus aucune chose ;
Tant que n'apparaît la clarté, c'est l'obscurité qui est claire.'
"C'est pourquoi un ancien a dit : 'C'est l'esprit ordinaire qui est la Voie.' Que cherchez-vous donc, vénérables ? Jamais rien n'a manqué à ces religieux sans appui qui sont là en ce moment devant mes yeux, en toute clarté et bien distincts, à écouter la Loi. Si vous voulez ne point différer d'un Bouddha-patriarche, vous n'avez qu'à voir les choses ainsi : là-dessus pas de doute, pas d'erreur ! Celui pour qui d'esprit à esprit il n'y a plus de différenciation, on l'appelle un patriarche vivant. S'il y a différenciation dans votre esprit, c'est que sa vraie nature est séparée de ses marques particulières ; si l'esprit est sans différenciation, nature et marques ne sont pas séparées".

b) On demanda : "qu'est-ce que l'absence de différenciation d'esprit à esprit ? " Le maître dit : "Dès l'instant même où vous vous disposez à poser cette question, il y a déjà différenciation, et la nature et les marques particulières sont séparées. Ne vous y trompez pas, adeptes : en toutes choses, qu'elles soient de ce monde ou supramondaines, il n'y a pas de nature propre, mais pas non plus de nature de naissance : ce ne sont là que des noms vides, et les lettres qui forment ces noms sont vides elles aussi. En reconnaissant pour réels ces noms vides, vous commettez une grande erreur. Et même si ces choses existent, elles sont du domaine des transformations dépendantes (qui servent de points d'appui). Il y a le point d'appui 'Bodhi', le point d'appui 'délivrance', le point d'appui 'trois corps', le point d'appui 'connaissance des objets', le point d'appui 'Bodhisattva', le point d'appui 'Bouddha'. Qu'allez-vous donc chercher dans des 'royaumes de Bouddha' qui sont des transformations, des points d'appui dépendants ? Il n'est pas jusqu'aux Trois Véhicules et au Dodécuple Enseignement, qui ne soient vieux papiers bons à s'essuyer le bran. Le Bouddha est un Corps de Métamorphose fantasmagorique ; les patriarches, ce sont de vieux bonzes. N'êtes-vous pas, vous aussi, nés de votre mère ? A chercher le Bouddha, vous vous ferez attraper par ce Mâra qu'est le Bouddha ; à chercher les patriarches, vous serez liés par ces Mâra que sont les patriarches. Toute recherche est douleur. Mieux vaut être sans affaires !"
Extrait de : Les entretiens de Lin-tsi
Source du texte : Kalyanamitra


Chapitre 21

a) "Je vous le dis : il n'y a pas de Bouddha, il n'y a pas de Loi ; pas de pratiques à cultiver, pas de fruits à éprouver. Que voulez-vous donc tant chercher auprès d'autrui ? Aveugles qui vous mettez une tête sur la tête ! Qu'est-ce qui vous manque ? C'est vous, adeptes, qui êtes là devant mes yeux, c'est vous-mêmes qui ne différez en rien du Bouddha-patriarche ! Mais vous n'avez pas confiance, et vous cherchez au-dehors. Ne vous y trompez pas : il n'y a pas de Loi au-dehors ; il n'y en a pas non plus qui puisse être obtenue au-dedans de vous-mêmes. Plutôt que de vous attacher à mes paroles, mieux vaut vous mettre au repos et rester sans affaires. Ce qui s'est produit, ne le laissez pas continuer ; ce qui ne s'est pas encore produit, ne le laissez pas se produire. Cela vaudra mieux pour vous que dix années de pérégrinations.
b) A mon point de vue, pas tant d'histoires ! Il suffit d'être ordinaire : mettre ses vêtements, manger son grain, passer le temps sans affaires. Vous venez de toutes parts avec l'idée de chercher le Bouddha, de chercher la Loi, de chercher la délivrance, la sortie du Triple Monde. Sortir du Triple Monde, imbéciles ! Pour aller où ? Le Bouddha et les patriarches, ce ne sont que des noms dont on prend plaisir à se laisser lier. Voulez-vous connaître le Triple Monde ? Il n'est autre que terre de votre propre esprit, à vous qui êtes là maintenant à écouter la Loi. Une seule de vos pensées de concupiscence, voilà le Monde du Désir ; une seule de vos pensées de colère, voilà le Monde la Matière ; une seule de vos pensées de déraison, voilà le Monde Immatériel. Ce sont là meubles de votre propre maison. Le Triple Monde ne saurait dire lui-même : "Je suis le Triple Monde". C'est vous, adeptes, vous qui êtes là tout vifs à illuminer toutes choses, à peser et mesurer le monde, c'est vous qui mettez un nom sur le Triple Monde."
Extrait de : Les entretiens de Lin-tsi
Source du texte : Kaylanamitra


Chapitre 22.
a) "Vénérables, le corps physique fait des quatre éléments matériels est impermanent. Partout, jusque dans la rate et l'estomac, dans le foie et le fiel, dans les cheveux et les poils, dans les ongles et les dents, on ne voit que l'aspect vide des choses. C'est l'arrêt de toute pensée en vous, que j'appelle l'arbre d'éveil ; et l'incapacité d'arrêter vos pensées, l'arbre de l'inscience. L'inscience est inlocalisée ; l'inscience n'a ni commencement ni fin. si vous êtes incapables d'arrêter vos pensées, vous gravirez l'arbre de l'inscience, ce qui vous conduira aux six voies et aux quatre naissances, et à porter poil ou cornes. Si vous savez les arrêter, vous accéderez au domaine du corps purifié. Qu'aucune pensée ne naisse en vous, et vous gravirez l'arbre de l'éveil ; vous posséderez les super-savoirs, grâce auxquels on se transforme à son gré dans le Triple Monde, et le Corps de Métamorphose, né du mental, et la béatitude de la Loi, et la délectation du Dhyanâ. La radiance de votre corps illuminera d'elle-même. Si vous pensez à vous vêtir, vous aurez mille épaisseurs de gaze et de satin ; si vous pensez à vous nourrir, cent saveurs au complet ; vous n'aurez pas de maladie causant mort violente. "L'éveil est inlocalisé, et c'est pourquoi il ne saurait être obtenu."
b) "Adeptes, de quoi douterait encore un gaillard qui est un grand homme ? Dans cette activité qui est là devant mes yeux, qui y a-t-il donc ? Tenez-vous-y pour agir, mais n'y appliquez pas de nom ! C'est là ce que j'appelle l'"idée mystérieuse". Qui voit les choses ainsi, ne se laisse rebuter par rien. Un ancien l'a dit :
"L'esprit fonctionne en suivant les dix mille choses ;
Mais ce fonctionnement peut être apaisement.
Tout en suivant le courant, reconnaissez votre nature ;
Elle est sans joie comme elle est sans tristesse."
Extrait de : Les entretiens de Lin-tsi
Source du texte : Kalyanamitra


Chapitre 31
a) « Qu’allez-vous donc chercher de toutes parts, Vénérables, vous agitant comme les vagues de la mer, vous élargissant la plante des pieds à force de pérégrinations ? Il n’y a point de Bouddha qui puisse être cherché ; point de Voie qui puisse être accomplie ; point de Loi qui puisse être obtenue.
« Le Bouddha muni des marques, que tu cherches à l’extérieur,
Ne te ressemble pas.
Veux-tu connaître ton esprit foncier ?
Il n’est ni un (avec Bouddha) ni n’en est séparé. »
Adeptes, le vrai Bouddha est sans figure ; la vraie Voie est sans corps ; la vraie Loi est sans marque particulière. Ces trois se fondent pour se combiner en un. Qui ne sait discerner cela, s’appelle un être dont la connaissance est obscurcie par l’acte. »
b) On demanda : « Qu’est-ce que le vrai Bouddha, la vraie Loi, la vraie Voie ? Veuillez nous en instruire. » Le maître dit : « Le Bouddha, c’est la pureté de notre esprit ; la Loi, c’est la radiance de notre esprit ; la Voie, c’est son rayonnement pur qui partout illumine sans obstacle. Les trois sont un ; ce ne sont que des noms vides, ils n’ont point d’existence réelle en soi. Le vrai religieux est celui qui garde cela présent à l’esprit, de pensée en pensée indiscontûment. Depuis que le grand maître Bodhidharma était venu de la terre d’Occident, il n’avait fait que chercher un homme qui ne fût pas égaré par autrui. Enfin il rencontra le deuxième patriarche, qu’une seule parole amena à la réalisation finale et qui comprit alors la vanité de tout son travail antérieur. A mon point de vue actuel, nous ne différons pas des Bouddha-patriarches. Selon une première formule, on est un maître pour les Bouddha-patriarches ; selon une deuxième formule, on est un maître pour les hommes et les dieux ; selon une troisième formule, on n’arrive même pas à se sauver soi-même. »
Extrait de : Les entretiens de Lin-tsi
Source du texte : Kalyanamitra

Autres extraits : 
première partie (1-9), début de la seconde partie (10-16) : Foucault


 


vendredi 18 février 2011

Houang Po Si-yun ou Obaku Kiun


Houang-Po (IXe siècle) est un des représentants les plus prestigieux de cette voie « casse-dogme » qu’est le Tch’an. Descendant spirituel de Mazu, son enseignement est basé sur la « méthode de l’Esprit un » en tant que Réalité absolue du « non-esprit » en tant que Voie; et de la « silencieuse coïncidence » en tant qu’entrée dans la Voie. Houang Po ne parle que de vécu, de l’éveil ou plutôt du réveil à l’« esprit un », l’accès au domaine absolu de la réalité.
Source du texte : Les Deux Océans

Un jour, Pai-tchang demanda à Houang-po où il était allé.
Celui-ci répondit qu'il avait rammassé des champignons au pied du mont Ta-hsiong.
- "Y as-tu rencontré des tigres ?"
Aussitôt, Houang-po se mit à rugir. Pai-tchang saisit une hache et la leva comme s'il voulait l'abattre sur le tigre, puis gifla Houang-po qui éclata de rire.
Peu après, dans la grande salle, devant les moines assemblés, Pai-tchang dit : "Au pied du mon Ta-hsiong, il y a un tigre. Méfiez-vous ! Il m'a déjà mordu ce matin." Par ces mots, Pai-tchang désignait Si-yun comme son successeur dans le Dharma.
Source du texte : Les maîtres zen de Jacques Brosse. Ed. Bayard.


Bibliographie :
- Les entretiens de Houang-Po, trad. de Patrick Carré. Ed. Les Deux Océans.
- De la transmission de l'esprit, trad. L. Wang, extrait du Wan Ling Lou, dans Tch'an, zen, racine et floraisons. Ed. Hermès.
Etudes générales : 
voir sous Bibliographie Bodhidharma.


Question . - Qu'est-ce que le Bouddha ?
Réponse. - L'Esprit est le Bouddha. La cessation de toute pensée conceptuelle est la Voie. Si nous cessons de soulever des concepts et de penser en fonction d'être et de non-être, de long et de court, d'autrui et de soi, d'activité et de passivité, etc...., nous verrons que notre Esprit est intrinsèquement le Bouddha, que le Bouddha est intrinsèquement l'Esprit et que l'Esprit est semblable à un vide. 

Q.- S'il est entendu que l'homme illuminé est celui qui a abandonné toute pensée "conceptuelle" et que ce homme est dès lors semblable à Bouddha, un ignorant ne pensant plus conceptuellement, ne s'oublie-t-il pas lui-même ? 
R.- Il n'y a pas d'homme illuminés et d'homme ignorants, et il n'y a pas d'oubli.  Bien que fondamentalement, tout soit sans existence objective, il ne faut pas en venir à penser en fonction de quoi que ce soit d'inexistant, et, bien que les choses ne soient pas inexistantes, il ne faut pas se former un concept de rien d'existant. Car "existence" et "non-existence" sont tous deux des concepts (empiriques) qui ne valent pas mieux que des illusions. C'est pourquoi il est écrit : "Tout ce que perçoivent les sens ressemble à une illusion, y compris tout ce qui va des concepts mentaux aux êtres vivants.". Notre Fondateur (Bodhidharma) n'a rien prêché d’autre à ses disciples que l'"Abstraction" totale menant à l'élimination de la perception des sens. C'est dans cette "abstraction" totale que prospère la Voie des Bouddhas; alors que de la discrimination entre ceci et cela surgissent des armées de démons !

L'illumination surgit de l'Esprit, sans égard pour votre pratique des six paramitas et du reste. Toutes pratiques de cet ordre ne sont que de simples expédients pour traiter les matières "concrètes" quand on a affaire aux problèmes de la vie quotidienne.
L'Esprit étant le Bouddha, il n'y a rien de mieux à faire que de cultiver cet Esprit de Bouddha. Evitez seulement les pensées conceptuelles qui mènent aux allées et venues (devenir et extinctions), aux afflictions du monde sentant et à tout le reste; vous n'aurez alors plus aucun besoin de méthodes d'Illumination et autres choses de ce genre. C'est pourquoi il est écrit :
Tous les enseignement du Bouddha n'ont qu'un seul objet :
Nous porter au-delà du stade de la pensée.
Or, si je réalise la cessation de ma pensée,
A quoi me servent les Dharmas qu'enseigna le Bouddha ?

Or donc, si vous vous exercez à maintenir votre esprit immobile en tout temps, que ce soit en marchant, en étant debout, assis ou couché; vous concentrant entièrement sur le but de ne créer aucune pensée, aucune dualité, aucun appui sur autrui et aucun attachement; laissant simplement les choses suivre leur train tout le long du jour comme si vous étiez trop malade pour vous en préoccuper; inconnu du monde; vierge de toute démangeaison d'être connu ou inconnu des autres; l'esprit semblable à un bloc de pierre sans faille - alors, tous les Dharmas pénétreraient de part en part votre entendement. Ainsi, pour la première fois de votre vie, vous verriez décroître vos réactions aux phénomènes, et, en fin de compte, vous passeriez au-delà du Triple Monde; on dirait alors qu'un Bouddha est apparu sur terre. Une connaissance pure et impassible implique de mettre fin à l'incessant courant de pensées et d'images, car, de cette façon, vous cessez de créer le karma qui mène à la renaissance - comme dieu, comme homme ou comme patient de l'enfer.
Extrait de De la transmission de l'esprit, trad. L. Wang, dans Tch'an, zen, racine et floraisons. Ed. Hermès.


Notre école Ch'an, depuis les origines de sa transmission, n'a jamais prôné les recherches purement théoriques, et quand je parle de "cultiver la Voie", c'est plutôt en manière d'accueil, car en fait, la Voie n'est pas non plus quelque chose que l'on peut cultiver. L'étude théorique préserve les affects et débouche toujours sur l'égarement. La Voie n'est et ne va nulle part, on la nomme "esprit du grand véhicule". "Cet esprit ne se trouve ni dedans ni dehors, ni entre les deux", il n'est et ne va vraiment nulle part. Il faut avant tout ne pas l'aborder théoriquement, autrement dit, comme s'il s'agissait de l'objet de l'un de vos affects. Quand il n'est plus aucun affect, l'esprit n'est ni ne va nulle part.
Cette Voie est si naturelle qu'elle n'a pas de vrai nom. Or, du simple fait que les gens de ce monde ne la connaissent pas, ils s'égarent dans leurs affects, et les Bouddhas apparaissent pour mettre un terme à cet état de choses par leur prédication. Craignant que vous et vos semblables, vous ne puissiez comprendre, ils disent "Voie" à titre provisoire, sans qu'on puisse bâtir des théories sur ce nom. C'est en ce sens que j'entends l'expression : "Oublier la nasse quand on a pris le poisson."
Extrait de : Les entretiens de Houang-Po, trad. de Patrick Carré. Ed. Les Deux Océans.
Source du texte : Kalyanamitra


jeudi 17 février 2011

Pai-tchang ou Po-tchang Houai-hai - Baizhang ou Bozhang Huaihai




Disciple de Ma-tsou, Houai-hai (720-814), apporta au tch'an une contribution essentielle en édictant des règles monastiques qui, encore respectées de nos jours, complétaient les mesures prises deux siècles auparavant par le quatrième patriarche, Tao-sin. Les moines bouddhistes chinois suivaient les anciennes règles du Vinaya indien, mais, très formalistes, elles n'étaient pas adaptées ni au pays ni aux circonstances. Conformément à une tradition qui remontait au Bouddha lui-même, les moines vivaient de mendicité, mais les dons offerts par de pieux laïcs avaient considérablement enrichi les monastères. S'en était suivi un net relâchement des moeurs contre lequel sévit le gouvernement impérial.
La règle de Pai-tchang, que l'on a comparer à celle de saint Benoit, veillait à ce que l'activité spirituelle, en particulier la pratique de la méditation ne fut pas séparée du travail quotidien dans le monastère et aux champs. Celui-ci faisait partie de la médiation, mieux il en était la manifestation tangible. C'est à Pai-tchang que l'on doit le fameux précepte : "Un jour sans travail, un jour sans nourriture".
Source du texte : Les maîtres zen de Jacques Brosse. Ed. Bayard.


Bibliographie :
- L'illumination subite, trad. L. Wang, extraits dans Tch'an, zen, racine et floraisons. Ed. Hermès.
Etudes générales : 
voir sous Bibliographie Bodhidharma.


Question. - Quelle méthode pratiquer pour obtenir la délivrance ?
Réponse - On ne peut l'atteindre que par l'illumination subite.
Q. - Qu'est-ce que l'illumination subite ?
R. - Subite signifie se débarrasser instantanément de toute pensée (illu­soire). L'illumination est la réalisation que l'illumination n'est pas quelque chose qui puisse être atteint.
Q.- Quel est le point de départ de la méthode ?
R. - Il faut partir de la base.
Q. - Que signifie partir de la base ?
R. - La pensée est la base.
(...)
Q.- Où la pensée devrait-elle demeurer ?
R.- Elle devrait s'établir au lieu de la non-demeure et s'y fixer.
Q.- Que faut-il entendre par la non-demeure ?
R.- Cela signifie que la pensée ne devrait s'établir en quelque lieu que ce soit.
Q.- Quelle est la signification de tout cela ?
R.- Ne pas demeurer dans le bien, dans le mal, dans l'existence, dans la non-existence, dans le monde intérieur ou dans le monde extérieur ou en des lieux situées entre les deux; dans le vide ou le non-vide, dans la concentration ou la dispersion. Ne s'attacher à rien est l'état dans lequel elle devrait demeurer. Ceux qui atteignent ce état sont appelés "esprit sans demeure" - en d'autres mots, ils sont identiques à l'esprit de Bouddha.
Q.- A quoi ressemble-t-il ?
R. - L'esprit n'a pas de couleur, telle que le vert ou le jaune, le rouge ou le blanc; il n'est ni long ni court; il ne disparaît ni n'apparaît; il est tout aussi détaché de la pureté que de l'impureté et il demeure dans l'éternité. Il est complète tranquillisation. Telle est la forme de notre esprit originel, qui est également la forme du corps du Bouddha.
Q.- De quelle façon ce corps ou esprit du Bouddha peut-il être perçu ? Peut-on le percevoir avec les yeux, les oreilles, le nez, le toucher et la conscience ?
R.- Ils peuvent être perçus mais non par ces moyens de perception.
Q.- Puisque ces moyens sont inopérants, de quelle façon peuvent-ils être perçus ?
R. - Uniquement par une perception de votre nature réelle. Pourquoi ? C'est parce que votre nature profonde est essentiellement pure, complètement vide et tranquille. Sa « substance » immatérielle et immobile est seule capable de cette perception.
Q.- Mais si cette pure « substance » ne peut être découverte, d'où une telle perception peut-elle jaillir ?
R.- Nous pouvons la comparer à un miroir lumineux, où toute forme est visible bien qu'il n'en contienne aucune. Pourquoi ? Parce que le miroir est dépourvu d'activité mentale. Si les disciples engagés sur la voie sont sans souillure, aucune erreur ne s'élèvera dans leur esprit et ils ne s'attacheront ni à l'ego ni aux objets extérieurs qui disparaîtront; alors la pureté s'élèvera d'elle-même et les rendra capables d'arriver à cette perception. Le Dharmapâda Soûtra dit : « En un éclair pénétrer dans le vide ultime, voilà la sagesse ! »
Q.- Suivant le Nirvana Soûtra, la nature de diamant des êtres ne peut se percevoir et cependant elle perçoit clairement. Cette vision dernière ne contient rien à inclure et rien à exclure. Comment cela est-il possible ?
R. - Votre nature réelle est une « substance » sans forme, intangible. Aussi est-elle au-delà de toute perception. Néanmoins, bien qu'elle soit intangible, elle demeure profondément calme; elle ne va ni ne vient; elle n'est pas distincte du monde, mais ne se meut pas davantage en lui. Existant par elle-même et souveraine, elle repose dans la paix de son être propre. Voilà la raison pour laquelle elle ne peut être clairement perçue. Par sa nature propre, elle est à la fois sans forme et fondamentalement indifférenciée Comprenant toutes choses en elle, elle permet au tout indivisible des myriades de transformations, aussi innombrables que les grains de sable du Gange. Si vous pouviez les distinguer tous simultanément, votre savoir serait sans limite. Un gâthâ dit :
Prajnâ, bien qu'inconnaissance, saisit tout;
Prajnâ, quoique privée de vision, voit tout."
Extrait de L'illumination subite (extrait du Po-Chang Kouang-Lou), trad. L. Wang, dans Tch'an, zen, racine et floraisons. Ed. Hermès.


 

mercredi 16 février 2011

Mazu Daoyi ou Ma-tsou



"D'une allure étrange et peu ordinaire, il avait la démarche d'un buffle et le regard d'un tigre. Il pouvait toucher son nez de la pointe de sa langue et deux rides circulaires marquaient la plante de ses pieds". (...)
Né à l'ouest de la Chine, en Sseu-tchouan, Ma-tsou (709-788) entra très jeune dans les ordres et reçut sa premières instruction d'un patriarche qui aurait été un descendant spirituel du cinquième patriarche.  A la mort de son maître, Ma partit vivre en ermite sur le mont Heng, une des cinq montagnes sacrées de la Chine. C'est là qu'eut lieu la rencontre fameuse qui fit de lui le disciple de Houai-jang (677-744), lui-même disciple du sixième patriarche, qui avait établi son monastère sur le mont Nan-yue. Voyant le jeune moine absorbé nuit et jour en zazen, Nan-yue lui demanda quel but il visait :
- Devenir un Bouddha.
Le maître pris alors un morceau de brique et se mit à le frotter sur une pierre. Décontenancé, Ma ne put s’empêcher, au bout d'un moment, de lui demander :
- Que voulez-vous donc faire avec cette brique ?
- Je la polis pour en faire un miroir.
- Comment pouvez-vous espérer faire un miroir avec un brique ?
- Et toi, comment peux-tu espérer devenir un Bouddha en restant assis jour et nuit ?
- Alors que dois-je faire ?
- Il en est comme d'un buffle attelé à une charrette.
Sil la charrette n'avance pas, est-ce elle que tu frapperas ?
Ma-tsou ne trouvant rien à répondre, le maître poursuivit :
- Désires-tu apprendre à être assis en zazen, ou bien à être assis en Bouddha ? Si tu veux apprendre à être assis en zazen, sache que le zazen ne relève ni de la position assise ni de la position allongée. Si tu veux apprendre à être assis en Bouddha, sache que le Bouddha n'a pas de caractéristiques déterminées. Au sein du dharma de la non-demeure, ne t'occupe ni d'obtention ni d’attachement. Si tu t'assois en Bouddha, tu tues le Bouddha. Si tu t'attaches à la position assise, tu n'atteindras pas la vérité absolue. (...)
Extrait de : les maître zen de Jacques Brosse. Ed. Fayard.


Bibliographie :
- Les entretiens de Mazu, maître chan du VIIIe siècle, trad. Catherine Despeux. Ed. Les deux océans, 1980.
Etudes générales : 
voir sous Bibliographie Bodhidharma.


Un moine demanda un jour à Mazu : « Comment doit-on cultiver la Voie ? »
- Mazu répondit : La Voie ne relève pas de la culture. Si l’on dit que la Voie peut être cultivée, une fois la culture accomplie, il y a à nouveau destruction, et l’on est semblable à un auditeur. Si l’on dit que la Voie ne peut être cultivée, l’on est semblable à un être ordinaire.
- Le moine : « Par quelle sorte de compréhension peut-on atteindre la Voie ? »
- Mazu : La nature propre est originellement parfaite. Celui qui ne stagne pas dans les phénomènes bons ou mauvais est appelé « celui qui cultive la Voie ». » S’attacher au bien, rejeter le mal, contempler la vacuité, entrer en contemplation (samâdhi), tout cela n’est que créations (de l’esprit). Ceux qui cherchent la Voie à l’extérieur s’en éloignent sans cesse de plus en plus. Qu’ils épuisent les pensées du Cœur de ce triple monde ; mais qu’une seule pensée subsiste dans le Cœur, et la racine fondamentale de la transmigration dans le triple monde demeure. Lorsque cette seule pensée disparaît, la racine fondamentale de la transmigration est éliminée et l’on obtient le trésor précieux et suprême du Roi de la Loi. Depuis d’innombrables kalpa, les pensées fausses des êtres ordinaires, leurs ruses, leur fausseté, leur orgueil et leur arrogance sont unis au corps de l’Unité. Il est dit dans le (Vimalakirti) soûtra : « Ce corps est un assemblage de nombreux dharma. Quand il naît, ce sont seulement les dharma qui naissent ; quand il périt, ce sont seulement les dharma qui périssent. Quand ces dharma naissent, ils ne disent pas : je nais ; quand ils périssent, ils ne disent pas : je péris. »
Lorsque la pensée d’avant, la pensée d’après et la pensée du milieu ne sont pas reliées entre elles, chaque pensée est dans l’extinction (nirvâna) et l’on appelle cela : « Samâdhi du sceau de l’océan » (sagaramudrasamâdhi), qui englobe toutes choses, pareil à l’océan auquel retournent les cent mille cours d’eau différents, et qui tous sont l’eau de l’océan à la saveur unique et comprenant toutes les saveurs.

Celui qui demeure dans le vaste océan se fond à tous les cours d’eau, celui qui se baigne dans ce vaste océan utilise toutes les eaux. Alors que l’auditeur est à la fois égaré et éveillé, l’être ordinaire est à la fois égaré et éveillé. L’auditeur n’a pas compris que le Cœur saint ne comporte fondamentalement ni causalité, ni degrés, ni pensées fausses. Ainsi il cultive la cause pour réaliser le fruit et demeure pendant vingt mille, quatre vingt mille kalpa dans le samâdhi de la Vacuité. Bien qu’il soit déjà éveillé, cet éveil est un égarement. Tous les bodhisattva considèrent cela comme subir les souffrances de l’enfer. L’auditeur, ayant sombré dans la Vacuité et stagnant dans l’extinction (nirvâna), ne voit pas la nature de Bouddha.
Si un être de racine supérieure rencontre un ami de bien (Kalyanamitra) capable de le diriger, il comprendra par ses paroles qu’il n’y a pas d’étapes ni de stades et sera subitement éveillé à sa nature originelle. Il est dit dans un soûtra : « Les êtres ordinaires ont le cœur inversé, les auditeurs non. » Ainsi on parle d’éveil par rapport à l’égarement, mais puisqu’il n’y a originellement pas d’égarement, il n’y a pas non plus d’éveil. Tous les êtres, depuis un nombre incommensurable de la kalpa, ne sont jamais sortis du samâdhi de l’essence de la doctrine (dharmatâ). Tout en résidant en permanence dans ce samâdhi, ils mangent, se vêtissent, discutent, répondent. En définitive, le fonctionnement des organes des sens et tous les actes sont l’essence de la doctrine. Ceux qui ne savent pas retourner à la source s’attachent aux noms, poursuivent les phénomènes, de sorte que s’élèvent passions erronées et pensées fausses, et ils cultivent toutes sortes de karma. Mais pour qui est capable en une seule pensée de retourner à la source, son être entier devient le Cœur saint.
Que chacun d’entre vous parvienne à son propre Cœur, ne vous attachez pas à mes paroles. Même si j’étais éloquent et parlais de sujets aussi innombrables que les grains de sable du Gange,  le Cœur n’augmenterait pas ; même si aucun discours n’étais prononcé, le Cœur ne diminuerait pas. Ce qui parle d’obtention, c’est votre Cœur, ce qui parle de non-obtention, c’est aussi votre Cœur. De même si vous multipliez votre corps, émettez de la lumière, faites des dix-huit miracles, cela ne vaut pas de faire retourner le moi à la cendre éteinte. Les cendres éteintes, même arrosées, sont sans vitalité, comme un auditeur qui cultive fictivement la cause pour réaliser le fruit. La cendre éteinte, pas encore arrosée, a vraiment de la force, comme le bodhisattva dont le karma et la Voie sont mûrs et purs, et qui n’est pas affecté par tous les maux. Ainsi, si je commence à parler du Tripitaka, de l’enseignement puissant du Tathâgata, je parlerai sans fin pendant des kalpa aussi innombrables que les grains de sable du Gange, ce sera comme un crochet qui sans cesse vous accroche. Mais si vous avez pris conscience du Cœur saint, il n’y aura pas d’autre affaire, et vous vous tiendrez constamment dans ce trésor précieux.
Extrait de : Les entretiens de Mazu, maître chan du VIIIe siècle, trad. Catherine Despeux.
Editions Les deux océans, 1980.
Source du texte : Kalyanamitra

mardi 15 février 2011

Nieou-T'eou, Niu-Tou ou Fa-Jong Wei



Le maître de dhyana Fa-jong (582-657), de son nom de famille Wei, était originaire de Yen-ling dans la préfecture de Kiun. A l’âge de dix-neuf ans, il avait déjà étudié et pénétré à fond les classiques confucéens et les textes historiques. Alors qu’il étudiait le long soûtra de la Prajnâparamita, il eut la compréhension de la vacuité véritable. Un jour, il dit soudain en soupirant : « Les livres confucéens n’exposent pas la doctrine suprême, seule la claire vision donnée par la Prajna peut nous faire voguer hors de ce monde ». Après quoi, il mena une vie d’anachorète sur le mont Mao, où il devint moine bouddhiste. Il se rendit ensuite au mont Tête de buffle (Nieou-t’eou), et résida dans une grotte au pied d’une falaise située au Nord du temple Yeou-hi. On pouvait y voir l’étrange spectacle des oiseaux venant lui offrir des fleurs.
Source du texte (extrait de ) : Biographie de Nieou-T'eou Fa-Jong dans Tch'an, zen, racine et floraisons.


Bibliographie :
- Extinction de la contemplation, trad. Catherine Despeux, dans Tch'an, zen, racine et floraisons (pp.136-155). Ed. Hermès.
- L'Inscription sur l'esprit, trad. Catherine Despeux, dans Tch'an, zen, racine et floraisons (pp.156-166). Ed. Hermès.
Etudes :
Catherine Despeux, L'école tch'an de Nieou-t'eou, dans dans Tch'an, zen, racine et floraisons (pp. 103-124). Ed. Hermès.
Anonyme, Nieou-t'eou Fa-Jong (tiré de la Transmission de la lampe), trad. de Catherine Despeux dans Tch'an, zen, racine et floraisons (pp.125-135). Ed. Hermès.


"Soyez sans point de vue, pas même celui d'être un homme"

I
La grande Voie, Vide profond, immensité silencieuse, obscure et sublime, échappe à la connaissance de l'esprit et est inexprimable par les paroles.
Et voici, à présent, deux personnes exposant la vraie réalité, le maitre Jou-li "Entré dans le Principe" et le disciple surnommé Yuan-men "Porte causale", Maitre Jou-li, plongé dans la grande immensité silencieuse, ne disait mot, lorsque soudain Yuan-men se dressa sur ses pieds et lui demanda :
"Qu'est-ce dont que l'esprit ? En quoi consiste l'apaisement de l'esprit ?
- Vous n'avez nu besoin de poser l'esprit, encore moins de le contraindre  s'apaiser; en cela consiste l'apaisement.
- S'il n'y a pas d'esprit, comment connaitre la Voie ?
- La Voie n'est pas une chose à laquelle on puisse penser, comment concernerait-elle l'esprit ?
- Si l'on ne peut y penser, comment la garder constamment présente ?
- Penser, c'est donner existence à l'esprit. Donner existence à l'esprit, c'est tourner le dos à la Voie. Si l'on ne pense pas, l'on est sans esprit. Sans esprit, l'on demeure dans la Voie véritable.
- Les êtres vivants ont-ils un esprit ou non ?
- Considérer que les êtres vivants ont un esprit, c'est être dans la vue inversée. C'est uniquement parce qu'un esprit est posé au sein du vide d'esprit, que les pensées fausses apparaissent.
- Qu'est-ce donc le vide d'esprit ?
- Etre sans esprit, c'est être vide d'objet. Le vide d'objet correspond à la nature vierge, laquelle n'est autre que la grande Voie.
- Comment éliminer les pensées fausses des êtres ?
- Posséder les notions de pensées fausses et d'élimination de ces pensées, c'est n'avoir toujours pas abandonné ces pensées fausses.
- Peut-on, sans les éliminer, être en union avec le principe de la Voie ?
- Parler d'être en union ou pas, c'est n'avoir toujours pas abandonné les pensées fausses.
- Que dois-je faire ?
- Rien. C'est cela".


XI
Yuan-men se leva et demanda : "Comment peut-on marcher, rester debout, assis ou couché, sans conserver la notion d'un corps ?
- Il vous suffit de marcher, de rester debout, assis ou couché, pourquoi poser la notion d'un corps ? 
- Mais comment peut-on réfléchir sur le juste principe sans poser cette notion ? Tant que l'on s'accroche à l'existence d'un esprit, ce dernier existe même en l'absence de réflexions. Mais si l'on comprend ce qu'est l'affranchissement de l'esprit (wou-sin), il y a affranchissement de l'esprit même lorsque les réflexions apparaissent. Pourquoi ? Parce qu'il en est de même que pour le maître de dhyana assis dans le calme et laissant les pensées apparaître, ou  le vent violent soufflant de toutes parts sans un esprit."
Extrait de : Extinction de la contemplation dans Tch'an, zen, racine et floraisons. 


La nature de la conscience ne vient de nulle part
A quoi bon connaissance et idées ?
originellement, pas une seule vérité
alors, pourquoi parler de pratique ?

Allées et venues sans fin,
chercher sans trouver ,
autant ne rien faire .
alors, la paix étincelante

La passé est espace vide.
La connaissance est la perte du principe.
Diffuse ta lumière sur le monde.
Éveillé et pourtant obscur.

Si la dynamique du sans esprit est obstruée,
on manque la vérité.
Les choses viennent puis se résorbent,
a quoi bon l'introspection ?

Lorsque toute émergence est libre,
les choses sont l'éveil même.
Pour purifier la conscience
encore faudrait-il la trouver.

A travers le temps et l'espace, pas d'éveil.
C'est la grande profondeur.
La connaissance est inconnaissance
La connaissance saisit l'essentiel.

Utiliser la conscience pour apaiser la conscience
est le plus grand des égarements
dans l'oubli de la naissance et de la mort
émerge la nature originelle.

Le principe absolu ne peut être expliqué,
il n'est ni lié ni libéré.
Frémissant et accordé au monde,
Sa présence crève les yeux.

Lorsqu'il n'y a pas d'objet face à vous,
Dans ce rien, la totalité des mondes!
Ne l'examinez pas à l'aide de la sagesse
car sa substance même est obscure et vide.

Les pensées surgissent et disparaissent,
celle qui précède est identique à celle qui suit.
Lorsque celle qui suit ne s'élève pas,
la pensée qui précède s'évanouit.

Présent, passé, futur, il n'y a rien.
Pas de conscience, pas de Bouddha.
Les êtres libérés, la conscience ouverte
se manifestent à partir de cette liberté.

Ils distinguent alors profane et sacré,
leur confusion fleurit
coupant les cheveux en quatre, ils dévient.
A chercher la vérité, tu quittes la Voie.

La guérison consiste à rejeter profane et sacré.
Alors, pure clarté étincelante.
Aucun besoin d'habileté et de travail,
agis comme un enfant.

Dans cette vivacité,
connaissance silencieuse,
tranquillité dégagée de vues
dans l'obscurité de ta demeure.

Vif et sans errance
L'esprit est silencieux et paisible,
tous les phénomènes réels et éternels,
ont jaillis d'une grande profusion non différenciée.

Allant et venant, assis, debout,
sans attaches,
n'affirmant aucune direction,
peut-il encore y avoir naissance et mort ?

Il n'y a plus ni unité, ni dispersion,
lenteur ou rapidité.
Tranquillité et lumière sont naturelles
et ne peuvent être expliquées.

La conscience est authentique.
Plus besoin de mettre fin au désir,
la nature étant spatiale
laisse la conscience aller où elle veut.

Ni limpide, ni nimbée,
ni profonde, ni superficielle,
dès l'origine cela échappait au temps
et cela n'a pas de futur.

Alors, insoumis,
c'est la conscience originelle
qui originellement n'est pas,
car l'origine est à cet instant même.

L'éveil a toujours existé,
pas besoin de le préserver.
Les tourments n'ont jamais existé
Pas besoin de les éliminer.

L'intuition s'illumine d'elle-même
toutes les vérités ne sont que cela,
il n'y a ni retour ni don,
arrête la contemplation, oublie de retenir.

Permanence, félicité, pureté et ego ne surgissent pas.
Le corps essentiel, le corps de félicité, le corps de transformation sont là depuis toujours.
Les six organes des sens touchent leur royaumes.
La discrimination n'est pas la connaissance.

Dans la conscience focalisée, nulle distraction
Les myriades de conditions s'harmonisent,
la conscience et la nature originelle se fondent,
unis mais sans dépendance.

Sans produire quoi que ce soit, accordé aux phénomènes,
goûte partout la tranquillité
l'éveil vient de l'absence d'éveil
ainsi éveille-toi au non-éveil!

Quant au gain et à la perte
pourquoi les qualifier?
tout ce qui est vivant
a toujours été présent.

Sache que la conscience est absence de conscience
la maladie passée, plus de remède.
Lorsque tu es confus, libère-toi.
Eveillé, tout est comme avant.

Dès l'origine, il n'y a rien à obtenir.
A quoi bon se détacher du monde?
Lorsque quelqu'un prétend voir des démons,
On peut toujours parler de vide, il les voit [quand même]!

Ne détruit pas les émotions des êtres,
enseigne-leur simplement à dissoudre l'intention.
Lorsque l'intention disparaît, l'esprit est aboli.
Lorsque la conscience est abolie, tout est non-agir.

A quoi bon confirmer l'espace ?
Naturellement, la clarté est établie.

Ayant complètement éteint naissance et mort,
L'esprit profond s'installe dans le principe,
ouvrant les yeux et voyant les formes,
la conscience est accordée au monde.

A l'intérieur de la conscience, pas de mondes.
A l'intérieur des mondes, pas de conscience.
Mais si tu utilises la conscience pour abolir le monde
Tous deux seront perturbés.

La conscience paisible et le monde tel qu'il est:
rien à saisir ni à abandonner.
Le monde s'effondre dans la conscience,
La conscience se dissout dans le monde.

Quand ni l'un ni l'autre n'apparaît,
il y a tranquillité et clarté sans limite.
Le reflet de l'éveil paraît
sur les eaux éternelles de l'esprit.

Naturellement simple de coeur et d'esprit
sans s'établir dans le proche ou le lointain,
indifférent à la faveur ou à la disgrâce,
tu ne choisis pas ta demeure.

Tous les liens s'estompent soudainement,
L'oubli s'installe,
Le jour éternel bascule dans la nuit,
la nuit éternelle se fond dans la clarté.

Extérieurement non conventionnels,
Intérieurement spacieux et authentiques,
ceux qui ne sont pas perturbés par le monde
sont établis dans la grandeur et la stabilité.

Dépourvus de toute vue, même celle d'être né,
dans la présence et sans notions,
pénétrant tout chose,
infiltrant la totalité depuis toujours.

Penser mène au manque de clarté.
Cela noie et trouble le corps.
Utiliser la conscience pour arrêter l'activité
la rend encore plus capricieuse.

Les dix mille vérités sont partout
Mais il n'y a qu'une voie d'accès,
elle n'entre ni ne sort,
au-delà de la quiétude et de l'agitation.

La pénétration des auditeurs et des éveillés pour soi
Ne peut l'expliquer.
En fait, il n'y a pas un seul objet à saisir.
Seule existe la sagesse merveilleuse.

Ton visage originel est illimité.
L'esprit ne peut le saisir.
L'éveillé authentique ne connaît pas l'éveil.
Le vide n'est pas vide.

Tous les bouddhas du passé, du présent et de l'avenir
Chevauchent ce principe essentiel.
La pointe d'un cheveu
Contient la totalité des mondes.

Ne t'attache à rien,
Laisse ta conscience libre,
Ne la fixe nulle part
et sa clarté spatiale émerge spontanément.

Paisible, sans produire de dualité,
Libéré dans l'espace-temps illimité,
Ton action ne laisse aucune trace,
Aller ou venir ne fait aucune différence.

Le soleil de la connaissance est paisible,
La lumière du Samadhi étincelante.
Illuminant ce jardin sans forme
Brillant sur la cité du Nirvana.

Dans l'Un , plus de relation à l'objet.
La conscience est investie et installée dans la substance.
Sans te lever de ton siège,
Tu te reposes paisiblement dans une salle vide.

Prendre du plaisir au Tao est apaisant.
Libre de vagabonder, détendu au sein de la réalité,
Sans agir et sans atteindre quoi que ce soit,
Sans dépendre de rien, tu te manifestes naturellement.

La conduite et les états d'esprit illimités
Sont tous sur la même voie,
Si tu ne les scindes pas par la conscience,
Toute chose demeure dans l'indifférencié.

Sachant que le né et le non-né sont un,
L'éternité apparaît.
Le sage accède à l'ultime
Sans le secours du verbe.

Le chant de la conscience (SIN MING), extrait de "Poetry of Enlightment" Dharma Drum Pub.
Source du texte : Non dualité
A noter l'existence d'une meilleure traduction (de Catherine Despeux) dans Tch'an, zen, racine et floraison sous le titre L'inscription sur l'esprit.
 

lundi 14 février 2011

Chen Houei du Ho-Tso ou Heze Shenhui (7e patriarche)



Maître chinois du l'école du Chan du Sud. Né au Henan en 686, ayant reçu une formation taoiste érudite, Shenhui se rendit à quarante ans au monastère de Caoqi pour rendre hommage à
Huineng. Il devint son disciple après avoir reçu de lui une volée de coups de bâton et Huineng fit de lui l'un de ses successeurs. Près de vingt ans après la mort du maître, en 732, il convoque une assemblée et revendique la reconnaissance officielle de Huineng comme sixième patriarche du Chan, reniant la légitimité de Shenxiu jusqu'ici officiellement reconnue et consommant ainsi la rupture complète entre l'école du Sud et celle du Nord. Ses requêtes répétées à Chang'an et Luoyang finissent par lui valoir le bannissement. Ce n'est qu'après 757 que le pouvoir impérial du Nord, affaibli, le réhabilite pour bénéficier de sa popularité de maître du Chan. Il mourra en 760 au monastère de Heze qu'il avait fondé à Chang'an avant son bannissement, ayant enfin réussi à obtenir la reconnaissance officielle de Huineng de la part de la cour de l'empereur Suzong.

Source du texte : Dictionnaire encyclopédique du Bouddhisme, de Philippe Cornu. Ed. du Seuil.

A son arrivée, après avoir rendu hommage au maître, il lui demanda :
- Maître, lorsque vous êtes assis en méditation, voyez-vous ou ne voyez-vous pas ?
Le maître se leva et frappa Chen-houei par trois fois. Puis il lui demanda :
- Chen-houei, quand je te bats, est-ce que tu as mal ?
- J'ai mal sans avoir mal.
- Et moi, je vois sans voir. Mais toi, tu ne vois même pas ta propre nature, comment oses-tu venir te jouer de moi ?
Chen-hou s'inclina et ne prononça plus un mot.
- Parce que ton esprit est aveugle, tu es venu demander ton chemin à un ami bienveillant. Mais c'est seulement en cultivant la pratique conformément à la Loi que ton esprit s'éveillera. Alors, tu verras par toi-même. Mais parce que tu t'égares et que tu ne vois pas ton propre esprit, tu es venu me demander si, moi, je voyais. Moi seul sais si je vois, comment pourrais-je me substituer à toi qui est aveuglé ? Pourquoi ne pas t'exercer toi-même au lieu de me demander si je vois ?
Extrait de : Les maître zen de Jacques Brosse. Ed. Bayard.


Bibliographie : 
- Entretien de Dhyana Chen Houei de Ho-tso, traductions et notes de Jacques Gernet. EFEO, Paris, 1951.
- Entretiens de Chen Houei de Ho-tso, extraits, dans Tch'an, zen, racine et floraisons. Ed. Hermès. 
Etudes générales : 
voir sous Bibliographie Bodhidharma.


Comment, demanda un interlocuteur, par des exercices qui durent un l'instant d'un ksana, obtient-on de devenir Bouddha ?...

- Si l'on parle d'exercices, dit le maître, cela veut dire dharma fabriqués (samskrta), cela relève de l'impermanence (anitya) et l'impermanence ne se sépare pas de la production et destruction.
- C'est en accumulant les bons fruits par des exercices que tous les Bouddha obtiennent d'accomplir le Chemin. Or, vous dites qu'il n'est pas nécessaire d'avoir recours aux exercices. Est-ce croyable ?
- Les exercices (même) pratiqués avec foi, ne se séparent pas de la connaissance et de l'Eveil. Du moment qu'il y a connaissance et Eveil, même s'il y a activité de rayonnement de la sapience, de telles causes et fruits ne sont rien d'autres que productions et destruction : ils n'existent pas foncièrement. Pourquoi donc avoir recours aux exercices ?
Source du texte : Aux source du bouddhisme de Lilian Silburn. Ed. Fayard.
Eloge de l'illumination subite et de la sapience sans naissance.


Dans l'absence de pensée de l'absolu, on est capable de voir sans notions et sans pensée. L'aspect véritable non produit, comment un esprit (lié par le) sensible serait-il capable de le voir ? Dans l'absence de pensée, la pensée, c'est celle de l'absolu. Dans l'absence de production, c'est celle de l'aspect véritable. La demeure qui est non-demeure, c'est la demeure constante dans le nirvana. La pratique qui est absence de pratique, c'est le passage sur l'autre rive. Dans l'immobilité de ce qui est ainsi par soi-même, il y a activité de mouvement inépuisable...
(Si l'on possède) cette connaissance, c'est la concentration (samadhi) sans concentration, la sapience sans sapience, la pratique sans pratique. La nature propre est du même ordre que l'espace et sa substance se confond avec le dharmadhatu (domaine ou fondement absolu). A partir de ce moment, les six paramita sont toutes parfaites et au complet... on saisit le principe absolu du Véhicule unique. Le transcendant d'entre les transcendant, c'est le corps de loi transcendantal. le divin d'entre les divins, c'est la sapience de diamant. Lorsqu'on est plongé dans la quiétude constante (de l'esprit propre), (on possède) une activité de réponse (aux sollicitations des êtres) qui est illimitée. L'activité avec vacuité constante, la vacuité avec activité constante, l'activité avec absence d'être, voilà la vacuité absolue. Dans la vacuité sans non-être (il y a) l'être transcendant que constitue le savoir mystique..., c'est la mahaprajna. La vacuité absolue, c'est le nirvana de pureté...
La sapience sans rayonnement est capable d’illuminer le nirvana et le nirvana sans production est capable de produire la sapience. Nirvana et sapience diffèrent pas le sens, mais son identiques dans leur substance... la sapience illumine complètement le nirvana, c'est pourquoi on l'appelle connaissance et vue du Tathagata. Cette connaissance est celle de la vacuité et de la quiétude constantes (de l'esprit propre), et cette vue, c'est la vue directe du non-produit. Lorsque cette connaissance et cette vue sont parfaitement claires, il n'y a plus ni identité ni différence; mouvement et immobilité sont tous deux transcendants, principe absolu et choses mondaines sont semblables. Dans la pureté du principe absolu et au milieu des choses mondaines, on est capables de pénétrer (tous les dharmas)... Les six facultés étant sans souillures, on possède les vertus inhérentes à la concentration et à la sapience...
L'Eveil détruit et l'esprit n'étant plus que vacuité, dans une union née d'une pensée instantanée, on transgresse subitement le profane et le sacré. On ne peut plus considérer le non-être comme non-être ni l'être comme être. Que l'on soit en marche, debout, assis, couché, l'esprit reste inébranlable, et il est, à tout instant, vacuité et insaisissable. Les Buddha des trois temps (passé, présent, futur) enseignent (aux êtres) l'Ainsité et les bodhisattva, dans leur grande compassion, se sont transmis l'un à l'autre cette doctrine jusqu'au Bodhidharma qui vint ici, en Chine, pour être le premier (de notre lignée). Cette transmission... ne fut jamais interrompue. Si ce qui est (transmis) est un enseignement ésotérique, c'est afin d'obtenir des hommes (de valeur).
Source du texte : Aux source du bouddhisme de Lilian Silburn. Ed. Fayard.


Le maître de la loi Tche-tö demanda :
Vous enseignez aux êtres, maître de dhyâna, à ne chercher que l’illumination subite. Pourquoi ne pas leur enseigner à se cultiver graduellement au moyen du Petit Véhicule ? Ayant à faire l’ascension de la terrasse à neuf gradins, comment serait-on capable d’y monter sans passer par les degrés successifs ?
- Ce dont on fait l’ascension avec crainte (c’est-à-dire graduellement), ce n’est pas la terrasse à neuf gradins. Ce dont on fait l’ascension avec crainte, ce n’est qu’un vilain tertre de terre accumulée. Si c’était véritablement la terrasse à neuf gradins, tel serait le sens de la nature subite. Si l’on garde sa pensée attachée au subit et que l’on fasse ainsi l’ascension de la terrasse à neuf gradins, s’il faut avoir recours aux degrés successifs, on ne touchera pas le but et l’on établira le principe du graduel. La joie (prîti) que procurent ensemble [la vue du] principe absolu et la sapience, voilà l’illumination subite. Comprendre sans avoir recours au graduel, spontanément (svatah), voilà le sens de la nature subite. La vacuité et quiétude originelles de l’esprit propre, voilà l’illumination subite. L’absence de demeure de l’esprit propre, voilà l’illumination subite. La compréhension de son esprit propre au milieu de tous les dharma, l’impossibilité pour l’esprit de rien atteindre, voilà l’illumination subite. La connaissance de tous les dharma, voilà l’illumination subite. Entendre parler de la vacuité et sans saisir non plus la non vacuité, voilà l’illumination subite. Entendre parler du moi sans s’attacher au moi et sans saisir non plus le non moi, voilà l’illumination subite. Accéder au Nirvâna sans rejeter la renaissance et mort, voilà l’illumination subite. C’est pourquoi le soutra dit : « Il y a une connaissance spontanée (svayambhûjâna), une connaissance sans maître (anâchâryakajnâna). » Ceux qui partent du principe absolu parviennent rapidement au chemin. Ceux qui cultivent les pratiques externes y parviennent lentement. […]
« Il est dit aussi : « Les êtres, en voyant leur nature propre, accomplissent la bodhi. De même, la Nâgî, en un instant, produit l’esprit de bodhi et accomplit alors l’Eveil correct. Et, voulant faire que les êtres pénètrent la connaissance et la vue du Bouddha – si l’on admet pas [que ce fût par] l’illumination subite – le Tathâgata devrait parler partout des cinq Véhicules. Mais, puisqu’il ne parle pas des cinq Véhicules et ne parle que d’accéder à la connaissance et à la vue du Bouddha, ce soutra (le « Saddharma pundariki sûtra »), pris dans un sens strict, ne met en lumière que la doctrine subite, ne retient que l’union née d’une pensée instantanée et n’a vraiment plus aucun recours au graduel. Union (yoga) veut dire vue de l’« absence de pensée », pénétration de la nature propre, insaisissable (anupalabhya) et l’insaisissable, c’est le dhyâna du Tathâgata. Wei-mo-kie (Vimalakirti) dit : « Je contemple le Tathâgata de la même façon exactement que je contemple l’aspect véritable de mon corps. Lorsque je contemple ainsi le Tathâgata, il ne viendra pas dans le futur, il n’est pas venu dans le passé et ne demeure pas dans le présent. » C’est parce qu’il y a non demeure (asthâna) qu’il y a dhyâna du Tathâgata. Le soutra dit aussi : « Chez tous les êtres, le nirvâna originel et la nature de sapience sans souillure sont foncièrement et d’eux-mêmes présents au complet. » Qui veut bien distinguer son esprit propre, manifester et promouvoir en lui l’union avec le principe absolu, doit quitter l’esprit (citta), le mental (manas), la connaissance (vijnâna), les cinq dharma, les trois natures propres, les huit connaissances et les deux non moi. Il doit quitter la vue externe et la vue interne, l’être et le non être et il parvient alors à l’égalité d’esprit (samatâ) finale, il est plongé dans une quiétude constante, il atteint l’immense, l’illimité, le permanent et l’immuable. […]
S’il en est qui, accroupis, figent leur esprit pour entrer en concentration, fixent leur esprit pour regarder la pureté, mettent leur esprit en mouvement pour qu’il illumine à l’extérieur, ramassent leur esprit pour avoir l’expérience intérieure, toutes ces pratiques font chez eux obstacle à la bodhi, d’où pourrait-on obtenir la délivrance ? Ce n’est certes pas en restant accroupi ! Si c’était vraiment en restant accroupi, Shâriputra qui s’accroupissait dans le calme au milieu des bois n’aurait pas dû être blâmé par Vimalakîrti qui le reprit en ces termes : « C’est le fait de ne pas contempler son corps et son esprit à l’intérieur des trois dhâtu qui est accroupissement dans le calme. » Ne voir, à tous moments, que l’absence de pensée, ne pas voir les particularités de son corps s’appelle concentration correcte. Ne pas voir les particularités de son esprit s’appelle sapience correcte.
Extrait de : Entretien de Dhyana Chen Houei de Ho-tso.
Source du texte : bouddhanar

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