jeudi 31 mars 2011

Huainan Zi


En 200 avant J.-C., l'Empire chinois a déjà été établi; son fondateur tyrannique et mégalomane n'a pas eu un véritable successeur. Mais une nouvelle dynastie, celle de la famille Liu, sous le nom de Han, a eu le temps d'asseoir son autorité. Alors, dans le petit royaume vassal qui occupe une partie du bassin de la rivière Huai, le prince Liu An et ses amis composent cette oeuvre que nous appelons le Huainan zi.

Dès sa jeunesse, An se montra un esprit brillant et plein de talent ; il excellait dans ses compositions littéraires. L'Empereur se comportait comme son oncle et lui écrivait souvent pour l'inviter à la cour. Xiaowen (l'Empereur), qui le tenait en grande estime, lui commanda un fu (Genre littéraire, à cette époque proche d'une poésie savante), sur le modèle du Lisao ; reçue à l'aube, la demande était satisfaite à l'heure de la collation du matin, et l'Empereur, enchanté du poème, le serra dans sa bibliothèque privée. Une multitude de magiciens accouraient à lui de tout l'empire. C'est alors que l'on vit venir notamment Su Fei, Li Shang, Zuo Wu, Tian You, Lei Bei, Mao Pei, Wu Bei, Jin Chang ; vinrent aussi les lettrés de la Grande Montagne et de la Petite Montagne. Ensemble on discutait et dissertait de la Voie et de la Vertu, on esquissait un système général des vertus d'Humanité et de Respect des devoirs. C'est ainsi que fut composé le Huainan zi.

(Préface de Gao You : Extrait.)
Source du texte : chroniques taoistes


Bibliographie (en français) :
- Les grands traits du Huainan Zi, traduction Claude Larre, Isabelle Robinet, Élisabeth Rochat. Variétés Sinologiques no. 75, Éditions du Cerf, 1993.


Ainsi, Celui qui possède le Tao,
Plie son vouloir pour des oeuvres puissantes,
Vide son coeur pour des réponses appropriées.
Par "plier son vouloir" et par "oeuvres puissantes",
J'entends une douceur feutrée, un calme paisible,
Qui se cachent dans des "je n'oserais",
Qui opèrent avec des "j'en suis bien incapable".
Il est tranquille, sans préoccupations;
S'il passe à l'action, c'est au moment opportun,
En accompagnant les Dix mille êtres,
Exécutant avec eux les tours de la ronde,
Se refusant à prendre les devants,
Simplement prêt à répondre à la sollicitation.
Extrait de : Les grands traits du Huainan Zi, Traité 1, Le Tao originel.





Une joie trop vive fait s’effondrer le Yang;
L'affliction profonde fait s'écrouler l'interne,
La peur panique mène à la folie.
S'il faut encore éviter l'ordure et défendre sa tranquillité
Mieux aurait valu n'avoir jamais quitté l'Ancestral
Et jouir encore de la communion universelle.
Ayant l'oeil clair, mais ne regardant pas,
L'oreille fine mais n'écoutant pas,
La bouche close mais ne parlant pas,
Le coeur inerte mais demeurant sans pensée,
Il rejette l'excitation des sens
Pour faire retour au simple;
Il repose ses esprits vitaux
Rejetant savoirs et spéculations.
Éveillé, mais comme endormi,
Vivant, mais comme mort,
Pour finir par retourner à la racine.
Le temps qui précède la naissance
Et celui du déroulement de la vie,
En substance, ne font qu'un.
Mort et vie, en substance, sont Un.
Extrait de : Les grands traits du Huainan Zi, Traité 7, Les esprits légers et subtils.

Se laisser conduire par sa nature propre,
C'est cela le Tao;
Et assumer pleinement cette nature reçue du Ciel,
C'est cela la Vertu.
Quand cette nature fut perdue,
On donna de la valeur à l'Humanité
Et quand le Tao fut perdu, au Respect des devoirs.
Humanité et Devoirs une fois établis,
Ni le Tao ni sa Vertu ne se retrouvent plus.
Rites et Musique n'étant plus que parade,
La Pureté et le Brut disparaissent.
On détermine le vrai et le faux
Et les Cent familles s'y perdent.
Le grand cas que l'on fait des perles et du jade
Dresse les uns contre les autres les êtres sous le Ciel.
Voilà en quatre points
Ce que produit un siècle de décadence,
Extrait de : Les grands traits du Huainan Zi, Traité 11, Que toutes les coutumes se valent
Source du texte : chroniques taoistes




mercredi 30 mars 2011

Tchouang Tseu, Tchouang Tcheou ou Zhuangzi ou Zhuang Zhou


Tchouang-tseu ou Zhuangzi (« Maître Zhuang »), de son vrai nom Zhuāng Zhou, est un penseur chinois du IVe siècle av. J.-C. à qui l'on attribue la paternité d'un texte essentiel du taoïsme appelé de son nom - le Zhuangzi – ou encore le « Classique véritable du Sud de la Chine ».

Si Zhuāng Zhōu a réellement existé, on ne sait en tout cas que très peu de choses sur la personne de ce philosophe qui vécut à l'époque des Royaumes Combattants. Les Annales Historiques de Sima Qian rapportent qu'il était originaire du district de Meng, probablement situé au Sud du fleuve Jaune, à proximité de la capitale de l’État de Sòn, près de l’actuelle Shangqiu au Henan. Elles placent sa vie à l'époque des rois Huì de Wèi (389-319 av. J.-C.) et Xuān de Qí (350-301 av. J.-C.), ce qui en ferait un contemporain de Mencius, mais ils semblent s’être ignorés. Le Zhuangzi présente le logicien Hui Shi ou Huizi (380-305 av. J.-C.) comme un ami de l’auteur.
Zhuāng Zhōu aurait occupé une charge administrative subalterne et refusé un poste de Premier ministre offert par le roi Wei de Chu. Il aurait terminé sa vie complètement retiré du monde, menant une vie nomade et proche du peuple.
Il est encore appelé « Zhuāng de Meng », « le fonctionnaire de Meng » ou « le vieillard de Meng ».
Source du texte : wikipedia


Bibliographie :
- L'oeuvre complète de Tchouang-tseu, trad. Kia-hway Liou. Ed. Gallimard, Unesco.
- Les oeuvres de Maitre Tchouang Tseu, trad. Jean Lévi. Ed. Encyclopédi des nuisances.
- Tchouang Tseu dans Philosophes taoistes, tome 1. Ed. La Pleaide.
- Les chapitres intérieurs, trad. Jean-Claude Pastor. Ed. du Cerf, 1990.
- Le rêve du papillon. Ed. Albin Michel, Spiritualité vivante.
- Aphorisme et paraboles de Tchouang Tseu, trad. Marc de Smedt. Ed. Albin Michel, Spiritualité vivante.
En ligne :
- Oeuvres de Tchouang Tseu, trad. Léon Wieger, 1913 : wikisource / Inlibroveritas
Etudes :
Jean-François Billeter, Leçons sur Tchouang Tseu. Ed.Allia, 2002.
Jean-François Billeter, Etudes sur Tchouang Tseu. Ed. Allia, 2010.
Jean-Francois Billeter, Notes sur Tchouang Tseu et la philosophie. Ed. Allia, 2004.
Romain Graziani, Fictions philosophiques du Tchouang Tseu. Ed. Gallimard, 2006.
Jean Lévi, Propos intempestifs sur le Tchouang Tseu. Ed. Allia, 2003.
Jean Lévi, Tchouang Tseu, Maitre du Tao. Ed. Pygmalion.
Jean Lévi, Le petit monde de Tchouang Tseu. Ed. Philippe Picquier, 2010.
Stephen Mitchell, Le rire de Tchouang Tseu. Ed. Synchroniques, 2010.




Jadis, Tchouang Tcheou rêva qu'il était un papillon voltigeant et satisfait de son sort et ignorant qu'il était Tchouang Tcheou lui-même. Brusquement il s'éveilla et s'aperçut avec étonnement qu'il était Tcheou. Il ne sut plus si c'était Tcheou rêvant qu'il était papillon, ou un papillon rêvant qu'il était Tcheou. Entre lui et le papillon il y avait une différence. C'est là ce qu'on appelle le changement des êtres.
Extrait de : Philosophes taoistes, Tchouang Tseu (chap.2, p.104).


Certains rêvent de festins, et pleurent au réveil; d'autres pleurent dans leur rêves, et à l'aurore partent à la chasse. Or, les uns et les autres, pendant leurs rêves, ne savent pas qu'ils rêvent, et parfois rêvent qu'ils sont en train de rêver. Ce n'est qu'au moment de leur réveil qu'ils savent qu'ils rêvent. Ce n'est que lors du grand réveil qu'on sait que tout n'a été qu'un grand rêve. La foule ignorante se croit éveillée en distinguant le prince d'un berger. Quel préjugé !
"Kong-tseu et toi-même, vous n'êtes que des rêves. Je te dis que tu rêves, cela aussi est un rêve."
Ces paroles sont extraordinaires et paradoxales. Dans la suite des siècles, un grand sage les comprendra un jour. Ce jour viendra aussi vite que le temps passe du matin au soir.
Si je discute avec toi et que tu l'emportes sur moi au lieu que je l'emporte sur toi, as-tu nécessairement raison et ai-je nécessairement tort ? Si je l'emporte sur toi, ai-je nécessairement raison et toi nécessairement tort ? ou bien l'un de nous deux a raison et l'autre tort ? ou bien avons-nous raison tous les deux ou tort tous les deux ? Ni toi ni moi nous ne pouvons le savoir, et un tiers serait tout autant dans l'obscurité. Qui peut décider sans erreur ? Si nous interrogeons quelqu'un qui est de ton avis, du fait qu'il est de ton avis, comment peut-il en décider ? S'il est de mon avis, du fait qu'il est de mon avis, comment peut-il en décider ? Il en sera de même s'il s'agit de quelqu'un qui est à la fois de ton avis et du mien, ou d'un avis différent de chacun de nous deux. Et alors, ni moi, ni toi, ni un tiers ne peuvent trancher. Faudra-t-il attendre un quatrième ?
Extrait de : Philosophes taoïstes, Tchouang Tseu (chap.2, p.100).

Bien que les pieds de l'homme n'occupent qu'un petit coin de la terre, c'est par tout l'espace qu'il n'occupe pas que l'homme peut marcher sur la terre immense. Bien que l'intelligence de l'homme ne pénètre qu'une parcelle de la vérité totale, c'est par
ce qu'elle ne pénètre pas que l'homme peut comprendre ce qu'est le ciel.

C'est en marchant que la voie est tracée; c'est en nommant les choses que les choses sont délimitées ainsi. Comment dire oui à une chose ? On dit oui à une chose qui est. Comment dire non à une chose ? On dit non à une chose qui n'est pas. Comment juger ce qui est possible ? On considère comme possible une chose qui est possible. Comment juger une chose qui n'est pas possible ? On considère comme impossible une chose qui n'est pas possible. Tout chose a sa vérité; toute chose a sa possibilité. Il n'est rien qui n'ait sa vérité, il n'est rien qui n'ait sa possibilité.
Extrait de : Philosophes taoïstes, Tchouang Tseu (chap.2, p.97)




Le Tao n'a pas de borne; la parole n'est pas sûr. C'est de la parole que viennent toutes les distinctions établies par l'homme. (...)
Derrière toutes les divisions il y a quelque chose d'indivis, derrière toutes les discussions il y a quelque chose d'indiscutable. Comment cela ? Le saint embrasse le tout; les hommes se disputent pour faire valoir leurs opinions. Ainsi, il est dit : "Toute discussion implique une vision partielle."
Le Tao suprême n'a pas de nom; le discours suprême ne parle pas; la bienveillance suprême exclut toute bienveillance partielle; la pureté suprême est sans ostentation; le courage suprême est sans cruauté. 
Le Tao explicité n'est plus le Tao; le raisonnement discursif n'atteint plus la vérité; la bienveillance qui s'obstine est incomplète; la pureté exclusive ne conquiert pas le coeur; le courage qui s'accompagne de cruauté n'atteint pas son but. Tous sont comme un cercle qui s'efforcerait de devenir un carré. 
Savoir qu'il y a des choses qu'on ne peut pas connaitre voilà le somment du savoir. Qui sait que le discours est sans paroles et que le Tao est sans nom, celui-là possède le trésor du Ciel. Verser sans jamais remplir, puiser sans jamais épuiser, et ne pas même savoir pourquoi, voilà ce que l'on appelle : "cacher la lumière". 
Extrait de : Philosophes taoïstes, Tchouang Tseu (chap.2, p.100)







mardi 29 mars 2011

Li Tseu ou Lie Zi



Le Lie Zi (Lie Tseu) ou Vrai classique du vide parfait est un recueil de fables philosophiques et d’aphorismes se rattachant en majorité au courant taoïste, mentionné pour la première fois dans le chapitre littérature du Livre des Han et attribué à Lie Yukou, sage cité dans le Zhuangzi. Liu Xiang, qui en avait découvert dans la bibliothèque impériale un exemplaire en 20 chapitres (réduits à 82 après suppression des doublons), ignorait apparemment tout de l’auteur, et ne put que proposer qu’il avait vécu avant Zhuang Zhou, puisqu’il était mentionné dans son ouvrage. Une partie du Lie Zi présente une grande ressemblance avec certains passages du Zhuang Zi, et d’autres parties se retrouvent dans différents livres. Beaucoup pensent que l’ouvrage actuel serait en fait une anthologie composée entre les Han et les Jin.
Il fut officiellement canonisé le 31 mars 742 (première année de l'ère Tianbao) par l'empereur Xuanzong des Tang sous le nom de Classique de la simplicité et de la vacuité4, tandis que son auteur supposé recevait le titre d’Être transcendant. En 1007, l’empereur Zhenzong des Song éleva le titre de l’auteur et allongea le nom de l’ouvrage, qui devint Vrai classique de la simplicité et de la vacuité de la vertu parfaite, d'où son nom français. C’est l'un des trois grands classiques du taoïsme avec le Dao De Jing et le Zhuang Zi.
Source du texte : wikipedia


Bibliographie :
- Le vrai classique du vide parfait, trad. Benedikt Grynpas. Ed. Gallimard, Unesco.
- Le vrai classique du vide parfait. Ed. Gallimard, Idées, 1976.
- Traité du vide parfait, trad. J-J. Lafitte. Ed. Albin Michel, Spiritualité vivante.
- Le vrai classique du vide parfait dans Philosophes taoistes. Ed. La Pléiade.
En ligne :
- Vrai classique du vide parfait (extraits), trad. Léon Wiegler, 1913 : wikisource



Quelqu'un s'adressa au philosophe Lie Tseu et lui demanda : "Pourquoi tenez-vous le vide en si grande estime ?" Lie Tseu répondit : "Le vide n'a que faire de l'estime.
Si l'on veut être sans nom, rien ne vaut le silence, rien ne vaut le vide. Par le silence et le vide, on atteint ses demeures. Mais celui qui prend, celui qui donne perd ses demeures. Quand les choses de ce monde se gâtent, il y a des gens qui s'évertuent à vouloir les réparer au moyen de la vertu et des devoirs, mais bien en vain !"
Extrait de : Philosophes taoistes, Lie Tseu (Livre 1, chap. 11, Le vide).

Dans le livre de Houang-ti, on lit : "L'esprit de la profondeur ne meurt pas. C'est le mystérieux féminin."

La porte du mystérieux féminin est dite la racine de la terre et du ciel. Continuellement, continuellement il se dévide mais dure toujours; il se dépense sans s'épuiser. C'est pourquoi ce qui engendre les êtres n'est pas engendré et ce qui les transforme est instransformable. De ce principe (naît) toute génération, toute transformation, toute forme, toute qualité, toute connaissance, toute force, toute extinction et tout repos. Mais prendre ce principe comme étant la génération, la transformation, la forme, la qualité, la connaissance, la force, l'extinction et le repos, c'est commettre une erreur.
Extrait de : Philosophes taoïstes, Lie Tseu (Livre 1, chap. 2, Le mystérieux féminin).



Des enfants qui vivaient au bord de la mer, aimaient les mouettes. Chaque matin, ils allaient jouer avec les mouettes et d'autres mouettes arrivaient, par centaines et plus encore. Leur père leur dit : "J'ai appris que les mouettes jouent avec vous. Attrapez-en quelques-unes pour que je puisse m'amuser avec elles." Le lendemain, quand ils allèrent au bord de la mer, les mouettes développèrent leur pantomime (dans les airs), mais sans descendre. C'est pourquoi il est dit : " Le discours parfait est sans paroles, l'acte parfait est de ne pas agir. Ce que tous les sages savent est peu profond."
Extrait de : Philosophes taoistes, Lie Tseu (Livre 2, chap. XI).

  

lundi 28 mars 2011

Lao Tseu ou Lao Zi



Lao Tseu signifie « Maître Lao » ou « Vieux Maître ». Il aurait été un sage chinois et, selon la tradition, un contemporain de Confucius (milieu du VIe siècle av. J.-C. – milieu du Ve siècle av. J.-C., fin de la période des Printemps et des Automnes). Il est considéré a posteriori comme le père fondateur du taoïsme. Il serait né dans le pays de Chu du royaume des Zhou et serait parti pour une retraite spirituelle vers l’ouest de la Chine actuelle avec une destination inconnue. Les informations historiques le concernant sont rares et incertaines et sa biographie se développe à partir de la dynastie Han, essentiellement à partir d’éléments surnaturels et religieux ; quelques chercheurs sceptiques estiment depuis la fin du XXe siècle qu'il s’agit d’un personnage fictif et composite, et non proprement historique.
Le Livre de la Voie et de la Vertu ou Dao De Jing que la tradition lui attribue est un texte majeur du taoïsme, considéré comme important par d'autres courants également. Lao Tseu est considéré par les sectes taoïstes comme un dieu (Taishang Laojun « Suprême seigneur Lao ») et comme leur ancêtre commun.
Il est représenté comme un vieillard à la barbe blanche, parfois monté sur un buffle.

L’image la plus courante de Lao Tseu en fait un personnage extraordinaire. Conçu miraculeusement par le passage d’une comète ou l’ingestion par sa mère d’une prune (li, nom de famille qui lui est généralement attribué) magique, il naît avec des cheveux blancs et une barbe, d’où son surnom d’ancien (lao), et des oreilles aux lobes très longs, signe de sagesse. Archiviste à la cour des Zhou et contemporain de Confucius qui le reconnaît comme un maître et un être extraordinaire, il finit par quitter le pays âgé d’au moins 160 ans, lassé des dissensions politiques. Il part vers l’ouest monté sur un buffle ; arrivé à la passe qui marque la frontière, il rédige le Livre de la Voie et de la Vertu à la demande du gardien Yin Xi puis continue son voyage. Personne ne sait alors ce qu’il devient, mais certains pensent qu’il ne meurt pas ou qu’il se réincarne, reparaissant sous différentes formes pour transmettre le Dao.
Source du texte : wikipedia


Bibliographie :
- Le Lao-Tseu, suivi des Quatre canons de l'empereur jaune, trad. Jen Lévy. Ed. Albin Michel, 2009
- Tao Te King. Ed. Albin Michel, 1984
- Philosophes taoistes, Tome 1, Lao-tseu, Tchouang-tseu, Lie-tseu, collectif. Ed. La Pleiade.
- Tao Te King, trad. Liou Kia-hway. Ed. Gallimard.
- Tao Te King, trad. Claude Larre. Ed. Les Carnets, 2008
- Tao Te King, trad. Stephen Mitchell
- Tao Te King. Ed. Folio, 2002
Pour enfants :
- Lao Tseu ou la Voie du Dragon, Miriam Henke, Jérôme Meyer-Bish. Ed. les Petits Platon, 2010.
Etudes :
Marcel Conche, Lao Tseu, Tao Te King. Ed. PUF
Max Kaltenmark, Lao Tseu et le taoïsme, collection micrcosme "Maîtres spirituels", Seuil Paris, 1986
En ligne traduction Stanislas Julien : Taoteking, en téléchargement PDF.
Livre audio, trad. Stanislas Julien (1h 23mn - mp3) : Littérature audio


Quelques traductions du premier poème :

1.
Le Tao qu'on tente de saisir n'est pas le Tao lui-même;
le nom qu'on veut lui donner n'est pas son nom adéquat.
Sans nom, il représente l'origine de l'univers,
avec un nom, il constitue la Mère de tous les êtres.
Par le non-être, saisissons son secret;
par l'être, abordons son accès.
Non-être et Etre sortant d'un fond unique
ne se différencient que par leurs noms.
Ce fond unique s'appelle Obscurité.
Obscurcir cette obscurité,
voilà la porte de toute merveille.
(Trad. par Liou Kia-hway. Ed. Gallimard.)


1.
Le Tao qu'on saurait exprimer
n'est pas le Tao de toujours,
Le nom qu'on saurait nommer
n'est pas le nom de toujours.
Le sans nom : l'origine du ciel et de la terre.
L'ayant-nom : la mère de tous les êtres.
Ainsi c'est par le néant permanent
que nous voulons contempler son secret,
c'est par l'être permanent
que nous voulons contempler son accès.
Ces deux issus d'un même fond
ne se différencient que par leurs noms.
Ce même fond s'appelle obscurité.
Obscurcir cette obscurité.
voilà la porte de toutes les subtilités.
(Trad. par Liou Kia-hway et Benedikt Grynpas. Ed. La pleiade.)


1.
La voie qui peut être exprimée par la parole n'est pas la Voie éternelle ;
le nom qui peut être nommé n'est pas le Nom éternel.
(L'être) sans nom est l'origine du ciel et de la terre ;
avec un nom, il est la mère de toutes choses.
C'est pourquoi, lorsqu'on est constamment exempt de passions, on voit son essence spirituelle;
lorsqu'on a constamment des passions, on le voit sous une forme bornée.
Ces deux choses ont une même origine et reçoivent des noms différents.
On les appelle toutes deux profondes. Elles sont profondes, doublement profondes. C'est la porte de toutes les choses spirituelles.
(Trad. de Stanislas Julien.)





Les extraits suivants sont empruntés à la traduction (approximative) de Stanislas Julien.

11.
Trente rais se réunissent autour d'un moyeu. C'est de son vide que dépend l'usage du char.
On pétrit de la terre glaise pour faire des vases.
C'est de son vide que dépend l'usage des vases.
On perce des portes et des fenêtres pour faire une maison.
C'est de leur vide que dépend l'usage de la maison.
C'est pourquoi l'utilité vient de l'être, l'usage naît du non-être.


14.
Vous le regardez (le Tao) et vous ne le voyez pas : on le dit incolore.
Vous l'écoutez et vous ne l'entendez pas : on le dit aphone.
Vous voulez le toucher et vous ne l'atteignez pas : on le dit incorporel.
Ces trois qualités ne peuvent être scrutées à l'aide de la parole. C'est pourquoi on les confond en une seule.
Sa partie supérieure n'est point éclairée ; sa partie inférieure n'est point obscure.
Il est éternel et ne peut être nommé.
Il rentre dans le non-être.
On l'appelle une forme sans forme, une image sans image.
On l'appelle vague, indéterminé.
Si vous allez au-devant de lui, vous ne voyez point sa face ; si vous le suivez vous ne voyez point son dos.
C'est en observant le Tao des temps anciens qu'on peut gouverner les existences d'aujourd'hui.
Si l'homme peut connaître l'origine des choses anciennes, on dit qu'il tient le fil du Tao.

40.
Le retour au non-être (produit) le mouvement du Tao.
La faiblesse est la fonction du Tao.
Toutes les choses du monde sont nées de l'être ; l'être est né du non-être.

41.
Quand les lettrés supérieurs ont entendu parler du Tao, ils le pratiquent avec zèle.
Quand les lettrés du second ordre ont entendu parler du Tao, tantôt ils le conservent, tantôt ils le perdent.
Quand les lettrés inférieurs ont entendu parler du Tao, ils le tournent en dérision. S'ils ne le tournaient pas en dérision, il ne mériterait pas le nom de Tao.
C'est pourquoi les Anciens disaient :
Celui qui a l'intelligence du Tao paraît enveloppé de ténèbres.
Celui qui est avancé dans le Tao ressemble à un homme arriéré.
Celui qui est à la hauteur du Tao ressemble à un homme vulgaire.
L'homme d'une vertu supérieure est comme une vallée.
L'homme d'une grande pureté est comme couvert d'opprobre.
L'homme d'un mérite immense paraît frappé d'incapacité.
L'homme d'une vertu solide semble dénué d'activité.
L'homme simple est vrai semble vil et dégradé.
C'est un grand carré dont on ne voit pas les angles ; un grand vase qui semble loin d'être achevé ; une grande voix dont le son est imperceptible ; une grand image dont on n'aperçoit point la forme§
Le Tao se cache et personne ne peut le nommer.
Il sait prêter (secours aux êtres) et les conduire à la perfection.

42.
Le Tao a produit un ; un a produit deux ; deux a produit trois ; trois a produit tous les êtres.
Tous les êtres fuient le calme et cherchent le mouvement.
Un souffle immatériel forme l'harmonie.
Ce que les hommes détestent, c'est d'être orphelins, imparfaits, dénués de vertu, et cependant les rois s'appellent ainsi eux-mêmes.
C'est pourquoi, parmi les êtres, les uns s'augmentent en se diminuant ; les autres se diminuent en s'augmentant.
Ce que les hommes enseignent, je l'enseigne aussi.
Les hommes violents et inflexibles n'obtiennent point une mort naturelle.
Je veux prendre leur exemple pour la base de mes instructions. 

43.
Les choses les plus molles du monde subjuguent les choses les pus dures du monde.
Le non-être traverse les choses impénétrables. C'est par là que je sais que le non-agir est utile.
Dans l'univers, il y a bien peu d'hommes qui sachent instruire sans parler et tirer profit du non-agir.

47.
Sans sortir de ma maison, je connais l'univers ; sans regarder par ma fenêtre, je découvre les voies du ciel.
Plus l'on s'éloigne et moins l'on apprend.
C'est pourquoi le sage arrive (où il veut) sans marcher ; il nomme les objets sans les voir, sans agir, il accomplit de grandes choses. 

48.
Celui qui se livre à l'étude augmente chaque jour (ses connaissances).
Celui qui se livre au Tao diminue chaque jours (ses passions).
Il les diminue et les diminue sans cesse jusqu'à ce qu'il soit arrivé au non-agir.
Dès qu'il pratique le non-agir, il n'y a rien qui lui soit impossible.
C'est toujours par le non-agir que l'on devient le maître de l'empire.
Celui qui aime à agir est incapable de devenir le maître de l'empire.

56.
L'homme qui connaît (le Tao) ne parle pas ; celui qui parle ne le connaît pas.
Il clôt sa bouche, il ferme ses oreilles et ses yeux, il émousse son activité, il se dégage de tous liens, il tempère sa lumière (intérieure), il s'assimile au vulgaire. On peut dire qu'il ressemble au Tao.
Il est inaccessible à la faveur comme à la disgrâce, au profit comme au détriment, aux honneurs comme à l'ignominie.
C'est pourquoi il est l'homme le plus honorable de l'univers.

63.
(Le sage) pratique le non-agir, il s'occupe de la non-occupation, et savoure ce qui est sans saveur.
Les choses grandes ou petites, nombreuses ou rares, (sont égales à ses yeux).
Il venge ses injures par des bienfaits.
Il commence par des choses aisées, lorsqu'il en médite de difficiles ; par de petites choses, lorsqu'il en projette de grandes.
Les choses les plus difficiles du monde on nécessairement commencé par être aisées.
Les choses les plus grandes du monde ont nécessairement commencé par être petites.
De là vient que, jusqu'à la fin, le Saint ne cherche point à faire de grandes choses ; c'est pourquoi il peut accomplir de grandes choses.
Celui qui promet à la légère tient rarement sa parole.
Celui qui trouve beaucoup de choses faciles éprouve nécessairement de grand difficultés.
De là vient que le Saint trouve tout difficile ; c'est pourquoi, jusqu'au terme de sa vie, il n'éprouve nulles difficultés.

70.
Mes paroles sont très faciles à comprendre, très faciles à pratiquer.
Dans le monde personne ne peut les comprendre, personne ne peut les pratiquer.
Mes paroles ont une origine, mes actions ont une règle.
Les hommes ne les comprennent pas, c'est pour cela qu'ils m'ignorent.
Ceux qui me comprennent sont bien rares. Je n'en suis que plus estimé.
De là vient que le Saint se revêt d'habits grossiers et cache des pierres précieuses dans son sein. 

71.
Savoir et (croire qu'on) ne sait pas, c'est le comble du mérite.
Ne pas savoir et (croire qu'on) sait, c'est la maladie (des hommes).
Si vous vous affligez de cette maladie vous ne l'éprouverez pas.
Le Saint n'éprouve pas cette maladie, parce qu'il s'en afflige.
Voilà pourquoi il ne l'éprouve pas.

77.
La voie du ciel (c'est-à-dire le ciel) est comme l'ouvrier en arcs, qui abaisse ce qui est élevé, et élève ce qui est bas ; qui ôte le superflu, et supplée à ce qui manque.
Le ciel ôte à ceux qui ont du superflu pour aider ceux qui n'ont pas assez.
Il n'en est pas ainsi de l'homme : il ôte à ceux qui n'ont pas assez pour donner à ceux qui ont du superflu.
Quel est celui qui est capable de donner son superflu aux hommes de l'empire. Celui-là seul qui possède le Tao.
C'est pourquoi le Saint fait (le bien) et ne s'en prévaut point.
Il accomplit de grandes choses et ne s'y attache point.
Il ne veut pas laisser voir sa sagesse.

78.
Les paroles sincères ne sont pas élégantes ; les paroles élégantes ne sont pas sincères.
L'homme vertueux n'est pas disert ; celui qui est disert n'est pas vertueux.
Celui qui connaît (le Tao) n'est pas savant ; celui qui est savant ne le connaît pas.
Le Saint n'accumule pas (les richesses).
Plus il emploie (sa vertu) dans l'intérêt des hommes, et plus elle augmente.
Plus il donne aux hommes et plus il s'enrichit. Telle est la voie du ciel, qu'il est utile aux êtres et ne leur nuit point. Telle est la voie du Saint, qu'il agit et ne dispute point.
Extrait du Tao Te King, trad. Stanislas Julien.




 

samedi 26 mars 2011

Revenu de base inconditionnel / Osez le changement

" Un revenu, c'est comme l'air sous les ailes de l'oiseau ! " 
C'est ainsi que commence le film. Est-ce que ce revenu devrait être inconditionnel pour chacun ? Est-ce possible, un droit civique économique ?

Le film est captivant, il fait réfléchir, il touche et met le doigt sur ce qui est raisonnable. Il permet de voir la situation de la société et le devoir de l’argent sous un jour nouveau. Un thème d’une actualité brûlante. 


Source du texte : Kultkino 



Le Revenu de base, une impulsion culturelle (Suisse, Allemagne, 2008, 96' - distribué gratuitement en 25 langues) 
Site officiel : grundeinkommen


* * *

Mise à jour (16 septembre 2012) : 
Initiative fédérale pour un revenu de base.
Récolte de signature (100 000) pour pouvoir soumettre cette initiative aux votes populaires.

Le 11 avril 2012, le texte de l’initiative fédérale «Pour un revenu de base inconditionnel» a été publié dans la feuille officielle.

La Constitution est modifiée comme suit :

Art. 110a (nouveau) Revenu de base inconditionnel

La Confédération veille à l’instauration d’un revenu de base inconditionnel.
Le revenu de base doit permettre à l’ensemble de la population de mener une existence digne et de participer à la vie publique.
La loi règle notamment le financement et le montant du revenu de base.



Source du texte : bien-ch

Site du comité d'initiative : inconditionnel
Débat RTS : faut pas croire

Voir aussi la page : Table ronde / Toute existence mérite-t-elle salaire ? 


* * *

Osez le changement (pub espagnole) :





Mu ou Wu


Mu


Un moine demanda à Joshu :
- Un chien a-t-il la nature de Bouddha ?
- Mu ! répondit Joshu.


Initialement la réponse n'a pas été Mu (qui est du japonais) mais Wu (en chinois), puisque Joshu (778-897) a été un grand maître du Chan. On raconte qu'à l'âge de 17 ans il fit une première expérience de l'éveil : 
"Soudain, j'ai été ruiné et sans abri".
Ce koan du chien de Joshu est celui qui ouvre "La Passe sans porte" (Wumenguan ou Mumunkan), de Wumen Huikai, un recueil fameux paru au 13e siècle en Chine.

Eléments d'analyse :

A la question du moine on s'attend à une réponse par oui ou par non :
- oui, un chien à la nature de Bouddha ou bien,
- non, un chien n'a pas la nature de Bouddha.
Ou encore :
- je ne sais pas (ce qui est aussi une réponse sensée bien que décevante).
Or Joshu ne répond pas, non pas en gardant le silence (comme c'est parfois le cas, voir par exemple ici) mais, en disant simplement : Mu !
Comment comprendre cette non-réponse, cette réponse inattendue ou paradoxale ?

Autrement dit :

- Qu'est-ce que Mu ?
La question seule est elle-même un koan.


* * * * * * * * * * * *


Dans l'hypothèse où un chien aurait la nature de Bouddha, pourquoi pas une vache ? Alors laissons leur la parole : 




Hmm... Pas vraiment concluant, la première tentative est peut-être la plus réussie, les suivantes ressemblent plus à des Meuh... qu'à des Mu !
Quoiqu'il en soit, suffit-il de répéter une réponse pour la comprendre ?
- Qu'est-ce que Mu ?
- Mu.
 Sans doute pas, alors poursuivons.
* (voir note en bas de page). 

* * * * * * * * * * * *


Mu n'est pas l'équivalent d'un Meuh (ou autre Bang, Zip, Shebam, Pow, Blop, Wizz...). Ce n'est pas une onomatopée. Le caractère a bien une signification : "il est typiquement utilisé comme préfixe pour exprimer la notion d'absence". (On le traduit parfois de manière approximative par "sans").


Dans la langue française nous avons plusieurs préfixe de négation (dé, dis, dés, mal, més, mé, il, im, in, ir). Par
 exemple, avec "in" : in-sensible (qui n'est pas sensible), in-connu (qui n'est pas connu), in-habituel (qui n'est pas habituel), ...

En pensant au Mu japonais comme à un "in" on aperçoit mieux l'anomalie de la réponse. Non seulement ce n'est pas la réponse attendue mais qui plus est, ce n'est pas même un mot : juste un préfixe qui ne précède rien. 
** (voir la note en bas de page). 

A ce stade nous ne pouvons pas encore dire ce qu'est Mu (en tant que réponse au koan) mais bien ce qu'il n'est pas :

1) Mu n'est pas une onomatopée, ce n'est pas un "Meuh..."
2) Mu n'est pas une réponse négative, ce n'est pas un "Non".
En optant pour l'onomatopée on ne voit que l'anomalie de la réponse et pour la négation, que la valeur négative du préfixe.


Hypothèse :
Dans le cadre du koan, Mu a bien une valeur de négation mais qui est pour le moins inhabituelle ou paradoxale. Car la négation ne porte pas sur le sujet de la question, en disant Mu, on ne dit pas que le chien n'a pas la nature de bouddha.
Comprendre Mu c'est alors comprendre la valeur ou la portée de cette négation.

Et si la négation portait sur le sens de la question ? 

On peut nier que la question fasse sens ou encore que la question soit bien formulée. C'est ainsi que Mu est encore utilisé aujourd'hui :

Selon le « Jargon File », un glossaire du jargon et de la culture des hackers, Mu est considéré par les discordiens comme la réponse aux questions qui comportent des présuppositions erronées. (...)

La question « Avez-vous arrêté de battre votre femme ? » présuppose que l'interlocuteur battait sa femme. La langue française ne prévoit pas de réponse simple dans le cas contraire. Ainsi, si l'interlocuteur ne battait pas sa femme, ou encore s'il n'a pas de femme, les deux réponses standards à ce qui semble une question fermée, « oui » et « non », sont inappropriées :
« oui » implique qu'il a une femme et qu'il la battait,
« non » implique qu'il a une femme, qu'il la battait et qu'il continue de le faire.
C'est pourquoi des discordiens proposèrent de choisir mu comme la réponse adaptée signifiant par convention : « On ne peut correctement répondre à votre question car elle se fonde sur des présuppositions erronées. »
Source du passage : wikipedia (Mu) / wikipedia (discordianisme)

Dans le koan du chien de Joshu la question semble bien formulée mais est-ce le cas ? En répondant oui ou non, quelles sont les présupposés ?

Accepter la question sous-entend que la nature de Bouddha est quelque chose que le chien peut avoir ou ne pas avoir. Non pas que cet animal ne puisse posséder telle ou telle qualité (il peut être grand, petit, etc.), mais qu'en est-il de la nature de Bouddha ? Est-ce quelque chose que l'on peut obtenir (à la naissance ou plus tard) ? Si ce n'est pas le cas la réponse sera la même pour un autre animal, l'homme par exemple : 
- Un homme a-t-il la nature de bouddha ?
- Mu

Contrairement au premier, dans le second koan Mu n'est pas une réponse mais l'objet de la question : Qu'est-ce que Mu ?

On peut néanmoins garder l'idée générale : la présence de Mu (qu'importe sa place) va remettre en cause la question elle-même. Quelle est ou quelles sont alors les présupposés ? On présuppose tout simplement que Mu est un objet dont on peut chercher et trouver une définition.

Mais n'est-ce pas en l'ayant défini préalablement comme un préfixe négatif, puis comme ce qui dénonce des présupposés dans la question, que l'on a été amené à découvrir que Mu ne peut avoir de définition ? Doit-on alors rebrousser chemin (ou faire un pas supplémentaire et dans quelle direction) ?


Qu'importe, l'analyse d'un koan ne sera jamais qu'une indication. 
La résolution est d'abord de nature non conceptuelle. En l’occurrence, peut-être consiste-t-elle à voir que "la nature de Bouddha" n'est qu'une expression lorsqu'on l'associe à d'autres mots et que Mu n'est pas quelque chose que l'on peut saisir par la pensée, définir et caractériser. Et pour le voir, peut-être est-il nécessaire de changer de point de vue ou d'opter pour une absence de point de vue.


Et cette absence est peut-être Mu.




(*) Si en japonais Mu peut se rapprocher du beuglement d'une vache, en chinois Wu fait penser à l'aboiement d'un chien. (Pour ne pas perdre l'idée, il faudrait alors parler du koan de la vache de Joshu). 
(**) En chinois Wu peut aussi être un caractère indépendant pour signifier l'absence, on le traduit alors par le mot rien (ou vide). 


   
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