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lundi 8 août 2016

Le chemin vers l'éveil

MAJ de la page : Catherine Despeux



Sagesses bouddhistes : Le chemin vers l'éveil selon la métaphore du dressage du buffle (dans le tchan), (France 2, 11 octobre 2015)
Pour son livre : Le chemin de l'eveil, Ed. Asiathèque, 2015
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Sagesses bouddhistes : Le chemin vers l'éveil dans selon la métaphore du dressage du cheval (dans le taoisme) et de l'éléphant (dans le bouddhisme tibétain), (France 2, le 18 octobre 2015)
Pour son livre : Le chemin de l'eveil, Ed. Asiathèque, 2015
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lundi 13 mai 2013

Fabienne Verdier


Fabienne Verdier, née le 3 mars 1962 à Paris, est une artiste peintre française.

Fabienne Verdier débute par un apprentissage de presque dix ans en Chine. Après des études à l'École supérieure des beaux-arts de Toulouse, elle a vingt ans dans les années 1980 quand elle décide de tout quitter et de partir en Chine pour tenter de comprendre, au contact des derniers grands peintres, encore traumatisés par la Révolution Culturelle la force et la souplesse du trait en peinture.

En Chine, elle partage un temps la vie spartiate des étudiants du Sichuan. Elle sera la camarade de classe du peintre Zhang Xiaogang. La République populaire qu'elle découvre ainsi de l'intérieur, entre la Révolution culturelle et la grande révolte des étudiants de 1989, est bien différente de la Chine dont elle rêvait. L'omniprésence et la surveillance constante du Parti ne facilitent pas les contacts qu'elle recherche : les lettrés versés dans les arts anciens, peintres, calligraphes, sculpteurs de sceaux, ne répondent plus aux normes du réalisme socialiste. À force de persévérance, elle poursuit donc son apprentissage et sa quête, tant artistique que philosophique. Elle quitte la Chine au bout de dix ans, enrichie de ce bagage, et écrit le récit de ce séjour publie en 2005 sous le titre "Passagère du silence: dix ans d'initiation en Chine" aux éditions Albin Michel

Fabienne Verdier vit et travaille maintenant en France. Elle peint sur de grands châssis posés au sol avec de nouveaux outils qu'elle a confectionnés elle-même et qui lui permettent une approche nouvelle du trait et de la forme. Elle cherche à explorer les liens entre le mouvement, la matière et la force fondamentale de la gravitation.
Source (et suite) du texte : wikipedia
Autre biographie : Fabienne Verdier (site officiel)


Bibliographie :
- Les singes crient leur chagrin, Ed. Musée Kwok on, 1984
- Rêves de pierres, Ed. Paroles d’Aube, 1995
- Quand les pierres font signes, texte de François Cheng, Ed. Voix d'encre, 1997
- Le chant des crapauds taoïstes, Ed. Kwok on, 1997
- Poésie chinoise, avec François Cheng, Ed. Albin Michel, 2000
- L'Unique Trait de pinceau, avec Cyrille Javary et Jacques Dars, Ed. Albin Michel, 2001
- Passagère du silence, Ed. Albin Michel, 2005
- Récit de ses dix années d'apprentissage en Chine.
- La Forme des pierres après le passage du vent, texte d'Anne Pion, Ed. Voix d'encre, 2005
- Entre ciel et terre, Ed. Albin Michel, 2007
- Création d'un travail pour le revue d'art Trou n° XIX, avec un texte de Charles Juliet, 2009
- L'esprit de la peinture : Hommage aux maîtres flamands, Ed. Albin Michel, 2013
Filmographie :
Philippe Chancel, Fabienne Verdier, Flux (2010)
Mark Kidel, Fabienne Verdier, Peindre l'instant (52', 2012)
Etudes :
Charles Juliet, Entretien avec Fabienne Verdier, Albin Michel, 2007
Peinture, catalogue de l'exposition à la Galerie Jaeger Bucher, 2009
Doris Von Drathen, Fabienne Verdier, Kunstler, 2010
Corinna Thierolf et Eric Fouache, Palazzo Torlonia, Fabienne Verdier, Éditions Xavier Barral, 2011
Michael Peppiatt, Fabienne Verdier, Editions Art Plural Gallery, 2013
En ligne :
Site officiel : Fabienne Verdier
Emissions radio :
Fabienne Verdier, Peintre : RTS (1h56', 2011 - mp3)
L'Atelier de Fabienne Verdier : France Inter (38', 2011)
La spiritualité dans l'art de peindre : FC (2013) - voir plus bas
Articles :
Fabienne Verdier, La quête absolue : Clé




Pèlerinage au Mont des Intentions pures


.. se connaître est essentiel. Si on ne se connaît pas, on reste soumis aux conditionnements issus de l'enfance, de la famille, de l'éducation reçue, du milieu social où l'on a grandi, de la personnalité dont on a hérité ou qui nous a été imposée. Prendre conscience de ces conditionnements, c'est s'en libérer, et aussi ne plus vivre dans la prison du moi ou de l'égocentrisme. C'est pouvoir devenir soi-même et pouvoir penser par soi-même. C'est agrandir son espace intérieur, se découvrir des nouvelles énergies, de nouvelles potentialités.
Extrait de : Charles Juliet, Entretien avec Fabienne Verdier
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L'Illimité


En peinture, le vide est une notion importante. Il est ce fond sur lequel se détachent et demeurent les formes que vous inscrivez sur lui. Ce fond, comment le préparez-vous ? Est-il absolumment uniforme ? Et quelle teinte choisissez-vous de lui donner ?

Ma préoccupation première quand je commence une oeuvre c'est l'évocation du vide. Au commencement était le vide... Je prends un temps absolu à l'inventer, car il me semble essentiel.
Le fond d'un tableau reflète pour moi l'immensité du vide, l'espace de tous les possibles. Notre maison-mère, la matrice d'où peut naître toutes les substances du monde. J'ai appris à vivre en lui, je l'apprivoise, je le nomme le "Mystérieux", "le Grand Subtil". J'ai besoin de matérialiser sa chair en couches et sous-couches de présence et d'absence qui fluctuent. Sorte de fluide de mouvances incessantes comme s'il véhiculait des puissances inconnues en métamorphoses perpétuelles.
Je peins mon vide de tableau comme une parcelle d'univers prête à recevoir... Et je me laisse emporter à observer sa profondeur comme si c'était ma véritable demeure. Je me perds dans son illimité, je plonge dans ses tourbillons, ses remous, ses secousses de vents sans savoir où je vais. J'ignore ce que je contemple, je ne vois pas. Je suis dans le non-visible, et pourtant je laisse advenir au bout du pinceau ce qui cherche à naître. J'ai l'impression d'entrer et de me fondre dans une grande vacuité mouvante.
Une fois ce vide matérialisé sur un fond de tableau, je peux passer des heures, des jours devant, à méditer. Le vide est un espace perturbant de densités impétueuses et éclatantes. Des émergences, des coïncidences à ne plus savoir où donner de la tête. On en deviendrait fou. A l'observer sans cesse surgit "le tout"en manifestation singulière. C'est une prise de conscience épuisante et vertigineuse pour le petit corps éphémère que je suis. Mais ne sommes-nous pas tous nés et gouvernés par le vide, ce grand "Maître transparent", ce "Presque Rien" impalpable ?
Extrait de :  Entre ciel et terre
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Les Racines de Ciel par Frédéric Lenoir, Keili Anvar (12.05.2013)
La spiritualité dans l'art de peindre avec Fabienne Verdier
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Philippe Chancel, Fabienne Verdier, Flux (2010)
De septembre 2009 à juin 2010, Fabienne Verdier s’est consacrée à relever un défi artistique dont elle mesurait l’ampleur en toute humilité.
L’artiste plasticienne est descendue dans la grande fosse de son atelier du Vexin pour se confrontrer au jour le jour à l’exécution de quatre fresques monumentales destinées aux murs du Palazzo Torlonia à Rome. Sans doute l’oeuvre que Fabienne Verdier accomplit sous nos yeux présente-t-elle un caractère exceptionnel. Ce fut l’enjeu d’une aventure à l’issue abstraite mais au travail concret, fait de retenues et de fulgurances, d’attentes et de passages, d’instants de doute et de pure grâce, qui nous confrontent aussi à un réel mystère sur les rives figurées du temps et de l’espace.






Hommage au Japon






Mark Kidel, Fabienne Verdier, Peindre l'instant (52', 2012), Extraits.

J’ai eu la chance de pouvoir travailler et de rencontrer, dans les années 1980, quelques grands maîtres en Chine, qui avaient entre 80 et 100 ans : les derniers détenteurs de ces traditions millénaires. C’étaient des êtres comme je n’en avais jamais rencontrés, d’une modestie, d’une humilité, d’une extrême bonté. 
ll m’a fallu des années pour être à l’écoute, pour être plus réceptive et pour commencer à avoir à dire en peinture.
Chaque lieu de travail est organisé presque comme un rituel. Quand je prépare une séance de travail, j’organise comme un petit temple autour de moi avec des études que j’ai pu faire, des fragments de dessins… 
Le peintre est un chercheur. Il a besoin de se retirer du monde pour pouvoir s’extraire du temps des hommes, pour rentrer dans celui de la méditation et il n’y a que le silence qui permet ça. 
Quand je peins un arbre, je deviens l’arbre ; quand je peins l’eau, je deviens l’eau (…), et la chose naît d’elle-même, je la vis intensément avec mon cœur et elle apparaît par moments de façon abstraite, de cette manière-là. 
Extrait de : Marik Kidel, Fabienne Verdier, Peindre l'instant
Source : France 5




Fabienne Verdier, Ina (2012)



Exposition à la galerie Jaege. 

Autres petites vidéo (10) : Art Plural Gallery

Voir aussi la page : Enzo ou cercle proche
 

lundi 2 juillet 2012

Daniel Odier ou Chan Ming Qing



Daniel Robert Odier (nom de plume: Delacorta), né le 17 mai 1945 à Genève en Suisse, est un écrivain suisse et promoteur du shivaïsme cachemirien.
Source (et suite) du texte : wikipedia

Daniel Odier est devenu le disciple de Kalou Rinpoché en 1968. Il a suivi ses enseignements et a reçu la transmission de Mahamûdra. Très tôt fasciné par le Chan (le zen chinois des origines) il a étudié la proximité du Chan et du Tantra, inspiré par les travaux de l'ermite chinois Chien Ming Chen rencontré à Kalimpong en 1968.
Quelques années plus tard, Daniel suit dans un ermitage Himalayen l'enseignement de son maître cachemirien, la yoginî Lalita Devî de laquelle il recevra également la transmission du Mahamûdra et celle des enseignements mystiques les plus profonds des écoles Pratyabhijnâ et Spanda de la tradition Kaula.
Daniel a enseigné le tantrisme et le bouddhisme dans plusieurs universités américaines avant de fonder le centre Tantra/Chan, à Paris, en 1995. En 2000, il dissout ce centre afin d'encourager la pratique indépendante et donne aujourd'hui des séminaires dans le monde entier.
Ses livres sur le tantrisme, traduits en dix langues, traitent des aspects les plus profonds de la voie du tantrisme shivaïte et du Chan.
En 2002, Daniel a reçu en Catalogne, de Kosen Sensei l'Ordination de la tradition Zen Sôto.
En 2004, en Chine, il reçoit la transmission de la lignée de Zhao Zhou (778-897) du Grand Maître Chan (Zen)  Jing Hui, héritier du dharma de Xu Yun (1839-1959) considéré comme le plus grand maître chinois du XXème siècle et détenteur des cinq lignées du Chan. Reconnu comme Sifu (maître Chan)  Daniel réunit ainsi dans son enseignement les deux voies qui le touchent le plus profondément.  Il propose un bouddhisme laïc en prise directe avec la réalité quotidienne touchant l'essence du Chan hors des formes classiques de la prise de refuge, des voeux et des autres engagements formels. La pratique est centrée sur la méditation dans le style de Zhao Zhou, périodes de méditation alternées avec une marche vive et libre, dans la seule présence.
Daniel est également l'auteur de nombreux romans, le dernier : "Les 7 secondes de l’arc-en-ciel" paru chez Albin Michel en 2006.
Il a traduit l'oeuvre de Lalla, une poétesse et maître cachemirienne du XIVème siècle (Seuil) ainsi qu'une anthologie de textes de Maîtres Chan et Zen de Thomas Cleary publiée sous le titre. « Les secrets de la méditation  (Pocket).
Source du texte : Daniel Odier


Bibliographie  :
- Tantra, l'initiation d'un occidental à l'amour absolu, Ed. Lattès, 1996, Pocket, 1998.
- Tantra Yoga, Le tantra de la "connaissance suprême", Ed. Albin Michel, Poche, 2004
- Désirs, passions et spiritualité, Ed. Lattès, 1999.
- Ferveur hindoue, Ed. Payot, 1998
- Tantra, spontanéité de l'extase, Ed. Acte Sud, 2000
- Le Grand sommeil des éveillés, Ed. du Relié, 2000
Traduction :
Lalla, Chants mystiques du tantrisme cachemirien, Ed. du Seuil, 2000
L'incendie du coeur, Le chant tantrique du frémissement (Spandakarika), Ed. du Relié, 2000
Vijnanabhairava tantra, Ed. Albin Michel, 1998
Roman :
- Les 7 secondes de l'arc-en-ciel, Ed. Albin Michel, 2006
Adaptation cinématographique :
Alain Tanner, Les années lumières, 1981, d'après le roman La voie sauvage
Jean-Jacques Beinex, Diva, 1981
Bibliographie complète : wikipedia


Site officiel : Daniel Odier / Zhaozhou-chan
En ligne :
- Interview "Espace et vibration"
- Une sexualité au parfum d'infini
- Interview "La passion d'être"
- Interview "Émerveillement ordinaire": Clés


L'enfermement du Samadhi.
Quand j’entrais en Samâdhi en présence de Kalou Rimpoché ou de Devî, c’était comme si leur présence me tirait vers l’état manifesté par leur coeur-espace. Puis je fus capable de me mettre moi-même dans cet état. Je commençais à jouer avec ça, me mettant en samâdhi à tout bout de champ. Devî me dit de ne pas faire ça, que ce n’était pas un jeu, que ma pratique devenait vulgaire, qu’il fallait attendre que cela se fasse tout seul.
Le samâdhi est une grâce, ce n’est pas un objet de consommation. C’est très difficile car, dès que notre corps a enregistré comment cela fonctionne, l’immobilité, la quasi-absence de respiration, comme si la peau respirait, nous essayons de reproduire le samâdhi. Alors cela devient artificiel et, très vite, c’est l’enfermement. Chaque fois que Devî me voyait fabriquer du samâdhi, elle faisait exprès de m’interrompre jusqu’à ce qu’enfin je fasse l’expérience de ne plus le rechercher et d’avoir la surprise de la grâce.
Source du texte : Eveil impersonnel

Devi : Tout le monde veut lâcher prise mais comment lâcher prise si l'on ne tient pas les choses, si l'on ne touche pas les choses en pleine conscience, dans l'ouverture totale du Coeur ? Dans le tantrisme, la première chose est de faire l'expérience du toucher, du contact profond et sans perturbation mentale avec les choses, avec l'univers. Tout commence par là. Toucher profondément l'univers. Si tu lâches prise avant de toucher profondément, cela peut provoquer une grave perturbation mentale. Beaucoup de yogin débutants font cette erreur. Ils lâchent avant de prendre. Ils perdent contact avec la réalité. Le Coeur ne s'ouvre jamais. Ils entrent dans un vide stérile et y demeurent emprisonnés. Lorsque tu touches en profondeur, tu n'as plus besoin de lâcher prise, cela s'opère naturellement. Le monde est à traverser en pleine Conscience, il n'y a aucune détour, aucune autre voie, aucun raccourci. Lorsque tu tiens quelque chose de toute ta Conscience, comme un nouveau-né qui te saisit un doigt, il suffit d'ouvrir la main. Pourquoi un nouveau-né a-t-il une si grande force ? Parce qu'il est tout entier dans le mouvement qui le porte à saisir ton doigt. Il est si fort en cet instant que tu est subjugué par sa puissance. Le tantra, c'est accepter de vivre cette puissance. La femme la possède naturellement. Il lui est facile d'en faire l'expérience. L'homme est seulement dans un rêve de puissance. C'est pour cela que la manifestation de sa force n'est pas spontanée et qu'elle prend souvent une forme violente. La violence est de l'impuissance pure. Avoir conscience de sa puissance, c'est pour un homme, passer par la reconnaissance de sa féminité. De la même façon, une femme qui refoule sa puissance naturelle ne trouve pas en elle l'équilibre et l'acceptation de sa faculté d'émerveillement. C'est ainsi que nous définissons l'homme viril dans le tantrisme: "celui qui a conservé la faculté de s'émerveiller."
(...)
L'extase, l'expérience continue du divin dans la connaissance de notre propre nature, c'est notre état naturel. L'enfant connaît cet état, il en jouit dès l'instant de sa conception. Ce n'est que sous la pression extérieure, l'éducation, l'amour souffrant des siens, qu'il perd peu à peu ses facultés, sa force, sa capacité de s'émerveiller, sa confiance absolue en lui même, son ouverture au monde, la libre éclosion de son coeur qu'il apprend à resserrer puis à fermer. Revenir à cet état enfantin est la porte qui rouvre le coeur.
(...) Extrait de : Tantra
Source du texte : Claire Lumière
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mardi 5 avril 2011

Soûtra de l'Entrée à Lanka ou Lankâvatâra



Voici la première traduction française du Soutra de l'Entrée à Lankâ (Lankâvatâra) qui, avec le Soûtra des Dix Terres (Dashabhûmika) et le Soûtra du Dévoilement du sens profond (Sandhinirmocana), forme l'assise scripturaire de ce qu'il est commode mais inexact d'appeler l'" idéalisme bouddhiste". Négation pure et simple des Idées - platoniciennes, cartésiennes ou "modernes" -, cet idéalisme singulier n'est pas le contraire du matérialisme car, s'il ramène effectivement l'être au concept et les choses à la pensée, il n'admet pas non plus la réalité ultime de la conscience ni de tout ce qui entre dans les catégories du spirituel : il s'agit plutôt, comme l'ensemble de la philosophie bouddhiste, d'une dénonciation rationnelle des limites et dangers du réalisme naïf qui semble dominer la pensée humaine. Manuel de réalisation intérieure, le Lankâ décrit la vacuité de la matière, où il ne voit que des représentations, et la vacuité du psychique, lequel peut se ramener à autant d'idées fictives, avant de proposer une méthode contemplative radicale, fondée sur la " nature de bouddha" en tant que "claire lumière naturelle de l'esprit", dont le chan/zen et le tantrisme sont les applications les plus abouties. La présente traduction, réalisée sur la version chinoise de Shikshânanda (702), est agrémentée de quelques indispensables notes que devraient compléter les brillantes remarques de Fazang du Huayan, assistant styliste du traducteur, dans ses Mystères essentiels de l'Entrée à Lankâ, à paraître prochainement.
Source du texte :  Fayard

Le Sūtra Lankāvatāra (Soutra de l'entrée à Lanka), tire son nom du fait qu’il serait un recueil des paroles prononcées par le Bouddha lors de son arrivée à Sri Lanka. (...)
C’est un soutra mahâyâna important surtout pour l’école Chan, dont les premiers adeptes sont connus comme "maîtres de Lanka". La tradition en fait le soutra préféré de Bodhidharma qui aurait fondé l’école Chan en Chine ; il contient le passage de la fleur dans lequel l’école voit l’origine de son enseignement. (...)
Source du texte : wikipedia


Bibliographie :
- Soûtra de l'entrée à Lanka, Lankâvatâra, trad. Patrick Carré. Ed. Fayard.
En ligne (d'après une trad. anglaise de D.T. Suzuki, Zen Montpellier) :
Introduction, chap.1, 2 Chap. 3 Chap. 4, 5 / Chap. 6, 7 / Chap. 8, 9 /
Chap. 10, 11 / Chap. 12, 13, 18, 19






Chapitre 7 

L'auto-réalisation.
Alors Mahâmati dit: Je vous en prie, dites-nous, ô Béni du Ciel, quelle est la nature de l'auto-réalisation grâce à laquelle nous pourrons accéder à l'Intelligence transcendantale?

Le Béni du Ciel répondit: L'Intelligence transcendantale s'éveille lorsque l'Esprit intellectuel atteint ses limites, et, si les choses sont ainsi réalisées dans leur nature véritable et essentielle, ses processus mentaux, qui sont basés sur les idées spécifiques, les discriminations et les jugements, doivent être transcendés par un appel à quelque faculté cognitive supérieure, si tant est qu'existe une telle faculté supérieure. Il existe une telle faculté dans l'Esprit intuitif (Manas) dont nous avons vu qu'il est le lien entre l'Esprit intellectuel et l'Esprit universel.

Tout en n'étant pas un organe individualisé comme l'esprit intellectuel, il a ce qui vaut bien mieux: la dépendance directe d'avec l'Esprit universel. Bien que l'Intuition ne donne pas d'information qui puisse être analysée et discriminée, elle apporte ce qui est de loin supérieur: la Réalisation de Soi par l'Identification.

Mahâmati alors demanda au Béni du Ciel, en disant: Je vous en prie, dites-nous, ô Béni du Ciel, quels clairs entendements devrait avoir un disciple sincère s'il doit réussir dans la discipline qui amène à l'auto-réalisation?

Le Béni du Ciel répondit: Il y a quatre choses par l'accomplissement desquelles le disciple sincère peut atteindre la Réalisation de Soi et la Noble Sagesse, et devenir un Bodhisattva-Mahasattva: d'abord; il doit avoir une compréhension claire de ce que toutes choses ne sont que des manifestations de l'esprit lui-même; ensuite, il doit abandonner la notion de naissance, de demeure et de disparition; troisièmement, il doit clairement comprendre le sans-existence-propre autant des choses que des personnes; et quatrièmement, il doit avoir une vraie conception de ce qui constitue l'auto-réalisation de la Noble Sagesse. Pourvu de ces quatre entendements, les disciples sincères peuvent devenir des Bodhisattvas et accéder à l'Intelligence transcendantale.

Pour ce qui est de la première : il doit reconnaître et être pleinement convaincu de ce que ce triple monde n'est autre qu'une complexe manifestation de nos activités mentales; qu'il est dépourvu d'une existence propre et de ses propriétés. Qu'il n'y a ni efforts, ni allées, ni venues. Il doit reconnaître et accepter le fait que ce triple monde est manifesté et n'est imaginé comme étant réel que sous l'influence de l'énergie d'habitude accumulée depuis des temps immémoriaux, à cause de la mémoire, des fausses imaginations, des faux raisonnements et des attachements aux multiplicités d'objets et de réactions, en proche relation et en conformité aux idées de corps-propriété-et-demeure.

Pour la seconde chose; il doit reconnaître et être convaincu que toutes choses doivent être vues en tant que formes vues dans une vision et dans un rêve, vides de substance, non-nées et sans nature propre, que toutes choses n'existent qu'en raison d'un réseau compliqué de causalité qui doit son apparition à la discrimination et à l'attachement et qui finit par l'apparition du système mental ainsi que ses possessions et évolutions.

Pour ce qui est de la troisième; il doit reconnaître et accepter patiemment le fait que son propre esprit et sa personnalité sont aussi des constructions de l'esprit, qu'ils sont vides de substance, non-nés et sans existence propre. Avec ces trois choses clairement à l'esprit, le Bodhisattva pourra pénétrer dans la vérité de l'absence d'image. Pour ce qui est de la quatrième, il doit avoir une vraie conception de ce qui constitue l'auto-réalisation de la Noble Sagesse. Premièrement, il n'est pas comparable aux perceptions atteintes par les mentations sensorielles, et pas non plus comparable à la cognition de l'esprit discriminant et intellectuel. Les deux présupposent une différence entre soi et non-soi et la connaissance ainsi atteinte est caractérisée par l'individualité et la généralité. L'auto-réalisation se fonde sur l'identité et l'unité; il n'y a rien à discriminer ni à prédiquer à son sujet. Mais pour entrer dedans, le Bodhisattva doit être libre de tous présupposés et attachements aux choses, aux idées et au soi.
Source du texte : zen montpellier (d'après la trad. anglaise de D.T. Suzuki)



Emission Sagesse bouddhiste avec Jean-Paul Ribes et Eric Rommelière sur les Soûtras. 





samedi 26 mars 2011

Mu ou Wu


Mu


Un moine demanda à Joshu :
- Un chien a-t-il la nature de Bouddha ?
- Mu ! répondit Joshu.


Initialement la réponse n'a pas été Mu (qui est du japonais) mais Wu (en chinois), puisque Joshu (778-897) a été un grand maître du Chan. On raconte qu'à l'âge de 17 ans il fit une première expérience de l'éveil : 
"Soudain, j'ai été ruiné et sans abri".
Ce koan du chien de Joshu est celui qui ouvre "La Passe sans porte" (Wumenguan ou Mumunkan), de Wumen Huikai, un recueil fameux paru au 13e siècle en Chine.

Eléments d'analyse :

A la question du moine on s'attend à une réponse par oui ou par non :
- oui, un chien à la nature de Bouddha ou bien,
- non, un chien n'a pas la nature de Bouddha.
Ou encore :
- je ne sais pas (ce qui est aussi une réponse sensée bien que décevante).
Or Joshu ne répond pas, non pas en gardant le silence (comme c'est parfois le cas, voir par exemple ici) mais, en disant simplement : Mu !
Comment comprendre cette non-réponse, cette réponse inattendue ou paradoxale ?

Autrement dit :

- Qu'est-ce que Mu ?
La question seule est elle-même un koan.


* * * * * * * * * * * *


Dans l'hypothèse où un chien aurait la nature de Bouddha, pourquoi pas une vache ? Alors laissons leur la parole : 




Hmm... Pas vraiment concluant, la première tentative est peut-être la plus réussie, les suivantes ressemblent plus à des Meuh... qu'à des Mu !
Quoiqu'il en soit, suffit-il de répéter une réponse pour la comprendre ?
- Qu'est-ce que Mu ?
- Mu.
 Sans doute pas, alors poursuivons.
* (voir note en bas de page). 

* * * * * * * * * * * *


Mu n'est pas l'équivalent d'un Meuh (ou autre Bang, Zip, Shebam, Pow, Blop, Wizz...). Ce n'est pas une onomatopée. Le caractère a bien une signification : "il est typiquement utilisé comme préfixe pour exprimer la notion d'absence". (On le traduit parfois de manière approximative par "sans").


Dans la langue française nous avons plusieurs préfixe de négation (dé, dis, dés, mal, més, mé, il, im, in, ir). Par
 exemple, avec "in" : in-sensible (qui n'est pas sensible), in-connu (qui n'est pas connu), in-habituel (qui n'est pas habituel), ...

En pensant au Mu japonais comme à un "in" on aperçoit mieux l'anomalie de la réponse. Non seulement ce n'est pas la réponse attendue mais qui plus est, ce n'est pas même un mot : juste un préfixe qui ne précède rien. 
** (voir la note en bas de page). 

A ce stade nous ne pouvons pas encore dire ce qu'est Mu (en tant que réponse au koan) mais bien ce qu'il n'est pas :

1) Mu n'est pas une onomatopée, ce n'est pas un "Meuh..."
2) Mu n'est pas une réponse négative, ce n'est pas un "Non".
En optant pour l'onomatopée on ne voit que l'anomalie de la réponse et pour la négation, que la valeur négative du préfixe.


Hypothèse :
Dans le cadre du koan, Mu a bien une valeur de négation mais qui est pour le moins inhabituelle ou paradoxale. Car la négation ne porte pas sur le sujet de la question, en disant Mu, on ne dit pas que le chien n'a pas la nature de bouddha.
Comprendre Mu c'est alors comprendre la valeur ou la portée de cette négation.

Et si la négation portait sur le sens de la question ? 

On peut nier que la question fasse sens ou encore que la question soit bien formulée. C'est ainsi que Mu est encore utilisé aujourd'hui :

Selon le « Jargon File », un glossaire du jargon et de la culture des hackers, Mu est considéré par les discordiens comme la réponse aux questions qui comportent des présuppositions erronées. (...)

La question « Avez-vous arrêté de battre votre femme ? » présuppose que l'interlocuteur battait sa femme. La langue française ne prévoit pas de réponse simple dans le cas contraire. Ainsi, si l'interlocuteur ne battait pas sa femme, ou encore s'il n'a pas de femme, les deux réponses standards à ce qui semble une question fermée, « oui » et « non », sont inappropriées :
« oui » implique qu'il a une femme et qu'il la battait,
« non » implique qu'il a une femme, qu'il la battait et qu'il continue de le faire.
C'est pourquoi des discordiens proposèrent de choisir mu comme la réponse adaptée signifiant par convention : « On ne peut correctement répondre à votre question car elle se fonde sur des présuppositions erronées. »
Source du passage : wikipedia (Mu) / wikipedia (discordianisme)

Dans le koan du chien de Joshu la question semble bien formulée mais est-ce le cas ? En répondant oui ou non, quelles sont les présupposés ?

Accepter la question sous-entend que la nature de Bouddha est quelque chose que le chien peut avoir ou ne pas avoir. Non pas que cet animal ne puisse posséder telle ou telle qualité (il peut être grand, petit, etc.), mais qu'en est-il de la nature de Bouddha ? Est-ce quelque chose que l'on peut obtenir (à la naissance ou plus tard) ? Si ce n'est pas le cas la réponse sera la même pour un autre animal, l'homme par exemple : 
- Un homme a-t-il la nature de bouddha ?
- Mu

Contrairement au premier, dans le second koan Mu n'est pas une réponse mais l'objet de la question : Qu'est-ce que Mu ?

On peut néanmoins garder l'idée générale : la présence de Mu (qu'importe sa place) va remettre en cause la question elle-même. Quelle est ou quelles sont alors les présupposés ? On présuppose tout simplement que Mu est un objet dont on peut chercher et trouver une définition.

Mais n'est-ce pas en l'ayant défini préalablement comme un préfixe négatif, puis comme ce qui dénonce des présupposés dans la question, que l'on a été amené à découvrir que Mu ne peut avoir de définition ? Doit-on alors rebrousser chemin (ou faire un pas supplémentaire et dans quelle direction) ?


Qu'importe, l'analyse d'un koan ne sera jamais qu'une indication. 
La résolution est d'abord de nature non conceptuelle. En l’occurrence, peut-être consiste-t-elle à voir que "la nature de Bouddha" n'est qu'une expression lorsqu'on l'associe à d'autres mots et que Mu n'est pas quelque chose que l'on peut saisir par la pensée, définir et caractériser. Et pour le voir, peut-être est-il nécessaire de changer de point de vue ou d'opter pour une absence de point de vue.


Et cette absence est peut-être Mu.




(*) Si en japonais Mu peut se rapprocher du beuglement d'une vache, en chinois Wu fait penser à l'aboiement d'un chien. (Pour ne pas perdre l'idée, il faudrait alors parler du koan de la vache de Joshu). 
(**) En chinois Wu peut aussi être un caractère indépendant pour signifier l'absence, on le traduit alors par le mot rien (ou vide). 


   
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