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jeudi 15 juillet 2010

Jean Klein

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Musicologue et médecin de formation, Jean Klein (1912-1998), part étudier le yoga en Inde à mi-vie, trois années durant. Il adaptera cet enseignement (Yoga Shivaisme du Cachemire) à l'occident et deviendra un professeur reconnu en Europe et aux Etats-Unis. 
Cette transmission se poursuit, actuellement, avec des personnes comme Eric Baret.


Bibliographie en français :
- Transmettre la lumière, Editions du Relié (1994) 
- A l'écoute de soi, Les deux Océans (1992)
- La conscience et le monde, Acarias - L'Originel (1992)
- Qui suis-je ? La quête sacrée, Albin Michel (1988)
- L'insondable silence, Les Deux Océans (1986)
- La joie sans objet, Mercure de France (1977)
- L'ultime réalité, Courrier du livre (1968). 


Entretien (extrait de
Transmettre la Lumière) :

Ma première et réelle prise de conscience se produisit à l’âge de neuf ou dix ans. Je pratiquais le violon et le chien gémissait, gênant ainsi mon travail. Je saisis un objet et me mis à le corriger quand soudain, le bras levé, je notai le regard du chien et compris ce que j’étais en train de faire. Ce fut la première fois que je pris conscience de façon bipolaire, et de ma réaction, et de l’impact de ma réaction. Je compris que ma réaction provenait d’un sentiment de supériorité qui n’avait pas de raison d’être. L’effet fut très fort. Plus jamais dès lors je ne tombai dans ce piège.

La première perception de l’unité ou de l’éveil à soi-même se produisit vers dix-sept ans. J’attendais un train par une chaude après-midi. Le quai était désert et le paysage assoupi. Tout était silencieux. Le train avait du retard, et j’attendais sans attendre, très détendu et vide de toute pensée. Soudain un coq chanta, et ce son insolite me rendit conscient de mon silence. Ce n’était pas le silence objectif dont j’étais conscient, comme cela arrive souvent quand on se trouve dans un endroit tranquille et qu’un bruit soudain met en relief le silence environnant. Non, je fus projeté dans mon propre silence. Je me sentis dans un état de conscience au-delà des sons ou du silence. Plus tard, j’ai éprouvé ce sentiment plusieurs fois. […]

Quel était votre état d’esprit dans cette période pré-indienne ? Etait-ce le moment où vous avez trouvé une orientation, où votre quête s’est davantage précisée ?


Oui, parce que je n’avais trouvé ni liberté ni paix dans les objets et les situations, j’en vins à cesser d’accumuler connaissances et expériences et je fus conduit à une quête très profonde : Comment puis-je rencontrer l’accomplissement s’il ne passe pas par les objets ? J’ai vécu longtemps avec cette question, dans un état de non-connaissance.

Il se produisit un abandon de tout ce qui n’était pas essentiel, de tout ce qui ne se rapportait pas à la beauté intérieure, à la liberté intérieure. Je ressentais énormément d’énergie et de lucidité dans cette période. Cela a apporté une joie de vivre, un enthousiasme pour la vie et une grande ardeur dans la recherche. Cela a éveillé en moi le désir d’être établi dans cet état de non-connaissance, et de trouver une aide dans cette quête. […]

Ainsi tandis que vous étiez un disciple de Pandiji, vous n’avez jamais été attiré vers d’autres maîtres pour plus de clarté ?


Il n’y avait aucun désir en moi pour cela. Je n’étais pas allé en Inde pour trouver un maître. C’est le maître qui m’a trouvé. Il n’existe qu’un seul maître. J’en vins rapidement à la conviction qu’il n’y a rien à enseigner et que ce que nous cherchons n’appartient à aucun enseignement, ni à aucun « maître ». Aussi pourquoi chercher quelqu’un ? C’est la présence du guru qui montre qu’il n’y a rien à enseigner parce que le maître est établi dans le « je suis ». Ainsi ai-je pris conscience que c’est seulement le « je suis », et non un esprit ou un corps, qui peut vous amener au « je suis ».


Combien de temps avez-vous passé ainsi à voir Pandiji ?


Environ trois ans.


Ensuite vous avez quitté Bangalore pour Bombay ?


Oui, je suis parti visiter le pays.


Et c’est durant ce séjour qu’eut lieu l’illumination ?


Oui. Il y eut abandon complet de l’état conditionné et établissement définitif dans l’état inconditionné, sans résidu. L’éveil se déploya pleinement et je me perçus dans la globalité.


Cela vous était-il arrivé auparavant ?


Non. Il y avait eu des éclairs, mais là, c’était plus qu’un éclair. Il n’y avait pas de retour en arrière possible. J’avais trouvé mes vrais fondements […]

En raison de la qualité de la transmutation, il ne subsistait aucun doute que je puisse jamais être repris par la dualité, et cela se confirma dans les jours et les semaines qui suivirent. Je sentis une rectification dans mon corps et dans mon cerveau, comme si toutes les parties avaient trouvé leur juste place, leur position la plus confortable. Je vis tous les événements quotidiens apparaître spontanément dans le non-état, dans ma totale absence, dans ma vraie présence.
Source du texte : 3e Millénaire

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mardi 13 juillet 2010

Jiddu Krishnamurti


Jiddu Krishnamurti (1895-1986) naquit en Inde et fut pris en charge à l’âge de treize ans par la Société théosophique, qui voyait en lui « l’Instructeur du monde » dont elle avait proclamé la venue. Très vite Krishnamurti apparut comme un penseur de grande envergure, intransigeant et inclassable, dont les causeries et les écrits ne relevaient d’aucune religion spécifique, n’appartenaient ni à l’Orient ni à l’Occident, mais s’adressaient au monde entier. Répudiant avec fermeté cette image messianique, il prononça à grand fracas en 1929 la dissolution de la vaste organisation nantie qui s’était constituée autour de sa personne ; il déclara alors que la vérité était « un pays sans chemin », dont l’accès ne passait par aucune religion, aucune philosophie ni aucune secte établies.

Tout le reste de sa vie, Krishnamurti rejeta obstinément le statut de gourou que certains voulaient lui faire endosser. Il ne cessa d’attirer un large public dans le monde entier, mais sans revendiquer la moindre autorité ni accepter aucun disciple, s’adressant toujours à ses auditeurs de personne à personne. A la base de son enseignement était la conviction que les mutations fondamentales de la société ne peuvent aboutir qu’au prix d’une transformation de la conscience individuelle. L’accent était mis sans relâche sur la nécessité de la connaissance de soi, et sur la compréhension des influences limitatives et séparatrices du conditionnement religieux et nationaliste. Krishnamurti insista toujours sur l’impérative nécessité de cette ouverture, de ce « vaste espace dans le cerveau où est une énergie inimaginable ». C’était là semble-t-il, la source de sa propre créativité, et aussi la clé de son impact charismatique sur un public des plus variés.

Krishnamurti poursuivit ses causeries dans le monde entier jusqu’à sa mort à l’âge de quatre-vingt-onze ans. Ses entretiens et dialogues, son journal et ses lettres ont été rassemblés en plus de soixante volumes.
Source : Krishnamurti France


Bibliographie (extrait - Ed. Stock) :
- Aux Etudiants
- Cette Lumière en nous
- De l’Amour et de la Solitude
- De la Vérité
- L’Esprit et la Pensée
- L’Eveil de l’Intelligence
- Krishnamurti en Questions
- Les Limites de la Pensée. Discussions (Krishnamurti et David Bohm)
- Le Livre de la Méditation et de la Vie
- Première et Dernière Liberté
- La Révolution du Silence
- Se Libérer du Connu
- Tradition et Révolution
- Le sens du bonheur
Bibliographie complète
En ligne :
Site dédié : Krishnamurti on-line / Association K. site francophone / site Suisse /
- Déclaration de dissolution de l'Ordre de l'étoile (1929) : K. on-line
- Commentaire Sur la Vie (1957) : tome 1 / tome 2 / tome 3
- L'Eveil de l'intelligence (1974)
- Journal (1978)
Entretien avec Carlos Suarès pour la revue Planète (1964) : Clés
Mes conversations avec J. Krishnamurti (1976-1985), R.E.F. Gonzales
Vidéos (29) : K. on-line / youtube (Krishnamurti T)


J'affirme que la vérité est un pays sans chemin (...)
Extrait de : Déclaration de dissolution de l'Ordre de l'étoile
Source (et suite) du texte : K. on-line


Un matin, je me suis réveillé de bonne heure, la ville dormait encore, ses rumeurs n’avaient pas encore débuté. J’ai senti qu’il fallait que je sorte, et je m’habillai rapidement et sortis dans la rue. Le laitier n’avait pas même encore commencé sa tournée. C’était le début du printemps, le ciel était bleu pâle. J’avais l’impression qu’il fallait que j’aille dans le jardin public, à quelques centaines de mètres de là. Dès que je quittai le seuil de ma porte, j’eus une étrange impression de légèreté, comme si je marchais sur l’air. L’immeuble d’en face, une monotone série d’appartements, avait perdu toute sa laideur, les briques qui le composaient semblaient vivantes et gaies. Et chaque objet qu’ordinairement je n’aurais pas remarqué semblait soudain extraordinaire et très curieusement, tout semblait faire partie de moi. Rien n’était loin de moi; en fait le « Moi » n’existait pas en tant qu’observateur, que celui qui perçoit, si vous voyez ce que je veux dire. Il n’y avait pas de « Moi » distinct de cet arbre, ou de ce papier dans le caniveau, ou des oiseaux qui s’interpelaient. C’était un état de conscience que je n’avais encore jamais connu.

Tandis que je me rendais dans ce parc, reprit-il, je vis une boutique de fleuriste. J’étais passé devant des centaines de fois, jetant à chaque fois un bref coup d’œil aux fleurs. Mais ce matin-là, je me suis arrêté. La vitrine était givrée à cause de la chaleur et de l’humidité qui venaient de l’intérieur, mais cela ne m’empêcha pas de regarder les différentes sortes de fleurs. Et alors que je les regardais, je me mis à sourire et à rire avec une joie que je n’avais encore jamais ressentie. Ces fleurs me parlaient, et je leur parlais aussi. J’étais parmi elles, et elles faisaient partie de moi. En disant cela, je peux vous donner l’impression que j’étais en pleine crise d’hystérie et que je n’avais plus ma tête à moi. Mais il n’en était rien. Je m’étais habillé très soigneusement, en ayant conscience de mettre du linge propre, de regarder ma montre, de lire le nom des boutiques, y compris celui de mon propre tailleur, et de déchiffrer le titre des livres dans les vitrines des librairies. Tout était vivant et j’avais avec toutes choses une relation d’amour. J’étais le parfum de ces fleurs, c’est-à-dire qu’il n’y avait pas de « moi » pour les sentir, vous comprenez ? Il n’y avait pas de séparation entre elles et moi. Cette boutique de fleurs était incroyablement remplie de vie et de couleurs, et toute cette beauté devait être saisissante car le temps et sa mémoire avaient cessé. J’ai dû rester là plus de vingt minutes, mais je vous assure que je n’avais pas la notion du temps. Je ne pouvais pas m’arracher à ces fleurs. Le monde de la lutte, de la douleur et de la souffrance était là tout en n’étant pas là. Car voyez-vous, dans cet état-là les mots n’ont aucun sens. Les mots décrivent, séparent, comparent, mais dans l’état où j’étais les mots ne pouvaient pas être. Ce n’était pas le « je » qui faisait l’expérience car il n’existait rien d’autre que cet état, cette expérience. Le temps s’était arrêté, il n’y avait plus ni passé ni futur, ni présent. Il n’y avait plus que - les mots sont incapables de décrire cela, tant pis, cela ne fait rien. Il y avait une Présence - non, ce n’est pas le mot qui convient. C’était comme si la terre, avec tout ce qui la constituait intérieurement et extérieurement, passait soudain par un stade de bénédiction et que moi, en me rendant au jardin, j’en fasse partie. Et comme je m’approchais de ce jardin, je fus totalement émerveillé par la beauté de ces arbres familiers. Du jaune pâle au vert presque noir, les feuilles dansaient de vie. Chacune m’apparaissait séparément, et chacune renfermait toute la richesse du monde. J’avais conscience que mon cœur battait très vite. Ma condition cardiaque est excellente, mais je pouvais à peine respirer en entrant dans le jardin et je crus que j’allais m’évanouir. Je m’assis sur un banc et je me mis à pleurer. Le silence était difficilement supportable, mais ce silence purifiait toutes choses de la douleur et de la souffrance. Alors que je m’engageais plus profondément dans le jardin, j’eus l’impression d’entendre de la musique. Je fus surpris, étant donné qu’il n’y avait pas de maisons à proximité et que personne ne viendrait avec un transistor si tôt le matin. La musique faisait partie du tout. Toute la bonté, toute la compassion étaient dans ce jardin public, et Dieu y était aussi.
Extrait de : Commentaire Sur la Vie, Tome 2, note 36 (Une expérience de béatitude)
Source (et suite) du texte : gracepresence




Je retournai le voir à la mi-février. Il me demanda si j'avais remarqué quelques changements dans ma manière de penser. Je lui répondis que je me sentais plus calme, que mon esprit était moins agité qu'auparavant. « Si vous tentez de vous connaître intérieurement, vous remarquerez que votre processus mental se ralentira, que votre esprit ne sera plus sans cesse en mouvement... » Après un silence, il (Krishnamurti) reprit: « Essayez de mener chaque pensée jusqu'à son terme ; c'est difficile, vous verrez, car dès qu'une pensée se présente, il en vient aussitôt une autre. » C'est vrai : chaque fois que je me suis efforcée de suivre une pensée, j'ai remarqué avec quelle rapidité elle vous échappe.Je lui demandai alors comment s'y prendre pour suivre une pensée jusqu'au bout. « Une pensée, dit-il, n'aboutit que lorsque celui qui pense se comprend soi-même, lorsqu'il voit qu'il ne fait plus qu'un avec sa pensée, que le penseur est la pensée, dont il se sépare pour se protéger ; de sorte qu'il émet sans cesse des pensées qui se transforment. »« Le penseur est-il distinct de ses pensées ? » Il y avait de longs silences, comme s'il attendait que ses paroles pénètrent en profondeur. « Retirez la pensée ; où est celui qui pense ? Vous ne le trouverez nulle part. Quand vous développez votre pensée (qu'elle soit bonne ou mauvaise) jusqu'à son terme - et c'est très difficile - votre processus mental se ralentit. Pour comprendre le soi, il faut le voir fonctionner, ce qui ne peut se faire que lorsque se produit ce ralentissement. Vous constaterez alors que vos jugements, vos désirs, vos jalousies, s'apaiseront dans une conscience devenue vide et silencieuse. » Je l'écoutais depuis un mois, et mon esprit était devenu souple, il n'était plus sclérosé ni durci. Je lui dis: « Mais lorsque la conscience est envahie de préjugés, de désirs, de souvenirs, peut-elle comprendre la pensée ? »« Non, me dit-il, car elle agit continuellement sur la pensée. Elle la fuit ou se construit sur elle. Si vous suivez une pensée jusqu'au bout, vous trouverez alors le silence. Un nouveau départ se produit alors. La pensée qui naît de ce silence n'est plus mue par le désir, elle émerge d'un état qui n'est plus encombré par le souvenir. Mais si, de nouveau, la pensée qui survient n'est pas menée à son terme, elle laisse un résidu. Il n'y a alors pas de nouveau départ, et l'esprit est encore une fois tenu captif par une conscience qui est la mémoire, liée au passée, à hier. Ce qui importe, conclut Krishnaji, c'est de mettre un terme au temps. » Je n'avais pas compris, mais je le quittai en gardant ses paroles vivantes au-dedans de moi.
Extrait de : Krishnamurti, une vie
Source (et suite du texte) : presseduchatelet 


Causerie (Californie, 1966) - La vraie révolution



Causerie à San Diego (Californie, 1970), Partie 1 - Comment apprendre sur soi-même ?



Partie 2 - L'esprit humain peut-il se libérer totalement de la peur ?



Entretien en français avec André Voisin, Paris, 1972 (73') :





Causerie de San Diego, (Californie, 1974) - Comprendre la méditation réclame de l'ordre



Causerie de Brockwood Park (Angleterre, 1976)
Partie 1 - Sommes-nous conscient d'être fragmentés



Partie 2 - Un mode de vie mécanique mène au désordre



Causerie de Brockwood Park, (Angleterre, 1978).
Partie 1 - Puis-je me dépêtrer de l'engrenage des mots ?



Partie 2 - Comment connaitre l'ordre absolu ?



Partie 3 -  Comment la liberté peut-elle être comprise et vécue ?



Partie 4 - Entrer dans la méditation



Partie 5 -  Êtes-vous conscient de votre propre structure ?



Partie 6 - Peut-on apprendre dans la relation ?



Causerie à Madras (Inde, 1978).
Partie 1- Les organisations n'ont pas sauvés l'homme



Partie 2 - Une action qui n'est pas le fruit de la pensée



Partie 3 - La liberté est-elle une question de temps ?



Partie 4 - Quelles sont les causes de nos problèmes relationnels ?



Causerie à Madras (Inde, 1979)
Partie 2



Partie 3 - Qu'entend-on par vie religieuse ?



Causeries à Sannen (Suisse, 1979)
Partie 1 - Existe-t-il une action non accompagnée de souffrance ?



Partie 2 - Découvrir ce qu'est l'amour



Partie 3 - La méditation remet la pensée à sa juste place



Partie 4 - Quel est le problème primordial de votre vie ?



Partie 5 - Comment pouvons-nous bâtir une bonne société ?



Entretien avec Eugène Schallert, jésuite
Partie 1 - Seule la liberté permet l'épanouissement du bien



Partie 2 - Seule la liberté permet l'épanouissement du bien (suite)



Entretien en français avec Jean-Louis Devez (Angleterre, 1979) - De l'éducation



Causerie à Saanen (Suisse, 1981) - Qui êtes-vous Krishnamurti ?



Discussion avec les Drs. Bohm, Hidley et Sheldrake à Ojai (Californie, 1982)
Partie 1 - L'origine des désordres psychologiques



Partie 2 - La souffrance psychologique



Partie 3 - Le besoin de sécurité



Partie 4 - Qu'est-ce qu'un esprit en bonne santé ?



Causerie à Brockwood (Angleterre, 1983) - Se libérer du Conditionnement (62') :



Entretien avec Pupul Jayaar, Brockwood (Angleterre, 1983)



Causerie à Rish Valley (Inde, 1984) - Le cerveau enregistre en permanence



Discours aux Nations Unies, 1985 (70') :



Suite - Questions-réponses.





Causerie à Washington D.C. (USA, 1985) 
Partie 1 - La totalité du temps se situe dans le présent



Partie 2 - La passion se trouve à la fin de la souffrance



* **

De la liberté, une introduction à la pensée de J. Krishnamurti



Le défi du changement, documentaire :



K. film de Pierre Anglade - Vous êtes le monde :



Chronique d'une vie peu ordinaire, documentaire :



L'héritage culturel de Krishnamurti, documentaire :



Une vie de lumière et d'esprit, documentaire :



Emission radio avec Roger Maria :






Krishnamurti et la liberté avec Isabelle Clerc (2011)
Les Racines du ciel par Frédéric Lenoir


mardi 29 juin 2010

Eric Baret








Sans études ni culture, Éric Baret ne possède aucune compétence particulière. Ayant été touché par la tradition non duelle à travers l'enseignement de Jean Klein, il propose de se mettre à l'écoute, sans but d'aucun profit. Rien à enseigner, pas d'enseignant. Des rencontres pour la joie de ne rien être.
Source du texte et site officiel : Bhairava 


Bibliographie en français :

- Les Crocodiles ne pensent pas, Éd. Almora, Paris, 2008.
- Le Yoga tantrique du Cachemire, 4e éd., Gordes, 2008.
- Le Sacre du dragon vert, Ed. Almora, Paris, 2007.
- Le Seul désir, Dans la nudité des tantras, Ed. Almora, Paris, 2006.
- Yoga, Ed. Almora, Paris, 2006. - De l'Abandon, Ed. Les Deux Océans, Paris, 2004.
- Corps de Silence. Ed. Almora, Paris 2010.



- Quel est le rôle du yoga ?

- Aucun rôle !


- N'est-il pas utilisé au Cachemire ?


- Certainement pas « utilisé ». Vouloir utiliser les choses fait partie de la démarche progressive. Le yoga, la médecine, la peinture, la sculpture, l'art de la guerre, tous les arts qui construisent maintiennent ou détruisent les facettes de la vie, favorisent une possible expression du pressentiment d'être.

Le yoga parle du corps. Le corps peut se trouver dans un état de très grande débilité, et pourtant le sentiment « d'être » est toujours là. En fait l'inclination à la pratique du yoga doit être considérée tout au plus comme un signe « auspicieux ». Pour la plupart, l'expression de la compréhension se trouve dans la vie quotidienne, dans les occasions les plus ordinaires. L'art du yoga, dans la tradition shivaïte du Cachemire, est en fait l'art d'écouter. Ecouter les différentes modifications psycho-sensorielles dans le corps lors des diverses situations de la vie quotidienne. Cette écoute qui ne juge, ni n'intervevint, permettra petit à petit à la réactivité constante du corps de s'atténuer. Les différents mouvements de la sensibilité quittant leurs caractéristiques d'agitation seront ressentis de plus en plus sous forme rythmique. La corporalité grossière ou subtile n'est que vibration. L'écoute « non impliquée » de ces différents rythmes amène tôt ou tard leur résorption dans leur origine, silence conscient.

«
Des tourbillons de qualités comme des sons et des lumières surnaturelles sont perçus par le coeur. Qu'on n'y mette pas l'accent et qu'on pénètre dans le suprême séjour à l'aide de son propre coeur. C'est ce qui coupe les liens du devenir. » Lakshmikaulanarva Tantra.

L'abdication totale dans le silence permet de quitter les réseaux fractionnels de notre corps, positifs et négatifs, dans lesquels circulent généralement les énergies. Dans ces moments de silence et de « non-utilisation » des réseaux schématiques du corps, fuse, libre de toute intention, l'énergie qui est pure expression du silence sur le plan phénoménal. Cette célébration, cette offrande de la dualité dans le coeur trouve son expression la plus subtile dans le rite du pranayama. Les souffles inspirés et expirés, après avoir rempli leur fonction d'éveilleur et de purificateur, sont offerts en oblation dans le repos qui les suit. Le vide après l'expiration, vécu en unité, est l'espace d'où jaillit l'énergie enfin libre de percuter sans obstacle la cérébralité.


«
Quand le souffle vital abandonne les passages de droite et de gauche et suit la voie ascendante, ce mouvement détermine ainsi la fonte de toute la dualité comme celle du beurre congelé et donne naissance à l'unité. Telle est la fonction du souffle ascendant, udana, qui correspond au quatrième état. » Abhinavagupta, Ishvarapratyabhijnavimarshini

- Le yoga, la pose peuvent-ils jouer le rôle de révélateur ?


- Oui, révélateur de ce qui est antérieur à cette révélation. Retrouver consciemment ce qui était voilé en nous.


«
Rien de nouveau n'est obtenu, pas plus que n'est rendu lumineux ce qui ne l'était pas ; est seulement bannie la conception erronée qui considère ce qui est lumineux comme non lumineux. » Abhinavagupta, Ishvarapratyabhijnavimarshini

Au sens classique, le yoga est l'art de mourir à soi-même. De nos jours, il est plus souvent interprété comme une technique de mieux-vivre. Atténuer un noeud pour favoriser la réceptivité peut être, dans certains cas, justifiable. Chercher à tout prix, au moyen d'une discipline, à effacer tous les antagonismes du corps et du mental n'est que violence. Seule une prise de conscience sans volition aucune peut vraiment libérer une tension et non une intervention arbitraire nourrie d'intention.

En Inde, de nombreuses personnes passent deux ou trois heures au nettoyage quotidien de tous leurs orifices et organes accessibles afin de se purifier avant d'entreprendre leurs exercices rituels. Cela les maintient en excellente santé. Et alors ? Quand le rouleau compresseur arrive, il ne fait aucune différence entre un corps en bonne santé ou un autre complètement débilité. Cela, bien sûr, ne veut pas dire que tous ces nettoyages sont sans aucune valeur, s'ils sont utilisés à bon escient, avec modération.
L'art de célébrer notre véritable nature par une attitude corporelle rituelle, asana, est très peu connu. Souvent, en Occident et même en Inde de nos jours, la pratique des poses se réduit à une gymnastique plus ou moins intelligente. On essaye d'imposer au corps un schéma extérieur, arbitraire, en pensant ainsi le purifier. Cette attitude démocratique, qui consiste à s'imaginer pouvoir aller du moins vers le plus, n'est en fait que violence, sécurisation, et reste toujours dans le domaine de la mémoire, du déjà connu. L'art du Cachemire, au contraire, reconnaît l'antériorité de l'archétype sur le corps. Il ne s'agit donc pas « d'arriver à faire », d'arriver à tenir telle ou telle pose dans un domaine relatif, mais bien de se rendre compte de toutes les limitations et blocages, du manque de sensibilité qui nous habite et masque notre réelle corporalité. Une pose ouvre une porte sur des niveaux de perception plus aiguisés où il devient possible de pressentir clairement certaines expressions subtiles de la conscience.

«
Par la voie des organes le yogi appréhende les jouissances du monde sensible et par cette même voie il déverse son coeur, remplissant ainsi le triple monde d'une pulsation consciente. » Maheshvarananda, Mahartamanjari

Ainsi, avant d'aborder la pose classique, on passera d'abord par de multiples demi-poses et quart de poses. La créativité du moment, se canalisant dans des gestes traditionnels, entraînera un « vidage » approfondi de toutes les articulations, de toutes les défenses, jusqu'à ce que la transparence naturelle du corps soit de nouveau retrouvée.





« Qu'on évoque l'espace vide en son propre corps, dans toutes les directions à la fois. » Vijnana Bhairava Tantra.

Du point de vue de cette transparence, le corps subtil, corps d'énergie libre du schéma corporel, sera pressenti dans sa gloire. Ce corps subtil, vibration réceptive, totalement un avec son environnement, va d'abord, sans la participation du corps physique, prendre la pose demandée. Cette prise de l'asana par le seul corps vibrant est un art d'une grande finesse et demande une totale abdication de toute volonté de faire. Plusieurs allers et retours seront souvent nécessaires pour consumer la mémoire des différentes défenses associées à ce mouvement. Lorsque la pose subtile pourra être maintenue clairement, sans référence à la corporalité, alors seulement le corps physique, enveloppé de cette vibration en éveil, pourra à son tour se glisser dans la posture. La corporalité libre de réaction pourra ainsi s'immerger dans l'archétype, ouverture multidimensionnelle. Le corps dans ses modalités physiques et subtiles deviendra alors offrande à notre véritable nature.


«
Le corps à forme subtile, à forme grossière que tous les êtres consacrent « sujet » est l'oblation que le grand yogi verse dans le feu de la conscience. » Kshermaraja, Shivasutravimarshini

La pose se dessine donc dans un corps complètement vacant. La vacuité se maintiendra, s'étalera dans la pose avec l'aide d'un souffle éveilleur. Le retour vers le point de départ du mouvement, moment crucial, se fait également dans cette détente. Alors seulement les énergies libérées par la vacuité pourront s'intégrer consciemment dans notre ouverture. Leur jaillissement, quand la verticalité de départ a été réintégrée, leur explosion et leur résorption consciente, est en fait le moment le plus important. C'est cette montée d'énergie qui libérera le corps et le psychisme de ses limitations, et non pas la pose elle-même. Quand toute trace de la pose sera totalement effacée et que la transparence naturelle en aura résorbé toute les résonnances, la possibilité d'aborder une autre pose pourra se présenter.





« Contemple cette conscience sise dans le corps et qui fulgure comme le feu de la conflagration finale. C'est là que l'amoncellement des catégories est consommé, là qu'elles vont toutes à leur dissolution. » Viravali

Cette approche qui met autant l'accent sur les moments entre les poses que sur les poses elles-mêmes, ne permet pas de se perdre dans la pratique physiologique de séries qui s'enchaînent presque rythmiquement comme l'enseignent certaines « écoles de yoga ».

Se donner intimement à une pose requiert une grande attention. Quand on a vidé les résistances et que le corps dans sa totalité se trouve dans la posture voulue, les différents modes de l'énergie propres à cette pose vont se mettre à vibrer, un peu comme le va-et-vient des marées. Cet éveil de la vibration qui va passer par de multiples degrés de transformation demande un certain temps pour s'actualiser totalement.
Chaque pose a son temps propre, nécessaire à son accomplissement. Limitons-nous aujourd'hui à souligner l'importance, quand, bien sûr, le corps est prêt pour cela, de rester suffisamment longtemps dans les poses pour que les aspects tamasiques, rajasiques et même sattviques se résorbent dans l'écoute.

Extrait, Le Yoga Tantrique du Cachemire, pages 42 à 49, Chapitre IV.

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Source : Bhairava


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