jeudi 30 juin 2011

Carolyn Carlson



Née en Californie (en 1943), Carolyn Carlson se définit avant tout comme une nomade. De la baie de San Francisco à l’Université d’Utah, de la compagnie d’Alwin Nikolais à New York à celle d’Anne Béranger en France, de l’Opéra de Paris au Teatrodanza La Fenice à Venise, du Théâtre de la Ville à Helsinki, du Ballet Cullberg à la Cartoucherie de Paris, de la Biennale de Venise à Roubaix, Carolyn Carlson est une infatigable voyageuse, toujours en quête de développer et faire partager son univers poétique.

Héritière des conceptions du mouvement, de la composition et de la pédagogie d’Alwin Nikolais, elle est arrivée en France en 1971. Elle a signé l’année suivante, avec Rituel pour un rêve mort, un manifeste poétique qui définit une approche de son travail qu’elle n’a pas démenti depuis : une danse assurément tournée vers la philosophie et la spiritualité. Au terme "chorégraphie", Carolyn Carlson préfère celui de "poésie visuelle" pour désigner son travail. Donner naissance à des œuvres témoins de sa pensée poétique, et à une forme d’art complet au sein de laquelle le mouvement occupe une place privilégiée.

Depuis quatre décennies, son influence et son succès sont considérables dans de nombreux pays européens. Elle a joué un rôle clef dans l’éclosion des danses contemporaines françaises et italiennes avec le GRTOP à l’Opéra de Paris et le Teatrodanza à La Fenice.

Elle a créé plus d’une centaine de pièces, dont un grand nombre constituent des pages majeures de l’histoire de la danse, de Density 21,5 à The Year of the horse, de Blue Lady à Steppe, de Maa à Signes, de Writings on water à Inanna. En 2006, son œuvre a été couronnée par le premier Lion d’Or jamais attribué à un chorégraphe par la Biennale de Venise.

Aujourd’hui Carolyn Carlson dirige deux structures, le Centre Chorégraphique National de Roubaix Nord-Pas de Calais, qui produit et diffuse ses spectacles à travers le monde, et l’Atelier de Paris-Carolyn Carlson, centre international de masterclasses, de résidences, et de création, qu’elle a fondé en 1999.
Source du texte : Ateliers de Paris
Autre biographie :  CNN Roubaix / Comme un roman / wikipedia


Carolyn Carlson par Jean-Loup Sieff

Principales chorégraphies :
 1973 : Density 21.5
 1979 : Writings on Water
 1983 : Blue Lady musique de René Aubry
 1986 : Still Waters
 1987 : A Time Exposure
 1988 : Cosmopolitan Greetings avec Bob Wilson
 1989 : Steppe sur une musique de René Aubry
 1990 : Cornerstone sur une musique de John Surman
 1991 : Going Home sur une musique de René Aubry
 1991 : Maa sur une musique de Kaija Saariaho.
 1991 : Elokuu sur une musique de Mikko Mikkola
 1992 : Syyskuu sur une musique de Mikko Mikkola
 1992 : Siininen oui’ (Blue Gate)
 1993 : Commedia sur une musique de Michel Portal
 1995 : Vue d’ici, the view
 1996 : Avant-premières
 1997 : Signes sur une musique de René Aubry et des décors d’Olivier Debré.
 1998 : Hydrogen Judebox sur une musique de Philip Glass
 1999 : Parabola
 2010 : Man in a Room
 2000 : Seven Women
 2000 : Light Bringers sur une musique de Philip Glass
 2001 : J. Beuys Songs
 2001 : Spiritual Warriors et Kan (Prisoner of Freedom)
 2002 : Writings on Water sur une musique de Gavin Bryars pour la Biennale de Venise
 2002 : Le oreazioni sur une musique de Gavin Bryars
 2002 : Dreaming Over Breakfast
 2003 : Out of Focus pour le Ballet de Marseille
 2004 : Paper Rain
 2004 : Tigers in the Tea House
 2004 : Down by the River sur une musique de René Aubry
 2004 : Page #7
 2005 : Inanna
 2006 : Double Vision avec Electronic Shadow
 2007 : Hidden
 2008 : Eau sur une musique de Joby Talbot, images et dispositif d’Alain Fleischer à la piscine-musée de Roubaix
 2008 : Blue Lady - Revisited pour le danseur Tero Saarinen
 2010 : Man in a Room - Revisited pour Tero Saarinen
 2011 : We were horses avec Bartabas

Récompenses et distinctions
 1998 : Victoires de la musique, pour Signes à l’Opéra de Paris
 2000 : Chevalier des Arts et des Lettres
 2000 : Chevalier de la Légion d’honneur
 2002 : Médaille de la Ville de Paris en novembre 2002
 2006 : Lion d’Or de la Biennale de danse contemporaine de Venise en juin 2006

Bibliographie
 - Brin d’herbe, Actes Sud, 2011
 - Inanna (poèmes et photographies de Euan Burnet-Smith), Ed. CCN, 2006.
 - Solo (poèmes et encres de l’auteur), Ed. Alternatives, 2003.
 - Le Soi et le Rien (Self and Nothing), Actes Sud, coll. Le souffle de l’esprit, 2001.
 Guy Delahaye, Carolyn Carlson, Guido Siepe, 1988.
 Claude Le-Anh, Carolyn Carlson, Atelier de Paris – Carolyn Carlson, 1995.

Filmographie
Blue Lady d'André S. Labarthe
Empreinte Carolyn Carlson, documentaire 52 min, diffusé sur France 5 en avril 2009.

Sites officiels :
CNN Roubaix
Ateliers de Paris
Autres :
Le regard de Carolyn Carlson sur Arte
Carolyn Carlson sur Culture Box (France 3)






Animaux, plantes, arbres, pierres, oiseaux
lacs, étoiles, eaux, insectes, montagnes
hommes, femmes, enfants
joie et sel des larmes
pour tous
le même égard

Je balaie la poussière de ce que je n'ai pas pu te donner

les ordures s'entassent au bord de l'aube

Éclat des arbres

parés de vent et d'ombre
ultime élégance
avant les pluies d'automne
Extraits de : Brin d'herbe, Actes Sud, 2011


Toutes ces années pendant lesquelles j'ai dansé, j'ai vu que la danse rend aux gens une mémoire, qui est leur mémoire. La danse ouvre l'imaginaire. Les gens peuvent alors à nouveau rêver. Après un spectacle, il n'y a pas deux personnes qui aient eu la même impression. Chacun sort avec sa propre perception. C'est ce en quoi la danse est extraordinaire. Elle laisse un espace ouvert dans lequel les gens peuvent participer, au moins dans mon travail. Je suis plus intéressée par les perceptions que par les émotions car percevoir est plus profond que l'émotion. Ma danse est une poésie visuelle, sans histoire à raconter mais avec des impressions à offrir, des perceptions neuves.
(...)
Oui, la danse est un état d'être. Mais chaque artiste n'est pas nécessairement à un niveau d'interprétation qui permette de transmettre un frisson poétique, et cela dépend aussi de la chorégraphie.
(...)
Nous nous oublions, mais en étant très présent car nous sommes alors avec l'univers. Dans le film "Billy Eliot", on demande à Billy pourquoi il aime danser, et il a cette très belle réponse : "parce que je disparais". Les danseurs cherchent à se fondre dans l'énergie cosmique. Danser c'est comme une méditation. Vous êtes totalement présent à chaque seconde. Le temps n'existe plus. Dès l'instant où vous sortez de cette présence, plus rien ne fonctionne. Vraiment, la danse est ma méditation ...
(...)
Par exemple, je lève le bras et c'est jusqu'à l'horizon qu'il se lève avec la conscience de l'espace, de la distance, des possibilités offertes par ce bras. Le lever devient un acte plein de sens. Dans ce mouvement, l'espace est sans limite, le temps est éternité. Le mouvement est fait pour toujours.
(...)
L'improvisation est à vivre, à être, sur le moment. Elle dépasse la technique.
(...)
La pratique permet d'aller au-delà de ces limites. Nous découvrons où se trouve en nous le blocage en travaillant dans notre espace qui est limité. Ce n'est pas du temps perdu que cette exploration. Il faut digérer tout cela, et se souvenir de la liberté que nous avions enfant, garder cette innocence. Faire un pas pour la première fois, lever la main pour la première fois.
(...)
Extraits d'une interview parue dans le dernier (et centième) no de la revue 3e millénaire


Deux extrait de Blue Lady (1983) à Paris (1984)







Don't look back (1993) interprété par Marie-Claude Pietragalla à Paris (2000)






Signes (premier tableau - 1997) : Signe du sourire



Signes (deuxième tableau) : Loire du matin



Signes (troisième tableau) : Mont de Guilin


Signes (quatrième tableau) : Les moines de la Baltique



Signes (cinquième tableau) : l'esprit du bleu 


Signes (sixième tableau) : Les couleurs de Madurai


Signes (septième tableau) : Victoire des signes



We were horses avec Bartabas (2011)





mercredi 29 juin 2011

Shantideva


Shantideva (685-763). Ce maître indien, un adepte de la tradition de la Profonde Philosophie (Madhyamika), est très connu pour être l'auteur de « L'entrée dans la Voie de l'Eveil » Bodhitcharyavatara. Cet ouvrage est un long poème qui couvre tous les aspects de la Bodhitchitta et de la formation mahayaniste. Avant de composer ce texte, Shantidéva était considéré par les moines de son entourage comme une personne paresseuse, d'esprit lourd, bonne à rien si ce n'est à manger et à dormir. Les moines décidèrent de s'amuser un peu et lui demandèrent de donner un enseignement sur le Dharma lors d'une fête annuelle parrainée par un des bienfaiteurs du monastère. Shantidéva accepta et lorsqu'il prit place devant l'assistance réunie, il demanda à celle ci si elle désirait entendre un exposé original sur le Dharma ou un de ceux qui lui était déjà familier. Parmi les rires, il lui fut demandé un exposé original. Sa réponse fut "L'entrée dans la Voie de l'Eveil ". Alors qu'il commençait le neuvième chapitre sur la nature ultime du moi et des phénomènes, il s'éleva graduellement de son siège et termina son exposé au dessus des nuages.
Source du texte : sangharime
Autre bio : wikipedia


Bibliographie (en français) :
- Bodhicaryavatara : La marche vers l'Éveil, Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2008.
- Vivre en héros pour l'Éveil, Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993

- La marche à la lumière (Bodhicharyavatara), Entretiens du Bouddha (Suttanta), Ed. France loisirs, 1994.
- Guide du mode de vie du Bodhisattva, Ed. Tharpa, 2009.


1. Éloge de la Pensée de l'Eveil
1. Je salue avec respect les Sougatas dotés du corps absolu, leurs Fils, et toutes les personnes vénérables, avant d'exposer brièvement, selon la tradition, la pratique spirituelle des Fils des Bouddhas.
2. Je n'ai rien à dire qui n'ait été dit avant moi et ne suis pas un habile écrivain. Je ne prétends pas être utile aux autres : c'est pour former mon esprit que je compose cet ouvrage.
3. Au moins servira-t-il pour un temps à grossir le courant de ma foi qui tend vers le bien. De plus, si quelque autre, semblable à moi, vient à y jeter les yeux, il pourra lui aussi en tirer profit.
4. Les conditions favorables sont difficiles à obtenir, elles qui, une fois atteintes, comblent tous les buts de l'homme. Si l'on ne saisit pas cette chance, comment pourra-t-elles s'offrir de nouveau ?
5. Comme l'éclair déchire un instant la nuit ou les nuages épaississent les ténèbres, ainsi, par le pouvoir des Bouddhas, parfois la pensée des hommes s’arrêtent sur le bien.
6.  Donc le bien est toujours faible, tandis que la force du mal est grande et terrible; quel autre bien pourrait la vaincre, hormis la Pensée de l'Eveil ?
(...)
IX. La Connaissance transcendante
102. L'esprit n'est ni dans les organes des sens, ni dans leur objet, ni dans l'intervalle. Il n'est ni à l'extérieur ni à l'intérieur du corps, ni ailleurs.
103. Ce qui n'est ni dans le corps, ni ailleurs, ni combiné, ni isolé, cela n'est rien. C'est pourquoi les êtres sont, par nature, en état de nirvana.
104-105. Si la conscience est antérieur à son objet, quel est son point d'appui pour naître ? Si elle est simultanée, quel est-il encore ? Et si elle est postérieure, d'où viendrait-elle ? Il est clair qu'on ne peut trouver une origine aux phénomènes.
106. (Question) S'il en est ainsi, il n'y a pas de vérité relative : comment donc y aurait-il deux vérités ? Ou bien, si cette vérité relative est fabriquée par les êtres, comment arriveront-ils au nirvana ?
107 (Réponse) Cette vérité relative perçue par les être est le produit des pensées ordinaires; ce n'est pas la vérité relative telle qu'elle apparaît à celui qui a atteint le nirvana. Après le nirvana, les concepts ordinaires n'existant plus, il n'y a pas de vérité relative illusoire : c'est bien le nirvana.
108. L'analyse et la chose analysée reposent l'une sur l'autre. Tout raisonnement s'appuie sur les conventions du sens commun.
109. (Question) Si la raison qui examine est à son tour examinée par une autre raison, ce processus est un cercle vicieux.
110. (Réponse) Non, car l'objet ayant été parfaitement analysé (et reconnu comme vacuité), la raison n'a plus d'objet et donc ne se produit plus, c'est ce qu'on appelle le nirvana.
(...)
Extrait de : La Marche vers l'Eveil.
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mardi 28 juin 2011

Chandrakirti



Candrakīrti, mot sanskrit signifiant la renommée de la lune (candra: lune; kīrti: renommée); était un philosophe indien de l'école madhyamika du bouddhisme mahāyāna, il vivait au milieu du VIIe siècle.
Critiquant l'usage positif de la dialectique initié par Bhavyaviveka, Candrakīrti opéra un retour à Nāgārjuna et à sa méthode réfutative. Héritier de Buddhapālita, il tenta de démontrer qu'on ne doit pas interpréter le madhyamika selon le système idéaliste cittamatra (qui s'est imposé entre temps), pas plus que selon le système autonome (svatantrika) qui s'en inspire, mais qu'on doit s'en tenir à la méthode des conséquentialistes (prasangika) au nombre desquels il faut compter Nāgārjuna et son disciple Aryadeva.
Source du texte : wikipedia
autre biographie : sangharime


Bibliographie (en français) :
- L'Entrée au milieu, l'auto commentaire de Chandrakirti et l'exégèse de Tsongkhapa,  Ed. Dharma, 1985


52. Explication des divisions de la vacuité.
521. Enseignement résumé.
222.
(Le Vainqueur transcendant) a déclaré que l'on
distingue deux aspects de ce non-soi
Qui a pour but la libération des migrants :
des personnes et des phénomènes.
Le Maitre a également affirmé aux disciples
Qu'il comporte de nombreuses divisions.
223.
Très en détail (dans la Perfection de Sagesse)
Il y a une explication de seize vacuités
Et encore, brièvement, une présentation en quatre.
Elles sont acceptées comme le Grand Véhicule.
522. Exposition détaillée de la division en seize vacuité
1. Les quatre vacuités : de l'intérieur, de l'extérieur, de l'intérieur et de l'extérieur et vacuité de la vacuité.
1. LA VACUITE DE L'INTERIEUR
224.
L'oeil est vide d'oeil,
Telle est sa nature.
De cette manière il faut expliquer
L'oreille, le nez, la langue, le corps et le mental.
225.
La nature privée d'être en soi
Des six, l'oeil et le reste,
- Parce qu'ils ne sont ni éternels, ni transitoires -
Ceci est dit vacuité de l'intérieur.
2. LA VACUITÉ DE L'EXTERIEUR
226.
La forme est vide de forme
Car telle est sa nature.
Il en est de même des mentaux,
Du son, de l'odeur, de la saveur, du tangible.
227.
L'absence d'être en soi de la forme
Est acceptée comme vacuité de l'extérieur.
3. LA VACUITE DE L'INTERIEUR ET DE L'EXTERIEUR
L'absence d'être en soi des deux
Est la vacuité de l'intérieur et de l'extérieur.
4. LA VACUITE DE LA VACUITE
228.
L'absence d'être en soi des phénomènes
Les sages la nomme vacuité.
Cette vacuité est aussi déclarée
Vide de la nature de vacuité.
229.
Toute vacuité appelée vacuité
Est acceptée comme vacuité de la vacuité.
Elle a été enseignée afin d'empêcher que les êtres
Conçoivent la réalité de la vacuité.
Auto Commentaire :
Comme expliqué ci-dessus, la simple absence d'être en soi des phénomènes les sages la nomment vacuité. Et la non-réalité de nature de la vacuité elle-même est dite vacuité de la vacuité. Tout phénomène est obligatoirement qualifié par la vacuité, donc, la vacuité aussi, qui est un existant, se trouve dénuée de nature propre. La vacuité de la vacuité a été enseignée dans la Perfection de Sagesse afin que les êtres s'écartent de la conception que la vacuité - la nature des phénomènes - existe réellement. 

Dans sa Louange au Supramondain, Nagarjuna dit :
Vous avez enseigné l'ambroisie de la vacuité
Pour dissiper toute imagination.
Mais vous blâmez fortement
 
Quiconque s'y attache.
(...)
Extrait de : L'entrée au milieu (les auto-commentaires sont entre chaque strophe).
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lundi 27 juin 2011

Aryadeva


Aryadeva vécut apparemment dans la première moitié du IIIe siècle de notre ère, et fut un redoutable polémiste et un virulent contradicteur. C'est certainement, parmi les disciples de Nagarjuna, celui qui poussera le plus loin les conséquences de la doctrine de la vacuité. Il n'hésitera d'ailleurs pas à choquer de nombreux moines ou religieux, qui s'effraieront de le voir nier le Nirvana et la transmigration.
Ne respectant aucune réserve de prudence, aucune retenue vis-à-vis du monde religieux, il étend sa fureur dialectique à l'ensemble des formes qui incarnaient, à son époque, la transmission de la Loi du Bouddha. Il excelle visiblement dans son art de pousser la logique nagarjunienne du vide dans ses ultimes conséquences.
Peu enclin à ménager les susceptibilités et les convictions établies, il n'hésitera pas à nier les croyances traditionnelles, ce qu'il paiera d'ailleurs du prix de sa vie, puisque la tradition rapporte qu'il périt assassiné par un brahmane excédé par ses provocantes et incessantes négations dialectiques.
Aryadeva est toutefois connu, principalement, pour nous avoir laissé l'un des ouvrages les plus importants de la seconde génération Madhyamika: le Shata-Shastra (Traité des cent vers). Il déploie dans ce texte, outre l'essence de sa critique négative avec une vigueur et une force exceptionnelles, un réel talent argumentaire.
Source du texte : sangharime


Bibliographie (en français) :
- Etudes sur Aryadeva et son Catuhsataka (traité en 400 vers), chap. VIII-XVI, par P.L. Vadya, Ed. Geuthner, 1923.
- Jnanasarasamuccaya ou Le compendium de l'essence de la connaissance dans : Réfutation bouddhique de la permanence des choses de K. Mimaki, Ed, Institut de civilisation indienne, 1976.


Tout est vide de nature propre, tout est vide de substance réelle. Aryadeva pousse dans ses plus extrêmes limites la dialectique négative nagarjunienne. Si ses contradicteurs, épuisés par l'usage permanent de sa critique, lui rétorqueront que certes rien n'existe si l'on accepte son discours, mais que du moins il existe la négation, Aryadeva expose alors que sa critique est une critique universelle auto-abolitive, qu'en elle-même elle n'existe pas, qu'elle n'a pas pour but de proposer une thèse particulière, mais bien plutôt de détruire toute thèse positive, sans rien proposer à la place.

"En effet, qui n'admet de vérité que la pure vacuité peut critiquer autrui sans se rendre jamais vulnérable, puisque, se gardant de toute affirmation, il ne donne prise à aucune critique. La vacuité ne comporte d'autre démonstration que celle, toute négative, que constitue la réfutation des opinions positives, l'une après l'autre et l'une par l'autre."
Les adversaires d'Aryadeva déclarent que n'affirmer aucune thèse positive c'est encore soutenir une position sans s'en rendre compte, c'est peut-être être victime d'une illusion théorique supérieure en importance à l'ensemble des positions fixes. 
"Nullement, nous avons commencé par poser que toutes les choses qui naissent de production en relativité (pratitya-samutpada) ont pour caractéristique la non-existence. Dès lors nous n'avons avancé aucune affirmation et, partant, proposé aucune thèse. Prouver par voie négative qu'aucune thèse n'est valable, ce n'est pas poser une thèse, pas plus qu'établir la non-existence des choses, ce n'est doter la non-existence de je ne sais quelle existence."
Citations extraites du Shata-Shastra (dont il n'existe malheureusement pas de traduction).
Source du texte : sangharime


Chapitre IX. Négation de la permanence
202.
Il n'y a pas d'existence, en aucun temps et en aucun lieu, qui ne soit dépendante des conditions de sa production, par conséquent, il n'y a rien, en aucun temps et en aucun lieu, qui s'appelle permanent.
(...)
Chapitre X. Négation du moi.
228.
Ce qui est le moi pour vous, est non-moi pour moi; il n'est donc pas certain que ceci est (vraiment) un moi. On a des notions (incertaines) des choses qui sont impermanentes, n'est-il pas vrai ?
(...)
Chapitre XIV. Négation des extrêmes.
326.
On peut prouver l'existence d'une chose quelconque si cette chose ne dépend pas d'une autre quelconque, mais celle-ci (une chose indépendante) n'existe nulle part.
(...)
Chapitre XV. Négation de la production
351.
Si l'existence (une chose existante) est née de la non-existence de quoi donc, la non-existence est née ? Si l'on admet qu'une existence naisse d'une autre existence, de quoi donc l'existence elle-même est née ?
352.
Comme par suite d'une production la cause est détruite, la non-existence n'est pas née (de la non-existence), il n'existe pas de production d'une chose déjà produite, et, par conséquent, l'existence n'est pas née de l'existence.
353.
Une chose n'est pas née de la même (chose), elle ne peut pas être produite d'une autre, et, quand il n'y a pas de production ni de ceci ni de cela, de quoi donc la production provient-elle ?
354. De même que la chose n'est pas née de la même chose, de même une autre chose n'est pas née de la même chose.
355. Avant la naissance (d'un objet) le commencement, le milieu et la fin n'existent pas, les deux étant non-existants, comment chacun d'eux existe-t-il ?
356.
Comme sans existence d'une autre chose, la chose en soi n'existe pas, il n'y a certainement pas de naissance des deux, à savoir : soi-même et l'autre.
357.
Il n'est pas possible de maintenir (de dire) l'existence de l'antérieur et du postérieur. C'est pour cette raison que l'existence simultanée d'un vase et sa naissance n'est pas admissible.
358.
Pour un antérieur il n'y a aucun avantage (à renaitre de nouveau) étant déjà né antérieurement, et celui qui est en cours de naissance plus tard n'existe pas comme un objet né plus tard.
359.
La chose ne vient pas de l'à venir, elle n'est pas née même du passé, la chose du présent n'est pas née d'elle-même.
360. Rien n'est arrivé à ce qui est déjà né, rien ne sort non plus de ce qui est déjà détruit, ceci admis, pour quelle raison la création ne serait-elle pas comparable à une illusion ?
(...)
Chapitre XVI. Conversation entre le maître et le disciple.
400.
Pour celui à qui aucune des thèses : existence, non-existence, existence et non existence, et ni existence ni non existence n'est (admissible), aucune censure ne saurait être appliquée jamais.

Extrait de : Catuhsataka (ouvrage épuisé)



dimanche 26 juin 2011

Betty en VisioConférence


BETTY vous propose 
une VisioConférence (gratuite) 
le jeudi 30 juin de 19h55 à 22h 25
lors de laquelle vous pourrez lui poser vos questions en direct. 

L'Amour ne connait pas le temps ! 

L’attribut de l’état naturel est l'Amour, non pas l'amour en opposé à la haine, mais l'Amour intemporel. Cet Amour n’a pas besoin de l’avis d’un rêveur, qui a une perception fragmentée de son petit monde. L'Amour n'est pas régi par les lois du rêve, il est le Mouvement Absolu.
Source du texte et inscription : Etre Présence







vendredi 24 juin 2011

Time-lapse ou accéléré

Le "time-lapse" est un procédé consistant à diffuser à cadence normale (24 images/secondes) des images prises à cadence fortement réduite, le plus souvent avec un appareil photo à déclenchement automatique, pour voir se dérouler en quelques secondes des évènements ayant lieu de longues minutes ou pendant plusieurs heures. Ce qui nous donne un point de vue spatio-temporel tout à fait inhabituel, permettant parfois de voir des déplacement imperceptibles, en devenant comme spectateur du temps qui passe. (Post régulièrement mis à jour avec l'ajout de nouvelles vidéos).


Et pour commencer une journée au Japon :



En Islande, avec le volcan au nom imprononcable (Eyjafjallajökull) :





De magnifiques aurores boréales en Russie : 



La Voie lactée depuis le pic du Teide en Espagne :



Et un troisième du même auteur, les lumières de l'Arctique en Norvège : 





Autres exemples d'un déplacement apparent du ciel étoilé (en raison de la rotation de la terre), d'abord en Australie, au dessus de l'océan : 



Dans le Dakota :







Au parc national du Yosemite : 





A l'Observatoire Européen Austral (ESO), dans le désert d'Acatama au Chili avec en premier plan quatre télescopes et un faisceau laser  :



Devant les volcans Parinacota et Pomerape dans un parc national au Chili :



Et pour finir avec les pyramides aztèques du Guatemala (en compagnie des singes hurleurs) :



Autres exemples de "time-lapse" sur ce blog (en fin de page) avec Le Mont-Fuji


mercredi 22 juin 2011

David Dubois

David Dubois est professeur de philosophie en Seine Saint-Denis (93). Il étudie le sanskrit et le Sivaïsme du Cachemire depuis 1990 et a séjourné plusieurs années en Inde au cours de nombreux voyages. Il apprend également un instrument indien, la rudravīṇā. Il vit dans la banlieue de Paris avec sa compagne, son fils et son chien.
Source du texte : Le Sivaisme du Cachemire

L'auteur d'excellents ouvrages sur le Sivaisme du Cachemire et de nombreuses traductions, d'un site et d'un blogue très riches, a aussi entamé un cycle de conférences sur 6 ans (2011-2016) au Collège international de philosophie intitulé : Des pensées sans penseurs - Polémiques sur le statut du sujet dans le Cachemire du Xe siècle. (Voir plus bas dans la page).

Bibliographie :
- Introduction aux tantra : pratique de l'éveil au quotidien, Ed. Almora, 2014
- Guide Almora de la spiritualité, avec Serge Durand, Ed. Almora, 2012.
- Abhinavagupta et la liberté de conscience, Ed. Almora, 2010.
- Le profane comme accès au sacré dans la théologie d'Abhinavagupta dans : "Musique, sacré et profane". Ed. de la Cité de la musique, pp. 99-125, 2007.
Traductions :
- Le Tantra de la reconnaissance de soi, le Vijnana Bharava et autres manuels de méditation, Ed. Almora, 2015
- L'Essence du yoga Vasishta, Ed. Almora, 2015
- Le miroir de la liberté, de Balajinnath Pandit, Ed. Lulu, 2015
- La Voie de la conscience non duelle, de Kuddâla, Ed, Lulu, 2015
- L'Essence de la vérité ultime, Paramarthasara, Ed. Lulu, 2015
- Les Arcanes de la plénitude, Siddhamaharahasya, Ed. Lulu, 2015
- Poème pour reconnaître le Maître en soi, par Utpaladeva, Ed. Lulu, 2015
- Le Secret de la Kundalini, Ed. Lulu, 2015
- Pour la pureté de l'âme, Cittavishiddhiprakarana, Ed. Lulu, 2015
- Poème pour l'éveil, Bodhapanchadashika par Abhinavagupta, Ed. Lulu, 2014
- L'Hymne à la forme du Sans-forme, Ed. Lulu, 2014
- L'essence de la vérité ultime, Paramarthasara d'Adhara, Ed. Kindle, 2014
- Ksemaraja, Au Coeur des Tantras, Ed. Les Deux Océans, 2008.
- Les Stances de la Reconnaissance du Seigneur avec leurs gloses, Ed. L'Harmattan, 2006.

En ligne, sur Le Shivaisme du Cachemire :
- Ksemaraja, Parapraveschika (l'Exorde au tantra de la Suprême, souveraine des trois Puissances)
- Anonyme, Bodhollasavilasa (Le Jeu de la Manifestation Consciente), version scandée du Pratyabhijnâhrdayam de Ksemarâja.
- Sahib Kaul, Shivajivadashakam (Dix Stances sur l'âme identique à Siva).
- Amrtavogbhava, Shrisiddhamharahasyam (Le Grand Arcane des Parfaits).
- Balajninnatha Pandita, Svatantryadarpanam (Le Miroir de la Liberté Absolue), chap. 1 et 2.
- Rameshvar Jha, Samvitsvaranryam (La Liberté de la Conscience).
(...)

Sites de David Dubois : Le Sivaisme du Cachemire  / Publications et traductions / Conférences.
Son blog : La Vache Cosmique

Site : Le Sivaisme du Cachemire

Blogue : La Vache Cosmique

Conférences sur la Reconnaissance (Pratyabhijñā).
Des pensées sans penseur ?
Polémiques sur le statut du sujet dans l'Inde du Xe siècle. 
Au-delà de l'enthousiasme qu'il suscite aujourd'hui dans le monde, le tantrisme a aussi engendré des pensées fécondes et originales.
La Reconnaissance, formulée au Xe siècle par des penseurs comme Utpaladeva et Abhinavagupta, en est l'une des formes les plus abouties. Véritable voie de questionnement rationnel, elle interroge les détails de la vie quotidienne pour suggérer des émerveillements possibles. La mémoire, l'identité, le langage, le rapport à autrui, la nature de la pensée sont autant de notions abordées dans le cadre d'une controverse vivante avec les meilleurs penseurs bouddhistes.
Ces conférences intéresseront à la fois ceux qui sont préoccupés de philosophie occidentale, mais aussi ceux qui se passionnent pour l'Inde, pour le tantrisme et le yoga. Enfin, les bouddhistes, quelle que soit leur tradition, pourraient tirer profit de cette réflexion puisque le bouddhisme est à la fois un adversaire et un allié de la Reconnaissance.
Ce cycle de conférences organisé par le Collège international de philosophie se déroulera sur six années (2011-2016). Il est gratuit et accessible à tous. La prochaine saison du programme débutera à l'automne 2011 vers le début du mois d'octobre. Ce programme pourra aussi être consulté sur le site du Collège (à partir de septembre).
Enfin, vous pouvez entendre les conférences en lisant les textes traduits du sanskrit qui leur ont servi de support.
Source (et suite) du texte : Le Sivaisme du Cachemire

La querelle du Soi (atman) est la problématique centrale des philosophies de l'Inde. D'un côté, les tenants du brahmanisme pensent qu'il y a un Soi qui organise les pensées, ainsi qu'un Soi «  suprême  » (un Dieu) qui agence le monde. De l'autre, les Bouddhistes soutiennent qu'il n'y a nulle part un tel Soi en dehors de l'imagination des ignorants, pas plus qu'il n'existe une quelconque intelligence créatrice. Parmi les formes qu'a revêtues cette controverse, celle mise en scène dans les textes de la Reconnaissance (pratyabhijña) est sans doute l'une des plus abouties, notamment à cause de sa capacité à inventer des concepts ou à donner un sens inédit à de vieilles notions. Ce programme est une recherche qui s'appuie sur le texte fondateur de cette philosophie (Les Stances pour la reconnaissance). Il a deux objectifs. Premièrement, comprendre cette pensée en éclairant les auteurs auxquels elle s'oppose tout en récupérant leurs concepts, d'une part, et d'autre part en proposant des comparaisons avec des problématiques, des thèses et des arguments de la tradition occidentale. Deuxièmement, il va s'agir de critiquer les thèses et les arguments de la Reconnaissance en évaluant les réponses aux objections formulées dans le texte, mais aussi en formulant des objections nous-mêmes, nous inspirant pour cela des pensées contemporaines. En bref, notre questionnement est le suivant : D'où viennent les organisations que nous observons en nous et hors de nous ? Y a-t-il un organisateur de tout cela, ou bien l'ordre émerge-t-il spontanément ? Cette première année sera consacrée à une lecture de l'exposé de la thèse centrale de la Reconnaissance laquelle, en cinq stances, nous permettra notamment de nous interroger sur les questions suivantes : la Reconnaissance est-elle une philosophie ou une théologie ? Faut-il choisir entre recherche de la vérité et aspiration à une certaine forme de salut ? Peut-on dire que la conscience existe ? Est-elle une chose ? Peut-on connaître notre conscience ? Et comment connaît-on celle d'autrui ?
Source du texte et première conférence : France culture
Autres conférences (textes et wma) : Le Sivaisme du Cachemire
 

mardi 21 juin 2011

Narahari

Un indien du XVIIIe siècle qui laisse un écrit plein d'invention et de fraîcheur, d'après les extraits que l'on peut lire sur le blog de David Dubois.

Bibliographie :
- L'essence de l'éveil (Bodhasara), Bénares Sanskrit Series, Vidyalas Press, 1904.
Pour l'instant pas de traduction française mais des extraits sur La Vache cosmique :
- La Vache... de pierre
La Conscience comme sommeil
Vision aveugle
Une décapitation prodigieuse
Ecouter c'est oublier
La peur est adoration
Son blog : La Vache Cosmique

Edvard Munch - le cri

12. Yoga de l'absorption

L'esprit inquiet ne connaît pas
Le bien être de la quiétude.
Pour s'en apercevoir,
Ceux qui sont silencieux montrent l'absorption (laya).

Śiva a expliqué à la Déesse
D'innombrables méthodes d'absorption.
Comment les connaître ? Comment les décrire ?
Cependant, je vais en décrire quelques unes.

Au début du sommeil et à la fin de la veille,
A la fin du sommeil et au début de la veille
Une absorption de l'esprit se produit (naturellement).
C'est à ce moment que l'on doit méditer sur le Soi.

Quand un porteur laisse tomber son fardeau,
Il se détend.
C'est à ce moment qu'il faut rendre hommage à Śiva
En regardant le Soi.

A chaque fois que l'esprit
Se détend
Il faut méditer le Grand Seigneur.
C'est cela, rendre hommage à Śiva.

Quand on cultive l'amour
Pour toutes choses, qu'elles soient désirées ou non,
L'esprit est sans désir ni haine.
C'est cela, rendre hommage à Śiva.

La souffrance est le plus grand hommage,
Par exemple la souffrance d'une conduite droite[1].
Le mal être est l'hommage suprême,
Par exemple le mal être suscité par la méchanceté.

La dépression elle-même est le plus grand hommage.
Déprimé, l'esprit se résorbe.
La peur est l'adoration ultime
Car la Révélation dit que "Le (Soi a crée tout cela) parce qu'il avait peur (d'être seul).

Donner est un hommage sublime
Quand on donne au Soi suprême.
Ne pas donner est l'hommage ultime,
Si cela apaise l'esprit.

La maladie est l'hommage suprême,
Car les maladies détruisent les péchés.
La santé est hommage suprême
Pour autant qu'elle est un moyen de réaliser la délivrance.

L'action est un hommage sublime
Si l'on agit seulement pour Śiva.
L'inaction est la dévotion suprême
Quand elle est contemplation immobile.

[1] caraṇam. Désigne aussi la pratique de l'ascèse.
Extrait de : L'essence de l'éveil
Source du texte : la Vache cosmique (la peur est adoration)


lundi 20 juin 2011

Rameshvar Jha


Rameshvar Jha naquit en 1895 dans un village du Mithila, région du Bihar située non loin de la frontière népalaise. Ses parents étaient de pieux brahmanes śivaïtes. Il fut instruit dans les sciences traditionnelles (grammaire du sanscrit, logique) auprès de nombreux maîtres de sa communauté. Elève exceptionnellement brillant, il fut très tôt encouragé par ses professeurs à enseigner et a composer ses propres œuvres. En 1933, il obtint des postes dans plusieurs collèges de sanscrit. Sévère avec ses élèves, il était particulièrement indisposé par le mensonge. Il s’exerça au yoga et au chant durant 14 ans auprès de son père, puis d’Akṣaya Jha. Vers cette époque lui advint son premier disciple, Rameshvar Joshi, grâce à qui les œuvres du maître sont aujourd’hui publiées. Joshi invita son maître à venir s’installer chez lui à Varanasi.
C’est alors que Rameshvar Jha rencontra, au Cachemire, le swâmi Lakshman Joo. Par son seul regard, il reçut la Grâce et attint la parfaite reconnaissance de son identité au Seigneur (pūrṇatāpratyabhijñā, titre de l’une de ses œuvres) à laquelle il aspirait depuis toujours. Dès lors, il se plongea dans les Ecritures śivaïtes. Après 35 années de pratique et d’étude il fonda en 1940  - incité par le grand savant Gopinâth Kavirâj - une maison d’édition qui publia son œuvre majeur La reconnaissance de la plénitude (Pūrṇatāpratyabhijñā), tout en continuant sa pratique et son étude des textes.

Puis il se mit à voyager au Cachemire et au Bihar pour y enseigner la logique (nyāya), le Vedānta, la grammaire et le śivaïsme du Cachemire. Il permit ainsi à de nombreux élèves, savants ou débutants, de parvenir à la plénitude de la Reconnaissance. Par sa générosité sans bornes, son extraordinaire créativité et sa familiarité innée avec les arcanes des textes, il permit au plus grand nombre d’accéder aux points vitaux de la connaissance et à leur identité avec Śiva.

Un disciple l’incita à écrire un manuel des philosophies traditionnelles, ainsi qu’une élucidation (ṭīkā) du Vākyapadīya de Bhatṛhari, l’un des plus grands penseurs de l’Inde. Mais il avait surtout un talent inné pour composer chaque jour, sans le moindre effort,  des vers capables de faire reconnaître le Soi plein de félicité. Nous possédons aujourd’hui environs 10 000 stances composées par le maître, ainsi qu’un Hymne au maître (Gurustuti). En 1980 et 81, il reçut les titres les plus prestigieux de l’Université Hindoue de Bénares et du gouvernement indien. Il eut de nombreux disciples qu’il mena à l’état de  Śiva et qui le considéraient comme un « nouvel Abhinavagupta ». Mais comme il avait coutume de le dire : « Je ne fais pas de disciples ; personne n’est (mon) disciple. Ceux qui veulent être disciples, en un instant je leur confère le statut de maître ! ». « Je demeure dans l’Essence (svarūpa) » furent ses dernières paroles, au milieu de la nuit du 12 décembre 1981.
Source du texte : Le Shivaisme du Cachemire


Bibliographie (en français) :
 
- Saṃvitsvātantryam, La liberté de la conscience, extraits traduit par David Dubois sur son site : Le Shivaisme du Cachemire. Téléchargement : PDF

Site de David Dubois : Le Sivaisme du Cachemire  / Publications et traductions

Son blog : La Vache Cosmique




L’unique conscience, la Bienheureuse, éternelle,
Brille les yeux grands ouverts.
Elle fait don de toutes les béatitudes.
Limpide, elle dissout et crée.

Apparence spontanée,
L’unique conscience brille.
A la fois distinctes et identiques,
Les choses apparaissent en elle.

Car elle est la condition ultime,
L’Apparence qui fait apparaître le reste.
Génitrice de Śiva, de Brahmā et des autres (êtres),
Elle a pour forme propre une éternelle béatitude.

Ô Seigneur, mon amour pour Toi -
Surabondance de l’ultime béatitude - puisse t-il exister toujours !
Amour du non-manifesté pour le Non-manifesté,
De l’éternel pour l’Eternel,
De celui qui possède une forme propre délimitée
Pour Celui qui possède une forme propre délimitée.
Puisse aussi l’amour de celui qui a un corps exister de façon limitée
Pour celui qui prend appui sur le corps.

En se remémorant ses pieds, il ne reste plus rien à accomplir :
Hommage à lui ! Hommage à mon maître orné d’amour (pour Śiva) !

Je célèbre le Seigneur, l’Un, le Soi, l’Indivis,
le Non-manifesté, manifesté à travers de nombreuses formes
telles que Rāma, Śiva, Brahmā, Gaṇeśa, Sītā, Satī
la Parole, la Puissance infinie.

Sans second, dépourvu de corps, Śiva
m’accompagne éternellement grâce à la Puissance de souveraine liberté.
Bien qu’il soit apparent parce qu’il est Apparence évidente,
il s’incarne par compassion dans une forme de béatitude.

Je suis la racine de l’univers, spontanément accompli,
Apparence ininterrompue, sans connaissance.
Doué d’une Puissance de souveraine liberté, je suis manifestation multiple.
Dans le monde des hommes, je brille ici-bas (tel) un soleil incarné.
Avant l’expérience du bonheur, après celle du malheur, et aussi lorsque que ces expériences
ont cessé, j’apparais. Je suis toujours présent sous forme d’Apparence
Extrait de : 
Saṃvitsvātantryam, La liberté de la conscience, trad. David Dubois
Source du texte :  Le Shivaisme du Cachemire












dimanche 19 juin 2011

Nagarjuna


Nâgârjuna, moine bouddhiste du IIe-IIIe siècle originaire de l'Inde, est célèbre pour être le fondateur de l'Ecole philosophique dite du « Milieu ». Sa vie, dont nous ne savons en réalité que peu de choses, nous est rapportée par un important corpus littéraire historique, elle est bien évidemment mêlée de légendes et de mythes d'une richesse caractéristique des hagiographies religieuses traditionnelles. Selon ces sources, Nâgârjuna tiendrait son nom de Nâga qui signifie serpent, et d'Arjuna une variété d'arbre, ce qui, symboliquement, signifierait qu'il soit né sous un arbre et que des serpents furent les instruments de la transmission de sa science et de son savoir. Ayant un jour guéri Mucilinda, le roi des Nâga, ces derniers, en forme de remerciements, lui remirent dit la tradition, les cent mille vers du Prajnâpâramitâ-sûtra. On dit également que dans le palais des Nâga, Nâgârjuna découvrit sept coffres précieux contenant de très nombreux Mahâyânasûtra. En 90 jours il mémorisa les cent mille gâthâ qui résument l'essence de la Doctrine du Prajnâpâramitâ. En forme de respect vis-à-vis de son savoir, et de reconnaissance pour son geste envers leur roi, plus tard, lorsqu'il instruira ses disciples, les mêmes Nâga, feront de leur corps une sorte d'ombrelle afin de le protéger des morsures du soleil et, de l'agression des éléments ; ceci expliquant l'origine des très nombreuses représentations iconographique figurant Nâgârjuna, la tête nimbée de sa protection reptilienne caractéristique.
Extrait de Nagarjuna et la doctrine de la vacuité de Jean-Marc Vivenza
Source du texte : Jean-Marc Vivenza
Autre biographie : wikipedia

On  ne peut le qualifier de vide, ni de non vide, ou des deux ou d'aucun, mais pour le désigner on l'appelle le vide. (MK,XV,3)


Bibliographie :
- Traité du milieu, traduit par Georges Driessens, Seuil Points/Sagesses, Paris, 1995.
- Stances du milieu par excellence, traduit par Guy Bugault, Gallimard/Connaissance de l'Orient, Paris.
- Conseils au roi (La Guirlande précieuse de conseils au roi), traduit par Georges Driessens, Seuil Points/Sagesses, Paris, 2000.
- La Lettre à un ami, traduit par Georges Driessens & Michel Zaregradsky, éd Dharma, 1981.
- Lettre à un ami, traduit par le Comité Padmakara et commenté par Kangyour Rinpoché, éd. Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007.
- Le Traité de la grande vertu de sagesse, traduit du chinois (Kumarajiva) par Étienne Lamotte, Bureaux du Muséon, Louvain, 1944.
- Le Livre de la chance (Anthologie des soutras, Sûtrasamuccaya), traduit par Georges Driessens, éd. Le Seuil/Points Sagesse, Paris, 2003.
- Versets jaillis du centre, trad. Stephen Bachelor, Ed. Kunchab Inst. Yeunten Ling, 2001.
Sur le net : 
- Version bilingue de l'Hymne au Dharmadhatu (attribué à Nagarjuna), sur le site Hridayartha : PDF
- Les Vingt versets sur le Mahayana (attribué à Nagarjuna), sur le site Hridayartha : PDF
Etudes :
Jean-Marc Vivenza, Nagarjuna et la doctrine de la vacuité. Ed. Albin Michel, coll. Spiritualité vivante, 2001.
Georges Dreyfus, La vacuité selon l'école mâdhyamika, Ed. VajraYogini, Marzens, 1992.
Liliane Silburn, Aux source du Bouddhisme, Ed. Fayard, 1977.
Peter Fenner, Le fil de la certitude, dilemmes de la voie bouddhiste, Ed. du relié, 2001.
Sur le Madyamaka : wikipedia
Sur le tétralemme : wikipedia


Hymne à la Réalité absolue.
1. Comment Te louerais-je, Seigneur, Toi qui sans naissance, sans demeure, surpasse toute connaissance mondaine et dont le domaine échappe aux cheminements de la parole.
2. Pourtant, tel que Tu es, accessible au (seul) sens d'Ainsité, avec amour je (Te) louerais, ô Maître, en recourant aux conventions mondaines.
3. Puisque, par essence, Tu ne nais pas, en Toi, point de naissance, point d'allée ni de venue. Hommage à Toi, Seigneur, à Toi le Sans-nature-propre !
4. Tu n'es ni être ni non-être, ni permanent ni impermanent, ni éternel ni non éternel. Hommage à Toi, le Sans-dualité !
5. En Toi aucune couleur n'est perçue, ni rouge, ni vert, ni garance, ni jaune, ni noir, ni blanc. Hommage à Toi, le Sans-couleur !
6. Tu n'es ni grand ni petit, ni long, ni rond. Tu as atteint le but sans mesure. Hommage à Toi, le Sans-limites !
7. Tu n'es ni loin ni près, ni dans le ciel ni sur terre, ni dans le samsara ni dans le nirvana. Hommage à Toi, le Sans-demeure !
8. En aucune chose Tu ne résides, (ainsi donc) Tu as atteint le but : le domaine absolu, et Tu as acquis la suprême profondeur. Hommage à Toi, le Profond !
9. Par une telle louange puisses-Tu être loué ! Mais as-Tu été loué ? Si toutes choses sont vides, qui est loué et par qui ?
10. Qui est capable de Te louer, Toi qui n'apparais ni ne disparais, Toi pour qui n'existent ni milieu ni extrémités, ni perception ni perceptible !
11. Il n'est pas allé, Il n'est pas venu, exempt d'aller : c'est Lui le Bien-Allé qui vient d'être loué. Grâce au mérite acquis (par cette louange), puisse l'humanité avoir accès au séjour du Bien-Allé !
Extrait de Les quatre hymnes de Nagarjuna dans : Aux source du Bouddhisme.
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Chap. 18, Analyse du je et des phénomènes.
1.
Si le je était les agrégats,
Il serait sujet à la production et à la destruction.
S'il était autre que les agrégats,
Il n'aurait pas les caractères des agrégats.
2.
Si un je n'existait pas,
Comment un mien existerait-il ?
Puisque je et mien sont apaisés,
Les conceptions d'un je et d'un mien sont anéanties.
3.
Celui qui est sans appréhension d'un je et d'un mien
N'est pas non plus existant,
Celui qui voit l'absence d'appréhension d'un je et d'un mien
Ne voit pas.
4.
Lorsque est détruite l'idée du je et du mien
Relativement à l'interne et à l'externe,
L'appropriation prend fin
Et, avec sa destruction, la naissance est détruite.
5.
La libération a lieu par l'élimination des actes et des passions,
Les actes et les passions proviennent des imaginations,
Celle-ci de la pensée discursive.
La pensée discursive est arrêtée par la vacuité.
6.
Les Eveillés ont mentionné : "Le je existe",
Ils ont aussi enseigné : "Le je n'existe pas",
Mais ils ont encore proclamé
Que n'existe aucun je ni non je.
7.
L'objet d'expression disparaît
En se détournant du domaine de la pensée.
Non produite, non détruite,
La nature des choses est comme l'au-delà des peines.
8.
Tout est vrai, non vrai,
Vrai et non vrai,
Ni vrai ni non vrai,
Tel est l'enseignement de l'Eveillé.
9.
Non connue par l'intermédiaire d'autrui, apaisée,
Non élaborée par la pensée discursive,
Non conceptuelle, sans diversité,
Tels sont les caractères de l'ainsité.
10.
Ce qui apparait en dépendance d'une chose,
Cela n'est pas cette chose
Et n'est pas non plus différent d'elle.
Par suite, il n'a a ni annihilation ni permanence.
11.
Ni identité, ni diversité,
Ni anéantissement, ni permanence,
Tel est le nectar de l'enseignement
Des Eveillés, protecteurs du monde.
12.
Que les parfaits Eveillés n'apparaissent pas
Et que les Auditeurs aient disparu,
La sagesse fondamentale des Eveillés solitaires
Se produit en l'absence de soutien.
Extrait de Traité du Milieu. Ed. Points.
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Rudra Vina ou Rudra Veena ou Bin

Fin de semaine avec un peu de musique indienne, de la Rudra Vina à l'occasion de la mort récente d'un de ses maître, Ustad Asad Ali Kan (1937-2011).
Vu sur le blog : La vache cosmique



Playlist de vidéos : Asad Ali Kan

D'une autre famille de musiciens, Ust Bahauddin Dagar (le son est différent ainsi que la tenue de l'instrument).


Playlist de vidéos : Bahouddin Daggar


La rudra vinâ est le plus ancien des instruments à cordes frettées indiens. On la nomme aussi bîn. Elle est constituée d'une pièce de bambou de 8 cm de diamètre et 125 cm de long, sous laquelle sont fixés deux gros résonateurs (thumba) sphériques (50 à 70 cm de diamètre) faits de courges séchées. Elle a 24 frettes (parda) en bois, très hautes, permettant d'appuyer (et non de tirer comme au sitar) sur les cordes afin d'obtenir des déclinaisons microtonales. Elle dispose de 7 à 9 cordes, dont 3 ou 4 pour le jeu mélodique, 2 ou 3 pour le jeu rythmique (chikari) et le bourdon (laraj), les autres n'étant que des compléments sympathiques pour augmenter la résonance. Il y a deux chevalets. Les cordes, très épaisses, sont en acier ou en bronze. Elle peut être rustique ou richement ornée de sculptures (paon, cygne, poisson, dragon, etc.) aux deux extrémités en plus d'application d'or, d'argent ou d'ivoire...


Instrument du 17e

 La rudra vînâ se joue soit posée horizontalement sur le genou gauche, soit posée verticalement sur l'épaule gauche, du musicien (bînkar) assis par terre. Les doigts de la main droite sont équipés de 2 ou 3 onglets (mezrab) en métal.
Le répertoire est essentiellement la musique indienne, le dhrupad, dont c'est l'instrument roi. Elle s'exécute en suivant des étapes codifiées : alaap, jhor et jhala (long solo introductif) puis dhrupad ou dhamâr, pièces rythmiques (à 12 ou 14 temps) accompagnées par le tambour pakhawaj.
Actuellement, il n'y a plus que deux grandes familles (ou écoles : gharânâs) de musiciens représentants des deux types de tenues de l'instrument : Bahauddin Dagar (fils de Zia Mohiuddin Dagar) et Asad Ali Khan, tous deux héritiers de traditions ancestrales de musiciens de cour remontant à plusieurs siècles.
Source du texte : wikipedia
Pour tout savoir sur cet instrument un site (en français) lui est dédié : rudravina.com / extraits mp3 


Ustad Zia Mohiuddin Dagar (1929-1990), le père de Bahauddin  :



Playlist de vidéos : Ustad Zia

Et pour finir Hindraj Divekar (1954-) :



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