mercredi 30 juin 2010

Jean Bouchart d'Orval

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Jean est né à Montréal en 1948. Après ses études classiques chez les Sulpiciens, il a complété des études en physique et en génie nucléaire à l'Université de Montréal, puis il a travaillé pendant dix ans pour Hydro-Québec. Pendant tout ce temps, il se posait des questions plus fondamentales que celles auxquelles la science et même la pensée peuvent répondre. Cet intense questionnement l'a mené vers une approche plus directe de l'existence, vers un regard moins déformé par les images et les concepts accumulés. Après de nombreux séjours dans l’Himalaya indien, c’est en Occident qu’il a continué d'approfondir sa démarche et que se réactualisa de plus en plus l'intuition fondamentale de l'existence qui l'avait saisi dès l'adolescence.
Depuis plus de vingt ans, Jean Bouchart d'Orval écrit des livres et propose des rencontres publiques qui sont autant d'invitations à une exploration fondée sur le pressentiment de la joie sans cause et son actualisation dans la vie. Il ne se réclame d'aucune école en particulier, mais sa pensée est modulée par l’intuition de la non-dualité.
Selon lui, il existe une façon simple de se tourner vers le Simple. L'accent n'est donc pas mis sur l'apprentissage de techniques, sur ce qui se réfère à un devenir, ni sur tout ce qui nous fait dormir et rêver davantage. Toute démarche qui propose de s’intéresser à autre chose que ce qui est là présentement dans sa vie est un ajournement. Il n'y a qu'à porter un regard honnête et persistant sur ce qui est là dans l'instant même et ce regard se retrouve bientôt saisi par le vent de la silencieuse paix. Dépouillée de nos histoires, qui se réfèrent toutes à ce que nous ne sommes pas, c’est-à-dire à une image, à un quelconque soi-même, la réalité apparaît telle qu’elle est : profondément joyeuse.
C’est au moment où nous demeurons sans programme et n’entretenons plus d’opinions sur ce que nous percevons et faisons qu'une joie sans compromis commence à vraiment donner le ton: comment nous sommes se met à refléter ce que nous sommes. La vie phénoménale n’est alors plus que ce qu’elle a toujours été au fond: une actualisation des possibilités de la joie.
L'irruption de la lumière dans notre vie ne peut être le résultat d’une stratégie délibérée, qui ne serait qu’une autre forme d'encombrement, de prétention et d’agitation pour perpétuer ce que nous ne sommes pas. Toute velléité de devenir quoi que ce soit, y compris quelqu’un de libre, ne fait qu’ajouter des raffinements de misère à notre vie. Rien à atteindre, rien à devenir, aucun obstacle à vaincre, seulement des occasions de beauté. Ni idéal à suivre, ni comportement à adopter, ni technique à pratiquer, ni leader à imiter, ni organisation à laquelle se joindre afin de devenir « éveillé » ou « réalisé ». Dieu nous garde de cette indigence spirituelle ! Quel chemin emprunter pour aller de chez soi à chez soi ? Quelle technique pourrait nous emmener à l’étonnement ?
Seul un regard humble et honnête peut nous sauver de la bêtise et de la souffrance que nous nous infligeons nous-même. Rien n'est le contraire de la joie et de la tranquillité profondes : à partir de cette évidence, aucun des changements de la vie n'est problématique. Dans cette éclaircie, les énergies jusque là gaspillées se libèrent : nous vivons alors avec passion, mais sans calculs inquiets.
On peut rencontrer Jean Bouchart d'Orval lors d’entretiens, de séminaires ou de rencontres individuelles tant au Québec qu'en Europe. Ces rencontres ne visent à convaincre personne ni à prouver quoi que ce soit, mais plutôt à vivre avec la fenêtre ouverte.
Source : Omalpha


Bibliographie :

- L'harmonie secrète : Coeur de l'ancienne Egypte, Ed. Almora, 2015
- Dans l'ombre du sphinx, L'Egypte, la Grèce et le Destin de l'occident, Ed. Almora, 2012
- Reflet de la splendeur : Le Shivaisme tantrique du Cachemire, Ed. Almora, Paris, 2009.
- Le secret le mieux gardé : Reboiser l'âme, Ed, Almora, 2007.
- L'impensable réalité : La physique et la sagesse traditionelle, Ed. Almora, Paris, 2006.
- Au coeur de l'instant, Soudain la joie, Ed. du Roseau, Montréal, 2002.
- La rumeur de Dieu : L'évidence de l'Unique, Ed. du Roseau, Montréal, 2000.
- Patanjali : La maturité de la joie, Ed. du Relié, Avignon, 1997
- Héraclite : La lumière de l'Obscur, Ed. du Relié, Avignon, 1997
- Les Entretiens de l'Eveil, Ec. du Roseau, Montréal, 1996

Voir aussi la page : La lumière sans ombre


L'impensable réalité (extrait du chapitre 3).

La physique se rapproche. Ce qu’on peut savoir de l'extérieur.

"
La question de savoir ce qu’est une table en réalité ne présente aucun sens. Il en va ainsi de toutes les notions physiques. L’ensemble du monde qui nous entoure ne constitue rien d’autre que la totalité des expériences que nous en avons. Sans elles, le monde extérieur n’a aucune signification". Max Planck

La physique est une voie permettant de goûter à la splendeur et depuis cent ans elle nous en a offert plusieurs preuves. La profonde révolution du début du XXe siècle, ponctuée par la théorie de la relativité et la mécanique quantique, l’a considérablement rapprochée de la sagesse traditionnelle. Ainsi, les mots de Max Planck (le premier physicien à parler de quanta, en 1900) cités en exergue pourraient, en essence, être mis dans la bouche d’un maître du shivaïsme cachemirien du Xe siècle ou d’un maître du bouddhisme tch’an chinois du VIIIe siècle et ils conviendraient parfaitement. Cette révolution a en tout cas mis fin à l’espèce d’arrogance qui avait prévalu durant le siècle précédent dans certains milieux de la physique, alors qu’on estimait connaître tout ce qu’il y avait à connaître sur l’univers, hormis quelques petits détails qui n’allaient sans doute pas tarder à être éclaircis.

L’ébranlement des modèles classiques n’a pas seulement profondément modifié notre vision de l’univers, mais il nous a aussi — et peut-être surtout — permis de commencer à réaliser que tout ce que nous pouvons savoir sur la réalité, ce sont nos images de celle-ci. Ce n’est pas négligeable. Je me souviens avec bonheur de la toute première chose que mon excellent professeur de physique au collège nous avait dite au début de l’année scolaire : « Cette année, nous allons nous raconter une histoire, une belle histoire. » On n’aurait guère pu dire mieux. De l’univers, nous ne savons que nos histoires ; sa nature profonde demeure impensable, inimaginable.

"
Il n’existe pas de monde quantique. Il y a seulement une description abstraite quantique. Il est faux de penser que la tâche du physicien est de découvrir comment est la nature. La physique s’occupe de ce que nous pouvons dire sur la nature". Niels Bohr

L’exercice de la physique n’en est pas dénué d’intérêt pour autant, bien au contraire. Bien sûr, le désir immémorial de connaître la réalité du monde qui nous entoure ne sera jamais comblé par une réponse finale, par un modèle définitif. La beauté et l’intérêt de cette exploration résident plutôt dans les signes de plus en plus clairs qu’elle fournit, comme un guide qui ferait signe vers l’autre rive sans pourtant jamais pouvoir y poser le pied lui-même. La physique classique recelait certes une admirable beauté. Qu’on pense aux étincelants travaux de Newton, à la superbe formulation de Lagrange ainsi qu’aux travaux de d’Alembert, Hamilton Maupertuis, Maxwell, Faraday, Hertz, Boltzmann et Gibbs, sans compter les travaux fondamentaux et géniaux de Gauss et Riemann en mathématiques. Mais durant les trente premières années du XXe siècle, les foudroyantes intuitions des Planck, Einstein, Minkowski, Bohr, Sommerfeld, de Broglie, Pauli, Heisenberg, Schrödinger, Born, Dirac et tant d’autres nous ont permis d’articuler des modèles de l’univers de plus en plus précis et bouleversants. Ces modèles demeureront toujours des modèles, comme nous venons de le dire, mais ils laissent entrevoir de plus en plus la beauté incommensurable de l’univers.

Les modèles de la physique progressent dans les deux seules directions possibles : l’infiniment petit, sous l’impulsion de la physique quantique, et l’infiniment grand, sous-tendue par la relativité générale. On sent bien que la réunion des deux ne saurait tarder, ne serait-ce que sous une forme préliminaire, et les efforts pour mettre au point la gravitation quantique ont récemment été décuplés. À partir de notre conviction dualiste, à savoir que l’univers est composé de choses extérieures séparées de l’observateur, que pouvons-nous faire d’autre, si nous cherchons à savoir ce qu’est la réalité, que fouiller de plus en plus profondément l’intimité de ces « choses » et d’en considérer de plus en plus l’arrangement global et l’origine ? Une telle enquête doit forcément aboutir à des constats importants. Or, au début du XXIe siècle, les avancées théoriques nous laissent de moins en moins de choix autre que reconnaître l’origine et la nature non « physique » de l’univers.
Source : Omalpha




Source : Le petit mas


mardi 29 juin 2010

Eric Baret








Sans études ni culture, Éric Baret ne possède aucune compétence particulière. Ayant été touché par la tradition non duelle à travers l'enseignement de Jean Klein, il propose de se mettre à l'écoute, sans but d'aucun profit. Rien à enseigner, pas d'enseignant. Des rencontres pour la joie de ne rien être.
Source du texte et site officiel : Bhairava 


Bibliographie en français :

- Les Crocodiles ne pensent pas, Éd. Almora, Paris, 2008.
- Le Yoga tantrique du Cachemire, 4e éd., Gordes, 2008.
- Le Sacre du dragon vert, Ed. Almora, Paris, 2007.
- Le Seul désir, Dans la nudité des tantras, Ed. Almora, Paris, 2006.
- Yoga, Ed. Almora, Paris, 2006. - De l'Abandon, Ed. Les Deux Océans, Paris, 2004.
- Corps de Silence. Ed. Almora, Paris 2010.



- Quel est le rôle du yoga ?

- Aucun rôle !


- N'est-il pas utilisé au Cachemire ?


- Certainement pas « utilisé ». Vouloir utiliser les choses fait partie de la démarche progressive. Le yoga, la médecine, la peinture, la sculpture, l'art de la guerre, tous les arts qui construisent maintiennent ou détruisent les facettes de la vie, favorisent une possible expression du pressentiment d'être.

Le yoga parle du corps. Le corps peut se trouver dans un état de très grande débilité, et pourtant le sentiment « d'être » est toujours là. En fait l'inclination à la pratique du yoga doit être considérée tout au plus comme un signe « auspicieux ». Pour la plupart, l'expression de la compréhension se trouve dans la vie quotidienne, dans les occasions les plus ordinaires. L'art du yoga, dans la tradition shivaïte du Cachemire, est en fait l'art d'écouter. Ecouter les différentes modifications psycho-sensorielles dans le corps lors des diverses situations de la vie quotidienne. Cette écoute qui ne juge, ni n'intervevint, permettra petit à petit à la réactivité constante du corps de s'atténuer. Les différents mouvements de la sensibilité quittant leurs caractéristiques d'agitation seront ressentis de plus en plus sous forme rythmique. La corporalité grossière ou subtile n'est que vibration. L'écoute « non impliquée » de ces différents rythmes amène tôt ou tard leur résorption dans leur origine, silence conscient.

«
Des tourbillons de qualités comme des sons et des lumières surnaturelles sont perçus par le coeur. Qu'on n'y mette pas l'accent et qu'on pénètre dans le suprême séjour à l'aide de son propre coeur. C'est ce qui coupe les liens du devenir. » Lakshmikaulanarva Tantra.

L'abdication totale dans le silence permet de quitter les réseaux fractionnels de notre corps, positifs et négatifs, dans lesquels circulent généralement les énergies. Dans ces moments de silence et de « non-utilisation » des réseaux schématiques du corps, fuse, libre de toute intention, l'énergie qui est pure expression du silence sur le plan phénoménal. Cette célébration, cette offrande de la dualité dans le coeur trouve son expression la plus subtile dans le rite du pranayama. Les souffles inspirés et expirés, après avoir rempli leur fonction d'éveilleur et de purificateur, sont offerts en oblation dans le repos qui les suit. Le vide après l'expiration, vécu en unité, est l'espace d'où jaillit l'énergie enfin libre de percuter sans obstacle la cérébralité.


«
Quand le souffle vital abandonne les passages de droite et de gauche et suit la voie ascendante, ce mouvement détermine ainsi la fonte de toute la dualité comme celle du beurre congelé et donne naissance à l'unité. Telle est la fonction du souffle ascendant, udana, qui correspond au quatrième état. » Abhinavagupta, Ishvarapratyabhijnavimarshini

- Le yoga, la pose peuvent-ils jouer le rôle de révélateur ?


- Oui, révélateur de ce qui est antérieur à cette révélation. Retrouver consciemment ce qui était voilé en nous.


«
Rien de nouveau n'est obtenu, pas plus que n'est rendu lumineux ce qui ne l'était pas ; est seulement bannie la conception erronée qui considère ce qui est lumineux comme non lumineux. » Abhinavagupta, Ishvarapratyabhijnavimarshini

Au sens classique, le yoga est l'art de mourir à soi-même. De nos jours, il est plus souvent interprété comme une technique de mieux-vivre. Atténuer un noeud pour favoriser la réceptivité peut être, dans certains cas, justifiable. Chercher à tout prix, au moyen d'une discipline, à effacer tous les antagonismes du corps et du mental n'est que violence. Seule une prise de conscience sans volition aucune peut vraiment libérer une tension et non une intervention arbitraire nourrie d'intention.

En Inde, de nombreuses personnes passent deux ou trois heures au nettoyage quotidien de tous leurs orifices et organes accessibles afin de se purifier avant d'entreprendre leurs exercices rituels. Cela les maintient en excellente santé. Et alors ? Quand le rouleau compresseur arrive, il ne fait aucune différence entre un corps en bonne santé ou un autre complètement débilité. Cela, bien sûr, ne veut pas dire que tous ces nettoyages sont sans aucune valeur, s'ils sont utilisés à bon escient, avec modération.
L'art de célébrer notre véritable nature par une attitude corporelle rituelle, asana, est très peu connu. Souvent, en Occident et même en Inde de nos jours, la pratique des poses se réduit à une gymnastique plus ou moins intelligente. On essaye d'imposer au corps un schéma extérieur, arbitraire, en pensant ainsi le purifier. Cette attitude démocratique, qui consiste à s'imaginer pouvoir aller du moins vers le plus, n'est en fait que violence, sécurisation, et reste toujours dans le domaine de la mémoire, du déjà connu. L'art du Cachemire, au contraire, reconnaît l'antériorité de l'archétype sur le corps. Il ne s'agit donc pas « d'arriver à faire », d'arriver à tenir telle ou telle pose dans un domaine relatif, mais bien de se rendre compte de toutes les limitations et blocages, du manque de sensibilité qui nous habite et masque notre réelle corporalité. Une pose ouvre une porte sur des niveaux de perception plus aiguisés où il devient possible de pressentir clairement certaines expressions subtiles de la conscience.

«
Par la voie des organes le yogi appréhende les jouissances du monde sensible et par cette même voie il déverse son coeur, remplissant ainsi le triple monde d'une pulsation consciente. » Maheshvarananda, Mahartamanjari

Ainsi, avant d'aborder la pose classique, on passera d'abord par de multiples demi-poses et quart de poses. La créativité du moment, se canalisant dans des gestes traditionnels, entraînera un « vidage » approfondi de toutes les articulations, de toutes les défenses, jusqu'à ce que la transparence naturelle du corps soit de nouveau retrouvée.





« Qu'on évoque l'espace vide en son propre corps, dans toutes les directions à la fois. » Vijnana Bhairava Tantra.

Du point de vue de cette transparence, le corps subtil, corps d'énergie libre du schéma corporel, sera pressenti dans sa gloire. Ce corps subtil, vibration réceptive, totalement un avec son environnement, va d'abord, sans la participation du corps physique, prendre la pose demandée. Cette prise de l'asana par le seul corps vibrant est un art d'une grande finesse et demande une totale abdication de toute volonté de faire. Plusieurs allers et retours seront souvent nécessaires pour consumer la mémoire des différentes défenses associées à ce mouvement. Lorsque la pose subtile pourra être maintenue clairement, sans référence à la corporalité, alors seulement le corps physique, enveloppé de cette vibration en éveil, pourra à son tour se glisser dans la posture. La corporalité libre de réaction pourra ainsi s'immerger dans l'archétype, ouverture multidimensionnelle. Le corps dans ses modalités physiques et subtiles deviendra alors offrande à notre véritable nature.


«
Le corps à forme subtile, à forme grossière que tous les êtres consacrent « sujet » est l'oblation que le grand yogi verse dans le feu de la conscience. » Kshermaraja, Shivasutravimarshini

La pose se dessine donc dans un corps complètement vacant. La vacuité se maintiendra, s'étalera dans la pose avec l'aide d'un souffle éveilleur. Le retour vers le point de départ du mouvement, moment crucial, se fait également dans cette détente. Alors seulement les énergies libérées par la vacuité pourront s'intégrer consciemment dans notre ouverture. Leur jaillissement, quand la verticalité de départ a été réintégrée, leur explosion et leur résorption consciente, est en fait le moment le plus important. C'est cette montée d'énergie qui libérera le corps et le psychisme de ses limitations, et non pas la pose elle-même. Quand toute trace de la pose sera totalement effacée et que la transparence naturelle en aura résorbé toute les résonnances, la possibilité d'aborder une autre pose pourra se présenter.





« Contemple cette conscience sise dans le corps et qui fulgure comme le feu de la conflagration finale. C'est là que l'amoncellement des catégories est consommé, là qu'elles vont toutes à leur dissolution. » Viravali

Cette approche qui met autant l'accent sur les moments entre les poses que sur les poses elles-mêmes, ne permet pas de se perdre dans la pratique physiologique de séries qui s'enchaînent presque rythmiquement comme l'enseignent certaines « écoles de yoga ».

Se donner intimement à une pose requiert une grande attention. Quand on a vidé les résistances et que le corps dans sa totalité se trouve dans la posture voulue, les différents modes de l'énergie propres à cette pose vont se mettre à vibrer, un peu comme le va-et-vient des marées. Cet éveil de la vibration qui va passer par de multiples degrés de transformation demande un certain temps pour s'actualiser totalement.
Chaque pose a son temps propre, nécessaire à son accomplissement. Limitons-nous aujourd'hui à souligner l'importance, quand, bien sûr, le corps est prêt pour cela, de rester suffisamment longtemps dans les poses pour que les aspects tamasiques, rajasiques et même sattviques se résorbent dans l'écoute.

Extrait, Le Yoga Tantrique du Cachemire, pages 42 à 49, Chapitre IV.

Commande sur Amazon : Le yoga tantrique du Cachemire
Source : Bhairava


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lundi 28 juin 2010

Yolande

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Saisissement
En 2003, deux mois avant le décès de son fils unique et ignorant l'existence de toute dimension spirituelle,
Yolande fut saisie en un instant éternel par un éveil clair et spontané à sa nature réelle.
Depuis, Yolande livre son message avec douceur, mais assorti d'une autorité impersonnelle qui visiblement
émane de la clarté absolue.
Ce qu'il y a de plus beau, c'est le silence intérieur et c'est lui qui nous délivre nous aide et nous guérit.
Source et site officiel : Dsyolavie
Blog : Noumènelove
Webcast : Justin TV Dsyolavie


Bibliographie :

Laurence Vidal et Yolande Duran-Serrano, Le Silence guérit, Ed. Almora, 2010.
Site de l'éditeur

Entretiens publics :

3 juillet 201
3 juillet 2010 (suite)
4 juillet 2010
4 juillet 2010 (suite)
Source : Le petit mas / L'éveil 

Emission
Radio Suisse Romande (3 septembre 2010) :  
Téléchargement : MP3


Entretien avec Laurence Vidal (extrait) :
Pendant quarante ans, comme tout le monde, je me suis prise pour mes pensées, pour mon corps : je me prenais pour une personne. Et puis il y a eu ce basculement. En un instant, spontanément, ce silence dans ma tête. Plus de pensées : le silence, une stupeur, un étonnement profond qui ne laissait place à rien d’autre.
Alors je me suis mise à observer. Mon fonctionnement avait changé. Il y avait « cette chose », ce silence… et tout le reste. Le reste, ce que j’appelle le je suis, c’est-à-dire le contenu de l’instant : j’ai vu que tout apparaissait dans cette chose, d’instant en instant. Que tout y disparaissait.

Ton fonctionnement avait changé, dis-tu ?


Il y avait une légèreté, un bien-être. Je me sentais en phase avec moi-même, en phase comme je ne l’avais jamais été. Les choses se présentaient, les situations, les événements, même ceux qui auparavant m’auraient dérangée… je ne trouvais rien à y redire. Je ne réagissais plus, en fait. Et lorsque, deux mois plus tard, mon fils est mort dans un accident… même chose. Ce silence, cette tranquillité m’empêchait de réagir, m’empêchait d’être une mère détruite par la mort de son fils. J’ai vu que la souffrance n’existait pas.


La souffrance n’existe pas !?


Ce n’est pas la situation qui fait souffrir. Pour moi, il y a le silence. La situation ne fait pas souffrir quand le silence, quand cette chose est là.


Cette chose, qui la voit ? Yolande ?


C’est cette chose qui voit. En elle apparaît la vision, la clarté qui voit tout ce qui apparaît. En fait, c’est simultané : à l’avant-plan il y a cette chose et… le reste, tout ce qui apparaît, toute l’existence, au second plan.

Cette chose est l’espace qui est avant toute chose, toute pensée, tout événement. On ne peut pas la comprendre : c’est elle qui comprend tout, qui englobe tout. Cette chose - appelons-la Silence, Présence, Puissance, Amour ou Ultime Réalité, de toute façon aucun mot ne peut en rendre compte - cette chose, on peut seulement la vivre. Au début, je croyais qu’elle était au fond de moi. Maintenant je vois qu’elle est partout. Elle est tout. Il n’y a rien d’autre, rien qui ne soit elle. Il n’y a plus à s’inquiéter, à s’accrocher à rien.

Cette chose est au fond de toi et partout… Et Yolande, où est-elle ?







Yolande apparaît toujours, mais dans le second plan, comme le reste. Elle existe sans exister. Elle n’existe plus mais elle est là. Elle n’a plus de pouvoir. C’est ce silence, cette puissance qui a pris le pouvoir sur tout.

Elle a tout de même des pensées, des émotions…


Bien sûr des pensées, des émotions peuvent surgir. Mais cette puissance les balaye instantanément, elle les laisse au second plan. Donc tu n’as aucune possibilité de t’identifier à elles. Et cette chose est si puissante que tu ne peux revenir en arrière, tu ne peux revenir à ton ancien mode de fonctionnement, t’identifier à… tout ce que tu n’es pas.

Ça m’est arrivé parfois, au début, d’essayer de penser comme avant, de faire des projets comme avant. Impossible. Tout comme, autrefois, si j’avais voulu arrêter de penser je n’aurais pas pu, aujourd’hui, si je veux penser, eh bien je ne peux pas. C’est aussi simple que ça.

Et les émotions, toutes ces réactions automatiques qui nous viennent ?


C’est pareil. La peur, la tristesse, c’est comme le reste : un mouvement qui passe en toi et qui repart. S’il n’y a personne pour se l’approprier, il n’y a pas de peur, pas de tristesse. Il n’y a pas de réaction.


D’où viennent, selon toi, les réactions ? Y a-t-il moyen de s’en libérer ?


Elles viennent de la pensée. De la croyance en l’idée d’être une personne. Quand cette croyance tombe – et cela se fait en un instant, pas besoin de vingt ans de pratique pour ça – il n’y a plus que ce silence, cette intensité, alors tu te laisses faire. Il y a ce point de vue neuf qui est toujours là, ce vide plein, ce silence tantôt très intense et tantôt doux mais toujours présent. C’est une sensation, comme un toucher, une présence qui ne te lâche pas, même au milieu de l’action, de la concentration. Ce toucher omniprésent qui t’englobe, qui englobe tout le contenu de l’instant, t’empêche de t’identifier à la pensée, à l’émotion qui surgit. C’est lui qui te donne le sentiment profond que la personne n’est pas. Et c’est lui, c’est cette sensation qui devient vision, action… parce que cette spontanéité, cette sensation constante ne te permet pas d’être dans ta tête. C’est la sensation qui voit, directement. Et la vision, c’est l’action.


La vision c’est l’action ?


Quand tu es dans la fluidité, il y a action, sans filtre, sans pensée. Tu vois, tu sens; l’action, le geste, la parole se présentent spontanément, sans que tu aies eu à les penser.


Comme si la réalité de l’instant te dictait le geste juste ?


Tu vois que les choses se font toutes seules, sans besoin de les penser… La vie n’a pas besoin d’être pensée. Juste besoin d’être vue. Le reste se fait tout seul.


Le simple fait de voir…


… fait. Tu vois cette fluidité qui agit.


Et l’amour, dans tout ça ? Tu dis que cette chose c’est l’amour… Qu’en est-il de

l’amour entre deux personnes ?

C’est la non-relation qui permet la relation.


La non-relation ?


La non-relation avec la personne que tu croyais être. La non-séparation. Et c’est cette chose au dedans qui permet ça. C’est elle qui permet l’amour, qui est amour.

Dans la fusion amoureuse, on entre en relation avec la non-relation à l’intérieur de soi. C’est dans cette non-relation, cette chose, que réside l’amour. Et c’est parce qu’on entre en contact avec elle que l’on dit, que l’on sent « je suis amoureux ». L’autre n’y est pour rien. Ni soi-même. Ni la relation entre les deux… C’est l’écoute de cette chose, en nous, qui permet l’amour. C’est elle qui te fait découvrir que l’amour n’est pas à l’extérieur, qu’il ne dépend de rien, d’aucun objet, d’aucun état : c’est quelque chose qui est là, à l’intérieur. Plus besoin de chercher le bonheur à l’extérieur : cette chose qui te rend vivante, aimante, aimée… elle est avant tout, elle est là. Et c’est de cette chose, de cette non-relation, que l’on tombe amoureux. Un amour qui ne peut être détrôné par quoi que ce soit.
C’est vrai aussi que dans la relation amoureuse il y a des instants d’oubli de soi-même, des instants d’intimité qui sont cette fusion, cette non-séparation. Le problème, c’est que quand il y a « tomber amoureux de » l’objet ou la personne, tu rentres dans une relation avec toi-même et tu ne vas plus penser qu’à ça, qu’à cette personne. Donc tu te coupes de l’essentiel. Cette même passion devrait être pour cette chose invisible qui te permet d’être dans la non-relation avec toi-même, donc aussi avec l’autre, et te permet de sentir l’intensité de l’instant présent plutôt que l’intensité de la seule relation avec cette personne.

Cela signifie-t-il que tu ne peux plus tomber amoureuse de quelqu’un ?


Tu es tombée amoureuse de cette chose invisible, ça, c’est sûr. Mais tu peux quand même tomber amoureuse de quelqu’un, puisque c’est ce que je vis. C’est beau de voir que, dans l’instant, tu es aussi amoureuse de cette personne. Mais si elle n’est plus là, ou si elle s’absente, rien ne manque. Cette chose est toujours là et elle te permet de vivre, même sans cette personne, dans un bien-être total.


Donc, Yolande peut tomber amoureuse… Ce n’est pas une émotion, ça ?


C’est l’intensité qui guide. Auprès de telle personne elle est plus forte qu’auprès de telle autre. L’intensité est là : tu la suis. C’est elle qui te fait être ici, ou là, avec celui-ci ou avec celle-là. Tu ne décides pas : tu y vas, tu y es. La tête n’intervient pas. L’émotion non plus.


Dans cette intensité, comment perçois-tu l’autre, tous les autres ?


Je les perçois comme moi, comme les arbres, la montagne, mes pensées : au second plan. J’en reviens toujours là. Ils sont là sans être là. Ils sont passés au second plan au même titre que moi, que mon corps, que tout ce que je croyais être.


Oui, mais comment perçois-tu chacun ? Il y a des différences de l’un à l’autre, tout de même… même au second plan!


Ce que je sens, surtout, c’est ce qu’il y a de plus proche en moi, c’est-à-dire mon corps, les sensations de mon corps qui se sont amplifiées à l’infini. Dans ce second plan, le plan du je suis, c’est le plus proche. C’est sensation, intensité, mouvement. Cette intensité varie avec ce qui se présente dans le contenu de l’instant, proximité de telle ou telle personne incluse. Mais il n’y a pas la pensée pour dire « parce que je sens tel mouvement dans mon corps, cette personne est comme ci », ou « je dois faire comme ça ». Ce qui va se faire dans l’instant se fera… mais ce ne sera pas le résultat d’un savoir, d’une compréhension : c’est le silence qui agit.


Tu ne peux rien t’approprier ?


Non.


Mais perçois-tu mon psychisme, mes états d’âme ?


Tu es là, tu sens, tu te laisses traverser par ce qui se passe, par un mouvement que tu sens dans ton corps, fusionné avec tout le reste. Mais tu n’interviens pas, tu n’as pas de réaction, d’opinion, de commentaire. Quand quelqu’un entre dans la pièce, tu peux sentir un mouvement plus inconfortable, ou sentir au contraire l’intensité qui se déploie, mais tu n’en déduis rien. Tu ne cherches pas à comprendre pourquoi, comment, ni s’il y a quelque chose à résoudre et comment. Tu sens, point.


Et quand quelqu’un se confie à toi, te demande conseil ?


Tu ne fais qu’être écoute. Il n’y a pas de mouvement de Yolande qui pense ceci ou cela. Mon je suis est partagé avec tout ce contenu de l’instant, et je laisse toute la place à cette chose à l’avant-plan, cette chose avant le je suis, pour agir si elle doit agir. Donc si un geste vient, il vient du silence. C’est lui qui sait. C’est lui qui fait.


Que faire pour vivre ce silence ?


Je fais une totale confiance à cette présence dans l’invisible. Donc la seule chose qui peut être dite, il me semble, c’est d’être ce que l’on est dans l’instant, de le vivre pleinement, simplement… et de laisser la spontanéité faire ce qu’elle a à faire.

C’est quelque chose qu’on ne peut pas comprendre, pas apprendre, ni vouloir, ni savoir. Alors : se laisser faire – quoi d’autre ?

Vivre l’instant pleinement, simplement… ce n’est pas si simple!


Il y a des tas de moments dans la vie où l’idée de la personne disparaît, où il n’y a plus que cette chose qui voit. Les moments de joie, d’étonnement, d’émerveillement devant un paysage ou une belle musique. Les chocs aussi, une peur violente… Mais le plus souvent on ne les remarque pas, parce qu’aussitôt après la pensée se les approprie… Rester là, plutôt. Avant la pensée : sentir. Rester simplement avec cette sensation, sans vouloir comprendre ni résoudre rien. Avoir toute son attention portée sur cette sensation, et l’accepter surtout, l’accepter silencieusement, pas mentalement. Vraiment l’accepter totalement, en étant… simplement.

Beaucoup de gens croient qu’il faut qu’il y ait une lumière, une grande lumière, des choses extraordinaires… Et si simplement c’était ça ?... Quand le silence est là : rester avec ce silence, cette tranquillité, découvrir au fur et à mesure ce que ça te procure comme légèreté de voir que tout est là, OK, mais c’est au second plan – pas besoin d’en faire un monde. Et quand c’est l’inconfort : rester avec cet inconfort, totalement, se laisser engloutir par lui, se laisser mourir – une mort psychologique - pour pouvoir laisser place à ce silence, le laisser prendre le dessus une bonne fois pour toutes…
Rester là, avec cette sensation de l’instant, cette intimité… Rien que d’être là, tu n’es déjà plus là. Parce que tu sens tout le contenu de l’instant présent, sans interférer. Donc tu n’as plus l’idée d’être une personne : tu n’es que sensation. Tu sens cette conscience, peut-être encore un petit peu individuelle, que « ton » corps est inconfortable avec cette tristesse, ce malaise où tu es : déjà c’est un cadeau, parce que tu te rends compte que l’instant, l’intensité, la vérité n’est pas dans ta tête… C’est merveilleux de pouvoir sentir ça, déjà! Déjà accepter cette simplicité de sentir que la vie c’est ça, ce n’est pas voir des lumières ou entrer en extase : c’est ça, aussi. C’est la simplicité de ne pas être cette personne qui ressent. C’est sensation, point.

Qu’est-ce qui fait que, pour la plupart, ces instants ne durent pas ? Que l’agitation revient ?


C’est un problème d’identification. Le mental revient, redevient le plus fort et te piège. Piégé, tu y crois fermement, tu oublies le silence et cette chose puissante qui est là.

Vivre ces moments quand il se présentent.






Les vivre avant la pensée…

La pensée aussi, il faut l’accepter. Elle reste au second plan. Laisser cette attention, cette sensation, cette chose au premier plan, dans cette simplicité totale, avant d’être cette personne qui dit « c’est à moi que ça arrive » ou « ça va passer ». Peut-être tout simplement accepter cette simplicité du silence, cette simplicité de sentir, cette simplicité d’être avant qui que ce soit. Rester dans cette simplicité de sentir, tout simplement, sans pour autant avoir été chercher cette tristesse, sans chercher à sentir ton corps ni quoi que ce soit d’autre.

Se laisser saisir par ce qui est là, parce que c’est là… Quel est le sens de la recherche spirituelle, alors, puisqu’elle vise toujours un savoir, un état, un progrès, quelque chose « devant » ?

Elle a encore un sens puisqu’elle est là, puisqu’elle se présente. Vouloir faire le contraire ce serait la même chose : ce serait refuser ce qui se présente… Je crois qu’il faut accepter tout ce qui se présente, que ce soit de méditer, de faire du yoga, d’avoir l’air d’être dans une recherche spirituelle – alors que ce qui entraîne dans tout ça, comme dans tout le reste de la vie d’ailleurs, c’est quand même et toujours cet état premier.

Donc continuer à se laisser faire, même s’il y a encore la personne qui est là, et qui veut, et qui espère. Sentir, plutôt que d’essayer toutes sortes de techniques… Mais il faut aussi accepter ces techniques : elles font partie du chemin qui se présente à soi…

Propos recueillis par
Laurence Vidal
Source du texte : Dsyolavie



Source des vidéos : Le petit mas

Satsang depuis les USA (Justin TV) :



dimanche 27 juin 2010

Peter Fenner



Moine bouddhiste pendant 9 ans, Peter Fenner a été initié par de grands maîtres tibétains tels Sa Sainteté le Dalaï-Lama, Lama Thubten Yeshe, Lama Zopa Rinpoché, Lama Sogyal Rinpoché et Chögyal Namkhaï Norbu.
Docteur en philosophie psychologique de l’école Madhyamika - Bouddhisme Mahayana - il a enseigné le Bouddhisme pendant plus de 25 ans dans différentes universités et centres d'éducation au bouddhisme.
Son enseignement actuel est à la fois fruit de son parcours personnel et fruit de l’enseignement qu’il a dispensé au niveau international au cours des trente dernières années à la demande de Lama Thubten Yeshe.
Peter a ainsi développé une forme de questionnement, pure et directe, amenant à la sagesse libératrice à laquelle se réfère le bouddhisme et les traditions non duelles. Il propose une pratique innovante reflétant, sous une forme occidentalisée, les enseignements des grands maîtres asiatiques.
Source du texte : Esprit Lumineux


Bibliographie en français :

- L'Esprit lumineux, Ed. Almora, 2010.
- La Transmission spirituelle, ouvrage collectif, Ed. Gordes, 2003.
- Le Courage de se libérer, avec Penny Fenner, Ed. Albin Michel, 2002.
- Le Fil de la certitude : dilemmes de la voie boudhiste, Ed. du Relié, 2001.
- La Liberté d'être, Ed. La Sagesse éternelle, 1997.


Autres pages du blog :



Entretien avec Liliane de Toledo (2007)

Peter Fenner, passeur de sagesse entre orient et occident

Liliane de Toledo : Pouvez-me dire ce qu’est, selon vous, un enseignant spirituel ?

Peter Fenner : En fin de compte, je pense que c’est une personne capable de transmettre à d’autres l’expérience spirituelle dans toute sa plénitude, d’introduire à la non dualité, de donner un avant-goût de ce qu’est la fin du chemin. Ce qui est appelé le « buddha mind » – qui est le mode d’être du Bouddha et d’autres grands sages que l’on nomme également éveil, libération, pure conscience ou état naturel, entre autres. Un enseignant spirituel doit proposer un ensemble de principes, pratiques et perspectives afin de permettre à ses élèves de l’intégrer dans leur vie pour qu’ils puissent retrouver cette expérience indépendamment de la présence du maître. Il doit pouvoir la communiquer directement d’esprit à esprit, ou avec l’aide de certaines techniques, mais aussi créer les conditions individuelles et collectives pour développer la capacité des étudiants à incarner ce qu’on appelle la réalisation spirituelle.

L. de T. : Quelles sont les conditions pour ouvrir l’accès à cette expérience ? Faut-il être soi-même profondément enraciné dans cette qualité d’être ?

Peter : Pour être un agent de transmission de la sagesse non duelle, vous devez être installé dans cette sagesse. Il est important de préciser que ce n’est pas quelque chose que l’on fait. Transmettre la sagesse non duelle n’a rien à voir avec l’identification à un rôle, cela impliquerait encore une structure de dualité avec un sujet et un objet : moi et l’autre à qui je transmets un enseignement. Cela se passe beaucoup plus naturellement et organiquement : vous êtes dans cet état et vous découvrez que, oui, vous avez une certaine capacité à le partager avec d’autres. En fait, il s’agit de réaliser directement et pour soi-même que dans l’instant présent, il est possible d’éprouver une plénitude totale, simplement en laissant toute chose être exactement comme elle est ! Dans l’ici et maintenant, il n’y a rien à changer, ni dans notre esprit, ni dans notre corps, ni dans nos conditions de vie, tout est parfait ! C’est ça la liberté : être libre de tous désirs y compris de celui d’être libre !
Si vous êtes profondément enraciné dans cet état et que vous maîtrisez ce que, dans le bouddhisme, on nomme les techniques habiles, alors, par le silence, la parole ou avec des méthodes plus énergiques, il est possible d’amener quelqu’un – même une personne très contractée et identifiée à son histoire personnelle et ses systèmes de croyances – à sortir de ses conditionnements pour entrer dans l’état non conditionné.
Avec certaines personnes qui sont déjà dans un état non réactif, cela ne nécessite parfois qu’un ajustement subtil.

L. de T. : L’expérience dont vous parlez est au coeur des grandes traditions orientales ?

Peter : Nous parlons d’une expérience qui a été cultivée, approfondie et transmise depuis plus de 3000 ans surtout dans les cultures asiatiques. C’est le « buddha mind », l’esprit de Bouddha ou l’état de pureté originelle qui se trouve au-delà des identifications à l’ego.
Comme c’est une expérience d’un vécu sans contenu et sans structure, nous ne pouvons l’évaluer ou la mesurer ! Sa valeur est infinie parce qu’elle nous met dans un authentique état de contentement. Il n’y a rien à faire, nulle part où aller, rien à ajouter ou soustraire.
Pour un être humain, il n’y a pas d’évolution au-delà de cet état, il est seulement possible de réaliser cet état, de s’y installer parce que c’est le fondement de notre être.

L. de T. : Quelle est, selon vous, la contribution que ces traditions peuvent nous apporter au XXI e siècle ?

Peter : Dans une époque où la résolution des conflits est vitale pour la survie de l’humanité, je pense que c’est un potentiel qui doit absolument être cultivé. Parce que dans cette dimension, nous ne sommes pas identifié avec un système de croyance ou de valeurs, nous n’avons rien à défendre. Il ne peut pas y avoir de frontière entre l’intérieur et l’extérieur. Il n’y a pas de soi séparé de l’univers. De ce fait, il est impossible d’être en opposition avec quoi que ce soit. L’accès à cet espace est donc très précieux pour travailler ensemble à la résolution des grands défis auxquels notre monde est confronté. C’est un état dynamique où, n’ayant besoin de rien pour soi-même, on est alors totalement disponible pour répondre à une situation donnée de manière créative, en tant qu’instrument de la force d’évolution. Je pense que la sagesse, l’amour et la disponibilité libérés par l’expérience de la non dualité est le plus précieux joyau que l’Orient peut offrir à nos contemporains.
Ce n’est que récemment que ces enseignements millénaires de réalisation de notre nature ultime ont pénétré l’Occident. Il y a encore cinquante ans, très peu d’Occidentaux savaient ce qu’était le bouddhisme. Quant aux approches non duelles, elles n’étaient pas sorties des monastères ou des cercles d’initiation très ésotériques. Les premiers maîtres zen sont venus dans les années cinquante et le processus s’est accéléré avec l’arrivée de grands lamas tibétains, suite à l’invasion de leur pays par les troupes chinoises. L’intégration de cette puissante tradition a été très rapide et l’accès à ces enseignements est devenu beaucoup plus facile. En Occident et surtout aux Etats-Unis, où l’échange est direct et honnête, il y a une volonté d’innover et d’adapter qui permet de revitaliser des traditions qui pourraient se scléroser dans des fonctionnements ritualisés. Actuellement, nous vivons une phase de transition passionnante qui nous permet de retourner aux racines, à l’essence, pour nous concentrer sur ce qui nourrit vraiment le travail de transformation.
Je me sens très privilégié de faire partie de ces Occidentaux qui contribuent à garder cette pure sagesse vivante et à la transmettre d’une manière abordable pour le monde occidental.

L. de T. : Le philosophe Ken Wilber fait une distinction entre état et étape, le premier étant une entrée temporaire et le second une installation permanente, qu’en pensez-vous ?

Peter : Dans la tradition zen, il est dit que le satori, cette première ouverture, est le début du parcours, un aperçu qui vous révèle de quoi il s’agit. Ensuite le chemin, ce sont les années, les décennies, peut-être les vies, de pratique nécessaire pour intégrer et approfondir cette expérience de sorte que, même dans des situations très difficiles ou des environnements toxiques, il nous devienne possible de rester dans cet état d’ouverture, de clarté et d’équanimité.

L. de T. : Il y a donc une introduction directe et un travail pour apprendre à s’installer dans cette réalisation ?

Peter : Oui. Cependant l’accent est à mettre sur l’expérience de la non dualité qui est très spéciale. Elle est aussi appelée la médecine absolue, ou guérison ultime, car, alors, notre flux d’existence sort du cycle de conditionnement habituel : nous ne sommes plus en train de chercher le plaisir et d’éviter la souffrance. La plupart d’entre nous ne connaissent que l’esprit conditionné qui pense, éprouve de la confusion, a des préférences et ressent peurs et désirs.
Plus nous faisons l’expérience de cet état inconditionné et plus il va diffuser dans les différentes strates de notre personnalité et de notre existence. Et peu à peu nous développons une plus grande aptitude à l’habiter et à le prolonger même dans nos activités quotidiennes.

L. de T. : C’est ce que vous faites dans votre enseignement ?

Peter : Exactement, je démarre à ce qui est parfois appelé le niveau du résultat. Nous commençons à la fin du chemin. S’il est possible de faire un saut dans cet état d’être et de pure conscience, c’est formidable. Parce que cela nous rend plus familier avec l’ultime potentiel de l’être humain. Très rapidement, je donne aux étudiants une entrée dans ce « buddha mind » en utilisant des méthodes issues de différentes traditions non duelles. Nous entraînons notre capacité à reconnaître les mécanismes qui en ouvrent et ferment l’accès. En identifiant les schémas de comportements limitatifs – ce que j’appelle les fixations –, en les mettant en lumière, celles-ci peuvent se dissoudre ou du moins perdre leur solidité apparente. Il devient alors possible de voir à travers. Nous pouvons aussi explorer la nature de l’esprit libre, grâce à la pratique de dialogues contemplatifs qui sont comme des koans naturels, dans le sens qu’ils amènent le mental à se heurter à sa limite et éventuellement à la transcender. Cela ouvre l’accès à la sagesse non conceptuelle qui se révèle dès que la conscience se libère de tous les conditionnements.
Les étudiants ont également l’opportunité de travailler au niveau conditionné, dans le contexte de leur vie quotidienne, d’une manière très pratique. Notamment en devenant plus conscients de leurs réactions d’attraction et de rejet, de leur attachement à la souffrance ou de leurs projections. L’installation d’une pratique méditative régulière est un aspect important. L’acquisition de certaines techniques de communication et d’écoute est également abordée. De même que l’éventuelle nécéssité de restructurer sa vie de sorte à créer des conditions plus favorables facilitant l’accès à cet état de conscience non conditionnée.




L. de T. : Faites-vous partie d’un lignage traditionnel ?

Peter : Oui je considère que ce que je transmets fait partie de la Prajnaparamita. C’est le lignage qui précède les différentes traditions de non dualité qui se sont développées dans le bouddhisme, notamment le zen, le dzogchen, le madhyamika (aussi appelé voie du milieu) ou les approches hindouistes de non-dualité telles que l’advaita vedanta. Il s’agit de l’impulsion originelle qui s’est ensuite différenciée en plusieurs approches qui ont évolué dans des pays comme l’Inde, la Chine, le Tibet ou le Japon. J’ai reçu des formations dans toutes ces écoles et cela m’a amené à m’intéresser à leur origine commune. Je suis donc remonté à la source : la transmission de ce qui est appelé la sagesse sans contenu. La sagesse qui n’est pas une sagesse, l’enseignement qui n’est pas un enseignement ! La Prajnaparamita a été présentée, à l’origine, comme une magnifique vision d’éveil cosmique. Les textes évoquent une réalisation ultime plutôt qu’une pratique. Ayant étudié et pratiqué ces approches pour sélectionner celles qui sont efficaces et qui produisent des résultats – celles qui m’introduisent dans la conscience de Bouddha et qui me permettent de l’approfondir –, je me suis dit qu’elles pouvaient aussi être intéressantes pour d’autres Occidentaux ! C’est ce que j’utilise dans mon enseignement dont le dernier développement est Radiant Mind.

L. de T. : Qu’est-ce qui caractérise Radiant Mind ?

Peter : Radiant Mind n’est pas un cours théorique. C’est une pratique de « l’ici et maintenant » visant à produire une transformation du niveau de conscience, individuel et collectif, à travers, notamment, des interactions qui paralysent le mental. Cela permet d’accéder au silence profond et à la présence sereine. Contrairement à beaucoup de démarches spirituelles orientales, qui étaient avant tout des démarches solitaires (même si elles prenaient place dans des monastères), en Occident, les enseignements de non-dualité sont souvent transmis avec une emphase sur la dimension collective. Par exemple, les étudiants qui participent à Radiant Mind se réunissent régulièrement, en direct ou à travers des conférences téléphoniques. Dès qu’ils se retrouvent, l’élévation du niveau de conscience du groupe prend place. C’est un levier de transformation puissant !
Dans l’un de ses discours, le grand maître zen vietnamien Thich Nhat Hanh a dit que le prochain Bouddha sera celui de l’Amour et qu’il pourrait se manifester sous la forme d’une communauté qui montrera le chemin de l’amour et de la compassion.

L. de T. : Comment êtes-vous devenu un enseignant de sagesse non duelle ?

Peter : En Australie comme aux Etats Unis, la guerre du Vietnam a été le déclencheur d’un violent courant anti-establishment. Le mouvement hippie et les drogues ont ouvert de nouveaux horizons et des expériences de conscience élargie. Dans cette période de remise en question, j’ai découvert la méditation par un livre de Karlfried Graf Dürckheim et je me suis ensuite connecté avec le bouddhisme theravada. J’avais vingt-trois ans et j’étudiais la philosophie occidentale que je trouvais décevante. C’est finalement dans la philosophie orientale que j’ai trouvé ce que je cherchais : un système intégré d’éthique, d’esthétique et de métaphysique dans lequel la théorie et la pratique n’étaient pas dissociées. Il n’y a pas de pratique dans la philosophie occidentale, pas d’expérience directe de la réalité ultime, c’est un exercice essentiellement intellectuel.
En 1974, j’ai rencontré mon maître principal, Lama Thubten Yeshe. C’était un être hors du commun : inspirant, débordant d’énergie, spontané, joyeux, confiant et sage ! Je me suis dit que l’éveil, ça devait être cela ! Et comme j’avais besoin d’un guide, je lui ai demandé d’être mon guru, ce qu’il a accepté. Je n’avais aucune idée de la nature de l’engagement que j’avais contracté : implicitement j’avais remis mon existence dans ses mains. En quelques minutes d’entretien, il m’a tracé un programme pour les vingt années suivantes. Je suis sorti de cette rencontre en état de choc ! Il m’a demandé de devenir professeur pour enseigner le dharma bouddhiste à l’université. Et c’est ce que j’ai fait, même si au début je me suis dit que c’était mission impossible. Mais on ne négocie pas les instructions du guru, on les réalise !
Pendant onze ans, je me suis concentré sur une pratique très traditionnelle et je suis devenu moine bien que marié et père de deux enfants. J’enseignais dans des communautés bouddhistes et à l’université. Un grand changement est survenu lorsque mon maître est décédé. C’est lui qui m’avait ordonné moine et m’avait guidé dans ma pratique. J’avais un guide parfait et soudain j’ai tout perdu ! J’étais dévasté, totalement vulnérable et c’est alors que ma vie a pris une autre tournure. J’ai ressenti le besoin d’écouter la sagesse issue de ma profondeur plutôt que de continuer à me référer à ce que d’éminents lamas avaient dit. Par exemple, je ne pouvais plus parler de la vacuité – qui était mon sujet d’expertise – de manière théorique.
Quelque chose se réveillait en moi qui voulait s’exprimer directement, c’était comme si la vacuité voulait parler d’elle-même ! J’ai renoncé à mes vœux de moine environ dix-huit mois après le décès de Lama Yeshe et j’ai quitté le cadre traditionnel.
Du côté de l’université, j’avais passé mon doctorat et j’enseignais la philosophie orientale. C’est ce que j’ai fait pendant trente ans avant de comprendre qu’il est impossible de transmettre le dharma – qui est avant tout une voie de transformation et d’évolution – dans ce type d’institution. Mon mandat n’était pas de transformer les étudiants mais de les instruire ! C’est finalement pour suivre les instructions de mon guru que j’ai développé mon approche hors des milieux académiques. Aujourd’hui, je fais exactement ce que Lama Yeshe m’a demandé : je transmets le dharma bouddhiste à des Occidentaux !

L. de T. : Vous n’avez donc plus d’autorité terrestre à laquelle vous référer ?

Peter : C’est l’un des plus gros défis, de ne plus avoir quelqu’un qui peut me guider et me conseiller. Mon guide maintenant consiste à être tout à fait intègre et sans compromis avec la qualité de ma réalisation. Mes étudiants sont maintenant devenus mon guru parce que, tous ensemble, ils possèdent, au cumul, le même niveau de sagesse que mon défunt maître. J’ai actuellement environ 200 étudiants avec qui j’entretiens des relations régulières ; certains ont beaucoup de maturité et ils m’obligent à être toujours plus cohérent et transparent. Maintenant je continue à progresser à travers ce que je leur enseigne. Nous évoluons ensemble.

L. de T. : Vous êtes un passeur entre l’Orient et l’Occident?

Peter : Quand je regarde en arrière, il me semble que ma vie est tissée de ces réconciliations apparemment impossibles ! Je suis un Occidental, issu d’une famille protestante matérialiste, qui a étudié différentes traditions de sagesse orientale en respectant les formes consacrées par les siècles. J’ai été moine tout en vivant dans un cadre laïque pour assurer mes responsabilités familiales. J’ai enseigné la théorie du bouddhisme dans des environnements académiques et, parallèlement, j’ai développé une pratique directe, non mentale, à laquelle j’invite dans mes séminaires ou dans la formation Radiant Mind. Moi-même, j’ai été profondément impliqué dans une relation guru disciple tout à fait classique et, cependant, avec mes propres étudiants, j’ai un rapport au sein duquel nous sommes davantage des compagnons de route, même si je maîtrise mieux qu’eux l’accès à cet esprit libre de conditionnement. Je crois que c’est mon dharma de créer des passerelles, de relier les opposés et de les faire se rencontrer !
Source : Esprit Lumineux


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