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mercredi 10 août 2016

Le FMI avoue avoir immolé la Grèce pour le compte de l‘Eurogroupe


Documentaire de Philippe Menut, La Tourmente grecque, Chronique d'un coup d'Etat (2016)

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Le FMI avoue avoir immolé la Grèce pour le compte de l‘Eurogroupe
Par Yanis Varoufakis, le 2 août 2016 - Paul Jorion


Cette semaine a débuté avec un débat au parlement grec, lancé par l’Opposition Officielle (le principal – mais pas le seul – supporter de la troïka à l’intérieur de la Grèce), avec pour objectif final de me faire inculper pour avoir osé contrer la troïka lorsque je fus ministre des finances durant les six premiers mois de 2015. La troïka, qui avait organisé une panique bancaire avant même que je prenne pied dans mon ministère, qui m‘avait menacé de fermeture des banques trois jours après que j‘aie assumé ma charge ministérielle, et qui avait mis en œuvre la fermeture de nos banques, avait à présent décidé de m’accuser d’avoir… fermé les banques et imposé le contrôle des capitaux. Comme tout bon harceleur, la troïka s’est montrée plus que prompte à blâmer ses victimes, et à bafouer et vilipender tout qui oserait résister à ses violences.

Ma réaction aux accusations de la troïka et à la menace d’être entraîné dans une enquête judiciaire fut simple : « Allez-y ! » « Je vous affronterai », les ai-je défiés, « dans l’arène que vous choisirez : dans un amphithéâtre, sur un plateau de télévision, même devant une cour de justice ! » Au final, ils se sont dégonflés, et la motion parlementaire a été rejetée lorsque quelques-uns d’entre eux (un petit parti qui est habituellement totalement inféodé à la troïka) ont fait le choix stratégique de voter contre elle.

Ensuite, pour parfaire la raclée essuyée par la troïka cette semaine, le rapport du Bureau d’Évaluation Indépendante du FMI (IEO en anglais) a été publié. C’est une évaluation brutale qui ne laisse aucune place au doute quant à la théorie économique triviale et à la diplomatie à la canonnière utilisée par la troïka. Ce rapport met en difficulté le FMI, la BCE et la Commission : soit ils restaurent un minimum de leur légitimité en admettant leurs erreurs et en se séparant de ceux qui portent le plus de responsabilité dans cette affaire, ou ils ne font rien, par la même décuplant le mécontentement des citoyens européens envers l’UE, accélérant ainsi la déconstruction de cette dernière.

dimanche 17 avril 2016

Ce soir (ou jamais !) Yanis Varoufakis

MAJ de la page : Yanis Varoufakis / Grèce / Nuit Debout /Alain Badiou



Ce soir (ou jamais !) Yanis Varoufakis face à Alain Badiou pour un débat spécial 15/04/2016
Leur dernier livre :
Yanis Varoufakis, Et les faibles subissent ce qu'ils doivent ? Comment l'Europe de l'austérité menace la stabilité du monde, Ed. Les Liens Qui Libèrent, 2016
Commande sur Amazon : Et les faibles subissent ce qu'ils doivent ? Comment l'Europe de l'austérité menace la stabilité du monde
Alain Badiou, Notre mal vient de plus loin: Penser les tueries du 13 novembre, Ed. Fayard, 2016
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Yanis Varoufakis à Nuit Debout (Paris, avril 2016)

mardi 1 mars 2016

DiEM perdidi

Yanis Varoufakis lance un parti paneuropéen (DiEM25)
L’ancien ministre grec des Finances [Yanis Varoufakis] remonte sur le ring politique en lançant un mouvement pour «démocratiser» l’Europe.
Source (et suite) du texte : TdG

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DiEM perdidi (DiEM échouera)
Par Frédéric Lordon, 16 février 2016 - Le Monde diplomatique

Carpe diem Eco Dalla Luna

A n’en pas douter, le lipogramme est un exercice littéraire de haute voltige – en tout cas selon la lettre sacrifiée, puisque le lipogramme consiste précisément à tenter d’écrire un texte en renonçant totalement à l’usage d’une certaine lettre. Il fallait tout le talent de Perec pour affronter la mère de tous les lipogrammes en langue française, le lipogramme en « e ». Trois cents pages de livre, La Disparition – forcément… –, sans un seul « e » (Il suffira au lecteur de s’essayer à former une seule phrase qui satisfasse la contrainte pour prendre aussitôt la mesure de l’exploit). Fidèle à la tradition oulipienne, on pourrait généraliser l’exercice et demander de faire une phrase en interdisant certains mots ou groupes de mots (lipolexe ? liporème ? liposyntagme ?). Par exemple demander à Yves Calvi de faire une phrase sans « réforme », ou à Laurent Joffrin sans « moderne », Christophe Barbier sans « logiciel » (« la gauche doit changer de logiciel » – on notera au passage cet indice du désir constant de l’éditocratie que la gauche devienne de droite que jamais personne n’enjoint la droite de « changer de logiciel »), etc. Au grand silence qui s’abattrait alors sur l’espace public on mesurerait enfin le talent exceptionnel de Perec. La langue altereuropéiste elle aussi fait face à ses propres défis lipolexiques. Qu’il ne lui soit plus permis de dire « repli national » et la voilà à son tour mise en panne.

« Le repli national », l’impossible lipolexe de l’altereuropéisme

Sous un titre – « Démocratiser l’Europe pour faire gagner l’espoir » (1) – qui n’est pas sans faire penser au Robert Hue de « Bouge l’Europe » (ou bien à un reste de stage « Power point et communication événementielle »), Julien Bayou, après avoir parcouru réglementairement les évocations de notre « passé le plus sombre », nous met en garde contre « le repli national, même de gauche », et avertit que « la dynamique d’un repli sur des agendas purement nationaux » pourrait « accélérer la défiance entre Européens ». Dans une veine très semblable, Katja Kipping, co-présidente de Die Linke se dit « totalement opposée à l’idée d’un retour aux Etats nationaux » (2). Qui serait « un retour en arrière », pour ainsi dire un repli donc – national. Or, « en tant que gauche, nous devons avoir le regard tourné vers l’avenir » – oui, c’est un propos très fort. Au passage, on se demande quelles sont, à Die Linke, les relations de la co-présidente et du président, Oskar Lafontaine qui, lui, plaide franchement pour un retour au Système monétaire européen (SME), et ce faisant regarde à l’évidence dans la mauvaise direction. Moins de surprise à propos de Yanis Varoufakis, qui répète de longue date son hostilité à toute sortie de l’euro, à laquelle il donne la forme d’un refus de « l’affreux dilemme entre d’un côté notre système actuel en pleine déconfiture, et de l’autre le retour en force de l’idéologie de l’Etat-nation voulue par les nationalistes » (3).

mardi 23 février 2016

"L’Europe a besoin d’un nouveau mouvement pour la démocratie"


Ceci n'est pas une démocratie


Yanis Varoufakis : L’Europe a besoin d’un nouveau mouvement pour la démocratie.
Par Nick Buxton et Yanis Varoufakis, janvier 2016 – Red Pepper / Le Saker francophone (trad.)

Yanis Varoufakis, interviewé par Nick Buxton, raconte qu’il veut sauver l’Europe avant qu’il ne soit trop tard, en lançant un mouvement pan européen pour une véritable démocratie européenne. Il nous raconte aussi sa difficile expérience personnelle face au monstre qu’est l’Union Européenne. Une interview pleine de leçons.

Nick Buxton : – Quelles sont les principales menaces à la démocratie de nos jours ?

Yanis Varoufakis : – La menace contre la démocratie vient toujours du dédain que les élites ont envers elle. Par nature, la démocratie est fragile et l’antipathie que les élites éprouvent pour elle est toujours très marquée, si bien qu’elles cherchent toujours à s’en débarrasser.

Cette histoire remonte aux Grecs anciens à Athènes, où le défi pour installer une démocratie fut immense. L’idée que les pauvres libres, qui formaient la majorité de la population puissent contrôler le gouvernement a toujours été contestée. Platon a écrit La République comme un traité contre la démocratie, plaidant plutôt pour un gouvernement d’experts.

Dans le cas de la démocratie américaine, il en va de même. Si vous lisez les Federalist Papers et Alexander Hamilton, vous verrez qu’ils ont été écrits dans une tentative pour contenir la démocratie et non pour la booster. L’idée derrière une démocratie représentative est d’avoir des marchands comme représentants démocratiques, car la plèbe était considérée comme n’étant pas à la hauteur d’une tâche aussi importante que de décider des questions d’État.

Les exemples sont innombrables. Regardez seulement ce qui est arrivé au gouvernement de Mossadegh en Iran dans les années 1950 ou à celui d’Allende au Chili. Chaque fois que le résultat des urnes ne convient pas aux élites en place, le processus démocratique est soit renversé soit menacé de l’être.

Donc si vous vous demandez qui sont et ont toujours été les ennemis de la démocratie, la réponse est : l’élite économique.

jeudi 10 décembre 2015

Europe et démocratie : le révélateur grec



La Grande table (2ème partie) par Caroline Broué
Europe et démocratie : le révélateur grec 10.12.2015
Frédéric Lordon s'insurge depuis plusieurs mois dans ses chroniques du sort réservé au gouvernement grec par l'Europe. Il y voit une dimension fondamentalement anti-démocratique inhérente aux institutions européennes. Comment penser la démocratie dans ce cadre? En quoi le cas grec est-il le révélateur d'un dysfonctionnement européen?
Le sort réservé au gouvernement Tsipras par les institutions européennes révèle-t-il des rapports de pouvoir potentiellement transformables ou bien sont-ils le signe d'un défaut structurel de ces institutions? Faut-il repenser la souveraineté et la légitimité des institutions pour les rendre vraiment démocratiques?
Avec :
Frédéric Lordon, philosophe, économiste
Sandra Laugier, philosophe, professeure de philosophie à l'université Paris-I Panthéon-Sorbonne, membre de l'Institut Universitaire de France

Son dernier livre : On achève bien les grecs : Chroniques de l’euro 2015, Ed. Les Liens qui libèrent, 2015
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Frédéric Lordon présente Impérium, structure et affects des corps politiques, Ed. La Fabrique, 2015
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dimanche 6 décembre 2015

L'Europe de Yanis Varoufakis



L'Europe de Yanis Varoufakis (Médiapart, septembre 2015)
Lire aussi :
Yanis Varoufakis: "Le plan Juncker est une plaisanterie", le 3 novembre 2015, l'Express


Pourquoi l'Europe menace la Grèce d'une expulsion de Schengen
Par Romaric Godin, le 2 décembre 2015 - La Tribune

Selon le Financial Times, la Grèce pourrait être exclue temporairement de la zone Schengen, en raison de son refus de coopérer pour le contrôle de ses frontières. Mais les raisons invoquées semblent peu justifiées.

Après avoir été menacée d'une expulsion de la zone euro cet été, la Grèce est cette fois menacée d'être expulsée de l'espace Schengen. Selon l'édition de ce mercredi 2 décembre du Financial Times, les institutions européennes menaceraient désormais clairement la Grèce « d'être suspendue » de l'espace de libre-circulation européen. Les ministres de l'Intérieur devraient agiter cette menace lors de leur réunion de jeudi, mais elle devrait être signifiée durant la semaine au gouvernement hellénique par le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, Jean Asselborn, dont le pays exerce ce semestre la présidence tournante de l'UE.

vendredi 2 octobre 2015

Plan A, plan B ? Plan C !

Plan A, plan B ? Plan C !
par Frédéric Lordon, 1er octobre 2015 - Le Monde diplomatique

Comme à l’époque où nous jouions avec les petites lettres en vermicelle dans le bouillon, voilà donc que la gauche redécouvre son alphabet : plan A, plan B, Varoufakis avait un plan X, et même Schaüble, dit-on, un plan Z… pour mettre les Grecs dehors (mais lui n’est pas trop de gauche…). Alors, soit, retombons en enfance, et jouons avec toutes les lettres.

Dans les termes qui ont été posés par la synthèse du Parti de gauche (PG) (1) , et puis offerts à un concours des autres pays d’Europe, le plan A (2) doit au moins être crédité d’une sorte de logique de l’acquit de conscience. « Pour qu’on ne puisse pas nous reprocher de ne pas avoir tout essayé », voilà essentiellement l’argument du plan A, qui, par ailleurs, ne croit sans doute pas (en tout cas ne devrait pas) à sa propre possibilité – on dira pourquoi dans un instant.

Des plans, mais pour aller où ?

C’est très bien d’avoir des plans en tout cas. C’est encore mieux si on est au clair quant à leurs objectifs. On peut bien faire des plans pour leur propriété de nous rassurer à propos de notre capacité de maîtriser l’avenir, mais leur utilité ne va pas beaucoup plus loin s’ils ne savent pas très bien eux-mêmes ce qu’ils visent… De ce point de vue, on ne peut pas dire que le « plan A-plan B » soit un modèle de clarté. Il l’est d’autant moins qu’il agglomère des personnalités dont les lignes diffèrent radicalement sur l’unique question stratégique, comme toujours : l’option de la sortie, quitte à ne l’activer qu’en dernier recours, mais à assumer sans ciller. Yanis Varoufakis a beau eu faire du pied à Unité Populaire, il continue, au mieux de s’abstenir « d’en parler », au pire persiste à en faire un commencement d’apocalypse fasciste façon retour des années 30 (3) — il faut prendre la mesure de cet argument délirant, et de la force qu’il aura prise dans la fraction « mémorandaire » (et plus largement anti-sortie) de Syriza, comme en témoignent les propos d’Euclide Tsakalotos rapportés par Stathis Kouvelakis (4) . Au total, nul ne saurait dire où se trouve stratégiquement Varoufakis, car répéter des termes contradictoires — sortir des memoranda, rester dans l’euro — pour montrer qu’on les tient bien ensemble ne fait ni une ligne ni ne résout la contradiction. Zoé Konstantopoulou, elle, s’est certes nettement séparée du Syriza mémorandaire après le 13 juillet, mais évite soigneusement d’évoquer explicitement la sortie de l’euro comme une option, ou même comme un levier de négociation. Quant à Stefano Fassina, il est le penseur du « front de libération nationale » auquel Jacques Sapir a donné sa formulation dernière…

C’est donc peu dire que, pour être belle, l’affiche du meeting du PG à la Fête de l’Huma (5) ne pouvait produire de grandes clarifications, ni témoigner d’une réelle bifurcation stratégique post-13 juillet. On objectera, non sans raison, que la politique construit parfois les clarifications progressivement, que la logique du malentendu ou de l’ambiguïté, usuellement nommée « rassemblement », y a sa productivité propre, et que seul le commentaire scolastique peut se donner la superbe d’ignorer le cambouis réel des hétérogénéités à tenir malgré tout, et des convergences à produire laborieusement. Et tout ceci serait vrai. Cependant la logique de l’ambigu, logique même du travail politique, qui oblige à faire aller ensemble des gens ne pensant pas identiquement, risque toujours de se perdre dans des synthèses sans objet si elle n’a pas un peu l’idée de son azimut. Et des plans sans cap, même à toutes les lettres de l’alphabet, ne sont que l’équivalent pour la politique du divertissement pascalien.

Pour l’heure en tout cas, il faut avoir bonne vue pour discerner les objectifs de « plan A-plan B ». Créditons-le cependant de la sincérité de ses intentions d’ouvrir le conflit avec les institutions européennes. Mais précisément : on ne s’engage pas dans une épreuve de force sans avoir une idée un peu claire des buts de guerre. Le risque du manque de clarté en cette matière, spécialement si l’on prend en compte la pusillanimité encore récente de bon nombre des têtes d’affiche du « plan A-plan B », le risque, donc, c’est de se lancer dans un conflit qu’on a le secret désir de ne pas faire aller trop loin, et de l’arrêter sitôt qu’un gain médiocre mais présentable aura été obtenu. Dit autrement, on ne monte pas une machine de guerre pour aller à la pêche aux clopinettes.

Le seul objectif : la redémocratisation intégrale

Un autre monde est possible



Entretien avec Yanis Varoufakis (Ecorama, le 30 septembre 2015)
Transcription de l'entretien : Yanis Varoufakis

Voici l'intégralité du discours prononcé par Yanis Varoufakis le 31 août 2015 lors de la fête de la rose de Frangy-en-Bresse. D'une rare puissance politique, il met l'Europe, aujourd'hui prisonnière de ses dogmes et rétive à la démocratie, face à son destin.
Ce discours est suivi d une interview réalisée le même jour, intitulée « Que voulons-nous faire de l'Europe ? », dans laquelle Yanis Varoufakis détaille ses positions sur la question monétaire et la stratégie politique à adopter.
Quatrième de couverture de :
Yanis Varoufakis, Un autre monde est possible, Pour que ma fille croie encore à l'économie, Ed. Flammarion, 2015
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Yanis Varoufakis : « Que voulons-nous faire de l’Europe ? » 
Entretien inédit pour le site de Ballast

À la suite de la dramatique séquence politique qui s’est déroulée ces derniers mois en Grèce et qui a mené à la signature d’un nouveau mémorandum, le Premier ministre Alexis Tsipras a décidé, n’ayant pas respecté son mandat populaire, de présenter sa démission et de convoquer de nouvelles élections. L’aile gauche de Syriza s’est désolidarisée pour créer un nouveau parti, Unité Populaire, ouvertement positionné en faveur de la sortie de la zone euro. S’étant refusé à céder aux institutions européennes et à cautionner un assouplissement de la ligne grecque, Yanis Varoufakis avait, pour sa part, renoncé à ses fonctions de ministre des Finances le soir du référendum du 5 juillet. L’homme qui a vécu durant des mois de négociations acharnées la violence de l’eurogroupe et de la Troïka est alors progressivement devenu un symbole : celui du « non » face aux exigences des créanciers. Nous nous étions donnés rendez-vous lors de son récent séjour en France, au cours duquel, invité par Arnaud Montebourg, il participa à la Fête de la Rose de Frangy-en-Bresse. Un rapprochement étonnant, a-t-on parfois dit. Pas tant que cela, à écouter en détail la position de l’ex-ministre grec… Un entretien fleuve mené au coin du feu, par une journée de pluie battante : de ses stratégies avortées à son désormais fameux « plan B », en passant par son rapport oblique au marxisme et ses craintes comme ses espoirs pour l’Europe.

L’amputation récente — et sérieuse — de la souveraineté de la Grèce nous a montré ce qu’il en était réellement de la démocratie dans l’Union européenne. La possible signature du TAFTA risque d’accélérer encore ce processus. Le gouvernement grec avait annoncé, il y a quelques mois, qu’il ne signerait pas ce traité. La convocation de nouvelles élections risque de changer la donne à ce propos. Qu’en sera-t-il si la gauche radicale arrive au pouvoir ?

Je trouve très difficile de croire qu’Unité populaire va parvenir au gouvernement. Restons plutôt réalistes. C’est une question très compliquée pour moi : si vous me l’aviez posée il y a un mois, j’aurais dit que jamais, en aucun cas, le gouvernement Syriza n’appuierait le TAFTA. Mais voilà, j’ai dit cela au sujet d’un bon nombre de lois et de textes que je n’aurais jamais imaginé voir portés par une majorité Syriza. Alors j’espère que le gouvernement grec rejettera le TAFTA. Mais je crains que si l’actuelle tendance aux volte-face persiste (sur le fondement du sempiternel « il n’y a pas d’alternative », cet abominable principe TINA — « There Is No Alternative »), nous puissions assister à un vote en faveur du TAFTA. En ce qui me concerne, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que cela n’arrive pas.

jeudi 24 septembre 2015

Le plus grand gagnant est la Troïka elle-même



Yanis Varoufakis à propos des élections du 20 septembre
Le 21 septembre 2015 - The Guardian

Alexis Tsipras a arraché une  victoire retentissante après la défaite humiliante de Juillet devant la Troïka des créanciers de la Grèce. Défiant les partis d'opposition, les sondeurs d'opinion et les critiques dans ses rangs (y compris de moi-même), il a obtenu une majorité réduite mais réelle.  La question est de savoir s'il peut à la fois rester à son poste et exercer le  pouvoir.

 Les plus grands perdants ont été  les petits partis représentant les extrêmes du débat après le référendum. Unité Populaire n’est pas parvenu à exploiter la souffrance ressentie par une majorité des électeurs du « Non » après que Tsipras  eut adopté un accord qui réduit la souveraineté nationale et accroît le niveau déjà terrible  de l'austérité. Potami, un  parti réformiste chéri de la Troïka, a également échoué à rallier le plus petit vote «Oui». Avec Tsipras conquérant d'un nouveau genre, maintenant fermement la barre du programme de la Troïka, les partis pro-Troïka n'avaient rien à offrir.

Le plus grand gagnant est la Troïka elle-même. Au cours des cinq dernières années, les projets de loi de la  Troïka sont passés par le parlement avec des majorités ultra-minces,  procurant des nuits blanches à leurs auteurs. Maintenant, les projets de loi nécessaires au troisième Mémorandum passent avec de confortables majorités, car Syriza s’y est engagé. Presque tous les députés de l'opposition (à l'exception des communistes du KKE et les nazis de l'Aube dorée) votent pour eux.

Bien sûr, pour en arriver là,  il a fallu meurtrir profondément la démocratie grecque. Un million 600.000 Grecs qui avaient voté lors du référendum de Juillet n'ont pas pris la peine de se présenter aux bureaux de vote dimanche -  ce n'est pas une grande perte pour les bureaucrates de Bruxelles, Francfort et Washington,  qui semblent concevoir  la démocratie comme une nuisance.

mercredi 26 août 2015

Notre printemps d'Athènes



Yanis Varoufakis face à Jean Jacques Bourdin (BFM, aout 2015)


Notre printemps d'Athènes !
Par Yannis Varoufakis, Paris, le 22 août 2015

Je vais vous dire pourquoi je suis ici, avec des mots que j’ai empruntés à un vieux manifeste célèbre. Je suis ici parce que :

Un spectre hante l’Europe - le spectre de la démocratie. Toutes les puissances de la vieille Europe ont conclu une sainte alliance pour exorciser ce spectre: les banquiers parrainés par les États  et l’Eurogroupe, la Troïka et le Dr Schäuble, les héritiers de l’héritage politique de Franco, le leadership berlinois du SPD, les gouvernements baltes qui ont soumis leurs populations à une  récession terrible et inutile, et l’oligarchie grecque en résurgence.
Je suis ici en face de vous parce qu’une petite nation a choisi de s’opposer à cette  sainte alliance. Pour la regarder dans les yeux et lui dire : Notre liberté n’est pas à vendre, notre dignité n’est pas  aux enchères. Si nous  renonçons à la liberté et à la dignité, comme vous l’exigez, l’Europe perdra son intégrité et renoncera à son âme.

vendredi 14 août 2015

Quel avenir pour Varoufakis ?



Quel avenir pour Varoufakis ?
Par Jacques Sapir, le 13 aout 2015

Yanis Varoufakis en en train de devenir un personnage important dans la vie politique grecque et au-delà. Dans le processus d’éclatement de Syriza, qui semble désormais bien engagé[1], il est appelé à jouer un rôle majeur avec l’ancien ministre de l’énergie, Panayiotis Lafazanis, et la présidente du Parlement, Mme Zoé Kostantopoulou. Mais, Yanis Varoufakis est aussi incontestablement devenu une figure marquante pour la gauche critique de l’Euro et quelqu’un qui va compter dans les reconfigurations politiques qui se préparent. Il y a de bonnes raisons à cela.

Un homme du “système” qui se rebelle contre ce dernier

mercredi 5 août 2015

"Fiscal waterboarding" européen



"(...) Vous voulez en plus  la vente complète des biens publics et l'incapacité totale du Parlement grec de choisir de décider ce qui est bon pour elle [la Grèce] dans l'avenir. Parce que je dois vous dire : Ce que vous faîtes avec ce pays qui est, après tout, pas seulement le berceau de la démocratie, mais aussi le berceau de toute la culture européenne, est juste honteux".
Source (et transcription entière) : Mediapart

Extrait du discours de la députée allemande Sarah Wagenknecht (Die Linke) au Bundestag sur l'adoption de l'accord européen avec la Grèce, le 17 juillet 2015.
Voir la vidéo sur le site : La Revue progressiste

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Interview de Yanis Varoufakis à Athènes (texte intégral)
Par Claudi Pérez, le 2 août 2015 - El Pais

Pourquoi toutes les interviews de vous que j'ai lues commencent-elles par une question sur votre état, alors que vous allez manifestement bien?

Je soupçonne certains journalistes de penser que je suis chagriné de n'être plus au ministère. Cependant je ne suis pas entré en politique pour faire carrière,  mais pour changer certaines choses. Il y a un prix à payer quand on veut tenter de changer certaines choses.

Quel est le prix?

Le dédain de l'establishment. Leurs sentiments profonds de haine, à l'idée de perdre des droits acquis. Ils se sentaient menacés. Si vous entrez en politique avec une position sans compromission, vous  vous faites piéger.

Vous dites que vous deviez changer des choses. Ces six derniers mois, avez-vous le sentiment de l'avoir fait?

Absolument. Pourquoi êtes-vous ici? Vous êtes ici parce que quelque chose a changé. Un gouvernement a été élu pour négocier durement sur une ligne argumentaire que l'Eurozone considérait comme inacceptable. En même temps, l'histoire le nécessitait. Ainsi vous avez une force irrésistible qui lutte contre un objet inamovible. L'inamovible logique, c'est l'irrationalité de l'Eurogroupe et la force irrésistible, c'est l'histoire. Le résultat est beaucoup de chaleur et de bruit. Heureusement il y aura aussi de la lumière...

J'ai lu votre livre, à propos de votre fille,  et puis j'ai fait quelques comptes. Le plan de renflouement se terminera  en 2018. Ensuite la supervision continuera jusqu'à ce que la Grèce ait payé la plus grande partie de ses emprunts: la maturité moyenne est de 32 ans. Ainsi l'ex-Troïka, maintenant Quadriga, sera encore  à Athènes quand vos petits-enfants seront adultes. Comment faites-vous avec ça?

Ne l'appelons plus "ex-Troïka". C'est de nouveau la Troïka. Nous leur avons donné une chance de devenir "les institutions", d'être légitimes, mais elles ont insisté pour rester la Troïka illégitime des cinq dernières années.

N'avez-vous pas tué la Troïka?

Eh bien, nous nous en sommes débarrassés ici à Athènes. Maintenant les institutions sont de retour: la Troïka est de retour. Elles auraient pu agir en tant qu'institutions légitimes. Mais elles semblent nettement préférer  agir en tant que Troïka de prêteurs. C'est leur choix.

 Mais  elles seront là jusqu'en 2025, quand vos petits enfants seront adultes.

Non, il n'en sera rien. Parce que cet Accord n'a pas d'avenir. Parce qu'il continue et prolonge la même mascarade: accroître la crise avec de nouveaux prêts insoutenables, et prétendre que ça  résout le problème.  Ça ne peut plus durer. Vous pouvez tromper les gens et les marchés pendant une brève période, mais pas pendant cinquante ans. Ou bien l'Europe change, et ce processus est remplacé par quelque chose de plus démocratique, durable, humaniste, ou bien  l'Europe n'existera plus en tant qu'Union Monétaire.

vendredi 31 juillet 2015

Pour Varoufakis



Pour Varoufakis
Par Jacques Sapir, le 30 juillet 2015

La menace d’une inculpation pour Haute Trahison pesant désormais sur Yanis Varoufakis a quelque chose d’absurde, mais aussi de terriblement révélateur[1]. Elle éclaire de manière crue le faite que la zone Euro est désormais devenue un monstre, ou plus précisément un tyran qui s’est dégagé de toute règle.

Les faits

Yanis Varoufakis, en tant que Ministre des finances, a pris la décision de faire pénétrer clandestinement le système informatique de l’administration fiscale grecque. On a rendu compte de ce « plan B » dans ce carnet[2], et c’est ce qui lui est reproché. Mais, il a pris cette décision en accord avec le Premier ministre, Alexis Tsipras. Il a pris cette décision concernant le système informatique de l’administration fiscale grecque parce que ce dernier était en réalité sous le contrôle d’hommes de la « Troïka », c’est à dire du Fond Monétaire International, de la Banque Centrale Européenne et de la Commission Européenne. C’est donc le Premier ministre conservateur, M. Samaras, battu lors des élections du 25 janvier, qui a en réalité commis cet acte de Haute Trahison en confiant l’administration fiscale à une (ou des) puissances étrangères. C’est lui, et lui seul, qui porte la totale responsabilité de ce qui est alors survenu.

Cette décision avait pour but de mettre en œuvre un système de paiements parallèles qui aurait permis au gouvernement grec de contourner le blocage des banques qui fut organisé par la BCE à partir de la fin juin 2015. Ceci aurait été nécessaire pour éviter la destruction du système bancaire grecque qu’a provoquée l’action de la Banque Centrale Européenne. Cette action illégale de la BCE a mis en péril le système bancaire alors que l’une de ses missions, inscrites dans la charte de la BCE est justement d’assurer le bon fonctionnement de ce système bancaire. Si Yanis Varoufakis doit être inculpé, il serait logique, il serait juste, que le Président de la BCE M. Draghi ainsi que le Président de l’Eurogroupe, M. Dijsselbloem, le soient aussi.

Il est exact que ce système parallèle de paiements aurait aussi pu permettre un glissement très rapide de l’Euro vers la Drachme, mais Varoufakis, selon les propos rapporté par The Telegraph, n’envisageait cela qu’en toute dernière extrémité[3].

mardi 28 juillet 2015

Grèce, Plan B et implications

MAJ de la page : Grèce : Varoufakis s'explique sur son incroyable plan B 




Grèce, Plan B et implications
Par Jacques Sapir, le 27 juillet 2015

La presse internationale a publiée plusieurs articles détaillant les propositions formulées par Yannis Varoufakis à Alexis Tsipras, propositions qui furent rejetées par le Premier ministre Grec. Elles nous éclairent sur le contenu du « plan B » qui existait en Grèce. Ces propositions montrent que, contrairement à ce que continuent à prétendre certains, dont Pierre Laurent, le secrétaire national du PCF (voir son entretien à Marianne[1]), l’alternative n’était pas entre la « banqueroute » et la capitulation. Il y a eu ici un mensonge conscient quant aux raisons de la capitulation de Tsipras. Il existait bien, en effet, une autre voie et cette dernière n’était pas “rocambolesque”. Mais, celle-ci impliquait, à relativement court terme, une sortie de la Grèce de l’Euro, une position qui semble être acceptée par des collaborateurs de Varoufakis[2]. Il faut en tirer toutes les conséquences.

Le contenu de ce plan « B »

lundi 27 juillet 2015

Grèce, l'agneau sacrificiel



Grèce, l'agneau sacrificiel
Par Joseph Stiglitz, prix Nobel d'Economie, le 26 juillet 2015 - New York Times

Alors que la crise grecque franchit un nouveau palier, l'Allemagne, la Grèce et le triumvirat du FMI, de la BCE et de la Commission Européenne (désormais mieux connu sous le nom de Troïka) sont tous sérieusement critiqués. Beaucoup de choses sont certes à blâmer, mais nous ne devrions pas pour autant perdre de vue ce qui est réellement en train d'arriver. Depuis cinq ans, j'observe de près la tragédie grecque, qui me concerne à plusieurs égards. Après avoir  passé toute la semaine dernière à Athènes en conversation avec des citoyens ordinaires jeunes et âgés, ainsi qu'avec des officiels d'aujourd'hui et d'hier, j'en suis venu à penser qu'il s'agit de bien autre chose que de la Grèce et de l'euro.

Certaines des lois basiques exigées par la Troïka concernent les impôts, les dépenses et l'équilibre entre les deux, et également des règles et régulations affectant des marchés spécifiques. Ce qui est frappant dans le nouveau programme (appelé le "troisième mémorandum") est que sur les deux points il est dénué de sens pour la Grèce et pour ses créanciers. En prenant connaissance des détails, j'ai eu une impression de déjà vu. En tant qu'économiste en chef de la Banque Mondiale à la fin des années 1990, j'ai pu observer en Asie de l'Est les effets dévastateurs du programme imposé aux pays qui avaient demandé l'aide du FMI. Cela n'était pas seulement la conséquence de l'austérité, mais aussi des réformes prétendument structurelles, dans lesquelles le FMI trop souvent imposait des demandes qui privilégiaient certains intérêts  sur d'autres. Il y avait des centaines de conditions, quelques-unes petites, d'autres fortes, beaucoup non pertinentes, quelques bonnes, certaines très mauvaises, qui faisaient l'impasse sur les changements réellement nécessaires.

De retour en Indonésie en 1998, j'ai vu à quel point le FMI avait ruiné le système bancaire de ce pays. Je me souviens d'une photo de  Michel Camdessus, le Directeur Général du FMI à cette époque,  félicitant chaudement  le Président Suharto car l'Indonésie avait retrouvé sa souveraineté économique. Lors d'une rencontre à Kuala Lumpur en Décembre  1997, j'ai alerté sur le fait que le sang pourrait couler dans les six mois suivants. Les  émeutes ont éclaté cinq mois plus tard à Jakarta et ailleurs en Indonésie. A la fois avant et après la crise en Asie de l'est, et celles en Afrique et en Amérique latine (très récemment en Argentine), ces programmes ont échoué, aboutissant à des cycles de  récessions et de dépressions. J'avais pensé qu'on avait tiré la leçon de ces échecs, et j'ai été surpris de voir, il y a cinq ans, ce même programme rigide et inefficace imposé en Europe.

mardi 14 juillet 2015

"Notre combat pour sauver la Grèce"



"Notre combat pour sauver la Grèce"
Interview téléphonique de Yanis Varoufakis par Harry Lambert, le 13 juillet 2015 - The New Statesman
[MAJ le 15 juillet 2015 avec une nouvelle traduction]

Harry Lambert : Alors, comment vous sentez-vous ?

Yanis Varoufakis : Je me sens sur le toit du monde – je n’ai plus à subir cet agenda très mouvementé, qui était absolument inhumain, tout simplement incroyable. J’avais 2 heures de sommeil par jour pendant cinq mois… Je suis également soulagé de ne plus avoir à supporter la pression incroyable de devoir négocier une position que je trouve difficile à défendre, même si je parvenais à amener l’autre partie à accepter, si vous voyez ce que je veux dire.

HL : Comment était-ce ? Avez-vous apprécié quelque aspect de cette expérience ?

YV : Oh oui, beaucoup de choses. Mais l’information interne qu’on obtient… voir vos pires craintes confirmées… avoir « les pouvoirs en place » qui vous parlent directement, et que ce soit comme vous le craigniez – la situation était pire que ce que nous avions imaginé ! Oui, c’était assez plaisant d’avoir le siège au premier rang.

HL : A quoi faites-vous allusion ?

YV : L’absence totale de scrupules démocratiques, de la part des défenseurs supposés de la démocratie en Europe. La compréhension très claire, en face, que nous étions sur la même ligne analytiquement – bien sûr, ils ne le reconnaîtront jamais à présent. [Et pourtant] d’avoir des personnages très puissants qui vous regardent dans les yeux et disent : « Ce que vous dites est vrai, mais nous allons vous broyer quand même. »

lundi 13 juillet 2015

Euroxit



L'Euroxit est confirmé !
L’Europe sort (un peu plus) du champs démocratique en imposant à un peuple, inventeur de la démocratie, ce qu’il venait de refuser par référendum quelques jours auparavant. Et pire encore.
«C’est plus que dur: c’est une destruction complète, une vengeance pure et simple et une destruction totale de la souveraineté grecque, sans espoir de soulagement.» Paul Krugman, prix Nobel d'Economie



* * *
Capitulation
Par Jacques Sapir, le 13 juillet 2015

Au petit matin de ce lundi 13 juillet, le Premier-ministre grec, M. Alexis Tsipras, a fini par capituler. Il a capitulé sous les pressions insensées de l’Allemagne, mais aussi de la France, de la Commission européenne et de l’Eurogroupe. Il n’en reste pas moins qu’il a capitulé. Car, il n’y a pas d’autres mots pour désigner l’accord qui lui a été imposé par l’Eurogroupe, puis par les différents dirigeants européens, le revolver – ou plus précisément la menace d’une expulsion de la Grèce hors de la zone Euro – sur la tempe. Cette capitulation aura des conséquences dramatiques, en Grèce en premier lieu où l’austérité va continuer à se déployer, mais aussi au sein de l’Union européenne. Les conditions dans lesquelles cette capitulation a été arrachée font voler en éclat le mythe d’une Europe unie et pacifiée, d’une Europe de la solidarité et des compromis. On a vu l’Allemagne obtenir de la Grèce ce que les anciens appelaient une paix carthaginoise. On sait que telle était la position dès le départ de M. Dijsselbloem, le Président de l’Eurogroupe[1]. On a vu, avec tristesse mais aussi avec colère, la France finir par se plier à la plupart des exigences allemandes, quoi qu’en dise notre Président.

Ce 13 juillet est et restera dans l’histoire un jour de deuil, à la fois pour la démocratie et pour l’Europe.

Un accord détestable

dimanche 12 juillet 2015

Faire du sort de la Grèce un exemple

MAJ de la page : Ce n'est pas l'heure pour les jeux en Europe

Le ministre allemand des finances veut que la Grèce soit exclue de l’euro pour effrayer les Français
Par Yanis Varoufakis, le 11 juillet 2015

Le sommet EU de demain va sceller le sort de la Grèce dans l’Eurozone. Alors que ces lignes sont écrites, Euclid Tsakalotos, mon cher ami, camarade m’ayant succédé au poste de ministre grec des finances se rend à la réunion de l’Eurogroupe qui va déterminer si un ultime accord entre la Grèce et nos créanciers peut être trouve et si cet accord contient assez d’éléments concernant un allègement de la dette permettant à l’économie grecque de devenir viable dans la zone euro. Euclide a emporté avec lui un plan de restructuration de la dette, à la fois logique, modéré et bien-pensé, qui est sans aucun doute dans l’intérêt de la Grèce et de ses créanciers. (Je publierai les détails de ce plan ici une fois que les choses se seront calmées).

Si ces modestes propositions de restructuration de la dette sont rejetées, comme en a menacé le ministre allemand des finances, le sommet EU de dimanche devra décider entre exclure maintenant la Grèce de l’Eurozone ou la garder pour un certain temps, dans un profond état d’appauvrissement, jusqu’à ce qu’elle s’en aille. La question qui se pose est : pourquoi le ministre des finances allemand, Dr Wolfgang Schäuble, s’oppose à une restructuration de dette modérée et bénéfique aux deux parties ? L’éditorial suivant, publié récemment dans le Guardian, répond a ma question. [Je tiens à dire que le titre du Guardian n’était pas mon choix. Le mien était, comme celui au-dessus: Derrière le refus allemand d’accorder un allégement de la dette grecque]

Le drame des finances grecques a dominé les gros titres des médias Durant 5 ans pour une raison: le refus obstiné de nos créanciers d’accepter un allègement de la dette. Pourquoi, alors que cela est un non-sens, que cela va contre l’avis du FMI et les pratiques habituelles des banquiers faisant face à des emprunteurs ruinés, refusent-ils une restructuration de la dette ? La réponse n’est pas d’origine économique, mais est profondément inscrite dans le labyrinthe politique européen.

jeudi 19 février 2015

Ce n'est pas l'heure pour les jeux en Europe



“Ce n’est pas l’heure pour les jeux en Europe”
Par Yanis Varoufakis, New YorkTimes, le 17 février 2015

ATHÈNES — J’écris cet article en marge d’une négociation cruciale avec les créanciers de mon pays – une négociation dont le résultat pourrait marquer toute une génération, et même s’avérer être le tournant décisif de l’expérience européenne d’une union monétaire. Les théoriciens des jeux analysent les négociations comme si elles étaient des jeux où des joueurs purement motivés par leur intérêt personnel se partagent un gâteau. Parce que j’ai passé de nombreuses années durant ma précédente vie en tant que chercheur universitaire à étudier la théorie des jeux, certains journalistes ont présumé hâtivement que, en tant que nouveau ministre des finances de la Grèce, j’élaborais activement des bluffs, des stratagèmes et des options de sortie, m’efforçant au mieux d’améliorer une mauvaise main.

Rien ne pourrait être plus loin de la vérité.

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