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vendredi 29 juillet 2011

Ajja ou Ramachandra Bhat

Ajja ou « grand père », comme il est tendrement appelé par tous ceux qui le connaissent, est un exemple vivant de l’extraordinaire héritage spirituel de l’Inde, et son histoire personnelle est aussi étrange et mystérieuse qu’elle est miraculeuse. Né en 1916 (et mort en 2007), Ramachandra était un riche propriétaire fermier qui, tout en n’exprimant aucun intérêt particulier pour les questions spirituelles, avait la réputation d’être naturellement doué d’une inhabituelle pureté de cœur et d’une rare simplicité d’être. Un jour, à l’âge de trente six ans, sans aucune raison apparente, Ramachandra fut frappé d’une terrible douleur dans le cœur, qui se répandit progressivement dans tout son corps. Durant six mois, il supporta ce qu’il décrit comme une douleur physique atroce, et pendant tout ce temps sa famille essaya désespérément de découvrir ce qui le faisait tant souffrir. Leurs efforts s’avérèrent infructueux, car personne ne pouvait trouver la cause de son tourment. Puis, aussi soudainement qu’elle était apparue, la douleur disparut, sans laisser de trace. Alors qu’auparavant il n’était pas homme à réfléchir en profondeur, cette expérience provoqua chez lui une intense investigation qui dura, m’at-on dit, plusieurs mois. « Quelle est cette douleur qui a torturé mon corps ? » se demanda-t-il. « Qu’est ce que la servitude ? Qu’est ce que la libération ? » Grâce à sa simplicité et à la pureté de son esprit, il fut capable d’aller jusqu’à la racine profonde de ces questions en un instant. Ce qu’il découvrit dans son investigation est que toute douleur est servitude, et que la cause profonde de toute servitude est le karma. Il réalisa que le karma est créé par l’esprit, l’esprit étant toutes les pensées qui sont obnubilées par le petit soi. Lors de la dernière nuit de son investigation intérieure, il se demanda : « Quelle est la racine des biens terrestres ? de l’argent ? » L’argent, conclut-il, est la chose la plus importante dans ce monde, et toutes les peurs, les insécurités prennent leurs racines dans l’attachement à cela.



A cet instant, il eut une vision puissante, à la fois glorieuse et terrifiante. Devant lui apparut une femme extrêmement belle dont le corps entier était rouge, et il vit, avec horreur, que du sang coulait à flots de sa bouche. Il la reconnut comme étant la mort incarnée. Puis, alors qu’il la contemplait un long moment, il eut une puissante révélation. Il réalisa que la possession est la racine de l’argent. Et que la possession c’est la mort. Alors, la figure féminine s’évanouit, une porte apparut, et à ce moment une investigation ultime se déclencha en lui. « Qui suis-je ? » se demandat-il. La porte s’ouvrit alors, et il quitta son corps par le sommet de sa tête. Des « entités divines » l’accueillirent et le guidèrent plus loin vers ce qu’il appela le « troisième niveau ». Pendant tout ce processus, qui se déroula au milieu de la nuit, il était allongé sur le sol de sa chambre, en toute apparence mort physiquement. Pendant ce temps, Ishmael, un fermier musulman, destiné à devenir plus tard son plus proche disciple, était assis à ses côtés surveillant son corps, m’a-t-on dit, sur les ordres de l’inconnu. Puis, une boule de lumière apparut, plana près de sa forme inerte – puis y entra. Dès que la lumière pénétra dans le corps d’Ajja, il ouvrit les yeux. Les premiers mots qu’il prononça furent : « Celui qui était ici est parti – quelqu’un d’autre est venu. » Il poursuivit : « Je ne suis pas le corps, je n’ai pas de mère, je n’ai pas de père. Je suis cette clarté. »

Pendant les trois mois suivants, Ajja resta assis tranquillement chez lui tandis qu’un profond silence intérieur grandissait en intensité. Alors que son esprit s’ajustait progressivement à sa nouvelle condition, il devint si sensible que même le son le plus léger lui était complètement insupportable.

A la fin de cette période, il sortit de chez lui, totalement transformé. Tel un homme complètement ivre, il errait nu, parfois dansant et chantant sous la pluie pendant des heures, parfois regardant fixement et sans fin le soleil. Il dormait sur les rochers et sous les arbres. Sa famille pensa qu’il était devenu fou et finit par l’enfermer dans un asile. Quand les docteurs lui demandèrent son nom, il répondit « Je n’ai pas de nom». Quand ils lui demandèrent où il vivait, il répondit « Partout ». Au bout de deux mois, les docteurs conclurent qu’il n’était pas fou et le renvoyèrent chez lui.

Il passa les vingt années suivantes à être un avadhuta [celui qui est délivré de tout soucis] itinérant, semblant presque toujours inconscient du monde alentour tant il était immergé dans la conscience du SOI. Ishmael, devenu son compagnon permanent, s’occupait de ses besoins essentiels. Puis, en 1961, alors qu’il était à Rishikesh, dans le nord-est de l’Inde, il entendit une voix l’appeler : « Viens à moi. Toi viens à moi. Je suis ici à Ganeshpuri. » Répondant immédiatement, il se rendit à Ganeshpuri et vit le légendaire Swami Nitiyananda, avec lequel il eut un entretien de cinq minutes seulement. Aucun mot ne fut prononcé alors qu’ils se regardaient fixement dans les yeux. Cette rencontre permit à Ajja de « revenir sur terre » et, peu après, il recommença à porter des vêtements et à parler à nouveau.
Source du texte : enlightennext



Ajja et U.G.


Andrew Cohen : Je comprends que lorsque l'esprit est silencieux, il n'y a pas de problème et par conséquent aucun besoin de trouver une solution. Cependant, j'ai quelques questions que j'aimerais vous poser de toutes façons, pour les nombreuses personnes qui liront cet entretien.

Ajja :Quelle que soit votre question, la réponse qui sort d'ici est : "faites silence dans votre esprit". Vous devez d'abord concentrer l’esprit sur lui-même. Si, après cela, vous avez toujours besoin d'une réponse parfaite, ma vie elle-même est la réponse. En voyant mon action, vous pouvez comprendre, vous pouvez réaliser Cela. Voilà mon message. Voilà ma réponse.

AC: Puis-je vous poser une question tout de même ? C’est une bonne question.

Ajja :Si je réponds quelque chose, cela devra être utile. Ce qui importe c’est l’action. Lorsque le message sera donné, le mettront-ils en pratique ?

AC: C’est ce que je voulais vous demander. Quelle est la relation entre la non-existence et l’action dans l’espace et le temps ?

Ajja :L’homme perd son existence à travers la connaissance et l’action. A travers elles, il devient libre. Alors il est lui-même un jivan mukta [personne libérée]. Mais quand ce “je“ est parti, que restet-il ? Où alors est la question ?

AC: Bien qu’il soit libre, le jnani [individu ayant réalisé le Soi], le jivan mukta, ne continue-t-il pas à exprimer quelque chose à travers ses actions ?

Ajja :Je n’ai pas la conscience que « je suis un jnani » ou « je suis un jivan mukta ». Je n’ai rien. Quand le “je“ est parti, la conscience n’évoque même pas le sentiment du “je“. C’est complètement parti. Donc pour un jnani, cette question ne se pose même pas. Nos pensées sont transformées en contemplation. Alors nos interactions de routine quotidienne deviennent spirituelles. En cela, la routine habituelle elle-même devient une vie spirituelle. C’est cela même la vie d’un yogi. C’est cela même la vie divine.
(...)


Pour tout cela, la méditation est le point de départ. Au début, il faut se mettre en position de méditation. On a besoin de cette préparation intérieure. On a besoin de se discipliner. Mais ce n’est pas suffisant de seulement s’asseoir. Ce n’est pas seulement le corps qui doit s’asseoir ; l’esprit aussi doit s’asseoir. L’esprit ne doit pas vagabonder. A moins que l’esprit soit contrôlé, il n’y a pas méditation. Le vagabondage de l’esprit lui-même est le monde.

(...)

Extrait d'une interview par André Cohen.
Source du texte : enlightenext
Site consacré à Ajja : myajja / vidéo





dimanche 19 juin 2011

Nagarjuna


Nâgârjuna, moine bouddhiste du IIe-IIIe siècle originaire de l'Inde, est célèbre pour être le fondateur de l'Ecole philosophique dite du « Milieu ». Sa vie, dont nous ne savons en réalité que peu de choses, nous est rapportée par un important corpus littéraire historique, elle est bien évidemment mêlée de légendes et de mythes d'une richesse caractéristique des hagiographies religieuses traditionnelles. Selon ces sources, Nâgârjuna tiendrait son nom de Nâga qui signifie serpent, et d'Arjuna une variété d'arbre, ce qui, symboliquement, signifierait qu'il soit né sous un arbre et que des serpents furent les instruments de la transmission de sa science et de son savoir. Ayant un jour guéri Mucilinda, le roi des Nâga, ces derniers, en forme de remerciements, lui remirent dit la tradition, les cent mille vers du Prajnâpâramitâ-sûtra. On dit également que dans le palais des Nâga, Nâgârjuna découvrit sept coffres précieux contenant de très nombreux Mahâyânasûtra. En 90 jours il mémorisa les cent mille gâthâ qui résument l'essence de la Doctrine du Prajnâpâramitâ. En forme de respect vis-à-vis de son savoir, et de reconnaissance pour son geste envers leur roi, plus tard, lorsqu'il instruira ses disciples, les mêmes Nâga, feront de leur corps une sorte d'ombrelle afin de le protéger des morsures du soleil et, de l'agression des éléments ; ceci expliquant l'origine des très nombreuses représentations iconographique figurant Nâgârjuna, la tête nimbée de sa protection reptilienne caractéristique.
Extrait de Nagarjuna et la doctrine de la vacuité de Jean-Marc Vivenza
Source du texte : Jean-Marc Vivenza
Autre biographie : wikipedia

On  ne peut le qualifier de vide, ni de non vide, ou des deux ou d'aucun, mais pour le désigner on l'appelle le vide. (MK,XV,3)


Bibliographie :
- Traité du milieu, traduit par Georges Driessens, Seuil Points/Sagesses, Paris, 1995.
- Stances du milieu par excellence, traduit par Guy Bugault, Gallimard/Connaissance de l'Orient, Paris.
- Conseils au roi (La Guirlande précieuse de conseils au roi), traduit par Georges Driessens, Seuil Points/Sagesses, Paris, 2000.
- La Lettre à un ami, traduit par Georges Driessens & Michel Zaregradsky, éd Dharma, 1981.
- Lettre à un ami, traduit par le Comité Padmakara et commenté par Kangyour Rinpoché, éd. Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007.
- Le Traité de la grande vertu de sagesse, traduit du chinois (Kumarajiva) par Étienne Lamotte, Bureaux du Muséon, Louvain, 1944.
- Le Livre de la chance (Anthologie des soutras, Sûtrasamuccaya), traduit par Georges Driessens, éd. Le Seuil/Points Sagesse, Paris, 2003.
- Versets jaillis du centre, trad. Stephen Bachelor, Ed. Kunchab Inst. Yeunten Ling, 2001.
Sur le net : 
- Version bilingue de l'Hymne au Dharmadhatu (attribué à Nagarjuna), sur le site Hridayartha : PDF
- Les Vingt versets sur le Mahayana (attribué à Nagarjuna), sur le site Hridayartha : PDF
Etudes :
Jean-Marc Vivenza, Nagarjuna et la doctrine de la vacuité. Ed. Albin Michel, coll. Spiritualité vivante, 2001.
Georges Dreyfus, La vacuité selon l'école mâdhyamika, Ed. VajraYogini, Marzens, 1992.
Liliane Silburn, Aux source du Bouddhisme, Ed. Fayard, 1977.
Peter Fenner, Le fil de la certitude, dilemmes de la voie bouddhiste, Ed. du relié, 2001.
Sur le Madyamaka : wikipedia
Sur le tétralemme : wikipedia


Hymne à la Réalité absolue.
1. Comment Te louerais-je, Seigneur, Toi qui sans naissance, sans demeure, surpasse toute connaissance mondaine et dont le domaine échappe aux cheminements de la parole.
2. Pourtant, tel que Tu es, accessible au (seul) sens d'Ainsité, avec amour je (Te) louerais, ô Maître, en recourant aux conventions mondaines.
3. Puisque, par essence, Tu ne nais pas, en Toi, point de naissance, point d'allée ni de venue. Hommage à Toi, Seigneur, à Toi le Sans-nature-propre !
4. Tu n'es ni être ni non-être, ni permanent ni impermanent, ni éternel ni non éternel. Hommage à Toi, le Sans-dualité !
5. En Toi aucune couleur n'est perçue, ni rouge, ni vert, ni garance, ni jaune, ni noir, ni blanc. Hommage à Toi, le Sans-couleur !
6. Tu n'es ni grand ni petit, ni long, ni rond. Tu as atteint le but sans mesure. Hommage à Toi, le Sans-limites !
7. Tu n'es ni loin ni près, ni dans le ciel ni sur terre, ni dans le samsara ni dans le nirvana. Hommage à Toi, le Sans-demeure !
8. En aucune chose Tu ne résides, (ainsi donc) Tu as atteint le but : le domaine absolu, et Tu as acquis la suprême profondeur. Hommage à Toi, le Profond !
9. Par une telle louange puisses-Tu être loué ! Mais as-Tu été loué ? Si toutes choses sont vides, qui est loué et par qui ?
10. Qui est capable de Te louer, Toi qui n'apparais ni ne disparais, Toi pour qui n'existent ni milieu ni extrémités, ni perception ni perceptible !
11. Il n'est pas allé, Il n'est pas venu, exempt d'aller : c'est Lui le Bien-Allé qui vient d'être loué. Grâce au mérite acquis (par cette louange), puisse l'humanité avoir accès au séjour du Bien-Allé !
Extrait de Les quatre hymnes de Nagarjuna dans : Aux source du Bouddhisme.
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Chap. 18, Analyse du je et des phénomènes.
1.
Si le je était les agrégats,
Il serait sujet à la production et à la destruction.
S'il était autre que les agrégats,
Il n'aurait pas les caractères des agrégats.
2.
Si un je n'existait pas,
Comment un mien existerait-il ?
Puisque je et mien sont apaisés,
Les conceptions d'un je et d'un mien sont anéanties.
3.
Celui qui est sans appréhension d'un je et d'un mien
N'est pas non plus existant,
Celui qui voit l'absence d'appréhension d'un je et d'un mien
Ne voit pas.
4.
Lorsque est détruite l'idée du je et du mien
Relativement à l'interne et à l'externe,
L'appropriation prend fin
Et, avec sa destruction, la naissance est détruite.
5.
La libération a lieu par l'élimination des actes et des passions,
Les actes et les passions proviennent des imaginations,
Celle-ci de la pensée discursive.
La pensée discursive est arrêtée par la vacuité.
6.
Les Eveillés ont mentionné : "Le je existe",
Ils ont aussi enseigné : "Le je n'existe pas",
Mais ils ont encore proclamé
Que n'existe aucun je ni non je.
7.
L'objet d'expression disparaît
En se détournant du domaine de la pensée.
Non produite, non détruite,
La nature des choses est comme l'au-delà des peines.
8.
Tout est vrai, non vrai,
Vrai et non vrai,
Ni vrai ni non vrai,
Tel est l'enseignement de l'Eveillé.
9.
Non connue par l'intermédiaire d'autrui, apaisée,
Non élaborée par la pensée discursive,
Non conceptuelle, sans diversité,
Tels sont les caractères de l'ainsité.
10.
Ce qui apparait en dépendance d'une chose,
Cela n'est pas cette chose
Et n'est pas non plus différent d'elle.
Par suite, il n'a a ni annihilation ni permanence.
11.
Ni identité, ni diversité,
Ni anéantissement, ni permanence,
Tel est le nectar de l'enseignement
Des Eveillés, protecteurs du monde.
12.
Que les parfaits Eveillés n'apparaissent pas
Et que les Auditeurs aient disparu,
La sagesse fondamentale des Eveillés solitaires
Se produit en l'absence de soutien.
Extrait de Traité du Milieu. Ed. Points.
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jeudi 26 mai 2011

Bhattanarayana

De lui nous ne savons rien, exception faites des noms de membre de sa famille : son grand-père se nommait Paramesvara et son père Aparajita. Postérieur à Vasugupta dont il était peut-être le disciple direct, il vivait probablement au début du règne de Avantivarman, roi du Kasmir (855 à 883), c'est-à-dire au temps de Kallata et de Somananda, dans la seconde moitié du IXe siècle. (...)
La langue de Narayana est concise, les mots à plusieurs significations y foisonnent; les vers aux assonnances raffinées contiennent des jeux de mots subtils et par cela même intraduisibles. Le poème est intitulé Stavacintamani, joyau à la louange de Siva. On peut se demander si le poète n'a pas composé ces stances au sortir de l'extase après avoir plongé dans les mers profondes pour en rapporter la perles inestimable de l'Amour.
Extrait de : La Bhakti

Bibliographie :
- La Bhakti, Le Stavacintamani de Bhattanarayana, trad. Liliane Silburn, Institut de Civilisation Indienne (fascicule 19), Ed. De Boccard, 1964-2003.

Commande : Editions De Boccard





1. Gloire à Paramesvara, le Seigneur suprême : Sa grandeur faite de félicité resplendit grâce à Pasyanti à la douce parole qui, sitôt vue, captive son coeur.

2. Lui dont l'épanouissement est prospérité, compassion, compréhension, félicité suprême, efficience, et dont la majesté fulgure de Connaissance, gloire à Lui, l'Invincible !

3. Hommage à Sankara, lumière infinie dont l'essence est pure ambroisie, océan de lait qui s'étale en vagues de différenciation et (reflue) dans la Conscience indifférenciée.

4. Nous Te haissons, nous Te louangeons, nous nous consacrons à Toi (par une formule mystique), o Epoux de la Mère ! Dans l'excès de (Ta) tendresse, Tu nous supportes en nous pénétrant parfaitement.

5. Lui qui se dérobe au contact des objets, qui produit l'ambroisie en surabondance, et dont se dissipe la forme illusoire, hommage à (Lui) Sambhu, l'Omniprésent !

6. Indifférencié même dans les objets différenciés et indivisé dans les divisions même, nous saluons le Seigneur suprême, cette Essence commune à tous.

7. Ce pilier plus tenu même que la demi-more ultime au-dessus de la syllabe AUM mais aussi plus grand que l'oeuf (cosmique) du Brahma et dont la caractéristique est de n'en point avoir à Lui !


8. Nous chantons l'Energie : elle porte en elle l'oeuf de Brahma, telle Hamsi, (la compagne) du Cygne céleste, le Seigneur supreme qui, omniprésent, envahit le firmament. 

9. En l'absence même d'un mur Il déploie la fresque d'un univers qui n'a ni cause ni instrument ! hommage à ce porteur du trident, dont l'art est admirable ! 

10. Cette Sapience sivaite immaculée que Tu as tirée tout entière des eaux de l'illusion, de Ton plein gré donne-nous ce lait; viens à nous, o Cygne ravisseur ! 

11. Même uni au différencié, que délimitent les six normes de la connaissance, Tu demeures indifférencié; nous apportons l'offrande à Ta Réalité, seule réalisation de l'ultime Vérité. 

12. Puissions-nous  contempler Ta profonde caverne que La lumière suprême, dissipant en tous sens les ténèbres, embellit intérieurement, o (universelle) Existence ! 

13. Hommage à ceux qui, fut-ce en rêve, voient le Seigneur au front orné du croissant de lune leur conférer la suprême béatitude !

14. O bienheureuse Existence ! cette aspiration à réaliser Ta Réalité si experte à déraciner la crainte des existences répétées, qui donc n'y aspire ?
(...)
Extrait de : Le Stavacintamani (en 120 versets)
Commande : Editions De Boccard

mardi 24 mai 2011

Sivanandanatha ou Erakanatha

L'école Krama est connue sous les noms de Mahartha, Sens absolu, Mahanaya, Atinaya, Atimarga, doctrine ou voie supreme, Devinaya et Kalinaya en raison de l'importance qu'elle accorde à la déesse Kali, l'énergie divine. Elle fut très célèbre dans le passé et remonte probablement au VIe siècle de notre ère. Le Dr.- K.C.Pandey fixe approximativement à la fin du VIe siècle ou au commencement du VIIe siècle l'époque où vécut son promoteur, Sivanandanatha. Elle resta florissante quelques siècles encore. (...)

Dès les premiers mots de son Srikalikastotra, hymne à la louage des énergies dénommées Kali, Sivanandanatha pose la non-dualité absolue, la Conscience totale qui embrasse forme et sans forme, être et non-être, bien et mal, et hors de laquelle il n'y a rien, tout son système étant résumé par l'expression niruttarasahaja, spontanéité du sans-égal ou du sans -réplique, selon les divers sens du terme : l'Unique qui est le Tout, la Conscience incomparable qui seule existe (verset1-2), unique et prenant l'aspect du multiple, on la qualifie de sans-second (advaya) du fait qu'elle exclut l'autre, d'incomparable (asama), de splendeur suprême (dhaman) (verset 7). (...)
Et pour plus de sûreté, de peur qu'on se méprenne malgré les éclaircissements, Sivanandanatha précise à la stance 18 'niruttaratara', elle surpasse l'insurpassé, elle est donc par-delà ce qui n'a pas de supérieur, cette expression niant ainsi sa transcendance par rapport à quoi que ce soit; en effet elle contient tout, sans aucune dualité de contenant à contenu, sans aucune différenciation d'intérieur-extérieur, car 'autre' qu'elle, c'est elle encore et toujours. (...)

Un tel non dualisme se montre aussi large qu'intransigeant puisqu'il n'y a rien d'autre que l'Un. Dès lors la dualité sapée à la base, et pourtant l'advaya ainsi entendue n'est pas exclusive à la manière de celui de Sankara qui considère liens et devenir comme une pure illusion. Abhinavagupta par contre ne rejette rien hors de l'absolu, pas même les liens, l'illusion n'étant qu'une forme de l'énergie créatrice. (...)
Extrait de : Hymnes aux Kali de Lilian Silburn.


Bibliographie :
- Srikalikastotra dans Hymnes aux Kali, La roue des énergies divines, trad. de Lilian Silburn, Ed. De Boccard, 1975. 

Commande : Edition De Boccard


Kali

1. O Déesse, gloire à Ta forme sans forme et forme du triple univers, (Beauté) sans leurre qui ne suscite ni le bien ni le mal et que peut atteindre une très claire Conscience.

2. Gloire à Ta forme sans dualité; unique elle a pour aspect le multiple, bien que libre de changement, elle pénètre l'univers qui (d'elle) s'écoule; pure de toute impureté, elle est appelée Essence de la Conscience.

3. Gloire à Ton indicible prise de forme qui en raison de Ton pur désir jaillit à l'intérieur de Toi comme identique à la Lumière de la Conscience dont l'essence innée n'a pas de rival !

4. Gloire à Toi lorsque par (Ta) puissance Tu souffles sur le temps tout entier puis le supprimes en bourdonnant d'une effroyable manière. Mais aussi (gloire à Toi) quand Tu accordes la grâce !

5. O Kali, gloire à Toi qui fractionne la substance du temps, la divises en douze puis fais resplendir cette forme en Toi-même !

6. Gloire à Toi, Mère des êtres vivants ! Selon Ton désir le Temps sous l'aspect de Bhairava-le-Redoutable engendre le monde à partir de la cause première (Siva) jusqu'au vermisseau.

7. O Génitrice ! Gloire à cette indicible et suprême Splendeur qui est Tienne, quintessence immaculée, elle impregne intérieureemnt la triple splendeur du feu, du soleil et de la lune.

8-9. Quintessence unique rendue triple par la différenciation en ébranlement, permanence et dissolution, et aussi quadruple du fait que chacune de ces étapes devient apparition, durée, résorption et repos définitif, gloire à cette forme Tienne dont l'universelle mise en mouvement tourbillonne vers l'extérieur et vers l'intérieur lorsque Tu ordonnes, selon le nombre treize, Ton Essence innée !

10. C'est Toi, uniquement (Toi) qu'on exalte comme l'indicible Conscience innée se consacrant à détruire la production qui se différencie en bien et en mal, O Bienheureuse, Tu es glorifiée sous forme de la Glorieuse ou d'autres qualifications !

11. Gloire à Ta forme aimable et paisible dont le flux dans l'océan de l'Essence immaculée déploie en bon ordre tout l'univers diversifié de l'animé et de l'inanimé !

12. O génitrice ! Cette beauté plénière qui est la Tienne dont la majesté universelle et totale se trouve combinée lorsque s'épanouit la joie innée, gloire à elle qui déborde d'une suprême félicité !

13. Ardente à engloutir le Temps puissant et hideux qui a (lui-même) engloutit les trois mondes en leur totalité, gloire à Toi, Krisodari à 'la taille fine' et qui pourtant réussis à dévorer la richesse du devenir !

14. Incomparable, totalement exempte des trois formes (et) imprégnant l'intime de (cette) triple forme, gloire à Ta suprême et indicible Forme qui, sans forme, a la forme de l'expérience !

15. Indestructible, indifférenciée, incommensurable, Elle en qui s'apaisent définitivement les remous de la discrimination entre bien et mal, gloire à la haute Splendeur de Kali qui s'épanouit en lumière consciente et en majesté !

16. D'une quintuple manière et une à une elle a divisé (sa) forme faite de treize parties. Gloire à la Mère qui irradie le flot céleste, Nautonière salvatrice de l'univers !

17. Gloire à Ta forme, sanctuaire vénérable plein d'une quiétude sans égale et ou surabonde la majesté de la connaissance se jouant à travers la ronde des déesses qui évoluent sur terre, dans l'espace, dans le ciel et dans l'éther.

18. Dans l'état de dissolution et dans celui d'absorption finale, Elle est libre du jeu alternant qui se déploie en bien et en mal, o Déesse, je salue Celle qui surpasse l'insurpassable, Elle toujours et partout évidente !

19. A la façon dont est visible dans le grand champs crématoire l'Essence de la Déesse en son absolue indifférenciation, que par Ta grace, o Mère, me soit visible ce triple monde !

20. Que la louange de l'Essence ainsi composée par moi, Siva, et qu'inspire une absorption complète (en Siva) serve à (ma propre) paix et soit aussi bénéfique à tout l'univers qui n'est autre que moi !
Extrait de : Hymnes aux Kali.

Autre extrait du livre de Liliane Silburn : Omalpha
Commande : Edition De Boccard


lundi 23 mai 2011

Vijnana Bhairava Tantra ou la Discrimination de la Réalité Ultime

Le Vijnanabhairava 'la discrimination de la Réalité ultime' est un livre sacré dont se réclame l'école Sivaite moniste du Kashmir. Il fait partie des plus anciens Tantra ou Agama, textes révélés qui furent probablement codifiés au début de notre ère quoique leurs éléments constituants remontent à une époque plus lointaine. Les adorateurs de Bhairava le tiennent en haute estime et le mettent, avec le Malinivijayatantra, le Rudrayamala et la Paratrimsika, au premier rang des Tantras. Dès qu'il est questions d'expériences spirituelles, ils en citent de nombreux versets. Pour lui témoigner son respect, Abhinavagupta le nomme même 'Sivavijnanopanishad'. (...)

Bhairava est la Conscience indifférenciée universelle et sans second dans son rapport avec le cosmos, sa manifestation, sa conservation et sa résorption. 
Pour désigner la Réalité, le système Trika ainsi que les Agama plus anciens se servent de trois dénominations du Dieu suprême : Bhairava, Rudra et Siva qui situent clairement les trois niveaux de toute expérience possible. En Bhairava il n'existe pas encore de différenciation entre énergie et détenteur de l'énergie (sakti et Siva) tandis qu'en Rudra cette différence commence à poindre et qu'elle se dessine nettement en Siva. (...)
Source du texte : Le Vijnanabhairava tantra, trad. Liliane Silburn


Bibliographie :
- Vijnana Bhairava, traduction, notes et commentaires de Lilian Silburn. Institut de Civilisation Indienne (fascicule 15), Ed. De Boccard, 1961-1999.

 - Cent douze méditation tantrique : Vijnana Bhairava, trad. de Pierre Feuga. Ed. Accarias L'Originel, 2007.
- Tantra yoga, le Vijnana Bhairava, trad. de Daniel Odier. Ed. Albin Michel, 2000.
- Vijnana Bhairava, la divine conscience, trad. de l'anglais Jean-Marc Mantel. Ed. Recto Verso, 1998.

Parmi toutes ces traductions, celle de Lilian Silburn s'impose naturellement, non seulement pour sa fidélité et son style mais aussi pour son introduction, ses nombreuses notes et commentaires, toujours pertinents, éclairants et précis. En un mot une édition indispensables (pour aller plus loin dans la compréhension du texte).

Commande : Editions De Boccard


Masque de Bhairava, Musée Guimet (Paris)


La Déesse dit :

Ô Dieu, tout ce qui tire son origine du Rudrayâmalatantra m’a été intégralement révélé. C’est le Trikabheda, la triple différenciation obtenue en extrayant la quintessence de la quintessence.

Et cependant, O Maître suprême ! mon doute n’est pas encore dissipé. Quelle est, O dieu, en réalité absolue, l’essence qui consiste en énergie fragmentatrice de l’ensemble des sons ? Ou encore, comment peut-elle résider sous l’aspect différencié d’une nonuple formule dans la forme distincte de Bhairava ? Ou encore, comment est-elle différenciée en un Dieu à trois têtes ? Ou comment donc consiste t-elle en une triple énergie ? Comment à nouveau est-elle faite de nâdabindu ? Qu’est-ce que les phases subtiles de l’énergie phonématique,  la demi-lune et l’obstruante ? Ou encore comment est-elle la consonne sans voyelle (anacka) qui réside sur la roue des phonèmes ? Comment donc a-t-elle pour nature propre l’Énergie ?

Ou encore comment tout est composé, soit de l’énergie transcendante-et-immanente et à la fois de l’énergie immanente seule, et encore à la fois de  l’énergie purement transcendantale ? La transcendance, en vérité,  ne saurait être différenciée en phonèmes et en corps, car elle ne peut se trouver en tant que nature indivise dans ce qui est composé.

O Seigneur accorde-moi ta grâce et dissipe entièrement mon doute.
Bhairava répond :
Bien ! Bien ! O Très aimée ! ta question forme la quintessence des Tantra. Ce sujet est extrêmement ésotérique, O Bienheureuse ! pourtant je te l’expliquerai,  Déesse. Tout ce qu’on déclare forme composée appartenant à Bhairava doit être considéré comme une fantasmagorie, une illusion magique, un rêve, le mirage d’un château dans le ciel, du fait de son manque de substance.

Du point de vue absolu, ce bhairava n’est ni la nonuple formule, ni l’ensemble des sons. Il n’est pas non plus le Dieu à trois têtes. La triple énergie ne constitue pas son essence. Il ne consiste pas non plus en nâdabindu, ni en candrardha ni en nirodikhâ (ensemble d’énergies de plus en plus subtiles) et ne s’associe pas au cours de la Roue cosmique. L’énergie ne forme pas son essence, car ces conceptions ne sont que des épouvantails à l’usage des enfants et des hommes à la pensée non encore éveillée, elles jouent le même rôle que la douceur qui cache le médicament. Leur description n’a d’autre but que de faire progresser l’aspirant.

La félicité éprouvée comme sienne au plus profond de soi n’est pas soumise à la pensée dualisante. Elle échappe aux exigences de temps et de lieu ainsi qu’aux spécifications de l’espace. Dans l’ordre de la vérité absolue, elle ne peut être suggérée et demeure ineffable. Telle est l’expression de la plénitude, la Bhairavi, l’énergie du Soi de Bhairava. En vérité on doit discerner cette Merveille immaculée qui emplit le cosmos. A un tel degré de réalité qui donc est adoré et qui se plait à l’adoration ? Cette condition de Bhairava qu’on célèbre de la sorte est attestée comme suprême. C’est elle que sous sa forme la plus lointaine, on déclare ‘Déesse suprême’.

Puisqu’il ne peut jamais y avoir aucune distinction entre énergie et détenteur d’énergie, ni entre substance et attribut, l’énergie suprême est identique au Soi suprême. Comme on n’imagine pas d’énergie consumante distincte du feu, la distinction entre énergie et porteur d’énergie n’apparaît pas lorsqu’on s’absorbe dans la Réalité de la connaissance absolue.

Si celui qui pénètre dans l’état de l’énergie réalise qu’il n’en est pas distinct, son énergie divinisée assume l’essence de Shiva et on la nomme alors ‘ouverture’. De même que, grâce à la lumière d’une lampe ou aux rayons du soleil, on prend connaissance des diverses portions de l’espace, de même O Bien Aimée ! c’est grâce à son énergie que l’on peut connaître Shiva.

La Déesse dit :

O dieux des dieux ! Toi qui portes l’emblème du trident et as pour ornement la guirlande des crânes, dis-mois par quels moyens on peut apercevoir l’état qui a forme de plénitude propre à Bhairava, qui échappe au temps et à l’espace et défie toute description ? En quel sens dit-on la suprême Déesse est l’ouverture qui lui donne accès ? Instruis-moi O Bhairava, afin que ma connaissance devienne parfaite.

Bhairava répond :

Il faut exercer une poussée ascentionnelle sur la suprême Énergie formée de deux points (Visarga), que sont le souffle expiré en haut et le souffle inspiré en bas. La situation de plénitude provient de ce qu’ils sont portés ou maintenus, sur leur double lieu d’origine.

Si l’on s’exerce sans interruption sur le couple des espaces vides interne et externe des souffles inspirés et expirés, ainsi O Bhairavi : la merveilleuse Forme de Bhairavi et de Bhairava se révèlera.

L’énergie sous forme de souffle ne peut ni entrer ni sorir lorsqu’elle s’épanouit au centre en tant que libre de dualité, par son entremise on recouvre l’essence absolue.

Qu’on pratique la rétention du souffle lorsqu’on expire ou encore lorsqu’on inspir. A la fin de cet exercice, on nommera cette énergie du souffle retenu, ‘apaisée’ et grâce à cette énergie se révèle l’essence appaisée.

Qu’on se concentre sur cette énergie du souffle resplendissante de rayons de lumière et dont l’essence est subtile entre les choses subtiles, quand elle s’élève de la base jusqu’à ce qu’elle s’apaise au centre supérieur. Voilà l’ Éveil de Bhairava.

De centre en centre, de proche en proche, l’énergie vitale, tel un éclair jaillit jusqu’au sommet du triple poing, tant qu’à la fin le grand Éveil se produit.

Les douze modalités successives correspondent exactement à la distinction en douze phonèmes. S’étant libéré graduellement des conditions matérielle, subtile, et suprême, en dernier lieu, on s’identifie à Shiva même.

Ayant rempli le sommet du crâne de l’énergie du souffle et projeté celle-ci rapidement à l’aide du pont établi par une contraction des sourcils, si l’on a libéré la pensée de toute dualité, grâce à cette énergie, on deviendra omnipénétrant dès qu’on accède à ce qui est au delà de toute chose.

Si l’on médite sur le quintuple vide, en prenant pour support les cercles bariolés des plumes du paon, on s’abîme dans le Cœur, l’incomparable Vide.

Vide, mur, réceptacle suprême, quel que soit l’objet sur lequel on doit se concentrer en suivant un tel ordre, l’excellente Bienfaitrice se résorbe en elle même.

Ayant fixé la pensée à l’intérieur du crâne, se tenant les yeux fermés, peu à peu, grâce à la stabilité de la pensée, qu’on discerne l’éminemment  discernable.

Le canal médian est ce qui tient au Centre. Quant on médite sur lui sous forme de cette Déesse qui, semblable au filament d’une tige de lotus, est identique au firmament intérieur, alors le Dieu se révèle.

Dès que l’on a bouché les ouvertures des sens à l’aide de l’arme défensive que forme les mains les obstruant, et qu’on perce le centre entre les sourcils, le bindu une fois perçu disparaît peu à peu, alors au milieu de cette disparition, voilà le suprême séjour.

Si l’on médite dans le cœur et au sommet de la mèche de cheveux sur le bindu, point semblable à la marque rouge, ce feu subtil que produit une certaine effervescence, à la fin, lorsque celle-ci a disparu, on s’absorbe dans la Lumière de la Conscience.

Il accède au brahman suprême celui qui baigne dans le brahman-son, l’anâtha logé dans le réceptacle de l’oreille, son ininterrompu, précipité comme un fleuve.

Si l’on récite la syllabe sacrée AUM ou toute autre formule et qu’on éprouve le vide qui se trouve à la fin du son protracté, au moyen de cette éminente énergie du vide, O Bhairavi, on atteint la vacuité.

Il faut se concentrer sur la fin ou le commencement de n’importe quel phonème. Par la puissance du vide, cet homme devenu vide prendra la forme du vide.

En suivant attentivement les sons prolongés d’instruments de musique, à cordes ou autres, si l’esprit ne s’interresse à rien d’autre, à la fin de chaque son, l’on s’identifiera à la forme merveilleuse du firmament suprême.

Mais aussi à l’aide de la succession ordonnée de phonèmes grossiers d’une formule quelconque d’un seul bloc, sous la poussée du vide propre aux phases subtiles d’ardhendu, bindu, et nadâbindu on deviendra Shiva.

Qu’on évoque l’espace vide en son propre corps dans toutes les directions à la fois. Alors, pour qui jouit d’une pensée libre de dualité, tout devient espace vide.

On doit évoquer en même temps le vide du sommet et le vide de la base. Du fait que l’Énergie est indépendante du corps, la pensée deviendra vide. Qu’on évoque de manière simultanée le vide du sommet, le vide à la base et le vide du cœur. Grâce à l’absence de toute pensée dualisante, alors se lève la Conscience non-dualisante.

Si l’on évoque, rien qu’un instant, l’absence de dualité en un point quelconque du corps, voilà la Vacuité même. Libéré de toute pensée dualisante, on accèdera à l’essence non dualisante.

O Belle aux yeux de gazelle ! Qu’on évoque intensément toute la substance qui forme le corps comme pénétrée d’éther. Et cette évocation deviendra alors permanente.

On doit considérer la différenciation de la peau du corps comme un mur. Celui qui médite sur son corps comme s’il ne contenait rien à l’intérieur, adhère bientôt à l’au-delà du méditable.

O Bienheureuse ! les sens anéantis dans l’espace du cœur, l’esprit indifférent à toute autre chose, celui qui accède au milieu de la coupe bien close des lotus atteindra la faveur surprême.

Du fait que la pensée est absorbée dans le dvâdasantâ, chez un homme dont l’intellect est ferme et dont le corps est pénétré de toutes parts de Conscience, se présente alors à lui la caractéristique de la Réalité bien affermie.

Qu’on fixe sa pensée dans le centre supérieur, dvâdasantâ,  de toutes manières et où qu’on se trouve. L’agitation s’étant peu à peu abolie, en quelques jours l’indescriptible se produira.

On doit intensément se concentrer sur sa propre forteresse comme si elle était consumée par le feu du Temps qui surgit du pied de ce Temps. Alors,  à la fin,  se manifeste la quiétude.

De même, après avoir médité en imagination sur le monde entier comme étant consumé par les flammes, l’homme dont l’esprit est indifférent à toute autre chose, accèdera à la plus haute condition humaine.

Si l’on médite sur les catégories subtiles ainsi que sur les catégories très subtiles, incluses dans son propre corps, ou bien sur celles de l’univers comme si elles se résorbaient les unes dans les autres, finalement la suprême Déesse se révèlera.

Si l’on médite sur l’énergie du souffle grasse et très faible dans le domaine du dvâdasantâ et qu'au moment de s’endormir, on pénètre dans son propre cœur; en méditant ainsi on obtiendra la maîtrise des rêves.

Il faut se concentrer par degrés sur l’univers sous forme de monde et autres cheminements, en le considérant dans ses modalités grossière, subtile et suprême, jusqu’à parvenir finalement à l’absorption de la pensée.

Après avoir médité sur la réalité Sivaïte selon la méthode des six cheminements, de façon exhaustive en y incluant l’univers entier, alors se produit le grand Éveil.

O puissante Déesse ! on doit se concentrer intensément sur tout cet univers comme s’il était vide et là même la pensée se résorbe. Alors on devient le vase d’élection de l’absorption en ce vide.

Qu’on fixe le regard sur un récipient, une cruche ou quelque autre objet en faisant abstraction de ses parois. Lorsqu’on parvient à s’absorber en ce vide, à cet instant précis et grâce à cette absorption, on s’identifiera à Lui.

Qu’on fixe le regard sur une région dépourvu d’arbres, de montagnes, de murailles ou d’autres objets. Dans l’état mental d’absorption on devient un être dont l’activité fluctuante a disparu.

Au moment où l’on perçoit deux choses, prenant conscience de l’intervalle entre elles, qu’on s’y installe ferme. Si l’on bannit simultanément toutes deux, alors, dans cet intervalle, la Réalité resplendit.

Que l’esprit qui vient quitter une chose soit bloqué et ne s’oriente pas vers une autre chose. Alors, grâce à la chose qui se trouve entre elles, la Réalisation s’épanouit dans toute son intensité.

En vérité, que l’on évoque parfaitement, de façon simultanée dans sa totalité, soit l’univers, soit son propre corps comme s’il était fait de conscience. Alors, à l’aide d’une pensée sans dualité, on obtiendra le suprême Éveil.

En pratiquant la friction des deux souffles, à l’extérieur ou à l’intérieur, le yogin deviendra à la fin le vase d’élection d’où surgit la connaissance suprême de l’Égalité.

Que le yogin considère soit l’univers entier soit son propre corps, simultanément dans sa totalité, comme rempli de sa propre félicité. Alors, grâce à son ambroisie intime, il s’identifiera à la suprême félicité. Comme par un procédé de magie, O Belle aux yeux de gazelle ! la grande félicité se lève subitement. Grâce à elle la Réalité se manifeste.

Lorsqu’on fait échec au flot tout entier des activités sensorielles par le moyen de l’énergie du souffle qui s’élève, peu à peu, au moment où l’on sent un fourmillement, le suprême bonheur se propage.

Mais qu’on fixe la pensée qui n’est plus que plaisir dans l’intervalle de feu et de poison. Elle s’isole alors ou se remplit de souffle et l’on intègre la félicité de l’Amour.

La jouissance de la Réalité du brahman qu’on éprouve au moment où prend fin l’absorption dans l’énergie fortement agitée par l’union avec une parèdre (shakti), c’est elle précisément qu’on nomme jouissance intime.

O Maîtresse des Dieux ! l’afflux de la félicité se produit même en l’absence d’une énergie (femme), si l’on se remémore intensément la jouissance née de la femme grâce à des baisers, des caresses et des étreintes.

Ou encore à la vue d’un parent dont on a été longtemps séparé, on accède à une félicité très grande. Ayant médité sur la félicité qui vient de surgir, on s’y absorbe, puis la pensée s’identifie à elle.

Grâce à l’épanouissement de la félicité qui comporte l’euphorie causée par la nourriture et la boisson, qu’on adhère de tout son être à ce état de surabondance et l’on s’identifiera alors à la grande Félicité.

Si un yogin se fond dans le bonheur incomparable éprouvé à jouir des chants et autres plaisirs sensibles, parce qu’il n’est plus que ce bonheur, une fois sa pensée stabilisée, il s’identifiera complètement à lui.

Là ou la pensée trouve satisfaction, c’est en ce lieux même, qu’il faut river cette pensée sans fléchir; c’est là, en effet, que l’essence de la suprême félicité se révèle pleinement.

Lorsque le sommeil n’est pas encore venu et que pourtant le monde extérieur s’est effacé, au moment où cet état devient accessible à la pensée, la Déesse suprême se révèle.

Le regard doit être  fixé sur une portion d’espace qui apparaît tachetée sous le rayonnement du soleil, d’une lampe etc… C’est là même que resplendit l’essence de son propre Soi.

La suprême fusion dans le Tout se révèle au moment de la perception intuitive de l’Univers, grâce aux attitudes suivantes : le repos de la mort, la fureur, la fixité du regard, la succion ininterrompue et la concentration sur l’éther.

Installé sur un siège moelleux, ne reposant  que sur son séant, pieds et mains privés de support; par l’effet de cette attitude, l’intelligence intuitive la plus haute accède à la plénitude.

Confortablement installé sur un siège, les bras croisés ayant fixé la pensée au creux des aisselles, grâce à cette absorption on obtiendra la quiétude.

Ayant fixé les yeux sans cligner sur un objet à forme grossière et si l’on prive la pensée de tout support, l’on parviendra sans tarder à Shiva.

La bouche étant largement ouverte, la langue au centre, si l’on fixe la pensée sur ce centre en récitant mentalement le phonème Ha, l’on s’abîmera alors dans la paix.

Se tenant assis ou couché, un yogin, doit évoquer avec intensité son propre corps comme privé de support; dans une pensée qui s’évanouit, à l’instant même, ses  prédispositions inconscientes s’évanouiront.

Ou encore si l’on se trouve dans un véhicule en mouvement, ou si l’on meut le corps très lentement, O Déesse ! jouissant alors d’une disposition d’esprit bien apaisée, l’on parviendra au flot divin.

Si contemplant un ciel très pur, on y fixe le regard sans la moindre défaillance, l’être tout entier étant immobilisé, à ce moment même O Déesse ! on atteindra la Merveille de bhairava.

Qu’on évoque tout l’espace-vide sous forme d’essence de Bhairava, comme dissous dans sa propre tête. Alors l’univers tout entier s’absorbera dans la Réalité de l’éclat, expression même de Bhairava.

Quand on connaît pleinement la forme de Bhairava dans la veille et autres états, c’est à dire : connaissance limitée et  production de dualité  quant à la veille, vision extériorisante quant au rêve et aussi ténèbres quant au sommeil profond, on est alors empli de la splendeur infinie de la Conscience. Une chose limitée étant connue, engendre la dualité. Telle est la lumière extérieure, qui équivaut aux ténèbres. D’autre part qu’on la perçoive comme pleine de la Lumière infinie de la Conscience, et l’univers entier,  assumera la forme de Bhairava.

De même durant une nuit noire, à l’arrivée de la quinzaine sombre, ayant évoqué sans discontinuer la forme ténébreuse, on accèdera à la Réalité de Bhairava.

De même, tenant d’abord les yeux bien fermés, une couleur sombre apparaît. Si on les ouvre, tout grands en évoquant la forme de Bahirava, on s’identifiera à elle.

Qu’un obstacle s’oppose à l’exercice d’un organe quelconque ou que de soi-même on y fasse obstruction, si l’on s’enfonce dans le vide sans dualité, la même le Soi resplendit.

Si l’on récite le phonème A sans bindu ni visarga, le Seigneur suprême, ce puissant torrent de connaissance, surgit imprévisible O Déesse !

Qu’on fixe l’esprit sur la fin du visarga de n’importe quelle lettre pourvu de visarga et, par l’intermédiaire d’une pensée libérée de tout fondement, on entrera en contact avec l’éternel brahman.

Qu’on médite sur son propre Soi en forme de firmament illimité en tous sens. Dès que la conscience se trouve privée de tout support, alors l’Énergie manifeste sa véritable essence.

Après avoir perforé une partie quelconque de son corps avec un instrument pointu ou autre, si l’on tient alors son esprit appliqué à cet endroit précis, la progression éclatante, vers Bhairava se produira.

On doit se convaincre de l’idée, que les organes, les souffles, la pensée n’existent pas en moi. Grâce à l’absence de pensée dualisante qui en résulte,  on transcende à jamais tous les vikalpa. (les notions duelles)

L’illusion est dite ‘la pertubatrice’. La fonction de kalâ, consiste en une activité fragmentatrice et ainsi de suite pour les autres cuirasses et limitations. Considérant qu’il n’y a là qu’attribut des catégories, qu’on ne s’en sépare pas.

Ayant observé un désir qui surgit soudain, qu’on y mette fin brusquement. Quelle que soit la source d’où il jaillit, que là même il s’absorbe.

Quand ma volonté ou ma connaissance n’ont pas encore surgi, que suis-je, en vérité ? Telle est, dans l’ordre de la Réalité, la nature du Je. La pensée s’identifie à cela, puis s’absorbe en cela.

Mais une fois que la volonté ou la connaissance se sont produites, on doit y river la pensée au moyen de la conscience de Soi ; l’esprit étant indifférent à toute autre chose, alors jaillira l’intuition du Sens de la Réalité.

Toute connaissance est sans cause, sans support et fallacieuse par nature. Dans l’ordre de la Réalité absolue, cette connaissance n’appartient à personne. Quand on est ainsi totalement adonné à cette concentration. O Bien-aimée ! on devient Shiva.

Celui qui a pour propriété la Conscience réside dans tous les corps ; il n’y a nulle part de différenciation. Ayant alors réalisé que tout est fait de cette Conscience, il est l’homme qui a conquis le devenir.

Si l’on réussit à immobiliser l’intellect  alors qu’on est sous l’emprise du désir, de la colère, de l’avidité, de l’égarement, de l’orgueil, de l’envie, la Réalité de ces états subsiste seule.

Si l’on médite sur le cosmos en le considérant comme une fantasmagorie, une peinture ou un tourbillon et qu’on arrive à le percevoir tout entier comme tel, le bonheur surgira.

On ne doit pas fixer la pensée dans la douleur ni la gaspiller dans le bonheur, O Bhairavi ! Veuille connaître toute chose au milieu des extrêmes. Eh quoi ! la Réalité seule subsiste.

Après avoir rejeté son propre corps en réalisant : « je suis partout » d’une pensée ferme et d’une vision qui n’a égard à rien d’autre, on accède au bonheur.

La discrimination ou le désir, ne se trouve pas seulement en moi mais apparaît aussi partout, dans les jarres et autres objets. Réalisant cela, on devient omnipénétrant.

La perception du sujet et de l’objet est la même chez tous les êtres nantis d’un corps. Mais ce qui caractérise les yogin c’est leur attention ininterrompue à l’union du sujet et de l’objet.

Que même dans le corps d’autrui on saisisse la conscience comme dans le sien propre. Se désintéressant de tout ce qui concerne son corps, en quelques jours on devient omnipénétrant.

Ayant libéré l’esprit de tout support, qu’on cesse de penser selon une pensée dualisante. Alors, O femme aux yeux de gazelle ! l’état de Bhairava réside dans le fait que le Soi devient le Soi absolu.

Quand on se renforce dans la réalisation suivante : ‘Je possède les attributs de Shiva, je suis omniscient, tout-puissant et omnipénétrant ; je suis le Maître suprême et nul autre, on devient Shiva.

Comme les vagues surgissent de l’eau, les flammes du feu, les rayons du soleil, ainsi ces fluctuations de l’univers se sont différenciées à partir de moi, le Bhairava.

Lorsque, physiquement égaré, on a tourné de tous côtés et en tout hâte au point de tomber à terre d’épuisement; grâce à l’arrêt de l’effervescence produite par l’envahissement de l’énergie, la condition suprême  apparaît. Si l’on est privé de force ou de connaissance à l’égard des choses ou encore si la pensée se dissout dans l’extase, dès que prend fin l’effervescence produite par l’envahissement de l’énergie, la forme merveilleuse de Bhairava se révèle.

Écoute, O Déesse ! Je vais t’exposer tout entier cet enseignement traditionnel et mystique : il suffit que les yeux fixent sans cligner pour que ce produise aussitôt l’isolement.

S’étant bouché les oreilles ainsi que l’ouverture inférieure (anus), puis méditant sur la résonance sans consonne ni voyelle, qu’on entre dans l’éternel Brahman.

Se tenant au dessus d’un puits très profond, les yeux fixés sur le fond sans cligner, dès que l’intelligence intuitive du yogin est exempte de dualité conceptuelle, aussitôt la dissolution de la pensée se produira clairement en lui.

Partout où  va la pensée, vers l’extérieur ou encore vers l’intérieur, O Bien-aimée ! là se trouve l’état shivaïte ; celui-ci étant omnipénétrant, où donc la pensée pourrait-elle aller pour lui échapper.

Chaque fois que par l’intermédiaire des organes sensoriels, la conscience de l’omniprésent se révèle, puisqu’elle a pour nature fondamentale de n’être que cela, à savoir pure conscience, grâce à l’absorption dans la Conscience absolue, on accède à l’essence de la plénitude.

Au commencement et à la fin de l’éternuement, dans la terreur et l’anxiété ou quand on surplombe un précipice, lorsque’on fuit le champ de bataille, au moment où l’on ressent une vive curiosité, au stade initial ou final de la faim, etc ... la condition faite d’existence brahmique se révèle.

A la vue d’un certain lieu, qu’on laisse  aller sa pensée vers des objets dont on se souvient. Dès qu’on prive son corps de tout support, le Souverain omniprésent s’avance.

Après avoir posé le regard sur un objet quelconque, qu’on l’en retire très lentement. Alors la connaissance de cet objet n’est accompagné que de pensée, O Déesse, et l’on devient le réceptacle du vide.

Cette sorte d’intuition qui, grâce à l’intensité de l’adoration, naît chez l’homme parvenu au parfait détachement, c’est l’énergie même du Bienfaisant. Qu’on l’évoque perpétuellement et l’on s’identifiera à Shiva.

Alors qu’on perçoit un objet déterminé, la vacuité s’établit peu à peu à l’égard des autres objets. Ayant médité en pensée sur cette vacuité même, bien que l’objet reste connu, on s’apaise.

Cette pureté qu’enseignent les gens de peu de savoir, apparaît dans la doctrine de Shiva comme une véritable impureté. Il ne faut pas la considérer comme pure, en vérité, mais comme polluée. C’est pourquoi s’affranchissant de pensée dualisante, qu’on parvienne au bonheur.

La réalité de Bhairava a partout son domaine y compris chez les gens  du commun. Et l’homme qui prend conscience de ceci : « rien n’existe qui en soit distinct », accède à la condition Sans-second.

Étant le même à l’égard d’amis et d’ennemis, le même dans l’honneur et le déshonneur ; grâce à la parfaite plénitude du brahman, ayant compris cela, qu’on soit heureux.

L’inconnaissable, l’insaisissable, le vide et ce qui n’accèdera jamais à l’existence, imaginez tout cela comme Bhairava et à la fin de cette évocation, l’illumination se produit.

Ayant fixé la pensée sur l’espace externe qui est éternel, sans support, vide, omnipénétrant et dépourvu d’opération, qu’on se fonde alors dans le non-espace.

Quel que soit l’objet vers lequel la pensée se dirige, il faut à cet instant précis et à l’aide de cette pensée quitter l’objet complètement sans laisser un autre s’installer à la place. Alors on sera exempt de fluctuation.

A l’occasion d’affirmations comme ‘je suis, ceci est à moi’, etc., la pensée accède à ce qui n’a pas de fondement. Sous l’aiguillon d’une telle méditation, on s’apaise.

Éternel, omniprésent, sans support, omnipénétrant, souverain de tout ce qui est. Méditant à chaque instant sur ces mots, on en réalise la signification conformément à l’objet signifié (Shiva).

Tout cet univers est privé de réalité à l’image d’un spectacle fictif. Quelle est la réalité d’un tel spectacle ? Si l’on est fermement convaincu de cette vérité, on acquiert la paix. Comment y aurait-il connaissance ou activité pour un Soi affranchi de toute modalité ? Les objets externes dépendent de la connaissance et partant de là, ce monde est vide.

Il n’existe plus pour moi de lieu, il n’y a plus pour moi de libération. Lien et libération ne sont que deux épouvantails à l’usage d’un être terrifié. Cet univers apparaît comme un reflet dans l’intellect à l’image du soleil sur l’eau.

Toute impression comme le plaisir, la douleur, etc .. nous parvient par l’intermédiaire des organes sensoriels. S’étant détaché de ces organes, on prend assise en soi-même, puis on demeure à jamais dans son propre Soi.

Toute chose se manifeste par la Connaissance et le Soi se manifeste par toute chose. En raison de leur essence unique, connaissance et connu se révèlent comme ne faisant qu’un.

Faculté mentale, conscience intériorisée, énergie du souffle, et soi  limité aussi ; quand ce quatuor a complètement disparu. O Bien-aimée ! alors la forme merveilleuse de ce Bhairava subsiste seule.

Ainsi 112 instructions concernant le sans-houle viennent d’être brièvement exposées. O Déesse ! l’homme qui les connaît reçoit le nom de ‘familier de la connaissance’. Quiconque s’adonne à une seule de ces instructions ici décrites devient lui-même Bhairava en personne. Ses paroles se réalisent en actes et il confère bénédictions et malédictions.

O Déesse ! il ne vieillit pas, il ne meurt pas; il est doué d’attributs supranaturels comme les pouvoirs d’exiguïté et autres. Choyé des yoginis, il agit en maître au cours de toutes leurs réunions. Il est libéré bien qu’il demeure encore en cette vie et bien qu’il s’adonne à des activités ordinaires.

La déesse dit :

O Seigneur tout-puissant, si telle est la forme merveilleuse de la suprême énergie et qu’on la prenne comme règle génrale, O Dieu ! qui récite et quelle est la récitation ? Qui médite, O grand Maître ! qui adore et qui tire satisfaction de l’adoration ? Qui offre l’oblation et quel est le sacrifice, qui le fait et comment et pour qui ?

Bhairava répond :

O femme aux yeux de gazelle ! cette pratique ici mentionnée est extérieure et ne relève que des seules modalités grossières. En vérité cette Réalisation qu’on expérimente encore et encore à l’intérieur de la suprême réalité, voilà ce qu’est ici la véritable récitation. De même, on doit considérer ce qui est récité comme une résonance spontanée consistant en une formule mystique.

Un intellect inébranlable, sans aspects ni fondements, voici, en vérité ce que nous appelons méditation. Mais la représentation imagée de divinités nanties de corps, organes, visages, mains, etc. n’offre rien de commun avec la vraie méditation.

L’adoration véritable ne consiste pas en une offrande de fleurs et autres dons, mais en une intelligence intuitive bien établie dans le suprême firmament de la Conscience, exempt de pensée dualisante. En vérité, cette adoration se confond avec l’absorption en Shiva issue de l’ardeur mystique.

Le Soi, en vérité  a pour moelle autonomie, félicité et Conscience. Si l’on plonge intégralement son propre soi dans cette essence, c’est là ce qu’on appelle le ‘bain rituel’.

Le transcendant et l’immanent que l’on honore précisément avec des offrandes et qui en tirent satisfaction ; celui  aussi qui les offre; tous ne forment qu’un. Où est l’adoration véritable, sinon là ?

Que le souffle exhalé sorte et que le souffle inhalé entre, de leur propre accord. La Kundalini dont l’aspect est sinueux retrouve son essence dressée. C’est la grande Déesse immanente et transcendante, le suprême Sanctuaire.

Lorsqu’on prend de fermes assises dans le rite de la grande félicité et qu’on suit attentivement la montée de cette énergie, grâce à cette Déesse, étant bien absorbé en elle, on atteindra le suprême Bhairava.

En émettant le phonème SA, il se dirige vers l’extérieur par le souffle, en énonçant le phonème HA, il entre à nouveau. C’est ainsi que l’individu répète inlassablement cette formule hamsa, hamsa. 21600 fois jour et nuit, cette récitation est prescrite comme celle de la suprême Déesse. Très facile à accomplir, elle n’apparaît difficile qu’aux ignorants.

O Déesse ! je viens ainsi de t’exposer cette suprême ambroisie que rien ne surpasse, mais qu’il ne faut jamais révéler à quiconque est disciple d’un autre ordre, est un méchant, un cruel, ou manque de dévotion envers le Maître spirituel. Par contre, qu’on la dévoile, aux intelligences intuitives que n’effleure jamais aucun doute, aux héros, aux magnanimes, à tous ceux qui vénèrent la lignée des Maîtres. A tous ceux-là, qu’on dispense sans hésiter. O belle aux yeux de gazelle ! village, royaume, ville, pays, fils, parent, tout ce dont on peut s’emparer, il faudra l’abandonner complètement ! A quoi bon ces choses évanescentes, O Déesse, seul ce suprême trésor est permanent !

O Dieu des dieux, grand Dieu ! me voici parfaitement satisfaite, O Seigneur ! Maintenant j’ai reconnu avec certitude la quintessence du Rudrayâmalatantra et maintenant aussi j’ai perçu intuitivement le Cœur de toutes les énergies différenciées.

Après avoir proféré ces paroles, la Déesse, pleine de béatitude, tenant Shiva embrassé, s’identifia à Lui.

Traduction Lilian Silburn (chargée de recherches au CNRS, membre du collège France, Publications de l’institut de civilisation Indienne, Paris 1983)
Source du texte : tantra.fr

Commande : Editions De Boccard


samedi 21 mai 2011

Kaushitaki Upanishad

Cette Upanishad très ancienne, extraite du Brahmana du Rig Véda attribué à l'école rituelle Kaushitaki est considérée soit comme une Upanishad majeure, soit – et le plus souvent – comme une Upanishad générale.
Source du texte : 108 Upanishads

Bibliographie : 
Voir sous Isha Upanishad



I.6: Il doit répondre : « Je suis comme une saison, je suis l'enfant des saisons. Je suis apparu du sein de l'éther sans limite (Akasha) et j'ai jailli de la lumière de Brahman. La lumière, l'origine de l'année, ce qui est le passé, ce qui est le présent, ce qui est toutes les créatures vivantes, et tous les éléments, tout cela est l'Atman. Et ce que Tu es, moi aussi je le suis. »
Puis Brahma lui demande : « Que suis-je donc ? »
Il doit répondre : «Tu es le Réel (Satya). »
« Et qu'est-ce que le Réel ? »
« Ce qui est autre que les dieux et les souffles vitaux correspondants, c'est cela, le Réel (Sat); mais ce que sont les dieux et les souffles vitaux correspondants, c'est cela que Tu es (Tvam). Et cela est exprimé par le mot Satyam, le Réel, qui inclut tout ce qui existe. Et Tu es tout ce qui existe. » 
Puis il ajoutera : « Cette vérité a été exprimée par un verset du Rig Véda :

I.7: “Avec le Yajur Véda pour ventre, le Sama Véda pour tête,

Le Rig Véda pour corps, sous sa forme impérissable,
Il est le grand Voyant (Rishi), empli de Brahman,
Il est le Brahman.” »
Extrait de Kaushitaki, trad. Martine Buttex.

Source : 108 Upanishads
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Présentation des 12 Upanishads majeurs : 


 
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