samedi 30 juillet 2011

Ballade spatiale

Fin de semaine avec une promenade dans l'espace.
Un Scientifique de la NASA, le Dr Justin Wilkinson, a réalisé cette vidéo en haute définition en utilisant les meilleures images prises par les aventuriers de l’espace au fil des années.




Vidéo sous-titrée en français (activation des sous-titres avec le bouton CC).
Vu sur : gurumed

Et un second montage regroupant 358 images prisent en 24 heures par la sonde spatiale Messenger en partance pour Mercure. La première image a été prise le 2 aout 2004 à 65598 km au dessus de l'Amérique du Sud et la dernière le lendemain à 435885 km (au delà de l'orbite lunaire). 





Vu sur : 
gurumed


Mise à jour de la page avec un diaporama de 600 images en accéléré pour voyager avec la station spatiale internationale, crée par James Drake. 




Seconde MAJ avec une magnifique vidéo prise depuis la station spatiale internationale, de août à octobre 2011, réalisation Michael König, bande son de Jan Jelinek's.





Vu également sur l'excellent : 
gurumed

vendredi 29 juillet 2011

Ajja ou Ramachandra Bhat

Ajja ou « grand père », comme il est tendrement appelé par tous ceux qui le connaissent, est un exemple vivant de l’extraordinaire héritage spirituel de l’Inde, et son histoire personnelle est aussi étrange et mystérieuse qu’elle est miraculeuse. Né en 1916 (et mort en 2007), Ramachandra était un riche propriétaire fermier qui, tout en n’exprimant aucun intérêt particulier pour les questions spirituelles, avait la réputation d’être naturellement doué d’une inhabituelle pureté de cœur et d’une rare simplicité d’être. Un jour, à l’âge de trente six ans, sans aucune raison apparente, Ramachandra fut frappé d’une terrible douleur dans le cœur, qui se répandit progressivement dans tout son corps. Durant six mois, il supporta ce qu’il décrit comme une douleur physique atroce, et pendant tout ce temps sa famille essaya désespérément de découvrir ce qui le faisait tant souffrir. Leurs efforts s’avérèrent infructueux, car personne ne pouvait trouver la cause de son tourment. Puis, aussi soudainement qu’elle était apparue, la douleur disparut, sans laisser de trace. Alors qu’auparavant il n’était pas homme à réfléchir en profondeur, cette expérience provoqua chez lui une intense investigation qui dura, m’at-on dit, plusieurs mois. « Quelle est cette douleur qui a torturé mon corps ? » se demanda-t-il. « Qu’est ce que la servitude ? Qu’est ce que la libération ? » Grâce à sa simplicité et à la pureté de son esprit, il fut capable d’aller jusqu’à la racine profonde de ces questions en un instant. Ce qu’il découvrit dans son investigation est que toute douleur est servitude, et que la cause profonde de toute servitude est le karma. Il réalisa que le karma est créé par l’esprit, l’esprit étant toutes les pensées qui sont obnubilées par le petit soi. Lors de la dernière nuit de son investigation intérieure, il se demanda : « Quelle est la racine des biens terrestres ? de l’argent ? » L’argent, conclut-il, est la chose la plus importante dans ce monde, et toutes les peurs, les insécurités prennent leurs racines dans l’attachement à cela.



A cet instant, il eut une vision puissante, à la fois glorieuse et terrifiante. Devant lui apparut une femme extrêmement belle dont le corps entier était rouge, et il vit, avec horreur, que du sang coulait à flots de sa bouche. Il la reconnut comme étant la mort incarnée. Puis, alors qu’il la contemplait un long moment, il eut une puissante révélation. Il réalisa que la possession est la racine de l’argent. Et que la possession c’est la mort. Alors, la figure féminine s’évanouit, une porte apparut, et à ce moment une investigation ultime se déclencha en lui. « Qui suis-je ? » se demandat-il. La porte s’ouvrit alors, et il quitta son corps par le sommet de sa tête. Des « entités divines » l’accueillirent et le guidèrent plus loin vers ce qu’il appela le « troisième niveau ». Pendant tout ce processus, qui se déroula au milieu de la nuit, il était allongé sur le sol de sa chambre, en toute apparence mort physiquement. Pendant ce temps, Ishmael, un fermier musulman, destiné à devenir plus tard son plus proche disciple, était assis à ses côtés surveillant son corps, m’a-t-on dit, sur les ordres de l’inconnu. Puis, une boule de lumière apparut, plana près de sa forme inerte – puis y entra. Dès que la lumière pénétra dans le corps d’Ajja, il ouvrit les yeux. Les premiers mots qu’il prononça furent : « Celui qui était ici est parti – quelqu’un d’autre est venu. » Il poursuivit : « Je ne suis pas le corps, je n’ai pas de mère, je n’ai pas de père. Je suis cette clarté. »

Pendant les trois mois suivants, Ajja resta assis tranquillement chez lui tandis qu’un profond silence intérieur grandissait en intensité. Alors que son esprit s’ajustait progressivement à sa nouvelle condition, il devint si sensible que même le son le plus léger lui était complètement insupportable.

A la fin de cette période, il sortit de chez lui, totalement transformé. Tel un homme complètement ivre, il errait nu, parfois dansant et chantant sous la pluie pendant des heures, parfois regardant fixement et sans fin le soleil. Il dormait sur les rochers et sous les arbres. Sa famille pensa qu’il était devenu fou et finit par l’enfermer dans un asile. Quand les docteurs lui demandèrent son nom, il répondit « Je n’ai pas de nom». Quand ils lui demandèrent où il vivait, il répondit « Partout ». Au bout de deux mois, les docteurs conclurent qu’il n’était pas fou et le renvoyèrent chez lui.

Il passa les vingt années suivantes à être un avadhuta [celui qui est délivré de tout soucis] itinérant, semblant presque toujours inconscient du monde alentour tant il était immergé dans la conscience du SOI. Ishmael, devenu son compagnon permanent, s’occupait de ses besoins essentiels. Puis, en 1961, alors qu’il était à Rishikesh, dans le nord-est de l’Inde, il entendit une voix l’appeler : « Viens à moi. Toi viens à moi. Je suis ici à Ganeshpuri. » Répondant immédiatement, il se rendit à Ganeshpuri et vit le légendaire Swami Nitiyananda, avec lequel il eut un entretien de cinq minutes seulement. Aucun mot ne fut prononcé alors qu’ils se regardaient fixement dans les yeux. Cette rencontre permit à Ajja de « revenir sur terre » et, peu après, il recommença à porter des vêtements et à parler à nouveau.
Source du texte : enlightennext



Ajja et U.G.


Andrew Cohen : Je comprends que lorsque l'esprit est silencieux, il n'y a pas de problème et par conséquent aucun besoin de trouver une solution. Cependant, j'ai quelques questions que j'aimerais vous poser de toutes façons, pour les nombreuses personnes qui liront cet entretien.

Ajja :Quelle que soit votre question, la réponse qui sort d'ici est : "faites silence dans votre esprit". Vous devez d'abord concentrer l’esprit sur lui-même. Si, après cela, vous avez toujours besoin d'une réponse parfaite, ma vie elle-même est la réponse. En voyant mon action, vous pouvez comprendre, vous pouvez réaliser Cela. Voilà mon message. Voilà ma réponse.

AC: Puis-je vous poser une question tout de même ? C’est une bonne question.

Ajja :Si je réponds quelque chose, cela devra être utile. Ce qui importe c’est l’action. Lorsque le message sera donné, le mettront-ils en pratique ?

AC: C’est ce que je voulais vous demander. Quelle est la relation entre la non-existence et l’action dans l’espace et le temps ?

Ajja :L’homme perd son existence à travers la connaissance et l’action. A travers elles, il devient libre. Alors il est lui-même un jivan mukta [personne libérée]. Mais quand ce “je“ est parti, que restet-il ? Où alors est la question ?

AC: Bien qu’il soit libre, le jnani [individu ayant réalisé le Soi], le jivan mukta, ne continue-t-il pas à exprimer quelque chose à travers ses actions ?

Ajja :Je n’ai pas la conscience que « je suis un jnani » ou « je suis un jivan mukta ». Je n’ai rien. Quand le “je“ est parti, la conscience n’évoque même pas le sentiment du “je“. C’est complètement parti. Donc pour un jnani, cette question ne se pose même pas. Nos pensées sont transformées en contemplation. Alors nos interactions de routine quotidienne deviennent spirituelles. En cela, la routine habituelle elle-même devient une vie spirituelle. C’est cela même la vie d’un yogi. C’est cela même la vie divine.
(...)


Pour tout cela, la méditation est le point de départ. Au début, il faut se mettre en position de méditation. On a besoin de cette préparation intérieure. On a besoin de se discipliner. Mais ce n’est pas suffisant de seulement s’asseoir. Ce n’est pas seulement le corps qui doit s’asseoir ; l’esprit aussi doit s’asseoir. L’esprit ne doit pas vagabonder. A moins que l’esprit soit contrôlé, il n’y a pas méditation. Le vagabondage de l’esprit lui-même est le monde.

(...)

Extrait d'une interview par André Cohen.
Source du texte : enlightenext
Site consacré à Ajja : myajja / vidéo





jeudi 28 juillet 2011

Prajnanpad ou Yogeshvar Chatterjee



Yogeshvar Chatterjee est né le 8 février 1891 à Chinsura, à une cinquantaine de kilomètres de Calcutta, dans une famille brahmane très pauvre. Il fait des études brillantes avec un intérêt pour les sciences physiques. Il découvre les écrits de Freud  dans les années 1920 à la bibliothèque de l’Université de Bénarès où il enseigne. Il trouve un maitre Niralamba Svami en 1922. Il accepte de se marier sur l’insistance de son frère mais trois mois avant la naissance de sa fille, il démissionne de l’Université et part dans les Himalaya pour devenir moine.
 
Son frère vient le chercher et il reprend sa place à l’Université. En septembre 1930,à la mort de son maître, il s’installe à l’ashram Channa. Dans l’intervalle il a trouvé un sentiment d’accomplissement qui ne peut être troublé. Il est connu d’un petit nombre de disciples indiens. Daniel Roumanoff  le  rencontre en 1959. Svamiji  fait deux séjours en France, un en 1966 à Bourg La Reine auprès d’Arnaud et Denise Desjardins, un autre en 1973 en Normandie invité par Daniel et Colette Roumanoff. Il s’éteint le 24 septembre 1974.
Source du texte : swami Prajnanpad
Autre biographie : wikipedia / supervielle 


Bibliographie : 

- ABC d'une sagesse. Paroles choisies de Svâmi Prajnânpad, La Table Ronde.
- Ceci, ici, à présent : Seule et unique réalité, Accarias-L'Originel.
- L'éternel présent : Questions et réponses, Accarias-L’Originel.
- Le but de la vie : Un été plein de sagesse, Accarias-L'Originel.
- La connaissance de soi, Accarias-L'Originel.
- Les aphorismes, Accarias-L'Originel.
- Les formules de Swâmi Prajnânpad commentées par Arnaud Desjardins, La Table Ronde.
- Lettres à ses disciples, Tome 1 : L'art de voir, Accarias-L'Originel.
- Lettres à ses disciples, Tome 2 : Les yeux ouverts, Accarias-L'Originel.
- Lettres à ses disciples, Tome 3 : La vérité du bonheur, Accarias-L'Originel.
Biographie : 
Olivier Cambessédès, Le quotidien avec un maître Svami Prajnanpad, Accarias-L'Originel.
André Comte-Sponville, De l'autre côté du désespoir : Introduction à la pensée de Svâmi Prajnânpad, Accarias-L'Originel.
Alain Delaye, Sagesses concordantes (Volumes I et II), Accarias-L’Originel.
Eric Edelmann, Olivier Humbert et Dr Christophe Massin, Swâmi Prajnânpad et les lyings, La Table Ronde.
Frédérick Leboyer, Portrait d'un homme remarquable, Svami Prajnanpad, Critérion.
Sumangal Prakash, L'expérience de l'unité : Dialogues avec Svâmi Prajnânpad, Accarias-L'Originel.
Colette Roumanoff, Les yeux de l'orpheline, Au fil de l'inconscient avec Svâmi Prajnânpad, Critérion.
Daniel Roumanoff, Psychanalyse et sagesse orientale, Une lecture indienne de l'inconscient, Accarias-L'Originel.
Daniel Roumanoff, Svâmi Prajnânpad, Biographie, La Table Ronde.
Daniel Roumanoff, Svâmi Prajnânpad, Tome 1 : Un maître contemporain, Manque et plénitude, La Table Ronde.
Daniel Roumanoff, Svâmi Prajnânpad, Tome 2 : Le quotidien illuminé, La Table Ronde.
Daniel Roumanoff, Svâmi Prajnânpad, Tome 3 : Une synthèse Orient-Occident, La Table Ronde.
R. Srinivasan, Entretiens avec Svami Prajnanpad, Accarias-L'Originel.


- A l'heure actuelle vous êtes asservi. Il vous appartient d'être libre.
(...)
- La connaissance seule libère
(...)
- Vous devez savoir ce qu'est l'émotion et alors vous pouvez en être libre. Vous ne pouvez pas vous libérez de ce que vous ne connaissez pas.
- Être libre, c'est connaître. Quand vous connaissez une chose, vous en devenez libre. Il n'y a pas d'autres moyen.
- Quelle que soit l'activité, le point essentiel est d'être libre. Commencez par là.
(...)
- Intellectuellement, on ne peut pas comprendre la non-dualité (advaita). Il faut la vivre. Encore une fois, on ne connaît que ce que l'on est. Savez-vous qu'advaita est un mot négatif ?
Advaita = a-dvaita = non + dvaita = non-dualité. Ici vous remarquez que l'advaita annule la dvaita ou la dualité. Ainsi elle pose d'abord la dualité et l'annule ensuite.
En apparence c'est la dualité qui existe. La vie est dualité. Chaque chose a deux aspects et la réalité, telle qu'elle apparaît est dualité.
Quand cette dvaita est annulée, l'advaita apparaît.
(...)
- Vous dite : "Je vois la rose, je me sens séparé, je souffre". Non, vous ne voyez pas la rose, c'est votre rose que vous voyez. "Je" (ou l'égo) ne peut pas connaître un objet parce que "je" et l'objet sont des choses différentes. Tant que vous ne devenez pas l'objet, il ne peut y avoir de connaissance de l'objet...
Vous ne pouvez pas tolérer la séparation. L'advaita est partout. Il ne peut y avoir de séparation. La séparation ne peut jamais être tolérée. Et votre ego non plus ne peut tolérer la séparation maintenant. Vous ne pouvez tolérer la séparation, aussi vous projetez immédiatement votre rose à cet endroit, et ainsi vous ressentez de la peine et du plaisir. Vous essayer d'annihiler le sens de la séparation physique dans le temps. Mais vous êtes dans le temps et l'espace.
Aussi vous ne pouvez pas le faire. Et vous vous sentez malheureux. Cette conscience de séparation est à la racine de toutes les difficultés. L'égo est une conscience conditionnée, limitée. Et pourtant, il a le sentiment qu'il y a "un sans-second". C'est en lui. Alors que fait-il ? Il ne peut que chercher à s'établir partout. Aussitôt que vous sentez que toute forme n'est autre qu'elle-même, vous devenez sans forme. Dès que vous sentez cette séparation, vous atteignez l'au-delà de la séparation. L'égo étant limité, conditionné, essaye de sentir l'inconditionné.. Comment ? Il essaye de rendre son état inconditionné.
Aussi il essaye de se projeter partout.
(...)
- L'unité n'est pas à créer. L'unité est là. C'est votre sentiment de la dualité qui tend à la recouvrir. Vous ne créez pas l'unité. Si c'est vous qui la faites venir, alors elle partira également. Tout ce qui vient s'en va.
(...)
- A présent vous n'êtes rien, vous semblez seulement être.
Vous avez toujours changé et continuez constamment à changer. A partir du moment où vous vous considérez comme étant quelque chose, vous vous séparez de l'Un, vous le tuez. Vous le découpez et créez un "deux" à sa place.
(...)
Ce qui est c'est quand on ne voit rien d'autre, quand on n'entend rien d'autre, quand on ne pense à rien d'autre. Quand on voit autre chose, qu'on entend autre chose, qu'on pense à autre chose, c'est ce qui est limité, l'individu.
L'infini (ce qui est) seul est immortel. Ce qui est fini est périssable. La souffrance et la mort se trouvent dans ce qui est étroit et limité. Amrita (le nectar d'immortalité) est dans ce qui est, ce qui est complet. En tant qu'être humain, cet amrita est votre droit de naissance.
(...)
- Connaître, c'est ne pas être affecté.
(...)
- Être libre, 'cest voir les choses comme elles sont.
(...)
- Ce n'est pas du monde que je dois me libérer mais de mon monde à moi.
(...)
- Pour être libre du désir, il faut voir et réalisez la nature du désir.
- Vous parlez de conscient, subconscient, inconscient, tout cela est isha, le désir, et l'apaisement du ce désir, c'est moksha, la délivrance. Si vous voulez savoir ce qu'est le mental, ce n'est rien d'autre que le désir.
(...)
- La question : "Comment vivre sans plaisir ?" est absurde.
Car elle implique que le plaisir est désirable et que je me prive du plaisir. Pas du tout. La vie spirituelle est une recherche intense de plaisir. C'est même l'expérience la plus compète du plaisir, car cette expérience aboutit immanquablement à la découverte de la souffrance. Le chercheur aboutit à la conclusion vécue et non pas seulement pensée que "tout plaisir est source de souffrance" alors la recherche de plaisir tombe d'elle-même. Il n'y a pas à éviter le plaisir. Le plaisir est à la base même de la vie, de toute action.
(...)
- L'égo doit être rendu libre. Et la manière de le rendre libre, c'est de lui permettre de s'épanouir, de s'accomplir complètement et entièrement.
- L'égo peut être libre de l'égo, l'égo peut être libre de lui-même de manière à trouver son accomplissement en lui-même.
(...)
Il vous faut vous libérez de vous-même avec l'aide de vous-même. Vous êtes pour vous-même votre meilleur ami et votre pire ennemi.
(...)
- Agir à chaque stade, absorber, dévorer, rendre sien : c'est se rendre libre.
- Être libre, c'est être libre de la conscience ou de la prétention qui faire dire "Je suis quelqu'un,je suis quelque chose".
Extrait de :  Daniel Roumanoff, Swami Prajnanpad, un maitre contemporain (Chapitre III, La Non-dualité).
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Autres extraits sur le net :
non-dualité.fr / supervielle / psy-spi



Par Arnaud Desjardin (sur le rapport entre psychothérapie et spiritualité) :




Par Alexandre Jolien (Sur la phrase "L'émotion est un luxe inutile") :









mercredi 27 juillet 2011

Kanha

Kanha (Inde, VIIe-IXe) est le co-fondateur avec Sahara, de l'école bengali Sahajiya (véhicule du Spontané). 

Les 
Madyamika, percevant la réalité comme une vacuité, dégagèrent la grandeur de cet aspect; les Vijnanavadin mirent en relief son aspect de conscience; les courants tantriques et Sahajiya font ressortir une nouvelle dimension et insistent sur l'efficience et la Béatitude, "merveilleuse saveur de la Réalité", telle qu'elle est effectivement vécue dans la conscience mystique du vide. En elle la pensée et le souffle s'immobilisent, en elle l’égoïsme se brise, en elle seule s'efface toute trace d’attachement, en elle s'engloutissent toutes les expériences : vide et compassion, sapience et habileté salvifique, devenir et extinction. Sans elle pas de salut mais une perpétuelle transmigration.
   Un autre caractère spécifique de la Réalité est le Spontané (sahaja), l'énergie fulgurant de façon gratuite, inconditionnée. Bien que ce spontané réside à l'intérieur du coeur, l'homme aveuglé par l'ignorance ne le perçoit pas. La conscience est comme assoupie, il faut donc qu'elle s'éveille, ce qui est possible puisque la conscience d'éveil (bodhicitta) est présente en chaque homme. (...)
Extrait de : Les Dohakosa de Sahara et de Kanha, dans Liliane Silburn, Aux Sources du Bouddhisme, Ed. Fayard.
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Bibliographie :
- Dohakosa (trad. Liliane Silburn) dans : Liliane Silburn, Aux Sources du Bouddhisme, Ed. Fayard.
- Les chants mystiques de Kânha et de Saraha, trad. Shahidhullha, Ed. Adrien Maisonneuve, 1988.






(...)
10.
Sans houle, toujours égale, l'essence du Spontané est libre de toute impureté.
Du mérite et du démérite rien ne demeure : ouvertement, Kanha le proclame.
11.
Prenant conscience de l'extériorisation, pénètre entre vide et non-vide.
Dans l'intervalle entre vide et non-vide, enfant, ne vois-tu donc rien ?
12.
Le Spontané est absolument unique. Kanha le reconnait en toute évidence.
Le benêt récite, écoute de nombreux traités et des écritures, et il ne sait rien !
13.
(Le souffle) ne descend ni ne monte; s'abstenant de ces deux (mouvements), il se tient immobile.
Kanha déclare : en aucune manière la pensée ne se déploie. Le souffle-maîtresse de maison reste à demeure.
(...)
20.
Immobile, indifférencié, invariable, sans aurore ni crépuscule, de bonne moelle,
telle est, dit-on, l’extinction ou la pensée ne déploie aucune activité mentale.
(...)
28.
Rien n'est à faire, point de formule ni de tantra, pour qui joue amoureusement avec sa propre maîtresse de maison.
Tant que la maîtresse de maison ne pénètre pas dans sa propre demeure, peut-on prendre plaisir aux cinq couleurs ?
29.
Est-ce dans ces récitations, ces oblations et ces activités du mandala que réside la Réalité ou tu demeures de jour en jour ?
O jeune fille, sans ton amour ininterrompu,
comment l'éveil serait-il atteint par ce corps ?
30.
Qui reconnait intérieurement l'instant du Spontané n'a que faire des Veda et des Purana,
car il a pulvérisé la démarche bivalente et sans fin du monde sensible.
31.
Celui qui saisissant sa propre maîtresse de maison rend immobile le joyau de la pensée,
Oh ! le voilà le maître de la foudre. Je viens de proférer l'ultime vérité.
32.
Tout comme le sel se dissout dans l'eau, ainsi le coeur qui s’empare de la maîtresse de maison.
A cet instant précis, il découvre la saveur égale s'il s'identifie à elle encore et encore et pour toujours.
Extrait de Dohakosa (trad. Liliane Silburn) dans : Liliane Silburn, Aux Sources du Bouddhisme, Ed. Fayard.
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Chant de Kanha.
Le domaine de la pensée n'est que tromperie,
Ainsi écritures, livres sacrés et rosaires.
Comment parler du Spontané, dis, quand n'y accède
Ni corps ni parole ni conscience ?
Vainement le guru instruit (son) disciple.
Comment exprimer ce qui est au-delà du chemin de la parole ?
Tout ce qu'on dit n'est que débâcle.
Muet est le guru, sourd, le disciple.
Kanha déclare : comment (décrire) le joyau du Vainqueur ?
Ce serait comme si un muet prêchait à un sourd !
Extrait de Dohakosa (trad. Liliane Silburn) dans : Liliane Silburn, Aux Sources du Bouddhisme, Ed. Fayard.
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mardi 26 juillet 2011

Saraha ou Sarahapa


Sahara est surtout célèbre pour ses chants mystiques non dualistes, les fameux doha, qui nous ont été conservés en aprabhramsa, langue indienne du Bengale, et dans leur version tibétaine, qui s'écarte sensiblement de l'original indien. Maitripa les commenta et en transmit la tradition à Marpa (1012-1097), qui l'introduisit à son tour au Tibet. (...) On a voulu parfois voir dans cette littérature des doha un véhicule à part le Sahajayana, ou "véhicule de la spontanéité. En fait les doha font partie intégrante du courant Vajrayana, constituant l'expression privilégiée de l'expérience non duelle du Mahamudra, au-delà de toute convention et de tout rituel, comme en témoigne ce célèbre passage :

"Quiconque, privé de l'inné, recherche le nirvana
ne peut aucunement prétendre à la vérité absolue.
Comment, absorbé par autre chose, pourrait-il gagner la délivrance ?
Gagnera-t-on la liberté en demeurant en méditation ?
A quoi bon les lampes ? les offrandes ?
Que peut-on accomplir en usant de mantra ?
A quoi bon les austérités ? A quoi bon les pèlerinages ?
Atteint-on la liberté en prenant un bain rituel ?
Abandonnez de tels attachements, renoncez à de telles illusions !
Il n'existe rien d'autre que la connaissance de Cela.
Autre que Cela, rien ne peut être connu.
C'est Cela qu'on lit, Cela que l'on médite,
C'est de Cela dont parlent les traités et vieilles histoires.
Il n'est pas une seule école de pensée qui n'ait pas Cela comme but.
Mais on ne peut le contempler qu'aux pieds du maître.
Si le mot du maître pouvait pénétrer dans votre coeur,
Il serait tel un trésor dans les paumes de vos mains.
Le monde est enchaîné par la fausseté, dit Sahara,
Et l'idiot ne perçoit pas sa vraie nature".
(...)
Extrait de Philippe Cornu, Dictionnaire Encyclopédique du Bouddhisme, Ed. du Seuil.
Commande sur Amazon : Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme


Bibliographie :
- Dohakosa (trad. Liliane Silburn) dans : Liliane Silburn, Aux Sources du Bouddhisme, Ed. Fayard, 1977.
- Les chants mystiques de Kânha et de Saraha, trad. Shahidhullha, Ed. Adrien Maisonneuve, 1988.
- L'Essence lumineuse de l'esprit, Vie et parole d'un maître du bouddhisme tantrique, trad. Erik Sablé, Ed. Dervy, 2005.
- Le Trésor des Chants, dans : James Low, La Simplicité de la Grande Perfection, Ed. du Rocher, 1994.
- Extrait des doha dans :  Philippe Cornu, Dictionnaire Encyclopédique du Bouddhisme, Ed. du Seuil.
En ligne : 

Voir aussi Hridayartha (consacré au disciple Maitripa)


(...)
20.
S'Il est déjà manifeste, à quoi sert la méditation, et s'Il est caché, on ne peut que mesurer les ténèbres. Saraha ne cesse de proclamer : "Ni être ni non-être, éternellement, voilà la nature du Spontané."
21.
S'Il est dépourvu de méditation, à quoi bon méditer sur Lui ? Et s'Il est indicible, à quoi bon l'expliquer ? Le monde entier se trouve asservi sous le sceau du devenir et personne n'appréhende sa nature propre.
23.
Ni formule, ni texte religieux, ni objet médité, ni concentration, mais eux tous sont cause du leurre, ô insensé !
Immaculée est la Conscience, ne la polluez pas par la méditation.
Demeurez dans la Béatitude intime; ne vous tourmentez plus !
(...)
103.
Ne reste pas chez toi, ne vas pas dans la forêt, connais parfaitement la pensée où que tu sois. Pour qui réside dans l'illumination indivise et ininterrompue, ou est le devenir, ou est le nirvana ?
104.
Ni chez toi ni dans la foret l'illumination ne réside. Prenez parfaite connaissance de ce mystère. Soyez non mutilés dans la nature essentielle de la Conscience immaculée !
105.
"C'est moi, c'est un autre", conçoit-on. Dépouille ce lien qui rend captif, c'est ainsi qu'on se libère soi-même.
106.
Ne te trompe pas sur toi-même et autrui. Tout sans distinction est le Buddha.
Voilà le suprême Immaculé ou la Conscience est pure de par sa véritable nature.
107.
Le bel arbre de la Conscience-sans-dualité s'étend avec ampleur sur le triple monde.
Il fleurit en compassion, son fruit se nomme charité envers autrui.
108.
Le bel arbre du Vide abonde en fleurs, actes de compassion très variées; et pour les autres, les fruits apparaissent spontanément, car cette Béatitude ne pense pas l'autre.
109.
Ainsi le bel arbre du Vide manque aussi de compassion; il n'a ni pousse ni fleur ni feuillage, et qui les imagine en lui tombe, car de branches point ne s’entrouvre !
110.
Ces deux arbres surgissent d'une seule graine et pour cette raison il n'y a qu'un seul fruit. Celui qui les voit ainsi sans distinction est libéré à la fois du cycle des naissances et du nirvana.
Quiconque délaissant la compassion s'attache au Vide n'a pas trouvé la meilleure des voies. Qui s'adonne uniquement à la Compassion ne se libère pas du cycle des existences. Mais quiconque peut unir les deux ne réside ni dans le devenir ni dans le nirvana.
Extrait de Dohakosa de Saraha dans : Liliane Silburn, Aux Sources du Bouddhisme, Ed. Fayard.
Commande sur Amazon : Aux sources du bouddhisme

(...)
32.
Ce monde illusoire n'a jamais existé depuis le commencement.
Dénué de buts, il est sans dessein.
C'est ainsi qu'il apparaît à ceux qui veillent en une continuelle méditation.
Indicible, indestructible et sans ego.
33.
La conscience, le mental, et tout le contenu de l'esprit sont "Cela"".
De même, l'univers et tout ce qui semble être distinct de lui sont "Cela".
Toutes les choses qui peuvent être perçues et celui qui perçoit,
même l'obscurité, la haine, le désir et l'intelligence sont "Cela".
34.
Comme une lampe qui brille dans la nuit de l'ignorance spirituelle,
"Cela" enlève les obscurités de l'esprit.
Avec un mental dispersé,
qui peut imaginer la Pure Conscience du sans désir ?
35.
Il n'y a rien à nier, rien à affirmer ou à saisir,
car "Cela" ne peut être compris.
A cause du pouvoir de division du mental, survient l'illusion.
L'Ultime Réalité demeure indivisée et pure.
36.
Si vous restez dans l'opposition de l'un et du multiple,
l'unicité ne se révèle ra pas, car elle est donnée aux êtres libres de la dualité.
Le joyau est latent au coeur de l'esprit.
Il est révélé par la méditation.
La conscience indestructible est votre véritable essence.
37.
Une fois installé dans le royaume de la Béatitude,
l'esprit devient libre.
De ce fait, toute chose lui profite,
même lorsqu'il semble courir après les objets des sens, il n'est pas aliéné par eux.
38.
Tout d'abord, viennent les bourgeons de la joie et du bonheur,
puis les feuilles d'une Gloire innéfable.
Si rien ne disperse la parfaite intériorité,
l'indicible Béatitude surgira.
39.
Finalement, le chemin spirituel parcouru n'est rien :
que l'être soit empli de passion ou non,
la Réalité est Vacuité.
(...)

Extrait de : Chant Royal de Sahara dans : Sahara, l'essence lumineuse de l'esprit, trad. Erik Sablé.

dimanche 24 juillet 2011

Annecy en silence




Après Ayze - voir ici
Yolande vous propose 
des journées de méditation à Annecy
"Rencontre dans l'énergie du silence"


Samedi 20 et Dimanche 21 Août 2011
Sa 22 et Di 23 Octobre 2011
Sa 03 et Di 04 Décembre 2011
Ainsi qu'à Paris , ...

Toutes les infos sur le Site : Dsyolavie
Ou le blog : Noumenlove 
Inscription : Email





Source de la vidéo : Noumenlove 





samedi 23 juillet 2011

Adieu l'Amy

Fin de semaine avec la voix de Amy Winehouse qui vient de s'envoler.

Amy, Amy, Amy (Frank, 2003)



Stronger Than me (Frank, 2003)


Rehab (Back to Black, 2006)



You Know I'm No Good (Back to Black, 2006)


Back To Black (Back to Black, 2006)


Love is a Losing Game (Back to Black, 2006)


Tears Dry On Their Own (Back to Black, 2006)

Wake Up Alone (Back to Black, 2006)




Amy Jade Winehouse, née le 14 septembre 19831 et morte le 23 juillet 2011, est une chanteuse britannique, auteur, compositeur et interprète, connue pour sa voix old school associée à celles d'Ella Fitzgerald, Sarah Vaughan ou encore Dinah Washington. Sa musique était un mélange de styles dans la veine du son Motown comme le jazz, le blues ou encore la soul.
En 2003, Amy Winehouse publie son premier album, Frank. Il rencontre un bon succès commercial et un bon accueil critique et commercial au Royaume-Uni, et reçoit une nomination pour le prix Mercury. En 2006, son second album intitulé Back to Black reçoit six nominations au Grammy Award et remporte cinq prix. Elle remporte ainsi trois des quatre prix les plus importants dont : Meilleure nouvelle artiste, Album de l'année et Chanson de l'année. Le 14 février 2007, elle remporte le Brit Award de la meilleure artiste féminine britannique et reçoit une nomination pour le meilleur album britannique. Elle remporte le Prix Ivor Novello à trois reprises : en 2004, pour la meilleure chanson contemporaine (musique et textes) pour Stronger Than Me, en 2007, pour la meilleure chanson contemporaine pour Rehab et en 2008 pour la meilleure chanson et la musique des textes de Love Is A Losing Game.
Amy Winehouse a également attiré l'attention des médias pour son look, notamment sa coiffure, et a inspiré plusieurs designers de mode. La chanteuse connaît des problèmes de toxicomanie et d'alcoolisme, largement relayés par les tabloïds depuis 2007. Elle et son mari auraient été impliqués dans des affaires judiciaires qui auraient conduit à l'annulation de concerts.
Le 23 juillet 2011, elle est retrouvée morte dans son appartement londonien, la cause de son décès étant encore inexpliquée.
Des articles de presse relève que, par une macabre coïncidence, elle rejoint d'autres figures de la musique décédées à l'âge de 27 ans.
Source (et suite) du texte : wikipedia

Voir aussi la page : Pop Légende : Amy Winehouse


vendredi 22 juillet 2011

Shtiramati

Avec ses contemporains Dharmapala et Silabhadra, Shtiramati apparaît comme l'un des principaux philosophes yogacarin du Ve et du VIe siècle. (...)
Né dans l'état de Lata, en Inde méridionale, plus âgé que Dharmapala, Shtiramati était, apprend-on, très érudit en abhidharma, en logique et dans la philosophie yogacarin telle qu'elle avait été enseignée par Asanga et Vasubandhu. (...). On sait qu'il commenta également les Mulamadhyamakakarika de Nagarjuna dans un texte dont il nous reste la version chinoise. Bien qu'il séjournât un temps à l'université de Nalanda, Shtiramati se rattachait essentiellement au monastère de Valabhi, qui rivalisait en notoriété avec Nalanda. Sur ses dates, les opinions divergent, mais celles proposées par Uui Hakuju, 470-550, semblent les plus probables si l'on se fie aux éléments biographiques d'origine chinoise. (...).
Extrait de : Vasubandhu, Cinq Traités sur l'esprit seulement, trad. Philippe Cornu, Ed. Fayard.
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Bibliographie :
 La Trentaine de Vasubandhu et son Explication par Shtiramati dans : Cinq traités sur l'esprit seulement, trad. Philippe Cornu, Fayard, collection "Trésors du bouddhisme", Paris, 2008.




27.
Même si l'on pense "tout n'est que simple perception sans plus"
Tant que l'on considère comme un objet
Une quelconque chose placée devant soi, 
On n'y est pas. 

Si un orgueilleux, par simple oui-dire, pense résider dans l'absolue pureté de la simple perception, il s'agira d'une saisie mentale, et pour dissiper (cette méprise), l'auteur dit : "Même si l'on pense " tout n'est que simple perception sans plus", tant que l'on place quelque chose devant soi en le considérant comme un objet..."
   L'expression "Tout ceci n'est que simple perception sans plus" désigne la privation d'objet. Une conception telle que "Il n'y a pas d'objet extérieur" est en définitive une saisie et une création d'attribut. "Devant soi" indique une perception directe. "Tant que l'on place", c'est placer mentalement la chose en question selon ce que l'on a entendu dire. "Une quelconque chose" désigne les nombreux objets référents possibles des pratiquants du Yoga, comme (la visualisation) d'un squelette, d'un cadavre bleuissant, pourrissant, enflé ou en décomposition. Cela ne suffit pas pour entrer (dans la simple perception) car alors la conscience n'a toujours pas abandonné ses références. Mais quand donc, ayant enfin abandonné la saisie consciente, demeurera-t-on complètement dans la Réalité ?
   En réponse, il dit :
28.
Lorsque la conscience n'appréhende plus 
Aucun objet référent, 
Elle s'établit dans la "simple perception sans plus", 
Car en l'absence d'objet appréhendé, il n'y a plus de saisie qui tienne. 

Quand la conscience ne conçoit plus l'existence d'aucun objet référent à l'extérieur de l'esprit - qu'il s'agisse des référents présentés dans les enseignements, les conseils pratiques ou de tout autre référent comme une forme ou un son, par exemple, - elle cesse de les contempler et de les saisir, puisqu'elle n'a plus aucun attachement à leur égard. S'il s'agit là d'une vision authentique et non d'un défaut comme la cécité de naissance, alors la saisie consciente a été éliminée et l'on demeure effectivement dans la nature réelle de l'esprit. Et il en dit la raison : "Car en l'absence d'objet appréhendé, il n'y a plus de saisie qui tienne." Tant qu'il existe un objet appréhendé, il n' y a saisie, ce qui ne sera plus le cas s'il est inexistant. En l'absence d'un objet appréhensible, et donc en l'absence d'un préhenseur, la réalisation se fera jour, l'appréhensible n'étant pas le seul à disparaître. Alors se lève la sagesses supramondaine et équanime qui ne crée plus les idées fictives d'un objet référent et d'un agent qui la vise. En éliminant ainsi les tendances latentes de l'attachement à un objet appréhensible et à un sujet préhenseur, l'esprit s'établit dans sa vraie nature.
   Quand l'esprit repose ainsi dans la "simple perception sans plus", comment l'appelle-t-on ?
29.
Impensable, sans référence, 
Telle est la sagesse supramondaine, 
C'est le renversement du support, 
L'élimination des deux formes de résistances. 
30.
Telle est alors la dimension sans souillures, 
Inconcevable, favorable et constante, 
Félicité et Corps de complète libération, 
Lequel, chez les Grands Sages, est appelé Corps absolu. 
(...)
Extrait de La Trentaine de Vasubandhu et son Explication par Shtiramati dans : Cinq traits sur l'esprit seulement, trad. Philippe Cornu, Ed.Fayard.
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jeudi 21 juillet 2011

Vasubandu

Vasubandhu, (IIIe-IVe siècle), moine bouddhiste gandharais, est l’un des fondateurs de l’école yogācāra avec son demi-frère Asanga et Maitreyanātha. Il est également le vingt-et-unième patriarche du Chan ou du zen. Il est souvent considéré comme un bodhisattva.
Le terme sanskrit Vasubandhu signifie littéralement la bonne parenté, vasu bon ou excellent, et bandhu parenté . D'où est issu son nom traduit en chinois Shiqin (Shìqīn parenté de génération en génération) ou Tianqin (Tiānqīn parenté céleste), son nom chinois de la transcription phonétique Poxiupantou (póxiūpántóu), ou Posoupandou (pósǒupándòu) ou Fasupandu (fásūpándù) n'est quasiment plus utilisé. Son nom en tibétain est dbyig gnyen.
Ses écrits, dont le plus important est le Trésor de l’Abhidharma (Abhidharmakośa), traduits en chinois et en tibétain, ont exercé une influence importante sur les bouddhismes mahāyāna et vajrayāna.
Source du texte : wikipedia


Bibliographie :
- Vijñaptimātratāsiddhi : deux traités de Vasubandhu : viṃśatika et triṃsikā , trad. Sylvain Lévi, Bibliothèque de l'Ecole des Hautes Etudes. Sciences historiques et philologiques fasc. 245, 1925
- Abhidharmakosa, traduit et annoté par Louis de la Vallée Poussin, Paul Geuthner, Paris, 1926.
- Cinq traités sur l'esprit seulement, trad. Philippe Cornu], Fayard, collection "Trésors du bouddhisme", Paris, 2008.
- Jean-Marc Vivenza, Tout est conscience : une voie d'éveil bouddhiste, Albin Michel, col. Spiritualités vivantes, 2010.


1
Toutes choses sont seulement perception, 
Elles n'ont pas d'existence, mais sont perçues en tant qu'objets. 
Comme l'illustre l'exemple des malades atteints d'ophtalmie qui voient des cheveux ou une lune là où il n'y a rien, 
Aucun objet n'a d'existence réelle. 

A ces mots on pourrait objecter :
2 (Objection)
Mais si la perception n'a pas d'objet extérieur, 
Il ne saurait y avoir de lieux et de moments déterminés,
Il serait de même illogique que plusieurs esprits (perçoivent le même objet), 
Et (nul objet) n'assumerait sa fonction !

Expliquons d'abord ces objections :
Quand ce produit par exemple la perception d'une forme sans qu'il y ait d'objet correspondant, si ladite perception ne découle pas de la présence d'un objet externe comme une forme, pourquoi cela se produit-t-il dans un lieu précis et non pas n'importe où ? Et dans ce lieu défini, l'évènement arrive à un moment particulier et non tout le temps. Comment donc expliquer que cette perception surgit dans l'esprit de tous ceux qui se trouvent à cet endroit-là à un moment précis et non dans l'esprit d'un seul d'entre-eux, comme pour l'homme affecté d'ophtalmie qui perçoit des cheveux là ou personne d'autre n'en voit ? Enfin, pourquoi les cheveux ou les mouches volantes que voit cet homme affligé d'ophtalmie n'assument-ils pas la fonction propre aux cheveux, (aux mouches) et ainsi de suite, alors que les mêmes objets perçus par d'autres personnes assument cette fonction ?
   La nourriture, la boisson, les vêtements, le poison ou les armes que l'on voit en rêve n'accomplissent nullement leur fonction nourricière, désaltérante, etc., mais il en va tout autrement pour les objets (réels).
   Une cité aérienne de mangeurs de parfums, de par son inexistence même, n'accomplit point la fonction d'une cité, mais il n'en va pas de même pour les autres cités. Si donc ces objets sont vraiment inexistants, il est tout simplement impossible de déterminer lieu et temps, mais aussi la pluralité des esprit (qui perçoivent un même phénomène) et l'efficience des phénomènes.
   - Non, ce n'est pas absurde, car :
3 (Réponse)
La détermination de l'espace (et du temps)
Est établie comme elle l'est dans les rêves. 

"Comme dans les rêves", c'est-à-dire de la même manière qu'en rêve. Comment cela ? Dans un rêve, aucun objet extérieur n'intervient et pourtant il s'y manifeste divers phénomènes tels qu'abeilles, jardins, hommes et femmes, en des endroits précis et non n'importe où. Et dans ces lieux déterminés, ces mêmes phénomènes apparaissent à des moments précis et non pas n'importe quand. Par conséquent, même en l'absence d'objet réellement existants, lieux et temps sont clairement définis.
(...)
Extrait de La Vingtaine et son auto-commentaire dans Cinq traits sur l'esprit seulement, trad. Philippe Cornu, Ed.Fayard.
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L'Abidharmakosabhasya (trad. Louis de la Vallée Poussin) :



Suite : volume 2 / 3 / 4 / 5 / 6


Introduction au Vijñānavāda (Doctrine de la Conscience) » par Stéphane Arguillère





« L’idéalisme bouddhique ou vijñānavāda (« doctrine de la conscience ») est sans doute le système de philosophie le plus ample et le plus consistant que le bouddhisme, et plus généralement la pensée non-occidentale, ait engendré (j’inclus le Proche-Orient et l'Afrique du Nord dans la sphère occidentale, puisque les pensées qui s'y sont développées se sont tout de même inscrites à bien des égards dans une filiation aristotélico-néoplatoncienne).
Ce que cette pensée a de plus curieux, c'est précisément sa problématique intégralement idéaliste, qui, au IIIe-IVe siècle de notre ère où les frères Asanga et Vasubandhu en ont déployé toutes les articulations, la rend à cet égard conceptuellement contemporaine de nos philosophes classiques, de Berkeley ou de Leibniz, plutôt que de Plotin ou de S. Augustin. Mais le plus étonnant, pour nous, est le caractère central de la notion de causalité, ou de production, dans cette forme d'idéalisme. Ce qui peut nous amener à nous poser au moins une question intéressante en termes d'histoire de la philosophie : pourquoi, chez nous, le développement de l'hypothèse idéaliste a-t-elle été de pair avec une évacuation progressivement de plus en plus complète de la notion de production causale, de la cause efficiente, dont on voit le couronnement, peut-être, chez Husserl ? Pourquoi la notion de causalité psychique, pourtant éminemment bien posée par Spinoza, a-t-elle peu à peu été évacuée de l'idéalisme moderne européen ?
Je ne tâcherai pas de répondre à cette question, qui comme telle n'intéresse pas le bouddhisme, mais d'esquisser les grandes lignes du système de l'idéalisme bouddhique en tâchant de le reconstruire (en abrégé) « selon l'ordre des raisons », un peu comme s'il avait été inventé, non pas dans le haut moyen âge indien, mais quelques décennies après Descartes. Ce qui m'amènera aussi m'interroger sur le rapport entre raison et écriture dans le bouddhisme, ou sur le caractère plus ou moins purement philosophique du système dans sa forme originale. »
Stéphane Arguillère.
Source du texte : vimeo



mardi 5 juillet 2011

Asanga


L'école Yogâcâra ou Cittamâtra, c’est-à-dire la voie de « l’esprit-seul », ou encore du « rien que l’esprit », fondée par Asanga et Vasubandhu, l’une des principales écoles philosophiques bouddhistes, présente à l'observation immédiate le paradoxe assez étrange d'être, sans aucun doute, l'un des courants les plus féconds et des plus influents, et ce depuis des siècles, au sein du bouddhisme Mahâyâna, tout en étant également l'un des plus méconnus et des moins compris, alors même qu'il occupe une place majeure et fondamentale du point de vue doctrinal, place qu'il est aisé de déceler lorsqu’on examine attentivement les diverses positions défendues par les maîtres de la transmission.

C'est pourquoi, à l’évidence, l'étude des éléments théoriques de cette école originale apparaît, à juste titre, comme nécessaire et indispensable à une parfaite connaissance de ce qui préside à l'énoncé des grandes vérités qui nous sont proposées par la tradition du « Grand Véhicule », et l'on pourrait même dire, sans crainte d'exagération, à une compréhension réelle des bases essentielles de l'Enseignement délivré originellement par le Bouddha lui-même. 

Mais on sera surpris de constater qu’en Occident, la doctrine Yogâcâra se retrouve dans l'immatérialisme philosophique de George Berkeley (1685-1753), une apparente et surprenante parenté entre les thèses de Berkeley et l'enseignement de l'idéalisme Yogâcara, puisque Vasubandhu et Asanga, ont soutenu, dans un contexte religieux cette bien différent, l'inexistence du monde extérieur, en expliquant que celui-ci n'est que le fruit de constructions mentales erronées qui nous font prendre pour concret ce qui n'est qu'une conséquence de l'activité de la pensée. 
Source du texte : Jean-Marc Vivenza

Autre biographie :  wikipedia


Bibliographie (en français) :
- La Somme du grand véhicule, Mahayanasamgrapha, tome II, trad. Etienne Lamotte, Ed. Université Catholique de Louvain, 1973

- Le Compendium de la Super doctrine, trad. Walpola Rahula, Ed. Efeo, 1980. 

- Ratnagotravibhâga/Mahâyânottaratantrashâstra, Le Message du futur Bouddha ou La lignée spirituelle des trois joyaux, trad. François Chenique, Ed. Dervy, 2001.
Etudes : Jean-Marc Vivenza
, Tout est conscience, Ed. Albin Michel, Spiritualité vivante.


Soutenir, comme le faisaient les penseurs Madhyamika, que la réalité mondaine n'est qu'une illusion de par son absence de nature propre, de par sa vacuité, c'était donc positivement et objectivement admettre, si l'on suivait la logique d'Asanga et de Vasubandhu, qu'elle n'était qu'une représentation de l'esprit (manas), une pensée (vijnapati, citta); qu'elle se résumait dans son être, qu'elle n'était, concrètement, qu'une simple connaissance (vijnana), le fuit d'un mécanisme intellectuel, d'un processus mental.
"L'existence de l'idée pure, écrira Vasubhandu, se trouve établie par la connaissance même que l'on possède de l'irréalité de l'idée" (Vimshakakarika-prakarana). Asanga aura lui-même cette expression, qui restera comme emblématique, et qui donnera son nom au courant dont il est l'initiateur avec son frère cadet : si le monde n'est que de la conscience, s'il n'est que de la connaissance (vijnamatra), alors il n'est "rien que pensée", "rien que l'esprit" (cittamatra). 

Extrait de : Tout est conscience

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L'Ainsité non souillée.
IV Manifestation
Ce qui n'a ni commencement, ni milieu, ni fin, qui est indivisible et sans dualité, qui est libéré de trois façons, sans taches et sans concepts : c'est la nature de l'Essence ultime que contemplent les yogis concentrés en méditation.

Cette essence douée de qualités immenses, incomparables, inconcevables et plus nombreuses que le sable du Gange, elle a déraciné tous les défauts ainsi que les imprégnations mentales : c'est l'Essence immaculée des Tathagata.

Par les différents aspects de la vraie Doctrine, par son corps lumineux et ses efforts concertés pour délivrer tous les êtres, cette Essence est semblable en ses actions au roi des Joyaux qui exauce tous les désirs, et bien qu'elles apparaissent sous de multiples aspects, ce n'est pas là sa vraie nature.

Cette essence est la cause qui dans les divers monde fait avancer les être sur le chemin de la Pacification, les porte à maturité et prévoit leur Eveil, c'est la Forme d'apparition qui réside toujours dans cette essence ultime comme les formes visibles dans l'élément espace.

Ce qui est appelé Bouddhéité, c'est l'état omniscient de ceux qui sont "né d'eux-mêmes", c'est la béatitude suprême du Nirvana, l'inconcevable accomplissement des Arhat que l'on connait par une expérience intérieur.

Cette Bouddhéité se manifeste de diverses façons par les trois Corps : le Corps essentiel, le Corps de Béatitude, le Corps de manifestation.

1 Le Corps essentiel
En résumé, le Corps essentiel des Bouddhas a cinq caractéristiques et on doit le connaitre come doué de cinq sortes de qualités.

Le Corps essentiel a cinq caractéristiques :
1 - Il est non composé car il est de la nature de l'Essence ultime
2 - Il est indivisible car il est sans distinction conceptuelle,
3- Il est libre des deux extrêmes car il est le domaines des seuls yogis
4 - Il est exempt des trois voiles que sont les émotions perturbatrices, le connaissable et les ravissements, car il est libre de souillures,
5 - il est rayonnant par nature car il est parfaitement pur.

Le Corps essentiel est doté de 5 qualités : il est immense parce que très élevé, indénombrable parce que incalculable, inconcevable parce que hors du domaine des arguments dialectiques, incomparables parce qu'unique, et parfaitement pur parce que délivré des rémanences karmiques.
(...)
Extrait de : Le message du futur Bouddha
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