Toute conscience est conscience de quelque chose. Parler de "conscience sans objet" est-ce alors parler pour ne rien dire ?
vendredi 24 décembre 2010
Feliz Navidad
Un Villancico andalou avec Tomasa La Macanita pour vous souhaiter de bonnes fêtes de fin d'année.
Extrait de l'excellent film de Carlos Saura, Flamenco (1995), que vous pouvez voir et entendre ci-dessous en intégralité.
mercredi 22 décembre 2010
Mme Guyon ou Jeanne-Marie Guyon
Jeanne-Marie Bouvier de la Motte est née en 1648 à Montargis d’une famille de riches bourgeois et morte à Blois en 1717. Mariée à 16 ans à un Monsieur Guyon, elle devient veuve à vingt-huit ans après cinq grossesses dont survivront trois enfants. Grâce à Mère Granger, supérieure des bénédictines de sa ville natale, elle est présentée à Monsieur Bertot, prêtre et profond mystique, qui devient son père spirituel.
Après la mort de son mari, elle voyage cinq ans durant en Savoie et en Piémont où elle noue connaissance avec les milieux quiétistes. À Grenoble, elle reçoit de nombreux visiteurs : clercs, religieuses chartreuses, à l’intention desquels elle compose son célèbre « Moyen court » et ses « Explications de la Bible ».
Arrivée à Paris à 38 ans, elle reprend la direction du cercle spirituel créé par monsieur Bertot. Emprisonnée après la condamnation de Molinos, elle est libérée sur intervention de Madame de Maintenon, alors tentée par la vie mystique et entreprend un apostolat à la Fondation des Demoiselles de Saint-Cyr. À nouveau tombée en défaveur, elle est emprisonnée une seconde fois durant sept ans.
Enfin lavée de tout soupçon, elle sort de la Bastille à 55 ans, sur un brancard. Il lui reste un peu plus de treize années à vivre : elle s’installe à Blois et consacre son énergie à former des disciples catholiques et protestants, les ouvrant à la vie intérieure dans une discrétion totale.
Source du texte : Ed. du Cerf
Bibliographie :
- Oeuvres mystiques, 800 pages, Ed. Honoré Champion, 2008.
- Écrits sur la vie intérieur. Ed. Arfuyen, 2005.
- La Désapropriation ou l'Abandonnement de tout soi-même, Ed. Arma Mati, 2001.
- Les Torrents, et commentaire du Cantique des cantique de Salomon, Ed. Jérôme Million, 1992.
- Récits de captivité, autobiographie, Ed. Jérôme Million, 1992.
- Le Purgatoire, Ed. Jérome Million, 1998.
- La passion de croire. Ed. Nouvelle cité, 1995.
En ligne :
Nombreux titres disponibles dans : Google books
Etudes :
Louis Guerrier, Madame Guyon, sa vie, sa doctrine et son influence, d'après les écrits originaux et des documents inédits, 1881.Louis Cognet, Crépuscule des Mystiques, Paris, Desclée, 1958.
François Ribadeau Dumas, Fénelon et les saintes folies de Madame Guyon, Genève, Éditions du Mont-Blanc, 1968.
Françoise Mallet-Joris, Jeanne Guyon, Flammarion, 1978.
Pierre-Maurice Masson, Fénelon et Mme Guyon, documents nouveaux et inédits, Paris, Hachette, 1907.
Madame Guyon, Rencontres autour de la Vie et l’œuvre de Madame Guyon, Grenoble, Millon, 1997. (contributions des meilleurs spécialistes).
Marie-Louise Gondal, Madame Guyon, 1648-1717, un nouveau visage, Beauchesne,1989.
Source : wikipedia
Extrait des Poèmes dans : Oeuvres mystiques, Ed. Honoré Champion.
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Il y a un état que j'appelle de foi nue. C'est d'abord une contemplation obscure qui ne discerne rien dans son objet. Elle se fait plus discerner dans la volonté que dans l'esprit : l'esprit est mis en ténèbres. C'est une espèce de négation parce que l'esprit n'affirme et ne distingue rien, il est mis en obscurité afin que la volonté soit toute occupée en amour et que l'esprit n'y cause point d'empêchement ni de partage. L'amour est ici bien plus tranquille et plus simple que dans les états de contemplation dont j'ai parlé. Si l'on demande à cette âme ce qu'elle fait, elle dira qu'elle n'en sait rien, mais qu'elle est très contente. Demandez-lui si elle voit et aperçoit quelque chose : elle dira qu'elle ne voit, ne distingue et n'aperçoit rien, et que cependant elle a au-dedenas d'elle une occupation que les objets du dehors et tout ce qui est de son état n'interrompent point, qu'un seul et unique objet sans objet l'occupe et l'absorbe pour ainsi dire. Elle passerait les jours et les nuits en cet état sans s'ennuyer ni se fatiguer. Elle n'a ni motif connu, ni raison distincte d'aimer, mais elle aime au dessus de toute connaissance de toute expression, et même souvent au-dessus de toute perception.
Comme cette oraison ou contemplation infuse (si on peut appeler contemplation une chose qui se passe toute dans la volonté) occupe entièrement la volonté, l'âme éprouve peu à peu qu'elle ne veut que ce que Dieu veut et comme Il le veut; et ensuite elle ne trouve plus en elle de volonté pour vouloir ou ne vouloir pas. (...)
Extrait des Discours spirituels, dans : Oeuvres mystiques, Ed. Honoré Champion
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Mon oraison est toujours la même, non une oraison qui soit en moi, mais en Dieu, très simple, très pure et très nette. C’est un état et non une oraison, dont je ne puis rien dire à cause de sa grande pureté. Je ne crois pas qu’il se puisse rien au monde de plus simple et de plus un. C’est un état dont on ne peut rien dire, parce qu’il passe toute expression : état où la créature est si fort perdue et abîmée que, quoi qu’elle soit libre au dehors, elle n’a plus pour le dedans chose au monde. Aussi son bonheur est inaltérable. Tout est Dieu, et l’âme n’aperçoit plus que Dieu. Elle n’a plus de perfection à prétendre, plus de tendance, plus d’entre-deux, plus d’union : tout est consommé dans l’unité, mais d’une manière si libre, si aisée, si naturelle que l’âme vit en Dieu et de Dieu aussi aisément que le corps vit de l’air qu’il respire.
Extrait dans : Martin Buber, confessions extatiques, Paris Grasset 1995.
Lorsqu'une âme est à la fois sortie d'elle-même et passée en Dieu, elle est si fortement étrangère à elle-même qu'il faut qu'elle se fasse une grande violence pour penser à elle.
Lorsqu'elle y pense, c'est comme à une chose étrangère qui ne la touche plus. Elle se sent comme divisée et séparée d'elle-même. Une seule chose est et subsiste en elle, qui est Dieu. Elle ne peut plus se voir distincte de Dieu. Dieu est en elle et elle est Dieu, mais pour se regarder elle-même, cela lui est étranger.
Extrait de : Etat d'une âme passée en Dieu dans : Écrits sur la vie intérieur.
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Marie, pour faire entendre qu'elle comprenait ce que c'était le Verbe, Fils unique du Père, qui devait s'incarner en elle et qu'elle devait communiquer aux autres hommes, dit : "Il a regarder la bassesse de sa servante" (Lc 1,48), c'est-à-dire son profond anéantissement. Et comme la communication du Verbe en nous se fait par le regard de complaisance de Dieu sur l'âme bien anéantie, aussi la communication du Verbe se fait par nous à d'autres dans notre anéantissement.
Extrait de : Des communications spirituelles et divines : dans Écrits sur la vie intérieur.
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Françoise Mallet-Joris, Jeanne Guyon, Flammarion, 1978.
Pierre-Maurice Masson, Fénelon et Mme Guyon, documents nouveaux et inédits, Paris, Hachette, 1907.
Madame Guyon, Rencontres autour de la Vie et l’œuvre de Madame Guyon, Grenoble, Millon, 1997. (contributions des meilleurs spécialistes).
Marie-Louise Gondal, Madame Guyon, 1648-1717, un nouveau visage, Beauchesne,1989.
Source : wikipedia
Voulez-vous savoir qui je suis ?
Rien. Et Dieu toute chose.
Je ne veux, ne fais ni ne puis.
Dieu, mon unique Cause,
Demeure en Soi, moi dans le rien.
Dieu vit, Dieu seul opère.
Dieu saint est le souverain bien.
Moi, la même misère.
(...)
Que je suis contente,
N'étant bonne à rien !
Je vis sans attente
En moi de nul bien,
Mais mon Sauveur
Est seul tout mon bonheur. (...)
Que je suis bien
Quand je suis dans le rien ! (...)
(...)
La perte la plus extrême
N'est pas trop grande à mon gré.
Je suis défait de moi-même
Et je vis en liberté.
Enfin j'ai tout ce que j'aime,
Et j'aime tout ce que j'ai.
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Il y a un état que j'appelle de foi nue. C'est d'abord une contemplation obscure qui ne discerne rien dans son objet. Elle se fait plus discerner dans la volonté que dans l'esprit : l'esprit est mis en ténèbres. C'est une espèce de négation parce que l'esprit n'affirme et ne distingue rien, il est mis en obscurité afin que la volonté soit toute occupée en amour et que l'esprit n'y cause point d'empêchement ni de partage. L'amour est ici bien plus tranquille et plus simple que dans les états de contemplation dont j'ai parlé. Si l'on demande à cette âme ce qu'elle fait, elle dira qu'elle n'en sait rien, mais qu'elle est très contente. Demandez-lui si elle voit et aperçoit quelque chose : elle dira qu'elle ne voit, ne distingue et n'aperçoit rien, et que cependant elle a au-dedenas d'elle une occupation que les objets du dehors et tout ce qui est de son état n'interrompent point, qu'un seul et unique objet sans objet l'occupe et l'absorbe pour ainsi dire. Elle passerait les jours et les nuits en cet état sans s'ennuyer ni se fatiguer. Elle n'a ni motif connu, ni raison distincte d'aimer, mais elle aime au dessus de toute connaissance de toute expression, et même souvent au-dessus de toute perception.
Comme cette oraison ou contemplation infuse (si on peut appeler contemplation une chose qui se passe toute dans la volonté) occupe entièrement la volonté, l'âme éprouve peu à peu qu'elle ne veut que ce que Dieu veut et comme Il le veut; et ensuite elle ne trouve plus en elle de volonté pour vouloir ou ne vouloir pas. (...)
Extrait des Discours spirituels, dans : Oeuvres mystiques, Ed. Honoré Champion
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Mon oraison est toujours la même, non une oraison qui soit en moi, mais en Dieu, très simple, très pure et très nette. C’est un état et non une oraison, dont je ne puis rien dire à cause de sa grande pureté. Je ne crois pas qu’il se puisse rien au monde de plus simple et de plus un. C’est un état dont on ne peut rien dire, parce qu’il passe toute expression : état où la créature est si fort perdue et abîmée que, quoi qu’elle soit libre au dehors, elle n’a plus pour le dedans chose au monde. Aussi son bonheur est inaltérable. Tout est Dieu, et l’âme n’aperçoit plus que Dieu. Elle n’a plus de perfection à prétendre, plus de tendance, plus d’entre-deux, plus d’union : tout est consommé dans l’unité, mais d’une manière si libre, si aisée, si naturelle que l’âme vit en Dieu et de Dieu aussi aisément que le corps vit de l’air qu’il respire.
Extrait dans : Martin Buber, confessions extatiques, Paris Grasset 1995.
Lorsqu'une âme est à la fois sortie d'elle-même et passée en Dieu, elle est si fortement étrangère à elle-même qu'il faut qu'elle se fasse une grande violence pour penser à elle.
Lorsqu'elle y pense, c'est comme à une chose étrangère qui ne la touche plus. Elle se sent comme divisée et séparée d'elle-même. Une seule chose est et subsiste en elle, qui est Dieu. Elle ne peut plus se voir distincte de Dieu. Dieu est en elle et elle est Dieu, mais pour se regarder elle-même, cela lui est étranger.
Extrait de : Etat d'une âme passée en Dieu dans : Écrits sur la vie intérieur.
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Marie, pour faire entendre qu'elle comprenait ce que c'était le Verbe, Fils unique du Père, qui devait s'incarner en elle et qu'elle devait communiquer aux autres hommes, dit : "Il a regarder la bassesse de sa servante" (Lc 1,48), c'est-à-dire son profond anéantissement. Et comme la communication du Verbe en nous se fait par le regard de complaisance de Dieu sur l'âme bien anéantie, aussi la communication du Verbe se fait par nous à d'autres dans notre anéantissement.
Extrait de : Des communications spirituelles et divines : dans Écrits sur la vie intérieur.
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Angelus Silesius ou Johannes Scheffler
Tout comme celle de son contemporain Pascal (1623-1662), l'œuvre d'Angelus Silesius (1624-1677) est un point d'intersection où se rencontrent la littérature et la spiritualité. Elle occupe une place en vue dans la littérature baroque allemande du XVIIe siècle, mais elle reste méconnue en France, à l'inverse de la poésie baroque française réhabilitée depuis les années 60 grâce à son caractère religieux.
À la fois médecin et poète, doué d'un esprit profondément spirituel, Silesius fait partie d'un cercle qui entend réformer le luthéranisme officiel dans le sens de l'intériorisation et de l'expérience mystique. En quête d'absolu, Silesius y trouve un milieu d'incubation qui permet le développement de sa réflexion théologique. Succède alors une phase de créativité intense durant laquelle culture mystique et veine poétique se combinent pour donner naissance au « Pèlerin chérubinique », le chef-d'œuvre d'un jeune auteur de trente-trois ans.
Source du texte : Editions du Cerf
Bibliographie :
- Le Pèlerin chérubinique, édition bilingue d'Aubier, 1946.
- Le Pèlerin chérubique, édition bilingue d’Eugène Susini, PUF, Paris, 1964, 2 tomes.
- Le Pèlerin chérubinique, trad. Camille Jordens, Éditions du Cerf / Éditions Albin Michel, Paris, 1994.
- Le Voyageur chérubinique ou épigrammes et maximes spirituelles pour conduire à la contemplation de Dieu, trad. de Maël Renouard, Payot & Rivages, Paris, 2004.
- L'Errant chérubinique, trad. Roger Munier. Ed. Arfuyen,
- Un chemin vers la Joie. Extraits choisis, Trad. Gérard Pfister. Ed. du Cerf.
- La rose est sans pourquoi. Extraits choisis. Ed. Arfuyen
- Dieu est un éternel présent. Extraits choisis. Ed. Dervy.
- Un chemin vers la joie. Extraits choisis. Ed. Arfuyen.
Avertissement au lecteur
Lecteur bienveillant, comme les vers que tu vas lire contiendra maints paradoxes étranges ou paroles contradictoires, de même que des maximes très hautes et inconnues du vulgaire sur la Déité secrète, ainsi que sur l'union avec Dieu ou l'essence divine et aussi sur l'égalité avec Dieu et sur la déification ou divinisation et d'autres choses du même ordre, auxquelles on pourrait facilement, à cause de leur forme brève, attribuer un sens condamnable ou une intention mauvaise, il est nécessaire que je te donne tout d'abord cet avertissement.
Et, il faut donc que tu saches, une fois pour toutes, que nulle part, l'auteur ne prétend que l'âme humaine doive ou puisse perdre sa nature, et être transformée par la déification en Dieu ou son essence incréé, ce qui est impossible pour tout l'éternité. Car, quoique Dieu soit tout puissant, Il ne peut faire (et s'Il le pouvait Il ne serait pas Dieu) qu'une créature soit naturellement et essentiellement Dieu. C'est ainsi que Tauler dit dans ses Institutions spirituelles, chap. 9 "Comme le Très-Haut ne pouvait faire que nous fussions Dieu par nature (car c'est à Lui seul que cela convient), Il a fait que nous fussions Dieu par grâce, afin que nous puissions posséder avec Lui, dans un amour éternel, une même béatitude, une même joie, et un seul royaume"; mais il veut dire que l'âme élue et sainte parvient à une union si étroite avec Dieu et son essence divine qu'elle est toute pénétrée d'elle, transformée en elle, unie et un seul être avec elle; en sorte que si on pouvait la voir, on ne verrait et ne connaîtrait rien d'autre en elle que Dieu; ainsi qu'il en sera dans la vie éternelle, parce qu'elle sera comme toute engloutie dans l'éclat de sa splendeur, parce qu'elle peut même arriver à être une image si parfaite de Dieu qu'elle est juste (par grâce) ce qu'est Dieu (par nature) et que par conséquent, en ce sens, on peut dire à bon droit qu'elle est une lumière dans la Lumière, un Verbe dans le Verbe, et un Dieu en Dieu (comme le disent mes vers). (...)
Premier Livre.
1. Ce qui est fin demeure.
Pure comme l'or le plus fin, roide comme un rocher, toute claire comme le cristal : telle doit être ton âme.
2. Le lieu de l'éternelle quiétude.
Qu'un autre s'inquiète de sa sépulture et destine de fiers bâtiments à sa charogne. Je ne m'en soucie pas : mon tombeau, mon effort et mon cercueil où je reposerai à jamais doivent être le coeur de Jésus.
3. Dieu seul peut satisfaire.
Arrière, arrière, séraphins, vous ne pouvez apaiser ma soif; arrière, arrière, saints, et ce qui brille en vous. Je ne veux plus de vous : je ne me jette que dans la mer incréé de la Déité nue.
4. Il faut être tout divin.
Seigneur, ce n'est pas assez que je te serve en ange et verdoie devant toi dans la divine perfection : c'est bien trop médiocre pour moi, et trop peu pour mon esprit : qui veut bien Te servir doit être plus que divin.
5. On ne sait ce qu'on est.
Je ne sais pas ce que je suis, je ne suis pas ce que je sais : une chose sans être une chose, un point et un cercle.
6. Il faut que tu sois ce qu'est Dieu.
Pour trouver ma fin dernière, et mon premier commencement, je dois m'approfondir en Dieu, et Dieu en moi, et devenir ce qu'Il est : je dois être clarté dans la clarté, je dois être Verbe dans le Verbe, Dieu en Dieu.
(...)
289. La rose est sans pourquoi, fleurit parce qu'elle fleurit,
elle ne fait pas attention à elle-même, ne demande pas si on la voit.
(...)
Sixième Livre.
263. Conclusion.
Ami, c'en est assez. Si tu veux lire plus, va, et deviens toi-même et le livre, et l'essence.
Extrait de : Pèlerin chérubinique (Aubier, 1946).
mardi 21 décembre 2010
mercredi 00h 38
Cette année, le solstice a lieu mercredi 22 décembre 2010 à 00h38 (heure suisse ou française), ou mardi 21 décembre à 16h38 heure canadienne. C'est à cette minute précise que commence l'hiver.
Ce jour le plus court de l'année, ou cette nuit la plus longue, marque un renversement, les jours vont se rallonger, et les nuits raccourcir, jusqu'au solstice d'été. L'équinoxe étant un équilibre dans ces durées.
C'est pourquoi les différentes civilisations (proche de nous, les Grecs, les Romains, les Celtes et les Germains) ont fêté ce passage comme une renaissance du soleil ou de la lumière, mais aussi que la naissance du Christ (identifié ainsi au soleil) coïncide avec ce solstice d'hiver. Sauf que pour des raisons pratique de calendrier une date a été fixée, qui ne peut correspondre exactement au solstice (variable d'une année à l'autre), le 25 décembre.
Cette année Noël a donc lieu (en quelque sorte) ce mercredi 22 décembre à 00h38.
Pour les mystiques rhénans cette naissance (ou renaissance) symbolise ce qui se passe dans l'âme lorsque celle-ci se tourne vers elle-même, ou vers sa source, en demeurant vierge de toute image et de tout concept.
Autre phénomène remarquable et rare (le dernier date de 456 ans), cette année la lune du solstice sera pleine et éclipsée par l'ombre de la terre. Ce que l'on pourra observer, si le ciel est clair, mardi 21 décembre entre 08h41 et 09h53 (ou entre 00h41 et 01h53 au Canada).
Sur les éclipses de lune : Wikipedia
Source de l'image simulée de l'éclipse du solstice : Nasa
lundi 20 décembre 2010
Nicolas de Cues ou Nicolas Krebs
Nicolas Krebs (1401 - 11 août 1464), plus communément appelé Nicolas de Cues, est un penseur allemand de la fin du Moyen Âge. Il est également connu sous les noms de Nicolas Chrypffs, Nicolas de Cusa ou encore Nicole de Cuse en raison de son lieu de naissance (Cues sur la Moselle).
Il fut évêque, puis cardinal et ami du pape Pie II. Il a écrit une cosmologie (de nature essentiellement métaphysique) dont l'impact, quoique tardif, sera d'une grande importance, puisque Descartes le cite deux siècles plus tard comme un des précurseurs de la pensée scientifique moderne par son originalité.
Nicolas Chrypffs est né à Cues en 1401. Encore jeune, il s'enfuit de chez lui pour échapper aux mauvais traitements de son père. Il fut élevé à Deventer, chez les frères de la vie commune. Il étudia ensuite la philosophie, la jurisprudence et les mathématiques à Padoue. Il fut d'abord avocat, puis ecclésiastique, et prit part aux négociations de la Réforme. Il est envoyé en 1437 porter une invitation du Pape Eugène IV à l'Empereur Romain d'Orient Jean VIII Paléologue à Constantinople alors menacée par les ottomans. Il fut nommé évêque de Brixen et s'opposa à l'archiduc Sigismond d'Autriche. Nicolas V le fit cardinal et l'envoya en Allemagne. Le pape Pie II le nomma vicaire général de Rome. Son énergie à réformer les mœurs du clergé et sa lutte contre la superstition rencontrèrent une vive opposition. Il mourut en 1464 à Todi.
Source du texte : wikipedia
Autre bio et liste des oeuvres originales : JM Nicole
Bibliographie (en français) :
- De la Docte ignorance ; introduction, traduction et notes de Hervé Pasqua, Paris, Bibliothèque Rivages, 2008.
- Lettres aux moines de Tegernsee sur la docte ignorance. Du jeu de la boule. tr. Maurice de Gandillac. Paris : O.E.I.L., 1985. (Sagesse chrétienne).
- Le tableau ou La vision de Dieu ; tr. Agnès Minazzoli. Paris : Cerf, 1986. (La nuit surveillée).
- Trois traités sur la docte ignorance et la coïncidence des opposés ; tr. Francis Bertin. Paris : Cerf, 1991. (Sagesses chrétiennes).
- Concordance catholique ; intr. de Jacques Doyon et Joseph Tchao, tr. Roland Galibois et Maurice de Gandillac. Sherbrooke : Université de Sherbrooke ; Paris : J. Vrin, 1977
- La paix de la foi suivie de la Lettre à Jean de Ségovie ; introduction, traduction et notes de Hervé Pasqua, Téqui, Paris septembre 2008.
- Sermons eckhartiens et dionysiens ; tr. Francis Bertin. Paris : Cerf, 1998. (Sagesses chrétiennes).
- Du Non-Autre. Le guide du penseur ; tr. Hervé Pasqua. Paris : Cerf, 2002. (Sagesses chrétiennes).
Trialogus de Possest ; tr. P. Caye, D. Larre, P. Maganrd, F. Vengeon. Paris : J. Vrin, 2006.
- la filiation de Dieu, éd. Arfuyen; tr. Jean Devriendt, Intro. M-A. Vannier.
- Les Ecrits mathématiques ; tr. Jean-Marie Nicolle. Paris : Champion, 2007
- Trialogus De Possest, Texte latin, traduction et notes par P. Caye, D. Larre, P. Magnard, F. Vengeon, Paris, Vrin, 2006.
- Ecrits mathématiques, Présentation, texte latin, traduction et notes par Jean-Marie Nicolle, Paris, éd. Honoré Champion, 2007.
- La filiation de Dieu, trad. Jean Devriendt, préface Marie-Anne Vannier, Paris-Orbey, éd. Arfuyen, 2009.
- La Sagesse selon l'idiot, traduction française du De Idiota (Livres I et II) par Françoise Coursaget, introduction et commentaires par Roger Bruyeron, Paris, Hermann, 2009
- Le traité du béryl, Tome 1, Texte, traduction et notes de Maude Corrieras, Paris, éditions Ipagine, 2010
- Le Coran Tamisé, Ed. du Cerf, 2011.
En ligne :
De la docte ignorance, (trad. approximative), 1930 : Fichier word
Seigneur, voir, pour toi, c'est aimer et de même que ton regard se pose avec attention sur moi sans jamais se détourner de moi, de même ton amour. Et puisque ton amour est toujours avec moi et que ton amour, Seigneur, n'est autre que toi-même qui m'aimes, alors tu es toujours avec moi, Seigneur. Tu ne m'abandonnes pas. De tous côtés tu me protèges, toi qui as de moi le soin le plus vigilant. Seigneur, ton être n'abandonne pas mon être. Tant que je suis, tu es avec moi. Et comme voir, pour toi, c'est être, alors je suis parce que tu me regardes.
Extrait de : Le Tableau ou La vision de Dieu (chap. IV, La vision de Dieu est appelée providence, grâce et vie éternelle).
Je déclare donc que, s'il y avait une ligne infinie, elle serait une droite, un triangle, un cercle, une sphère. Et, de même, s'il y avait une sphère infinie, elle serait un cercle, un triangle et une ligne. Et il faut dire la même chose du triangle infini et du cercle infini.
Premièrement il est évident qu'une ligne infinie est une droite. Le diamètre d'un cercle est une ligne droite, et la circonférence est une ligne courbe plus grande que le diamètre. Si donc la ligne courbe est d'autant moins courbe que la circonférence est celle d'un cercle plus grand, alors la circonférence du cercle maximum, qui ne peut être plus grande, est courbe au minimum et droite au maximum. Ainsi, le maximum coincide avec le minimum, et l'oeil voit qu'il est nécessaire dans ces conditions que la ligne maximal soit courbe au minimum et droite au maximum.
Extrait de : De la Docte Ignorance (chap. XIII Les propriétés de la ligne maximale et infinie).
Mais dans la région de l'intellect, qui voit que le nombre est enveloppé dans la monade, la ligne dans le point et le cercle dans le centre, on saisit dans une vision mentale sans processus discursif la coincidence de l'unité et de la multiplicité, du point avec la ligne, du centre avec le cercle, comme tu as pu le constater dans les livres des Conjectures, où j'ai démontré que Dieu est au-delà même de la coincidence des contradictoires, puisque d'après Denys il est l'Opposition des Opposés.
Extrait de : Apologie de la Docte Ignorance.
Platon quant à lui, qui discerna un Etre unique, une puissance ontologique unique, un ciel unique, une terre unique en décelant en eux tous l'Un pour ainsi dire à l'état passif, contract et modifié, détecta l'Un en soi et absolu en séparant et en retranchant tout de l'Un. Et lorsqu'on le contemple de cette manière, l'Un n'est plus alors ni être ni non être, ni n'existe ni ne subsiste, il n'est plus subsistant ni auto-subsistant, ni Principe ni même Un. bien plus, la formulation : "L'Un est Un" ne serait pas exacte, puisque cette copule "est" ne peut convenir à l'Un, pas plus que dire sans copule "l'Un Un" ne serait une formulation exacte, parce que toute formulation - laquelle n'est jamais formulable sans altérité ou dualité - disconvient à l'Un. Par conséquent si tu observes bien, alors le Principe de tous les étants nommables est innommable, puisqu'il ne peut être aucun des étants principiés. Et c'est pourquoi il ne peut pas non plus être qualifié de Principe, mais il est bien plutôt le Principe innommable du Principe nommable, précédant tout ce qui est nommable à quelque titre que ce soit. De même tu comprendras maintenant mieux qu'on doit nier de lui les contradictoires en sorte qu'il n'est plus être ni non-être, ni copulativement être et non-être, ni disjonctivement être ou non-être. Mais toutes ces formulations restent en deça du Principe, qui précède tout ce qui est énonçable.
Extrait de : Le Principe
dimanche 19 décembre 2010
Jacqueline de Romilly
Jacqueline de Romilly, ou Jacqueline Worms de Romilly, née Jacqueline David (26 mars 1913 - 18 décembre 2010), est une philologue française, helléniste, écrivain et professeur. Membre de l'Académie française, première femme professeur au Collège de France, elle est connue sur le plan international pour ses travaux sur la civilisation et la langue de la Grèce antique, en particulier à propos de Thucydide (objet de sa thèse doctorale).
Source du texte, biographie et bibliographie voir : Wikipedia
L'actualité des études grecques (Canal U, 1995)
Jacqueline de Romilly, la Vigie grecque (2007)
Thucydide
samedi 18 décembre 2010
Jean de Ruysbroeck ou Jan van Ruusbroec
Jean de Ruysbroeck (Jan van Ruusbroec) est né en 1293 dans un village du Brabant («Ruusbroec») aujourd’hui englobé dans l’agglomération bruxelloise.
À onze ans, il décide de quitter la maison de ses parents pour étudier sous la direction de son oncle, chanoine de Sainte-Gudule, à Bruxelles.
Les humanités ne l’intéressent guère : «C’était un homme ignorant, rapporte Denys le chartreux, qui ne savait seulement pas le latin.» Et un autre chartreux souligne que «c’est à peine s’il apprit la grammaire».
Ordonné prêtre à 24 ans , il devient chapelain de Sainte-Gudule : «Peu soucieux de lui-même et du monde, note son biographe, il faisait l’effet d’un malheureux et d’un homme de rien à ceux qui ne le connaissaient pas. Il vivait dans une paix profonde, silencieux et négligé. Adonné à la contemplation, il évitait volontiers les foules.»
De cette époque sont datés ses premiers ouvrages, écrits en moyen-néerlandais, ce qui étonne beaucoup ses contemporains.
Mais voici qu’à l’âge de soixante ans, Ruysbroeck décide de changer d’existence. Avec son oncle et quelques amis, il se retire au milieu de la forêt, en un lieu nommé Groenendael («la Vallée verte»). Tous prennent bientôt l’habit des chanoines réguliers de saint Augustin dont ils adoptent la règle.
Les livres et la réputation de Ruysbroeck se répandent largement. Laïcs et religieux, théologiens et simples fidèles affluent de plus en plus nombreux pour l’entendre.
Parmi eux aurait été le Strasbourgeois Jean Tauler.
Ruysbroeck meurt le 2 décembre 1381 à 88 ans.
Il a été béatifié cinq siècles plus tard, en 1885.
Source : Ed. Arfuyen
Bibliographie :
- L'habitation intérieur. Ed. Arfuyen,
- Oeuvres de Ruysbroeck l'Admirable en 6 Tomes. Ed. Vromant.
Tome 1 : Le miroir du Salut éternel, Le livre des sept clotures, Les septs degrésde l'échelle d'amour spirituel
Tome 2 : Le livre du Royaume des Amants de Dieu, Le livre de la plus haute Vérité
Tome 3 : L'ornement des noces spirituelles, La vie contemplative, L'anneau ou la pierre brillante
Tome 4 : Le livre du Tabernacle spirituel
Tome 5 : suite, La Foi chrétienne
Tome 6 : Le livre des douze béguines, Le livre des quatre tentations, La vie et les miracle du Frère Jean Ruysbroeck
En ligne les 6 tomes : Livres mystiques
Editions Chamonal :
- De la vraie contemplation. Deux tomes.
- Les sept degrés de l'amour.
- Vie et gestes.
En ligne Vie et gestes : Livres mystiques
CHAPITRE II.
DES TROIS CONDITIONS REQUISES POUR LA CONTEMPLATION
DE DIEU DANS LA LUMIÈRE DIVINE.
Pour que l'esprit puisse contempler Dieu par Dieu même, sans intermédiaire, dans cette lumière divine, l'on doit réunir trois conditions. La première c'est que l'on soit bien ordonné au dehors en toutes vertus, et qu'à l'intérieur on soit sans entraves et aussi dégagé en toutes œuvres extérieures que si réellement l'on n'agissait pas; car si l'on est intérieurement préoccupé de quelque acte de vertu, l'image s'en imprime dans l'esprit, et tant que cela dure, l'on ne peut pas contempler.
La seconde condition c'est que l'on adhère à Dieu intérieurement avec une intention et un amour qui s'unissent, comme un feu ardent et brûlant qui ne se peut jamais éteindre. Dès que l'on éprouve cela en soi-même, l'on est capable de contempler.
En troisième lieu, il faut s'être perdu soi-même en une absence de modes et en une ténèbre, où tous les esprits contemplatifs sont engloutis fruitivement, incapables de jamais se retrouver eux-mêmes selon le mode de créature. C'est dans l'abîme de cette ténèbre où l'esprit aimant est mort à lui-même, que commencent la révélation de Dieu et la vie éternelle. Car c'est là que brille et qu'est engendrée une lumière incompréhensible, le Fils de Dieu même, en qui l'on contemple la vie sans fin. En cette lumière l'on devient voyant; et cette lumière est donnée à l'esprit en son existence simple, là où il reçoit la clarté qui est Dieu même, au-dessus de tous les dons et de toute œuvre de créature, en ce vide tout affranchi de l'esprit, où par le moyen de l'amour de fruition, il s'est perdu lui-même et reçoit sans intermédiaire la clarté divine, tout transformé aussitôt en cette clarté même qu'il reçoit. Voyez, cette clarté mystérieuse à laquelle on contemple tout ce que l'on désire, en rapport avec le vide de l'esprit, cette clarté est si grande que le contemplateur aimant n'aperçoit et n'éprouve en son propre fond, où il se repose, rien qu'une lumière incompréhensible; et selon la nudité simple qui enveloppe toutes choses, il se trouve et se sent transformé en la lumière même qui le fait voir et rien autre chose.
C'est ainsi que l'on devient voyant dans la lumière divine. Bienheureux les yeux qui voient ainsi, car ils possèdent la vie éternelle.
Extrait de : L'ornement des noces spirituelles, livre III La vie contemplative.
vendredi 17 décembre 2010
Henri Suso ou Heinrich Seuse
Avec Tauler, Suso est le principal disciple de Maître Eckhart. Des trois grands mystiques rhénans de l’école dominicaine allemande du XIVe siècle, c’est le seul à avoir été proclamé bienheureux, tardivement il est vrai, puisqu’il fallut attendre 1831.
Suso se distingue aussi par l’attention qu’il porte aux images et par sa volonté d’imiter le Christ souffrant. Enfin, de tous les mystiques rhénans, c’est celui dont la vie nous est la mieux connue, grâce à son autobiographie, rédigée avec l’aide de sa « fille spirituelle » Elsbet Stagel. Né vers 1295/97, à Constance ou dans ses environs, un 21 mars, jour de la fête de saint Benoît, il est mort le 25 janvier 1366 à Ulm, où il a été enterré dans l’église des frères prêcheurs. C’est par vénération pour sa mère que le jeune Heinrich von Berg choisit de porter son nom de jeune fille, Sus latinisé en Suso. Entré chez les dominicains de Constance dès l’âge de 13 ans, il connaît ses premières expériences mystiques à 18 ans et s’inflige pendant plus de 20 ans de terribles mortifications, jusqu’à ce que, voyant un chien jouer avec un morceau d’étoffe, il comprenne qu’il faut accepter les épreuves qui viennent de l’extérieur plutôt que de se les infliger volontairement. Après avoir suivi l’enseignement de Maître Eckhart à Strasbourg et à Cologne, il assiste avec douleur au début de son procès et revient vers 1327 à Constance pour y être professeur au sein du studium dominicain. C’est à cette époque qu’il rédige le Petit Livre de la Vérité, ouvrage d’inspiration eckhartienne, qui lui vaut presque aussitôt des ennuis avec les autorités de son ordre. Spéculatif et mystique, plus accessible que son maître, Eckhart, mais aussi un peu rebutant en raison de son dolorisme, ce Serviteur de la Sagesse éternelle – comme il aimait à s’appeler – est un témoin exemplaire de la spiritualité chrétienne de la fin du Moyen Age.
Source : Ymago
Bibliographie :
- Oeuvres du B. Henri Suso. Trad. E.Cartier (1852) . Ed. Kessinger Publishing, 2010
- Oeuvre mystique. L'horloge de la Sagesse. Trad. Benoit Lavaud, 1946.
- Oeuvres traduites par Jeanne Ancelet-Hustache. Séries: Les Maîtres de la spiritualité chrétienne. Textes et étude.
- Oeuvres de Heinri Suso. Ed. Nabu Press, 2010
- Le petit livre de la vérité. Ed. Belin, 2002.
- Tel un aigle. Initiation à la vie spirituelle. Trad. Wolfgang Wakernagel. Ed. Rivages poche / Petite bibliothèque, 2005.
Etudes :
Libera, Alain de. Eckhart, Suso, Tauler ou la divinisation de l'homme. Paris, Bayard, 1996.
Vannier, Marie-Anne, Les Mystiques rhénans, Anthologie : Eckhart, Tauler, Suso, 2010.
En ligne :
Oeuvres complètes (trad. Cartier, 1852) : PDF / Googlebooks / Archives
- Oeuvre mystique. L'horloge de la Sagesse. Trad. Benoit Lavaud, 1946.
- Oeuvres traduites par Jeanne Ancelet-Hustache. Séries: Les Maîtres de la spiritualité chrétienne. Textes et étude.
- Oeuvres de Heinri Suso. Ed. Nabu Press, 2010
- Le petit livre de la vérité. Ed. Belin, 2002.
- Tel un aigle. Initiation à la vie spirituelle. Trad. Wolfgang Wakernagel. Ed. Rivages poche / Petite bibliothèque, 2005.
Etudes :
Libera, Alain de. Eckhart, Suso, Tauler ou la divinisation de l'homme. Paris, Bayard, 1996.
Vannier, Marie-Anne, Les Mystiques rhénans, Anthologie : Eckhart, Tauler, Suso, 2010.
En ligne :
Oeuvres complètes (trad. Cartier, 1852) : PDF / Googlebooks / Archives
Comment peut-on donner une forme à ce qui n'en a pas et démontrer ce que l'on ne peut comprendre, ce qui surpasse tous les sens et toute intelligence humaine ? Ce qu'on donne pour similitude, c'est mille fois plus dissemblable que ce n'est ressemblant. Cependant, pour chasser image par images, je veux te parler ici en images, te montrer dans un langage imagé, autant du moins qu'il est possible, comment ces pensées sans images sont à prendre en vérité et conclure un long discours en peu de mots.
Ecoute : Un sage maître dit que Dieu, pris selon la divinité, est comme un très grand cercle, dont le centre est partout et la circonférence (surface) nulle part. Ici représente-toi en imagination quelqu'un jetant avec force une lourde pierre au milieu d'une eau calme; un cercle se produit dans l'eau; ce cercle, par sa force, en fait un autre et celui-ci, à son tour, un autre et, à proportion de la force du premier jet, les cercles s'étendent loin et large. La puissance du premier jet pourrait être si forte que l'eau passât par-dessus tout. Imagine-toi dans le premier cercle la force puissante de la nature divine dans le Père. Elle est sans fond : elle engendre, semblable à soi, un autre cercle; c'est une personne : le Fils; et des deux (procède) le troisième, qui est leur Esprit à tous deux, également éternel, également tout puissant. Voilà ce que désignent les trois cercles : Père, Fils, Saint-Esprit. Dans ce profond abîme, la nature divine est dans le Père, disant et engendrant le Verbe, distinct de lui selon la personnalité, demeurant en lui selon l'essence, qui assuma la naturelle humanité.
Extrait de : L'horloge de la Sagesse
Ecoute : Un sage maître dit que Dieu, pris selon la divinité, est comme un très grand cercle, dont le centre est partout et la circonférence (surface) nulle part. Ici représente-toi en imagination quelqu'un jetant avec force une lourde pierre au milieu d'une eau calme; un cercle se produit dans l'eau; ce cercle, par sa force, en fait un autre et celui-ci, à son tour, un autre et, à proportion de la force du premier jet, les cercles s'étendent loin et large. La puissance du premier jet pourrait être si forte que l'eau passât par-dessus tout. Imagine-toi dans le premier cercle la force puissante de la nature divine dans le Père. Elle est sans fond : elle engendre, semblable à soi, un autre cercle; c'est une personne : le Fils; et des deux (procède) le troisième, qui est leur Esprit à tous deux, également éternel, également tout puissant. Voilà ce que désignent les trois cercles : Père, Fils, Saint-Esprit. Dans ce profond abîme, la nature divine est dans le Père, disant et engendrant le Verbe, distinct de lui selon la personnalité, demeurant en lui selon l'essence, qui assuma la naturelle humanité.
Extrait de : L'horloge de la Sagesse
(...) Dans cette Essence divine, où les trois Personnes sont une même nature sans diversité, se trouvent aussi toutes les créatures, selon leur idéal éternel, dans leur forme essentielle, mais non pas accidentelle; elles sont Dieu en Dieu; c'est la création dans le Temps qui leur donne leur nature particulière et les distingue de Dieu. L'esprit des hommes parfaits peut s'élever à cet abîme de la Divinité, à cet océan de l'intelligible; il peut s'y plonger et nager dans les profondeurs incompréhensibles de la divine Essence; et là, détachés de toutes pensées vulgaires, rester immobile dans les secrets de la Divinité. L'homme alors se dépouille de l'obscurité de sa lumière naturelle, et se revêt d'une lumière supérieure. Dieu l'attire dans la simplicité de son unité où il se perd lui-même pour se transformer en Dieu, non par nature, mais par grâce; et dans cette mer infinie de lumière qui l'environne, il jouit d'un silence qui est la paix et la félicité parfaite. Il comprend le rien éternel et existant qui est l'essence divine et incompréhensible; le rien qu'on appelle rien, parce qu'il n'est rien des choses créées; et que l'esprit humain ne peut trouver aucune créature qui puisse le contenir : il voit que ce rien surpasse toute intelligence et qu'il est incompréhensible pour tous.
Lorsque l'esprit commence à se fixer dans les ténèbres de la lumière, il perd toute propriété de lui-même, toute action ; il ne se connait plus, parce qu'il est absorbé, enseveli en Dieu, et comme, à cette hauteur de la contemplation, il reçoit dans sa pure substance, une lumière qui rayonne de l'unité de la divine Essence et de la Trinité des Personnes, son esprit se perd dans ces splendeurs; il meurt à lui-même, et à l'emploi de ses forces et de ses facultés; il est ravi et comme égaré dans une ignorance divine; il est absorbé dans le silence ineffable de la lumière infinie et de l'unité suprême. C'est là le point le plus élevé que puisse atteindre l'esprit de l'homme. Saint Denis l'Aréopagite appelle cet état : « la hauteur inconnue et lumineuse, les ténèbres profondes d'une splendeur éblouissante, le rayon de l'obscurité divine;» parce que l'âme s'y unit à la divine Essence, et que dans cet océan de lumière, elle la voit, la contemple et la possède; ce qu'elle comprend dans son ravissement, c'est que l'infini surpasse sa raison et qu'il reste inconnu à toutes les intelligences; mais cet inconnu elle en jouit à travers l'obscurité et les ténèbres d'une lumière qui lui découvre l'immensité et l'incompréhensibilité de Dieu. Saint Denis l'Aréopagite écrit à son Timothée, dans le premier chapitre de la Théologie mystique : « Vous , mon bien cher Timothée, appliquez - vous avec ardeur aux contemplations mystiques; quittez pour elles vos pensées, votre raison, les choses sensibles et intelligibles, tout ce qui est et ce qui n'est pas; et faites vos efforts pour vous perdre vous-même, vous unir à celui qui est au-dessus de toute substance et de toute science. Lorsque vous serez affranchi de tout, vous vous envolerez vers ce rayon substantiel du mystère, vers cette hauteur lumineuse et inconnue, vers cette obscurité très-pure dont les ténèbres éblouissent '. »
Extrait de : Du dernier degré d'union avec Dieu.
Lorsque l'esprit commence à se fixer dans les ténèbres de la lumière, il perd toute propriété de lui-même, toute action ; il ne se connait plus, parce qu'il est absorbé, enseveli en Dieu, et comme, à cette hauteur de la contemplation, il reçoit dans sa pure substance, une lumière qui rayonne de l'unité de la divine Essence et de la Trinité des Personnes, son esprit se perd dans ces splendeurs; il meurt à lui-même, et à l'emploi de ses forces et de ses facultés; il est ravi et comme égaré dans une ignorance divine; il est absorbé dans le silence ineffable de la lumière infinie et de l'unité suprême. C'est là le point le plus élevé que puisse atteindre l'esprit de l'homme. Saint Denis l'Aréopagite appelle cet état : « la hauteur inconnue et lumineuse, les ténèbres profondes d'une splendeur éblouissante, le rayon de l'obscurité divine;» parce que l'âme s'y unit à la divine Essence, et que dans cet océan de lumière, elle la voit, la contemple et la possède; ce qu'elle comprend dans son ravissement, c'est que l'infini surpasse sa raison et qu'il reste inconnu à toutes les intelligences; mais cet inconnu elle en jouit à travers l'obscurité et les ténèbres d'une lumière qui lui découvre l'immensité et l'incompréhensibilité de Dieu. Saint Denis l'Aréopagite écrit à son Timothée, dans le premier chapitre de la Théologie mystique : « Vous , mon bien cher Timothée, appliquez - vous avec ardeur aux contemplations mystiques; quittez pour elles vos pensées, votre raison, les choses sensibles et intelligibles, tout ce qui est et ce qui n'est pas; et faites vos efforts pour vous perdre vous-même, vous unir à celui qui est au-dessus de toute substance et de toute science. Lorsque vous serez affranchi de tout, vous vous envolerez vers ce rayon substantiel du mystère, vers cette hauteur lumineuse et inconnue, vers cette obscurité très-pure dont les ténèbres éblouissent '. »
Extrait de : Du dernier degré d'union avec Dieu.
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