mardi 31 janvier 2012

Hugues de Saint-Victor



Hugues de Saint-Victor est un philosophe, un théologien et un auteur mystique du Moyen Âge, né en 1096, au manoir de Hartingham en Saxe et décédé le mardi 11 février 1141. En latin on écrit : Hugo ou Hugonis de Sancto Victore.

Il était le fils aîné de Conrad, comte de Blankenburg. Son oncle Reinhard, qui avait fait ses études sous la direction de Guillaume de Champeaux à Paris et à Saint-Victor, avait été fait évêque d'Halberstadt à son retour en Saxe. C'est dans le monastère de Saint-Pancrace, à Hamersleben près d'Halberstadt, que Hugues reçut son éducation. Reinhard y avait appelé quelques Victorins qui y apportèrent l'amour des études, de la sagesse et de la science. (...)
Les maîtres principaux qui ont influencé Hugues sont : Raban Maur, (lui-même disciple d'Alcuin), Bède le Vénérable, Yves de Chartres et Jean Scot Érigène et quelques autres, peut-être même Denys l'Aréopagite. Malgré l'opposition de ses parents, il prit l'habit de chanoine de saint Augustin à Hamerleve; avant la fin de son noviciat, les troubles dans le pays firent que son oncle, Reinhardt, lui conseilla d'aller à l'abbaye de Saint-Victor, où ils arrivèrent, un autre oncle appelé Hugues aussi, l'archidiacre d'Halberstadt, déjà fort âgé, et lui, vers 1115.
Source (et suite) du texte : wikipedia


Bibliographie :
- L'art de lire, le Didascalon, Ed. du Cerf, 1991
- Six opuscules spirituels, Ed. du Cerf, 1969

- Oeuvres de Hugues de Saint-Victor, deux tomes, Ed. Brepols, 2000. 
- Les oeuvres de Hugues de Saint-Victor, Ed. Nabu Press, 2010.
Etudes :
Patrice Sicard, Hugues de Saint-Victor et son école, Ed. Brepols, 1991
Dominique Poirel, Hugues de Saint-Victor, Ed. du Cerf, 1998.


Lorsque nous voulons élever l'oeil de l'esprit vers les réalités invisibles, il nous faut considérer les images des choses visibles en quelque sorte comme des repères pour la connaissance. Quand, dans le domaine des réalités spirituelles et invisibles, on dit que quelque chose est en haut, on ne donne pas à entendre que cela serait situé spatialement au sommet ou au point le plus élevé du ciel, mais on veut signifier que, de toutes les réalités, c'est la plus intime. Monter vers Dieu, c'est donc rentrer en soi-même, et non seulement rentrer en soi-même, mais d'une manière qui ne se peut dire, passer, au plus intime de soi, au-delà de soi-même. Ainsi, celui-là qui, entrant et pénétrant en sa propre intimité, si j'ose dire, passe au-delà de lui-même, celui-là monte véritablement vers Dieu.
De uanitate mundi, 751A
Cité dans : Hugue de Saint-Victor et son école
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Le principe de la discipline consiste dans l’humilité; quoi que ses enseignements à son propos soient nombreux, il y en a trois qui concernent avant tout le lecteur. D’abord celui-ci ne doit faire bon marché d’aucune science, d’aucun écrit. Ensuite, il ne doit pas rougir d’apprendre auprès de qui que ce soit. Enfin, une fois qu’il domine la science, il ne doit pas mépriser les autres.

Beaucoup se laissent prendre à paraitre sages avant l’heure. Du coup ils s’enflent d’arrogance, se mettent à singer ce qu’ils ne sont pas et à rougir de ce qu’ils sont réellement. Ils s’éloignent d’autant plus de la sagesse qu’ils jugent, non qu’ils sont sages, mais qu’on les juges tels. J’en connais beaucoup de ce genre là : alors qu’ils ne possèdent pas encore les bases élémentaires, ils ne daignent s’intéresser qu’aux sommets et se croient devenus grands du seul fait qu’ils ont lu les écrits ou entendu les propos des grands et des sages. « Nous les avons vus, disent-ils. Nous avons été leurs disciples. Souvent ils s’entretenaient avec nous. Ces sommités, ces hommes célèbres nous connaissent. »

Ah, si seulement personne ne me connaissait, mais que je connaisse tout ! Vous faites gloire d’avoir vu Platon, non de l’avoir compris. Dès lors il est indigne de vous, à mon avis, d’être mes élèves. Je ne suis pas Platon, je n’ai même pas eu le mérite de voir Platon. C’en est assez, vous avez bu à la source même de la philosophie. Ah, si seulement vous aviez encore soif ! après avoir bu dans une coupe en or, le roi boit bien dans un pot de terre. Pourquoi avoir honte ? Vous avez écouté Platon ? Ecoutez aussi Chrysippe ! Comme dit le proverbe : « Ce que tu ignores, Ofellus le sait peut-être ». Il n’est donné à personne de tout savoir, inversement, il n’est personne qui n’ait reçu de la nature quelque don particulier.

L’étudiant avisé écoute volontiers tout le monde, il lit tout, ne méprise aucun écrit, aucune personne, aucun enseignement. Sans faire de distinctions, il cherche auprès de chacun ce qu’il sait lui faire défaut, sans tenir compte de ce qu’il sait, mais de ce qu’il ignore. C’est ce qui fait dire après Platon : « Je préfère apprendre d’autrui avec discrétion que d’étaler effrontément ce que je sais ». Pourquoi en effet rougir de s’instruire et de ne pas avoir honte d’être ignorant ? L’indécence est moindre dans le premier cas que dans le second. Autre choses, pourquoi vises-tu les sommets, alors que tu gis sur le sol ? Examine plutôt ce que tes forces sont capables de porter. On progresse plus convenablement quand on progresse en ordre. En voulant faire un grand saut, certains tombent dans un précipice. Donc, ne te hâte pas trop, tu n’atteindras que plus vite la sagesse. Apprends volontiers de chacun ce que tu ignores, car l’humilité te permet d’accéder au partage de ce que la nature a donné à chacun en propre. Tu seras plus savant que tous, si tu consens à apprendre de chacun. Bref, ne fais bon marché d’aucune science, puisque toute science est bonne.
Extrait de : L'art de lire, Didascalicon

Commande : Ed. du Cerf
Source (et suite) du texte : cedrea 
 


lundi 30 janvier 2012

Guillaume de Saint-Thierry


Natif de Liège, Guillaume poursuivit ses études à Laon très probablement, avant de devenir moine à Saint-Nicaise de Reims. Il fut ensuite abbé de Saint-Thierry, près de Reims, de 1119-1120 à 1135. Homme d'action, il se dépensa pour le bien de son abbaye et pour le succès du renouveau monastique; il fut surtout un penseur qui a écrit ses premières œuvres, florilèges et traités, durant son abbatiat. Retiré finalement chez les Cisterciens de Signy, il y termina sa carrière littéraire, polémique et mystique que la mort vint interrompre le 8 septembre 1148.
Source du texte : Ed. du Cerf
Autre biographie : la voie mystique

Parmi les œuvres de Guillaume, abbé bénédictin de Saint-Thierry, près de Reims, puis moine cistercien de Signy, dans les Ardennes, contemporain et ami de saint Bernard, « la Lettre aux frères du Mont-Dieu » a été si goûtée dès l'origine dans tous les milieux religieux, qu’elle a été surnommée la « Lettre d’or ». Apologie de la vie des Chartreux, miroir du parfait ermite, manuel de l’ascétisme et traité de vie mystique, épître familière émaillée de sages conseils et de prudentes directives, elle avait tout pour plaire aux spirituels du XIIe siècle. Aujourd’hui encore elle garde sa valeur et son attrait pour quiconque cherche Dieu.
Source du texte : Ed. du Cerf


Bibliographie :
- Lettres aux frères du Mont-Dieu, Lettre d'or, Ed. du Cerf, 1975.
- Un traité de la vie solitaire : Lettres au frères du Mont-Dieu, trad. M.-M. Davy, Ed. Etudes de philosophie médiévale, 2000.
- Exposé sur le Cantique des Cantiques, Ed. du Cerf, 1962
- Oraisons méditatives, Ed. du Cerf, 1985.
- La contemplation de Dieu, Ed. du Cerf, 1959
- Le Miroir de la foi, Ed. du Cerf, 1982
- Exposé sur l'Epitre aux Romains, (en plusieurs tomes), 2011


L'homme animal doit encore apprendre à se tenir le coeur haut levé dans la prière, à faire oraison d'une manière spirituelle, écartant le plus possible de son esprit les corps et les représentations corporelles quand il pense à Dieu. Qu'on l'exhorte à concentrer son attention, avec la pureté de coeur dont il est capable, sur Celui auquel il présente le sacrifice de sa prière, à s'observer attentivement lui-même, auteur de l'offrande, à prendre garde à la matière et à la qualité de ce qu'il offre. Plus il voit, en effet, plus il comprend Celui auquel s'adresse son offrande, plus celui-ci est présent au coeur, et l'amour même est connaissance. Plus Dieu lui est présent au coeur, plus il prend goût à son offrande - si toutefois elle est digne de Dieu - et plus il trouve son bonheur.
Lettres aux frère du Mont-Dieu, 173

Celui qui jusque-là ne fut que solitude ou seul devient "un", la solitude de corps se transforme pour lui en "unité d'esprit", en sa personne se réalise ce que, dans sa prière, le Seigneur demandait pour ses disciple, comme terme de perfection : "O Père, c'est mon désir : tout comme toi et moi nous sommes un, qu'ils soient eux de même un en nous."
Cette unité de l'homme avec Dieu, ou cette ressemblance vis-à-vis de Dieu, fait que l'esprit, dans la mesure où il est proche du divin, se rend conforme à lui-même l'âme qui est en dessous de lui, et à cette âme, le corps lui-même, la plus basse portion de l'homme. Alors l'esprit, l'âme et le corps ordonnés à leur fin, mis à leur place, jugés selon leurs mérites, sont également conçus en fonction de leurs qualités. Alors l'homme commence à se connaitre parfaitement lui-même et, par cette connaissance de soi, à s'élever peu à peu jusqu'à la connaissance de Dieu.
Ibid, 288-289

Et puisque cet Etre ineffable ne peut être vu que d'une manière ineffable, que celui qui veut Le voir purifie son coeur. Car nulle ressemblance corporel n'en peut donner une idée à celui qui dort, aucune forme sensible à celui qui veille. Ni la raison, ni ses recherches ne sauraient Le voir ou L'atteindre, mais seulement l'humble amour d'un coeur pur. Et c'est là cette face de Dieu que nul ne peut voir et vivre en même temps pour le monde. C'est là cette beauté qu'aspire à contempler quiconque désire aimer le Seigneur son Dieu de tout son coeur, de toute son âme, de tout son esprit, de toutes ses forces.
Ibid, 296-297
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samedi 28 janvier 2012

L'Oeil de Dieu ou Helix Nebula

Seigneur, voir, pour toi, c'est aimer et de même que ton regard se pose avec attention sur moi sans jamais se détourner de moi, de même ton amour. Et puisque ton amour est toujours avec moi et que ton amour, Seigneur, n'est autre que toi-même qui m'aimes, alors tu es toujours avec moi, Seigneur. Tu ne m'abandonnes pas. De tous côtés tu me protèges, toi qui as de moi le soin le plus vigilant. Seigneur, ton être n'abandonne pas mon être. Tant que je suis, tu es avec moi. Et comme voir, pour toi, c'est être, alors je suis parce que tu me regardes.
Nicolas de CuesLe Tableau ou La vision de Dieu (extrait du chap. IV). 

L'oeil avec lequel Dieu me voit et l'oeil avec lequel je le vois, mon oeil et son oeil ne font qu'un.

Maître Eckhart, Sermons

Une nouvelle photo - infrarouge cette fois-ci - de la magnifique Nébuleuse de l'Hélice (appelée aussi Oeil de Dieu) :



Pour rappel la photo prise par le télescope Hubbles :




et pour la situer, une vidéo par l'ESO (Observatoire européen austral) :



Elle fut découverte par Karl Ludwig Harding en 1824.
Située à moins de 650 années-lumière de la Terre, en fait l'une des nébuleuses planétaires les plus proches d'elle. Elle se présente comme deux anneaux entrelacés.
Ascension droite 22h 29m 40,7s, déclinaison -20° 47' 30", magnitude 7,3, taille 12,8'
Source du texte : wikipedia 

Pour finir un dernier clin d'oeil en musique :




 



vendredi 27 janvier 2012

Marie de la Trinité ou Paule de Mulatier



Née à Lyon, en 1903, Paule de Mulatier (Marie de la Trinité) entre chez les Dominicaines missionnaires des campagnes en 1930. Elle y devient rapidement assistante générale et maîtresse des novices. Dix ans après, elle doit se soumettre aux soins de nombreux psychiatres – dont Jacques Lacan pendant quatre ans – et subir les traitements les plus violents. Guérie, elle manifeste des dons exceptionnels à l’hôpital Vaugirard à Paris, ou elle exerce dans le cadre des consultations de médecine psychosomatique, puis elle rejoint le sein de sa congrégation, avant d’adopter une forme de vie semi-érémitique à Flavigny (Côte-d’Or). Elle meurt en 1980.
Source du texte : Ed. du Cerf
Autre biographie : Marie de la Trinitéwikipedia


Bibliographie :
- Consens à n'être rien, Carnets 1936-1942, Éditions Arfuyen, 2002
- Entre dans ma Gloire, Carnets 1942-1946, Éditions Arfuyen, 2003
- Le Petit Livre des grâces, Éditions Arfuyen, 2003
- De l'angoisse à la paix, Éditions Arfuyen, 2003
- Paule dite Marie : Une femme cachée, Éditions Arfuyen, 2004
- Je te veux auprès de moi (Agenda 1927-1930), Éditions Arfuyen, 2005
- Frère Dominique : Le cœur au large ! (1952), Cerf, 2006
- Le Silence de Joseph, préface du P. Dominique Sterckx, carme déchaux, Éditions Arfuyen, 2007
- Les Grandes Grâces, Carnets 1 (11 août 1929 — 2 février 1942), Cerf, 2009
- Revêtir le sacerdoce, Carnets 2 (2 février 1942 — 8 juillet 1942), Cerf, 2011
Etudes :
Collectif, sous la dir. de Eric de Clermont-Tonnerre, Marie de la Trinité : Lectures d'une expérience et d'une oeuvre, Ed. du Cerf, 2003.
Collectif, sous la dir. de Eric de Clermont-Tonnerre, Marie de la Trinité : Union à Dieu et filialité, mystique et épreuve, Ed. du Cerf, 2010.
Christiane Sanson, Marie de la Trinité : De l'angoisse à la paix, Cerf, 2003
Site dédié (avec de nombreux documents) : Marie de la Trinité



11-12 août 1929. 

(...) Sœur Saint Didier partit je crois vers 10 h 30. Il ne restait plus dans la chapelle que Mère Saint Jean et moi - elle était au fond - j’étais à gauche.
Je m’étendis par terre les bras en croix - il faisait froid sur les carreaux - j’étais mince, je sentais tous mes os, de la tempe aux pieds je méditais sur la mort : « Bientôt il n’y aura plus que cela de moi mon Dieu je vous donne tout faites tout ce que vous voudrez, prenez moi selon votre bon plaisir - donnez moi de m’oublier, de me perdre, de disparaître totalement en vous ».

Ce qui se passa ensuite est bien plus difficile à dire - parce que ce ne fut pas mon opération mais celle de Dieu en moi - plus divin qu’humain. Il n'y eut, mon Père, ni parole, ni idée exprimée humainement, ni image. Il n’y eut rien qui puisse être perçu par les sens - ni pensée qui soit l’effet d’un raisonnement quelconque, ni spéculation, ni théorie, rien de ce dont on se sert pour l’exercice naturel des facultés. Les mots jurent avec ce que je veux essayer d’exprimer parce qu’ils sont restreints et limités (...)
Je ne sais combien de temps cela dura, ni comment il se fit autre chose - ici, je devrais me taire, car ce n’est pas moi qui peux dire cela ne vient pas de moi, mais de Dieu et c’est selon son mode à Lui (...) et évoquent forcément des pensées, des réalités que l’intelligence ne peut saisir qu’à sa manière humaine.

Comment vous dire, mon Père ?
Je fus comme immergée en Dieu et il me sembla qu'Il m’absorbait en sa Déité - et que, restant moi, je n’opérais cependant plus par moi même mais par Lui - je me trouvais à la fois dans une immobilité et une activité suprême (si vous voulez m’interroger sur ce que je veux signifier par là j’essaierai de répondre aussi clairement que possible). Alors, comment dire et que dire ? Je connus la Déité de Dieu je connus son Être pas l’idée de Déité ni l’idée d’Être, mais la Déité, l’Être. Je vis, non parce que je pouvais voir, mais parce qu’il me donnait de voir et il n’y avait pas de distance de moi qui voyais à ce que je voyais. Je crois que c’est plus exact d’exprimer ainsi plutôt que de dire que je voyais en moi et me voyais en lui. En sa Déité et son Être je vis sa perfection, sa gloire et son ineffable béatitude, je fus plongée, roulée dans cette béatitude je reçus quelque expérience de la vie éternelle. Je connus et je vis dans la simplicité de son Être - sa majesté - et c’est indicible et inaccessible à l’intelligence humaine. 

Je ne sais pas comment je connus - que alors Dieu était en moi. C’est lui qui opérait en moi - qui m’habilitait à sa connaissance. Je reçus là la connaissance de la paternité divine, de Dieu et de Dieu Père. Je vis l’âme humaine : je la vis en Dieu - comment dire ? L’idée que Dieu a de l’âme humaine - idée qui est vie en Dieu et qui est la suprême réalité de l'âme, réalité par laquelle est l’âme. Je vis ce qu'est l’âme en Dieu. Je ne vis pas telle âme, la mienne ou une autre, mais l’âme - et cela s’appliquait à toute âme. Je la vis en sa perfection telle qu’elle est en l’idée de Dieu, telle qu’elle a son être en Dieu. Je vis l’amour de Dieu pour l’âme - et son aptitude à être unie à Dieu : c’est là sa fin. Je vis l’amour du Père pour l’âme, je l’éprouvai, j’y entrai : pas dans l’amour de l’âme pour Dieu, mais dans l’ineffable, l’inexprimable inconnaissable amour de Dieu pour l’âme. 
Tout ce que j’écris là, je l’expérimentais, et c'est en l’expérimentant que je le connaissais et c’était par l’âme, par le centre de moi même, de mon être, et de ce centre cela se répandait et découlait en tout moi-même. Je vis l’ordre naturel et l’ordre surnaturel, l’ordre naturel à Dieu, l’ordre naturel au créée, l'ordre surnaturel. Je le vis et connu l’âme en sa vie naturelle, je la vis et la connus en sa vie surnaturelle, en ses opérations naturelles et ses opérations surnaturelles. Je vis tout ce qui touche à l’âme (…)
Tout je le voyais dans la lumière divine et le connaissais en cette lumière de l’être de Dieu : je voyais bien plus Dieu que ces choses (...) je ne voyais bien l’âme que parce que je voyais Dieu. Je vis l’âme pour Dieu (…) je vis l’œuvre d’amour de Dieu dans l’âme (…) je vis le péché et ce qu’il est dans l’âme, il faut savoir ce qu'est l’âme de Dieu pour connaître ce qu’est le péché (…) je vis que Dieu se veut à lui-même d’être la béatitude de l’âme, qu’il lui donne en participation sa propre béatitude et j’entrai en cette béatitude qui est la vie éternelle. Pour goûter à cette béatitude, il faut goûter à Dieu qui est cette béatitude : et je reçus ce don. (...) 


Je vis le don que Dieu veut faire de Lui-même à l’âme - dès cette terre - et qu’elle est faite pour être unie à Dieu. Je gémis et je dis : « Mon Dieu qu'est-ce pour moi de connaître votre béatitude, votre Déité et votre Être si je ne puis en avoir part. Mon Dieu comment vous unissez-vous à l’âme ? » je demandai et redemandait (...)

Ce fut minuit. Mère Saint Jean quitta son prie Dieu et vint me relever car je n’avais pas bougé. J’étais prosternée à terre, en croix. Je ne voulais pas parler parce que c’était le silence, ni rien demander pour la perfection de l’obéissance. Je dis : « Mon Dieu si vous voulez vous montrer encore et me répondre, permettez que je reste. » Je regardai Mère Saint Jean, m’étant mise à genoux, elle me dit tout bas : « jusqu'à minuit et demi ! » je me prosternai de nouveau. Alors, aussitôt, je reçus la connaissance du Fils (…) je vis le mystère de l’Incarnation je le vis en Dieu, en sa réalité en Dieu. (...)
Je ne vis pas l’humanité du Christ comme des Saints l’ont vue de leurs yeux : je vis cette humanité en la pensée et l’amour du Père en l’union au Verbe - il n’y avait ni forme ni image. (...) 
Je vis que tout l’amour du Père pour toutes les âmes n’est rien en face de son amour pour l’âme et à minuit et demi je quittai la chapelle, j’allais dans ma chambre, au pavillon. Je m’assis au pied de la petite croix suspendue au mur, et je restai là jusqu'au matin. À 5 heures et demie je m’étendis un moment sur le lit, pour me lever ensuite à 6 heures. J’essayai de me redire à moi-même, c’est impossible : je n’étais plus que moi - mais ce n’était plus la même.
Extrait de : Le petit livre des grâce.
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Source (et suite) du texte : ermitage ouvaton







Jeudi 6 août 1942.
Transfiguration – « Comme il parlait encore, voici qu’une nuée lumineuse les couvrit de son ombre. » Mt 17, 5 – « et ils furent saisis de peur en entrant dans la nuée. » Lc 9, 34.
Dans la Transfiguration, le sacerdoce est signifié par le vêtement, parce qu’il s’adapte à toute la nature telle qu’elle est, et revêt sa forme, tout en lui imprimant la sienne. Il revêt sa forme naturelle, et lui imprime sa forme spirituelle – car la nature humaine se trouve revêtue des propriétés du sacerdoce, ainsi que toute son activité. La gloire, l’adoration, la louange, l’action de grâces, sont activité sacerdotale. Ce qui est don de Filiation, c’est la vue directe, dans le face à face qui pénètre la substance même (…)
C’est rareté que les âmes jouissent par expérience du don de Filiation, qui est le seul dont on leur parle et qui n’est à l’aise, pour ses développements, que dans une âme pleinement purifiée et référée de façon permanente, par le don de sacerdoce. Il semble que si les âmes étaient mieux instruites du sacerdoce réel, plus grand serait le nombre de celles qui seraient élevées aux expériences de la Filiation. Ce n’est pas le don de Dieu qui est fait avec parcimonie (c’est impossible au Père d’être parcimonieux), mais c’est par suite de l’insuffisante préparation des âmes, qui ne sont pas adaptées à la Filiation ; et c’est là très précisément l’œuvre du sacerdoce réel. (...)

C’est une nudité substantielle que le sacerdoce réfère au Père - et qui se sait participante de la Filiation : de là lui vient son audace ! Pour moi, je suis un comble de nudité; car, selon la nature, je suis la pauvreté même – et la surabondance des grâces n’a trouvé en moi qu’une stérilité obstinée !
Et l’âme se dispose aux lumières par l’aveu de son obscurité, de son ignorance et de ses ténèbres par incapacité, non à recevoir la lumière, mais à en produire d’elle-même la moindre étincelle – elle s’avoue aussi, devant le Père, incapable de saisir et de retenir la lumière, comme de la faire fructifier, s’Il ne lui en fait la grâce. Car c’est par passivité et par aveu de ce qu’elle est (= par où elle se présente selon la vérité qu’elle est – et il y a alors relation, au plan vérité, entre elle et le Fils : bien que l’Un soit à un bout de la vérité, et elle à l’autre, au plus infime !) – plus que par activité et tendance, effort vers ce qu’elle n’a pas, que l’âme attire le Père et se dispose à Lui – ou seulement à ses opérations en elle, selon qu’il Lui plaît.
Pour moi, tout à l’heure, dans cette expérience de Paternité active en moi, j’avais l’impression que le Père se servait de moi comme pour se mirer en moi : je ne puis m’exprimer autrement – un moment après je trouvai, dans l’Office, ces paroles du Capitule de Sexte : « Nos autem, revelata facie, gloriam Domini speculantes ◊ Reflétant, visage découvert, la gloire du Seigneur » 2 Co 3, 18.
L’union au Père suppose une purification poussée à l’extrême, consommée – et comme cette union peut toujours progresser durant la vie mortelle, il faut que toujours progresse cette purification. C’est une purification qui doit croître par l’effet d’adoration, plus que par expiation – par activité sacerdotale de gloire, plus que par activité sacerdotale de la terre selon qu'elle y est expiation, réparation, restauration et justification – parce que, comme il s’agit d’union, il convient que l’activité sacerdotale soit le plus directement ordonnée au Père, comme cela a lieu dans son activité de gloire; activité de gloire qui est du reste, à sa manière, très mortifiante et purifiante pour la nature. (…)
L’Esprit Saint ne dit rien, parce qu’aucune Personne ne procède de Lui – cependant, ce que dit le Père ou le Fils, n’est perçu par l’âme que grâce à son Étreinte, par laquelle elle se trouve unie à qui lui parle – c’est pourquoi on dit de l’Esprit Saint qu’Il dispense les dons : parce qu’Il donne à l’âme de les recevoir.
« Je suis, en toi, chez Moi. Ne te lasse pas de travailler pour ma Gloire, et Je ne Me lasserai pas de te rassasier de Moi-même. »
Vu que l’état religieux est état sacerdotal par excellence, plus encore que l’état de victime, d’holocauste. 

Carnet 14, p. 1239/738 à 1247/743
Source (et suite) du texte : mariedelatrinité


Intervention de Christiane Schmidt au Centre d'Etude du Saulchoir :







Frère Eric de Clermont-Tonnerre :







Kristel Jeannot, psychanalyste :







Source des vidéos : Centre d'Etude du Saulchoir




jeudi 26 janvier 2012

Thomas Traherne


Dans la campagne galloise, au milieu du XVIIe siècle anglais déchiré par les troubles politiques et religieux, s'élève une voix unique, souveraine, celle de Thomas Traherne. Sa prose rythmée rappelle Silesius par la fulgurance de l'aphorisme, Ruysbroeck par l'assurance de l'affirmation et Eckhart par la profondeur de l'expérience. Traherne meurt à l'âge de trente-sept ans au terme d'une vie contemplative et solitaire. « C'était, écrit une des rares personnes qui l'ait bien connu, un homme d'un tempérament agréable et enjoué, dépourvu de ces formes d'aigreur ou de raideur, par lesquelles certains hommes prétendument pieux discréditent et dénaturent la vraie Religion davantage qu'ils ne la rendent recommandable. » Il n'a cessé d'écrire, sans rien signer ni rien publier qu'un unique livre, un an avant sa mort.
Quatrième de couverture de : Les Centuries

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Autre biographie : Arfuyen

Un jour, je me souviens - je crois que j'avais environ quatre ans - je raisonnais ainsi avec moi-même, dans une petite chambre sombre dans la pauvre maison de mon père : s'il y a un Dieu, certainement il doit être d'une bonté infinie... Comment peut-il se faire que je sois si pauvre ?... Je ne savais pas alors que j'avais une âme, ni que j'avais un corps, et je ne pensais pas aux cieux et à la terre, aux rivières et aux étoiles, aux soleils et aux océans. Toutes ces choses étaient perdues et loin de moi, mais quand je trouvais qu'elles étaient faites de rien, et qu'elles étaient faites pour moi, alors certes j'eus un Dieu, et je pouvais le louer et me réjouir avec lui.
Centuries, III,16 cité par Jean Wahl dans la préface de : Poèmes de la félicité


Bibliographie :
- Poèmes de la félicité, trad. Jean Wahl, Ed. du Seuil, 1951. (Ouvrage épuisé).
- Les Centuries, trad. Magali Julien, Ed. Arfuyen, 2011


LA SALUTATION

Ces membres ténus,
Ces yeux, ces mains qu'ici je trouve,
Ce coeur palpitant, principe de ma vie,
Où étiez-vous ? Derrière
Quel rideau fûtes-vous cachés de moi si longtemps ?
Où était, dans quel abîme, ma langue nouvellement formée ?

Moi, dans le silence,
Pendant tant de milliers et de milliers d'années
Qui gisais dans un chaos sous la poussière,
Comment pouvais-je percevoir
Sourires, larmes, lèvres, mains, yeux, oreilles ?
Bénis soyez-vous, trésors que maintenant je reçois.

Moi qui durant si longtemps
Étais néant depuis l'éternité,
Pensais bien peu que je célébrerais ou verrais
De telles joies qu'oreille ou langue,
Entendrais de tels sons, toucherais de telle mains, de tels pieds,
Rencontrerais de tels yeux, de tels objets sur cette terre.





UN ŒIL-ENFANT

Une lumière pure, à l'abri de toute corruption,
Un rayon qui est tout spirituel, un œil
Qui est vraiment vierge, voit les choses
Comme les voit la divinité,
C'est-à-dire que son éclat brille dans un sens céleste,
Et tout à l'entour il dispense (sans se mouvoir) sa lumière.

Les regards sont de vrais rayons de lumière,
Subtils, rares, perçants, vifs et purs.
Et comme ils surpassent en légèreté les vents,
Ils sont dignes d'avoir une durée bien plus grande.
Ils pénètrent bien loin au-delà de tout ce qu'atteint un air épais
Qui avec telle excellence ne peut se comparer.

Mais une fois avilis, bientôt ils deviennent
Moins actifs qu'auparavant; et alors
Ils courent après les objets qui les tirent de tous côtés
Et font de nous des hommes malheureux.
Un simple œil d'enfant est un tel trésor
Que quand il est perdu, nous n'éprouvons plus de réel plaisir.
(...)
Source et suite du texte : Eveil et philosophie


MON ESPRIT

J'étais ma vie toute simple, toute nue,
Cet acte, si fortement brillait,
Sur la terre, la mer, le ciel,
Qu'il était la substance de l'esprit,
J'étais le sens lui-même,
Je ne sentais ni impureté ni matière dans mon âme,
Ni bords, ni limites, comme nous en voyons
Dans un vase; mon essence était : capacité.
Cela sentait toute choses.
La pensée qui jaillit

De là est son moi lui-même; cela n'a pas d'autres ailes, 
Pour s'épandre dehors, ni d'yeux pour voir
Ni de paires de mains pour toucher, 
Ni de genoux pour s'agenouiller, 
Mais étant simple comme la divinité, 
Dans son propre centre, est une sphère, 
Non limitée, mais présente partout.
(...)


INSTRUCTION

Vomis ton ordure, abjure ta chair
Que les circonstances ne te souillent pas,
Car seules les choses passagères sont impures
Et seules les choses vides séduisent ton âme.

Que ces choses soient non senties et non vues
Qui à ton esprit étaient inconnues,
Quand à ton enfance bénie
Le monde, ton moi, ton Dieu fut montré.

Tout ce qui est grand et stable se tenait
Dans l'horizon de ta vue innocente d'abord,
Tout ce qui dans les choses visibles est bon,
ou pur, ou beau, ou innocent.

Tout le reste que tu vois maintenant,
En coutume, action ou désir
N'est qu'une part du malheur
Où tous les hommes d'un coup sont rassemblés.
Extraits de : Poème de la félicité, trad. Jean Wahl
Ouvrage épuisé.


Peu d'hommes veulent croire que l'âme est infinie. Pourtant l'infini est la première chose que l'on connaît naturellement. Les bornes et les limites ne sont discernées qu'en second lieu. Imaginons un homme né sourd et aveugle. Grâce à l'intuition même de son âme, Il appréhende l'infini autour de lui, l'espace infini, l'obscurité infinie. Il ne songe pas au Mur ni aux Limites avant de les sentir, avant qu'ils ne l'arrêtent. Que les choses sont finies, nous l'apprenons donc par nos sens. Mais l'infinité, nous la connaissons et la sentons par nos âmes, et nous la sentons de façon tellement naturelle qu'on croirait que c'est l'essence et l'être mêmes de l'âme. En vérité, c'est de manière individuelle qu'elle est dans l'âme. Car Dieu y est présent et plus proche de nous que nous le sommes de nous-mêmes. De sorte que nous ne pouvons pas sentir nos âmes que nous ne Le sentions dans cette première des qualités, l'espace infini. Car nous pouvons bien faire abstraction du ciel et de la terre et annihiler le monde en imagination mais en arrière-plan demeurera le lieu où ils se tiennent et nous ne pouvons ni en faire abstraction ni l'annihiler, quoi que nous fassions. Cela qui est, au dehors, la chambre de nos infinis trésors et qui en est, en nous, le dépositaire et le destinataire.
Extrait de : Les Centuries
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Source du texte : Eveil et philosophie



mercredi 25 janvier 2012

Anonyme de Francfort


Voici le livre d'un chevalier, d'un allemand inconnu, porteparole plutôt que porte-glaive, le livre d'un «ami de Dieu», « sage, raisonnable, juste et sincère», qui est à la mystique spéculative ce que l'Imitation de Jésus-Christ est à la dévotion. Un livre du XIVe siècle, qui eut Martin Luther pour premier «éditeur» et qui, depuis 1516, n'a jamais quitté la lumière.
     De son auteur, on ne sait rien sinon ce qu'en dit l'épigraphe du texte :
«Le Dieu tout-puissant et éternel
a écrit ce petit livre
par un homme sage, raisonnable, juste et sincère,
son ami,
qui fut un temps chevalier teutonique,
prêtre et custode,
au monastère des chevaliers teutoniques
de Francfort.»
     «Bis ritter» : sois chevalier ! Tel était le vœu formé par Suso dans une sorte d'anticipation allègre des épreuves et des manques, des tourments et des échecs d'une vie douloureusement empêchée. L'époque était à la guerre. Et au combat chrétien. La rencontre d'un aventûrer (terme classique des romans de chevalerie d'Hartmann von der Aue ou de Wolfram von Eschenbach), «qui lui explique ce que sont joutes et tournois, et les durs combats que doit subir sans montrer peur ou défaillance celui qui aspire à l'honneur et à l'anneau» (Vita, chap. XLIV); une méditation sur Job 7, 1, culminant dans la vision d'un ange qui passe au «Serviteur» les vêtements de chevalier, tout cela semblait trahir un vrai désir de bataille : tout cela, cependant, était déjà préfiguré dans le Dit n° 24 attribué à Maître Eckhart.
     Tel est le ton de l'Anonyme de Francfort, celui tout à la fois d 'un chevalier et d'un moine, marqué par une rigueur morale et une élévation spitituelle qui font de son écrit l'un des sommets de la mystique rhénane.
Source du texte : Arfuyen

    Le petit livre de l’Anonyme de Francfort a suscité à travers les siècles l’enthousiasme des plus grands mystiques, de Silesius à saint Jean de la Croix, comme aussi des plus grands philosophes, de Hegel à Schopenhauer, qui y voyait une «œuvre immortelle», seulement comparable par son génie à celles du Bouddha et de Platon. Écrit dans un style abrupt et lumineux par un mystérieux Anonyme ayant vécu à Francfort peu après la mort de Maître Eckhart (soit la seconde moitié du XIV° siècle), il constitue une extraordinaire synthèse de la pensée mystique rhénane.
Source (et suite) du texte : Arfuyen


Bibliographie :
- Le petit livre de la vie parfaite, Theologia Deutsch, trad. Gérard Pfister, préface Alain de Libera, Ed. Arfuyen, 2000.
Commande : Ed. du Cerf 




LE PARFAIT

Quand viendra le Parfait, dit saint Paul, ce qui est imparfait et partiel sera aboli (1 Co 13,10).
Observe bien cela : qu'est-ce que le "Parfait" ? Et qu'est-ce que le "partiel" ?
Le "Parfait" est un être qui comprend et renferme tout en Lui-même et en son essence.
Il n'y a pas d'être véritable en dehors de Lui, pas d'être véritable sans Lui.
En Lui toutes choses ont leur être. Car il est l'être de toutes choses : immuable et immobile en Lui-même, Il est ce qui meut et modifie toutes choses.
Le "partiel" - ou imparfait - est ce qui surgit, ou a surgi, du Parfait. Tout comme une clarté ou une lueur émane du soleil ou d'une source lumineuse : elle semble être quelque chose - ceci ou cela - et on l'appelle "créature".
De toutes ces choses partielles, aucune n'est le Parfait, et le Parfait n'est aucune d'entre elles.
Le "partiel" est saisissable, connaissable et exprimable.
Le "Parfait" est insaisissable, inconnaissable et inexprimable à toutes les créatures en tant que telles.
C'est pourquoi le Parfait est appelé "néant". Car Il n'est aucune des créatures. La créature en tant que telle  ne peut Le connaître ni Le saisir, Le nommer ni Le penser.


CE QU'EST L'UNION

(...) Mais qu'est-ce que l'union ? demandera-t-on.
Etre purement, entièrement, simplement un, avec la simple et éternelle volonté de Dieu. Rien d'autre.
Etre tout à fait sans volonté : que la volonté créé s'écoule, se fonde et s'anéantisse dans la volonté éternelle, de sorte que la volonté éternelle soit seule à vouloir, à faire ou ne pas faire. (...)


NI CECI NI CELA

Dieu, en tant qu'Il est bon, est bon en soi. Il n'est ni ce bien-ci ni ce bien-là. Faisons ici une observation.
Ce qui est "quelque part", ici ou là, n'est pas en tout lieu et au delà de tout lieu et place.
Ce qui est "quelque temps", aujourd'hui ou demain, n'est pas à tout instant, en tout temps et au delà de tout temps.
Ce qui est "quelque chose" - ceci ou celà -, Il ne serait pas, comme Il est, Tout et au delà de tout. Il ne serait pas la véritable perfection.
C'est pourquoi Dieu "est", et cependant ni ceci ni cela que les créatures, en tant que telles, puissent connaître et nommer, penser ou dire.
Si Dieu, en tant qu'il est bon, était ce bien-ci ou ce bien-là, Il ne serait pas tout le Bien et au delà de tout bien.
Il ne serait pas ce parfait et simple Bien qu'Il est.


L'AMOUR DE L'UN POUR L'UN

  (...) Quand la vraie lumière et le vrai amour sont dans un homme, le vrai Bien est connu et aimé par lui-même.
Il ne s'y aime pourtant pas pour soi-même, par soi-même ou comme soi-même, mais comme le vrai et simple Bien. (...)
En cette vraie lumière, en ce vrai amour, il ne demeure ni "je", ni "mien", "me", ni "tu", "ton", etc.
Cette lumière connait et indique un Bien qui est tout bien et au delà de tout bien : tous les biens sont essentiellement un en cet Un et, sans cet Un, il n'est aucun Bien.
C'est pourquoi on n'y aime ni ceci ni cela, ni "je" ni "tu", etc. Mais seulement l'Un qui n'est ni "je" ni "tu", ni ceci ni cela, mais au-delà de tout ""je" et "tu", de tout ceci et cela : en Lui tout bien est aimé comme un Bien unique. (...)


AIMER TOUTE CHOSES DANS L'UN

Celui qui veut ou doit aimer Dieu aime toutes choses dans l'Un en tant qu'il est Un.
Il aime l'Un et le Tout dans toutes choses en tant qu'elles sont toutes dans l'Un.
Celui qui aime quelque chose - ceci ou cela - autrement que dans l'Un et pour l'amour de l'Un, celui-là n'aime pas Dieu.
Car il aime quelque chose qui n'est pas Dieu. Il aime les choses plus que Dieu.
Celui qui aime une chose plus que Dieu ou autant que Dieu, celui-là n'aime pas Dieu. Car Dieu veut et doit être le seul aimé.
En vérité, il ne faut rien aimer que Dieu seul.
Lorsque demeure en un homme la vraie lumière et le véritable Amour, rien n'est aimé que Dieu seul.
Il aime Dieu en tant que Bien et parce qu'Il est le Bien.
Il aime tout bien en tant que l'Un, il aime l'Un en tant que tout bien. Car, en vérité, toutes choses sont l'Un et l'Un est toutes choses en Dieu.


LE PASSAGE VERS L'INDICIBLE

(...) Mais ce qui advient ensuite - ce qui est alors révélé et éprouvé -, personne ne sait le chanter ni le dire. Il n'est pas de bouche qui l'ait jamais exprimé, pas de coeur qui l'ait jamais pensé ni connu tel que c'est en vérité.

Extraits de : Le petit livre de la vie parfaite
Autres extraits (La contemplation du mystère / Ce que veut dire l'enfer / Le Paradis) : Arfuyen (fin de page)
Commande : Ed. du Cerf



mardi 24 janvier 2012

L'Ami de Dieu de l'Oberland


Si l’on en croit les documents conservés par les Johannites à l’Île-Verte de Strasbourg, l’Ami de Dieu de l’Oberland était le fils d’un riche négociant d’une ville non précisée, que certains commentateurs ont voulu identifier à Coire ou Bâle. (...)

Rulman Merswin a eu comme confesseur Jean Tauler, ce même Tauler que l’Ami de Dieu, selon l’interprétation traditionnelle du Livre du Maître (Meisterbuch), aurait converti à la vie intérieure. Tauler étant mort en 1360, c’est bientôt l’Ami de Dieu lui-même qui accompagnera la fondation de l’Île-Verte de Strasbourg dont il deviendra l’inspirateur, par l’intermédiaire de Rulman Merswin.
En 1365, l’Ami de Dieu quitte sa ville natale et se rend dans un ermitage où il élève une maison et une chapelle, avec quatre compagnons. Il décrira lui-même la vie de cette communauté dans le Livre des cinq hommes (1377).
     L’Ami de Dieu se rend en 1377 à Rome pour y rencontrer le pape Grégoire XI et l’appeler à réformer la Chrétienté. (...)
Source (et suite) du texte : arfuyen

Ajoutons que le mouvement des Amis de Dieu était encore présent un siècle plus tard avec pour centre l'Alsace, comme en témoigne Bruder Klaus, un habitant de Suisse centrale, qui avait eu dans l'idée de les rejoindre en 1467 (mais qui, suite à une vision, reviendra sur ses pas pour s'établir en ermite tout près de son lieu de départ).


Bibliographie :
- Le Livre des cinq hommes, Ed. Arfuyen, 2011.
Etudes :
Auguste Jundt, Rulman Merswin et l'Ami de Dieu de l'Oberland, Un problème de psychologie religieuse, Ed. Fischbacher, 1890.
Charles Schmidt, "Les Amis de Dieu" : PDF
Auguste Jundt :
- "L'Ami de Dieu de l'Oberland" : PDF
- "La langue de l'Ami de Dieu de l'Oberland" : PDF
- "Les Amis de Dieu au 14e siècle" : PDF  
- "Les Amis de Dieu de l'Allemagne inférieure" : PDF
Jean Moncelon : "L'Ami de Dieu de l'Oberland" : PDF
Rudolf Steiner : "l'Ami de Dieu du Haut Pays" : PDF
Autres textes : Ile Verte (Montcelon)


Or donc, mes très chers frères, j'en arrive, car il doit en être ainsi, à écrire quelque chose de moi.
Je vais vous expliquer en peu de mots tout ce que je vous ai écrit de la vie de nos frères, tout ce qu'ils ont souffert, car tout cela, je l'ai éprouvé moi-même, avec l'aide de Dieu. Cependant, en contrepartie, j'ai ressenti moi-même, par la grâce du Saint-Esprit, toutes les joies surnaturelles qu'ils ont connues.
Mes très chers frères, le bien-aimé saint Paul parlait en des temps où la Chrétienté en était à ses commencements et où le besoin s'en faisait sentir. Il écrivait par amour de Dieu, pour aider la Chrétienté, et il disait : "Je sais un homme qui, voici quatorze ans, a été ravi au troisième ciel - avec ou sans corps, je ne sais, Dieu le sait".
Mes chers frères, il faudrait maintenant que l'écrive au sujet de la grâce de Dieu de la même façon, et l'opn s'irriterait peut-être de ces propos. Pourtant, je crois que si saint Paul se trouvait encore parmi nous aujourd'hui, je ne serais pas digne de toucher la courroie de ses sandales.
Mais de la manière que cela s'est passé, avec la permission de Dieu, je vous écris, par amour de Dieu, et vous dis : "Je connais un homme qui, il y a trente ans, a été enlevé, avec ou sans son corps, je n'en sais rien, seul Dieu le sait". Et quand je dis qu'il a été ravi dans le troisième ciel sans savoir comment, avec la permission de Dieu, j'affirme que c'est la vérité - que dans cette ascension, j'ai rencontré des merveilles surnaturelles et pleines de joie qui dépasse l'entendement et pour lesquelles il n'existe pas de mots, si ce n'est pour dire avec saint Paul : "Ecoutez, il fait bon être ici, et je ne sais pas autre chose, si dans le Royaume éternel Dieu connait de grandes joies, je n'en sais rien, mais Lui le sait." (...)
Extrait de : Le livre des cinq hommes
Commande sur Amazon : Le Livre des cinq hommes







lundi 23 janvier 2012

Rulman Merswin



Rulman Merswin, né à Strasbourg en 1307, sept ans après Jean Tauler (vers 1300), était un riche banquier, respecté pour son intégrité.
     En 1347, il décide de mener, avec sa femme, une vie « semblable à celle des tertiaires ». Cette conversion dure quatre années, de fin 1347 à 1352, et Jean Tauler devient son confesseur en 1348. Cette période est particulièrement sombre pour Strasbourg et sa région : deux tremblements de terre (1346 et 1348) et surtout une épidémie de peste asiatique, de 1347 à 1349, provoquant des pogroms et des processions de flagellants. Dans le même temps se développe l’hérésie des Frères du Libre-Esprit.
     Rulman Merswin fait la connaissance de l’Ami de Dieu de l’Oberland qui devient  son conseiller spirituel, son confident, à qui il se fiera entièrement durant toute son existence, et dont les lettres et de nombreux traités inspireront, jusqu’à la mort de l’Ami de Dieu, la communauté de l’Île-Verte.
Pendant douze ans, Rulman Merswin mène une existence retirée, jusqu’à ce qu’en 1364, le 9 octobre, il reçoive, en même temps que l’Ami de Dieu de l’Oberland, une première injonction de fonder une maison religieuse. Cependant, refusant de s’exécuter, il tombe malade et sa maladie dure deux ans. 
     Il n’en guérit qu’en 1366, en faisant l’acquisition d’un monastère abandonné, aux faubourgs de Strasbourg : l’Île-Verte (Grüne-Wörth). Dans les premiers temps, il le fait réparer et y installe quatre prêtres, ainsi qu’un jeune ami, qui deviendra prêtre à son tour et son secrétaire : Nicolas de Laufen.
L’intention de Rulman Merswin est de créer un refuge, un « nid », selon le mot de Jean Tauler, pour des laïques, éventuellement pour des prêtres, où ceux-ci se tiendraient en retrait du monde pour se vouer à la prière. (...)

Source (et suite) du texte : Ed. Arfuyen
Autres bibliographies : Montcelon (700e anniversaire) / Montcelon (Ile verte) 


Bibliographie :
- Le Livre des neuf rochers, Ed. Arfuyen, 2011.

- Appendice au Colloque des neufs rochers (attribué à Henri Suso) : PDF
Etudes : 
Auguste Jundt, Rulman Merswin et l'Ami de Dieu de l'Oberland, Un problème de psychologie religieuse, Ed. Fischbacher, 1890.
Charles Schmidt : 
- "Rulmann Merswin, le fondateur de la maison Saint-Jean" : PDF
- "A propos du Livre des neuf rochers" : PDF
Jean Moncelon : 
- "Vie de Rulman Merswin" : PDF
- "Rulman Merswin, Le Livre des neuf rochers" : PDF
August Jundt, présentation des oeuvres de Rulman Merswin et étude : 
- "Histoire de ma conversion", "Le Livre des bannières" : PDF
- "Le Livre des neuf roches" : PDF
- "La conversion de Rulman Merswin" : PDF
Autres textes : Ile Verte (Montcelon)


La Présence dit : "Ouvre tes yeux et regarde avec joie au-dessus de toi."

L'homme obéit, regarda au-dessus de lui et il aperçut le neuvième rocher. Il vit que ce rocher était si élever qu'il ne pouvait en distinguer le sommet, si haut que son sommet lui semblait rejoindre le ciel. Il remarqua également qu'un tout petit nombre d'hommes empruntait le chemin qui montait du huitième au neuvième rocher. Il en conçut un grand étonnement, car ces hommes, bien que peu nombreux, dès qu'ils parvenaient au somment du neuvième rocher, retombaient tous comme frappés à mort. (...)

Par ces mots, l'homme soumit sa volonté à celle de Dieu et, au même instant, la porte de l'Origine s'ouvrit pour lui. Il lui fut donné alors de regarder dans l'Origine. Cependant la vision ne lui sembla durer qu'un instant. Quand elle prit fin, l'homme se sentit dans une telle plénitude de joie et de lumière qu'il perdit connaissance, et ne sut plus rien de cet instant.
Lorsqu'il revint à lui, il ressentit une telle lumière et une telle joie intérieur, et cette joie était si démesurée que sa nature en débordait. Il en fut terrifié, et cette joie surabondante le rendit malade. L'homme s'assit et pensa : "Où étais-tu donc ? Quel était ce prodige auquel tu as assisté et qui a comblé ton âme et ton corps de cette joie débordante ?".
Il resta assis longtemps à méditer, et plus il réfléchissait et moins il comprenait ce qui était advenu. Il se décida à relater ces évènements comme on lui avait commandé, mais, malgré toute sa raison, il était impuissant à traduire la moindre des choses qu'il avait vues. (...)

L'homme demanda : "Dis-moi, mon doux Ami : comment appelle-t-on les hommes qui ont regardé dans leur origine ?"
La Présence répondit : "Sache que ces hommes ont perdu leur nom. Ils sont sans nom et ils sont devenus Dieu".
L'homme dit : "O mon doux Ami, je ne comprends pas ce que Tu veux dire lorsque Tu dis d'un homme qu'il est devenu Dieu."
La Présence continua : "Ne soit pas étonné. Si un homme obtient de Dieu qu'il lui soit permis de regarder dans l'Origine, il devient par grâce ce que Dieu est par nature. (...)

(...) Lorsqu'il fut donné à saint Pierre d'y porter un regard (lors de la Transfiguration), il s'oublia complètement. Il ne comprit pas de quoi il s'agissait ni ce qu'il disait quand il prononça ses mots : "Ici il fait bon rester" (Lc 9,33). Je vais t'en dire plus encore : quand il fut donné à saint Paul d'y jeter à son tour un regard, lui non plus ne savait pas ce qui lui arrivait. Il ne savait pas si son âme se trouvait dans le corps ou si elle l'avait quitté (2 Co 12,2-3). (...)
Extrait de : Le livre des neufs rochers.
Commande sur Amazon : Le Livre des neuf rochers



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